‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 75 sur 86 · MÊME SUJET · texte numérisé non relu

MÊME SUJET

Les journaux libres-penseurs et réyolutionnaires n'ont qu'un même cri de fureur contre les pétitions des évéques français touchant la situation de Rome. Us trouvent, pour eux, que cette situation est bonne parce qu'elle leur semble faite pour en finir avec la Papauté. Ils ne veulent pas que la France intervienne sous aucune forme, d'aucune façon. Us lui montrent son isolement, sa faiblesse, sa pauvreté ; ils lui font entendre qu'elle aurait encore quelque chose à payer, qu'elle pourrait encore être battue. Le Journal des Débats cultive ces deux arguments. Au fond» ils estiment que Rome est à sa fin; que le Pape, prisonnier là, serait bientôt délogé de là, et alors... Bref, ils n'ont jamais tant espéré. Il leur semble bien qu'il ne faut plus à Rome qu'un peu de pétrole, et que tout sera dit.

Cette fureur nous laisse un fond de sécurité. Il est vrai qu'elle gronde terriblement et qu'eUe revêt un très -redoutable caractère de folie. Oji s'effraie devoir ce feu et cette fumée de blasphème jaillir vers Rome, de Paris à peine éteint, et les leçons de Dieu demeurer à ce point inutiles. Mais enfin nous avons nos patentes d'assurance, et il nous reste une chance.

— une chance de hasard^siVonyeui. — De même que le feu de Paris a brûlé dé si forts édifices politiques, dont deux théâtres, et une si grande quantité de papiers administratifs, sans toucher aux églises, il se peut que le feu prenne à la société européenne, fasse sauter tous les trônes, tous les hôtels de ville, tous les théâtres, toutes les banques (à cause du fil électrique qui relie ces belles institutions fatiguées) et respecte néanmoins la Papauté et les autres dogmes. Pour parler franc, nous y comptons. Après tout, cène serait pas la première fois. Il y a quelque chose qui garde la Papauté et qui ne garde pas le reste. Le reste est fait pour s'en aller. Plusieurs en ce monde, depuis dix mois, ont puentrevoir que les merveillesde la civilisation ne constituent pas le strict nécessaire. Le passant du pont des Arts ou du pont Neuf s'habitue à ne plus voir les Tuileries dnns leur ancienne pompe. Plus de conseil d'État en quai d'Orsay, là où Baroche et M. Yuitry furent si beaux; plus d'Hôtel de Ville en grève, où M. Haussmann s'amusa tant; plusde Porte Saint-Martin, où les filles du peuple plus ou moin s nues, étalaient les splendeurs et répandaient lesparfumsdelaflore parisienne: c'est dommage! Estce qu'il faudra bientôt chercher aussi où fut le dôme de l'Institut? Ce sera dommage, mais l'on s'y fera encore. On peut vivre plusieurs années sans entendre te rapport annuel sur les prix de vertu. Personne n'est mort d'être resté un temps sans lire \^ Journal des Débats ni le Siècle ; combien se désaccoutumeraient volontiers de n'entendre plus M. About crier son hareng qui glace et son merlan qui arrive !

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Sx la flèahe de la SamtO'-Chapelle et les tours de rioti^-Dame disparaissaient^ aloiïs ce serait sérieux ; quelque ichose d'essentiel manquerait à rhorizon. Alors Paris, deviendrait un lieu trop malsain, d'où Ton s'éloignerait en train express.

Sur remplacefi[\ent de ces édifices détruits., l^s .communeux érigeraient leur Montretout. De là ils bombarderaient la France, et la France à son tour ne .serait plus logeable, à moins d'immenses travaux d'assainissement. On s'y mettrait tout de suite. On .construirait en France autant d'Eglises qu'il a été, depuis 1789, élevé d'inutiles [bastilles dans Paris. Or, toutes ces églises protégeraient Rome, seraient autant de forts détachés pour empêdier l'ennemi de prendre le Vatican.

Que si, néanmoins, les communeux s^établissaient AU Vatican, certainement ce serait un moment critique. Grande baisse sur tous les marchés ! Il y aurait profit de mourir. On reverrait le temps de l'ancienne Rome, quand la mort, au rapport de Pline (si je ne me .trompe), était c< le plus invoqué des dieux, » plus invogué même que l'empereur. Mais nous autres ca* .tholiquesy encore conserverions-nous laPfiipauté et les autres dogmes, et nous verrions la vengeance de Dieu. C'est une très-belle chose, raffermissante et même consolante et douoe. Qui contemplera la Justice dej)ieu se désolera peu de ne plus voir d'emjperaur stable, ni de communards restaurés, ni d'his- MonsAcanquilleset gras. Puisque vous^ne voulez pas yivxe^ périssez, hordos stupides !

Si nos libres-penseurs y tiennent, le monde en

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passera par là. Cs sera le creuset. L'or na riesi à craindre du creuset. H en sortira plus or. L!alliage n'a pas le droit de demeurer avecTor éternellement. La justice d'ailleurs veut que la société réponde au du concours qu'elle donne à l'erreur ou de 3a lâcheté à la subir. .Matériellement ou par le délire de l'opinion, les libres-penseurs révolutionnaires sont les plus forts ; nous ne pouvons les empêcher d'allumer l'huile d'Amérique, dont ils ont dès longtemps enduit les murs. Qu'ils en fassent l'expérience.

Us paraissent déterminés. On ne voit plus de différence entre le journal de M. Cernuschi, l'ex-Italien, qui se proposait en 1849 de faire sauter la coupole de Saint-Pierre, et le journal de M. Bertin, ce bil)liothécaire, cet académicien, ce sénateur, cet ambassadeur des régimes précédents. La haine de Rome produit son phénomène accoutumé. Le fanatisme semble plus acre et plus fou dans le Journal des Débats que dans le Siècle lui-même; le conservateur voltairien momentanément amaigri dépasse le mazzinien engraissé.

Du temps de Louis-Philippe, pour enlever le.solde .des expéditions dynastiques attaquées sottement par l'Opposition, le Journal des Débats disait que la France était assez riche .pour payer sa gloire* Aujourd'hui trouvant que la France, ayant payé sa gloire^ est devenue trop pauvre pour payer sa foi, il dit que, si l'on s!expose à une expédition romaine, les congrégations religieuses, qui seules s'y intéressent, doivent en faire seules les frais, qu'elles sont assez riches pour cela, QD^EUbES ONT DESMILUARDS L..

On reconnaît les raisons de Protot, de Rigault, de Johannard et de Gaillard père. Ces raisons ont justifié dans le peuple Tarrestation et le massacre des « otages. » C'est du pétrole pur, c'est rhumiliation de la raison humaine. Quand on pense que le journal qui descend à de pareils arguments représente le sommet du parti conservateur, qu'il est académicien, bibliothécaire, banquier, député, sénateur, ambc'issadeur, on demeure convaincu que cette société veut périr.

Entre ces deux compères, le Siècle et le Journal des Débats, s'intercale M. About, officieux de M. Thiers. Nommons-le.

Dans le tableau de la Passion du Christ» au moment de la valetaille, les vietîx peintres ont osé représenter un personnage qui figure assez bien ce que nous appelons le « petit journal. » Il tire la langue, et il fait pis : il montre au divin Supplicié la partie de son individu où les gens de sa sorte méritent qu'on leur réponde. Par un malheur de son esprit trop sur de ses grâces, M. About, dans l'histoire de Pie IX, s'est adonné à faire ce personnage. Trouvant sans doute le moment opportun, il reprend sa vieille habitude de la Question romaifie^ qui obligea de le chasser du Moniteur. Le voilà donc en scène et en posture, absolument comme sous l'Empire. Son intervention fit beaucoup de tort à Napoléon III. On estima que César avait de trop fâcheux confidents, et que M. About n'était pas un homme à montrer, vu la façon dont il se découvre. Nous ignorons si la reprise de M. About fera beaucoup de bien à M. Thiers.

Une des plaisanteries de M. ALout consiste à dire que Pie IX a le mauvais ceil^ en d'autres termes, qu'il jette un sort sur ceux qui le rencontrent. Beaucoup de gens dans le monde ne s'en sont pas aperçus ; mais, pour M. About, il semble avoir raison. Depuis qu'il a rencontré Pie IX, c'est-à-dire depuis sa Question romaine, on ne peut nier que M. About s'est fait chasser de beaucoup d'endroits : des cabinets de lecture, des théâtres, de divers journaux, toujours avec applaudissements. C'est un fort. U est devenu partout monsieur de Trop, jusque chez le prince Jérôme. Napoléon III ne l'a pas fait préfet, et' M. Thiers ne le fera pas ambassadeur, ou les autres ambassadeurs s'en iraient. Tirons le voile sur cet impudent.

27 juin, LE SIÈCLE.

De détestables opinions dans un détestable français, rien de sincère au fond ni de franc dans la forme, voilà le Siècle. Ce journal est fait pour entretenir trois sortes de rouille : celle de l'esprit, celle du cœur, celle de la langue. Par lui même et par la nature absolument inorganique de son public, il défie toute argumentation. Il échappe au raisonnement comme un sourd, au fait comme un aveugle, et il ré- II 31

482 P1RI9 perïDÂNT la communc* .

pcmd Tari de ne compFendre rie». Sa fortune est <r avoir créé en pleiiïe France tin PaFaguay d*endiireissement inteUectiret, où nul ne pénètre epie lui.

A rentrée de ce inonde inyraisemUabîe toirte logique est désarticnlée, toute lumière s^éteinf . 0» y entend la langue du Siède^ aucune autre. Il n'y a pas par là de langue ni de pensée; il n'y a que de J!écîo, et il n'y en a que pour le Siècle. Cet écho est sans mémoire. 11 a ignoré ce qu'D disait, l'ayant dit, il l'oublie . — Vive Falempinf — Vive Falempin. — A bas Falempin / — A bas Falempin. Quelle que soit la parole que le Siècle prononce aujourd'hui, l'écho la reçoit et la rend ; il recevra et rendra de même la parole contraire que le Siècle voudra prononcer demain. Parce merveilleux outil, Havin se fit député et millionnaire. Mais pour manier ce merveilleux »util, il faut être un équivalent de Havin.

On a dit que n'importent quels écrivains, même religieux, devenant propriétaires du Siècle^ n'auraient pas de peine à transformer complètement l'opinion de ses étranges lecteurs; qu'il ne[faudr ait que conserver le titre du journal et l'entretenir dans une certaine platitude générale d'idée et de langage; qu'alors personne ne s'apercevrait de rien, et que Ton finirait par les mener à confesse. Oui ; mais ils mourraient tous. Ils mourraient anémiques, sans savoir quelle privation d'engrais les étiole et les tue. Or tout cela est électeur, et le Siècle verse tout cela d*une seule masse dans les scrutins. Que faire ?

Refusant de perdre le temps à discuter contre le Siêcfej la presse le devrait juger. On le laisserait hors

-de la discussion, comme incapable : vous tnanqùez trop d'exactitnde et de littérature. Vous avez trop besoin du démon rouge et vous en avez trop peur, \oTis êtes trop du côté où vous prétendez n^être pas. Vous ne représentez qu'une débilité contagieuse de Topinion qm est le mortel fléau de notre temps. Restez dehors, e» attendant que l'on vous fasse des lois; Car enfin. Ton ne peut souffrir que l'espèce humaine devienne telle qu'il vous la faut.

Dans le fait, cela est en train. La^ presse parisienne s'est coalisée contre le Siècle^ par mesure de salut public. En face de ce feu et de ce pompier qui répand du pétrole^ les journaux font la chaîne. Ils s'entendent pour ne laisser passer aux élections que des hommes avec qui l'on puisse au moins discuter, et qui ne soient pas intérieurement décidés à laisser ressaisir la torche, peut-être à l'allumer eux-mêmes.

Nous y sommes tous, chacun abandonnant quel« que chose, et donnant aux autres ce gage de son respect pour la liberté et de son dévouement à la société. On se lève contre la férocité communeuse «omme on s'est levé contre l'invasion. Peut-être que ees sacrifices réciproques, nous faisant connaître ce que nous devons absolument accepter les uns des autres, nous élargiront le terrain commun, de façon que nous y puissions bâtir quelque chose. On parle d'un essai de la République. L'essai est assez difficile pour que nous écartions d'abord ce qui certainement mine le terrain et probablement le ferait sauter.

Pœnt de pétroleux : ce programme n'a rien d'exîgréant. Le Siicle n^eu. veut pas et nous menace tout

tranquillement de la a guerre civile, » s'il" n'a pas sa République, au moins semi-pétrolière.

La Commune accusait le Siècle de pencher pour Versailles; il répondit par la plume de M. Chaudey : Je ne penche pas. C'est trop d'impartialité. La justice et l'intérêt ])uhlic étaient d'un côté ou de l'autre ; il fallait pencher de ce côté-là, au risque de tomber. Chaudey tomba, le Siècle croula sans avoir penché. Quant à M. Tex-Italien Cemuschi, l'on ne voit pas qu'il se repente d'avoir, à Rome^ penché à faire sauter Saint-Pierre, et plus tard, joewcAe' encore très-fortement vers ceux qui firent sauter la caserne Serristori^ où furent écrasés vingt zouaves. Quel moyen de nous entendre avec des concitoyens qui avouent ou de telles stabilités ou de tels penchants?

Un monsieur « modéré » nous dit, en son affiche jaune, qu'il est républicain, et que ceux qui ne pensent pas comme lui sont ce ou des insensés, qu'il faut écarter, ou des conspirateurs qu'il faut punir. » Ce monsieur, qui nous colle cela sur nos murs rongés par le feu de la Commune, est un monsieur que le Siècle ne répudie pas, mais peut-être n'accepte pas, parce qu'il est a modéré. » D'autres vont mieux au Siècle, sans peut-être le contenter. 11 y a M. le pasteur Coquerel, le même qui, aux dernières élections, s'était contenté de crier son nom, et qui, par ce procédé simple, recueillit 45,000 voix dans Paris amusé. Coquerelicooo!!! k.VL^ovivA'hm^ M. Coquerel se développe. 11 ne s'arrange pas de M. Thiers, il le tolère. Est-ce assez pour le Siècle? On ne sait pas. Le Siècle n'admet qu'un point : c'est que ceux qui ne restent

pas comme lui, entre Versailles et la Commune, sans pencher^ seront coupables de la prochaine guerre civile.

C'est donc décidé, et le Siècle se déclare plus que penchant pour la guerre civile, non-seulement contre la monarchie, mais encore contre la République de Versailles si elle se laisse suspecter de pouvoir tourner à quelque forme de monarchie. Il faut au Siècle une forle et visible dose de pétrole dans les rouages de l'Etat, sinon il s'insurge !

Nous croyons qu'il convient de braver absolument cette menace. Le seul danger que l'on puisse courir en écartant les candidats du Siècle, est de voir le gérant du Siècle traduit en police correctionnelle et condamné à quinze jours de prison et 500 francs d'amende. Ses moyens lui permettent d'affronter ce martyre ; mais s'il était battu, nous nous porterions volontiers garants de sa tranquillité et de celle du pasteur Coquerel aussi. On ne devrait même pas s'étonner si tous les échos du Siècle venaient à crier : A bas Falempin !

Le péril pourrait être plus grand si c'était la liste du Siècle qui passât. Nous disons plus grand pour la République.

En 1850, Paris avait un député à nommer. Les conservateurSj dans un esprit de conciliation, proposèrent un fort honnête homme, insignifiant politiijuement, nommé Leclerc. C'était un petit bourgeois de Paris qui, aux journées de juin, ayant eu son fils tué à ses côtés sur les barricades, alla chercher son autre fils et revint avec lui s'exposer à la mort. Les

journaux socialistes dédarèrent que ce bonhomme était monarchien^ qu'il voulait ramener la dime, le droit d*ainesse et Tinquisition. Le suffrage universel lui préféra Tillustre et austère Eugène Sue. Ce butor épicurien» auteur de livres sales, l'emporta de dix mille voix sur Thonnête homms du peuple, soldat de Waterloo et de juin. Le Siècle en pleura, et ce fut une des sources de TËmpire.

28 juin.

M. Loyson est devenu à Rome le correspondant du Journal des Débats où il s'obstine à s'appeler le Père Hyacinthe. Père de quoi, maintenant, hélas! Et fils de qui ? Mais ce titre de Père est son principal mérite au Journal des Débats. C'est la « réclame. » Autrement M. Loyson n'a que Tesprit et non les qualités de remploi. 11 n'est point alerte, point renseigné ; il a gardé sa vieille trompe oratoire, pesante,, pleurarde, insiiicère^ qui produit plutôt aujourd'hui un effet répugnant. Cet extravasé conserve comme un reste de tonsure ; il insulte et diffame l'Église à mains jointes, il distribue des compliments traîtres et odieux à d'anciens amis qui eurent le tort, si la charité peut avoir des torts, de ne le point éloigner assez tôt. Tout cela compose un liquide aâreux. Le Jemps^ protestant à peine déiste, en avale de fortes>

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lampées, à cause de ce reste de robe monastique 'don la Jourde Bébé se pare. C'est si hou^ le gros fiel d a* pastat I II semble au Temps que, depuis le frère Mar* tin, rieu de si pur Joie lui a été versé. L'on peut dour ter que le Jmimaldes Débats en fesse la même estime* D juge son homme et ne l'emploiera pas longtemps. Ainsi jadis« cédant au torrent du goût dépravé» le Journal des Débats s'attacha Eugène Sue..

L'illustre Mourot^ secrétaire de l'illustre Rochefort, viat à Paris du séminaire où il avait été éleyié par charité, avec des lettres de son évêque, et offrit sa plume aux journaux religieux. On ne l'agréa point. Il avait un commencement d'odeur. Alors il s'irrita tout à fait contre la religion; il jura qu'elle entendrait parler de lui. Pour se domier un caractère, il parut daAS les cafés du quartier latin revêtu de sa soutane et coiffé d'un béret bleu. Cet ornement de tête le fit parvenir jusqu'à l'antichambre de Rocbefort, où la police enfin le pinça. Il y a de ce jeu dans le reste de ritournelles dévotes du sieur Loyson, soi* disant Hyacinthe. Père Hyacinthe, c'est le béret bleu de l'ingénieux Mourot. M.. Loyson n'est plus carme, ni catholique; mais il faut que l'on voie qu'il le fut, sans quoi sa littérature manquerait de sel, et l'éditeur ne ferait pas ses frais.

Donc, M. Loyson, sorti de TÉglise il n'y a pas encore deux ans, s'est fait idoine à parler des choses de Rome, et de l'Église dans le Journal des Débats^ lequel déteste Rome et l'Église en Piémontais, c'est-à-dire plus que ne font les incrédules ordinaires. Les morts vont vite et descendent loin, in profundum! Ce mort

écrit de Rome, le 22 juin, fête de saint Paujin, évêque et confesseur. S'il lisait encore son bréviaire, il aurait pu faire de salutaires réflexions en méditant l'office du jour. Mais il ne lit plus ces choses-là ; il lit les journaux, qu'il a probablement toujours trop lus, et qui se sont trouvés plus forts que lui.

U écrit que les choses vont très-bien à Rome, et sont Irès-bien telles qu'il les voit ; que le Pape n'est nullement prisonnier, qu'il est au contraire trèslibre, trop libre même, vu les excès qu'il se permet contre quantité de bons prêtres qui loy sonner aient ^ s*ils n'avaient peur. Il oppose son témoignage à celui des « soi-disant journaux catholiques, » lui, soi-disant Hyacinthe. Il atteste aussi, toujours en vertu de sa vertu, qu'il ne faut plus de pouvoir temporel, quoi qu'en disent le Pape et les sanguinaires évêques français, lesquels osent bien risquer d'introduire une guerre pour un pareil sujet. Enfin, prenant son vent et son élan, en son plus beau style de Notre-Dame, il jure que c'est un même crime d'abattre la colonne et de rêver le renversement de l'unité de l'Italie. Le Journal des Débats avait déjà dit ces belles choses, mais sans béret bleu.

Nous n'avons jamais eu ni grande ni bonne idée du P. Hyacinthe ; toutefois nous ne connaissions pas le Loyson qui restait dessous. Le voilà trop visible. II nous surprend. Quelle brutale et insoupçonnée puissance de la haine! s'étaler en pleine Rome dans la condition où il s'est mis, dans le temps où nous sommes ; infliger à Pie IX sa présence impudente, lui jeter ces insolentes pauvretés ! Saint Vincent de

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Paul, après avoir plusieurs fois écouté Saint-Cyran, disait : On ne se convertit presque jamais du péché de l'esprit.

Ce qu'il y a de particulier dans ce péché-là, c'est qu'on peut le commettre sans avoir d'esprit !

Le digne M. Loyson, s'épanchant au sein du condigne Journal des Débats^ nous fait connaître une très-belle pensée du P. Curci, exposée par cet éminent religieux, aussi éminent publiciste, dans la Ci" viltà cattolica.

La voici :

a La France rendue à la vie et, comme nous Tespérons, redevenue chrétienne, ne devra pas chercher bien loin ime entreprise vraiment digne d'elle. Dieu la lui a préparée selon ses fins, non pas tant pour qu'elle puisse en appeler de la déloyauté, de l'injure et de l'ingratitude dont elle a été payée par ceux qui lui devaient tout, que pour qu'elle reprenne sa place glorieuse à la tête des nations catholiques, en commençant par régler ses comptes avec les insolents contempteurs des droits conférés à l'Eglise par Pépin et Charlemagne. »

Nous n'avons pas besoin de dire que cette pensée horrifie complètement le soi-disant Hyacinthe, mais elle nous plait complètement. Elle est chrétienne et politique ; elle dit très-bien ce qu'il faut faire, et c'est ce qui sera fait. Un temps viendra, et il n'est pas loin, où l'entreprise de relever Tœuvre de Pépin et de Charlemagne paraîtra plus grande, plus glorieuse, plusutile et même plus pressée que celle de relever la colonne.

Ce passage du P. Curci est tout ce que nous voulons citer de la lettre du publiciste Loyson. Nous sup-

primons le reste, afin de ne calomnier aiicun de ceux qu'il nomme, et qu'il appelle ses amis.

Les amis du P. Hyacinthe le pleurent et ne connaissent pas le publiciste Loyson.

8 juillet.

SUR LA PROCLAMATION DU COMTt: DÉ GUAMBORD.

Nous n'appartenons pas à ce que Fon appelle le parti légitimiste, mais nous sommes partisans de Ja monarchie chrétienne, A ce titre, Henry de Bourbon, sans être notre chef, est, si Ton veut nous permettre le mot, nôtre homme^ l'homme véritable qu'il faut à la monarchie et sans lequel il n'y aura point de monarchie chez nous.

Et comme lamonarchie chrétienne est certainement la meilleure et même 1p seule forme acceptable de la République, laquelle ne peut vivre et durer que si elle est chrétienne, et devient ainsi la république de tout le monde, Henry de Bourbon est notre homme encore de ce côté-là.

Roi de France, c'est-à-dire, par les réformes de la décentralisation, roi des FranceSy ou président héréditaire des republiques françaises, c'est la même chose au fond. Aucune monarchie n'est prqiicable sans le plus large essor des libertés publiques et sans la par-

PARIS P£NDAMT LÀ COMMUIIK.

ticipation républicaine du peuple au gouvernement et à radministration ; aucune république n'est possi*^ ble, n'est réparatricei n'est durable sans la présidence héréditaire. De quelque façon que Ton s'y prenne, il faut arriver à donner premièrement au pays une tète permanente. Sans tête permanente, il n'est au dedans qu'anarchie, tumulte et dictature de hasard; en dehors, que faiblesse et risée*

Or, s'il s'agit de trouver une tête et de satisfaire à cette urgence, l'on peut avoir des sentiments personnels et de parti fort différents. On peut préférer Orléans^ Bonaparte, Thiers avec son indispensable entourage, ou même Blanc, Blanqui, DombroTvski, avec le reste et la suite* Mais ce sont au dedans des anarchies et des dictatures, et bientôt, au dehors, des risées: La raison générale désigne Heniy de Bourbon*

C'est lui seul qui peut réunir toutes les fractions malheureusement si . divisées du très-grand et très^ tenace parti monarchique et leur assurer la victoire. C'est lui .seul encore qui peut rallier dans une vaste mesure les sections honorables et sérieuses du parti républicain, et satisfaire à ce qu'il y a de juste au fond des aspirations désordonnées et renversées du socialisme. Car enfin, il ne s'agit pas seulement, comme on semble le croire à Versailles, tle réorganiser l'administration et de réparer ce que les Prussiens et les communeux ont brisé et gâté» Il faut réorganiser ou plutôt organiser à nouveau les institutions, les rangs, les individus, même les âmes. C'est là que le grand dommage a été fait, bien avant les Prussiens ; c'est àeause de ce dommage ancienne-

ment réalisé que les Prussiens ont pu venir; c'est de ce désordre que le socialisme est né. Aucun parti n'est seul capable d'y porter remède. Il faut qu'une tête préside et puisse employer tous les bras, et en même temps il faut que cette tête ne soit pas une dictature. En dehors de Henry de Bourbon, où peut-on espérer de trouver cette tête?

La proclamation que ce prince adresse aux Français, selon son droit et le nôtre, est plus libérale et plus pratique mille fois qu'aucune parole politique qui ait été adressée au monde dans le cours de cette année 1870-1871, année de catastrophes et de professions de foi. Nous n'en exceptons pas la proclamation de Napoléon III partant pour T Allemagne et lui annonçant les principes de 89 et de 92, ni celles de Victor-Emmanuel aux Italiens, ni celles de doii Amédé aux Espagnes, ni celles de l'empereur Guillaume aux Teutons, pour leur intimer que l'empire est fait, c'est-à-dire que la Prusse les a conquis. Toutes ces pièces ont promis aux peuples des biens qui ne leur sont rien moins qu'assurés. L'épée les a signées, Tépéeles a déchirées.

Nous louons et nous honorons hautement la proclamation de Henry de Bourbon. Elle est franche, hardie et loyale. Il dit ce qu'il veut et propose le pacte comme il l'entend. Rapprochée de ses précédentes déclarations, elle est digne d'un monarque chrétien. C'est ainsi que le chef de la Maison de Bourbon pouvait frapper à la porte.

Il répond, comme il lui appartient, aux bassesses sottes et abominables que les ouvriers de plume et les

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demeurants de la Commune n'ont pas rougi d'afficher à Toccasion des élections. Le gouvernement a laissé commettre cette infamie ; il a permis aux pétroleux de semer cette graine de jacquerie, peut-être même les a-t-il approuvés. Cela n'est pas indigne du fond de sa pensée et du reste de sa politique. Henry de Bourbon s'est fait l'horûeur de déchirer ces ignobles affiches ; la conscience publique l'en remerciera. Ce sera son métier, s'il est roi, de ne pas laisser outrager et diffamer les citoyens ni la France.

Il veut garder son drapeau. Il en a bien le droit, et c'est son devoir. Les trafiquants protestants de Hollande marchaient sur la croix pour trafiquer au Japon. Un homme qui aspire à porter la couronne de France et qui en conserve encore l'éclat sur son front ne commence pas par une apostasie. Il aurait pu ne point prendre de drapeau du tout. Dans sa main et dans la main de la France, un fer de lance pouvait suffire. S'il veut un étendard, qu'il porte le sien. Ane pas remonter plus haut, le drapeau qui fut planté sur les minarets d'Alger vaut celui qui descendit de la flèche de Strasbourg, qui tomba des forts de Paris, et qui se recula de Rome.

Tel est, en abrégé, notre sentiment sur la proclamation de Henry de Bourbon. Nous ne sommes pas de ceux qui se cherchent un roi. Nousavons notre roi depuis longtemps, le Roi-Christ. Nous savons où il demeure. Il adroit sur notre volonté, sur notre cœur^ sur notre sang. Jusqu'à ce qu'il nous donne un'prince qui lui fasse serment et qui reçoive son sacre, tout autre roi en ce monde ne sera pour nous |qu'un col-

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lecteur d'impAte. Nous Re Faurons pas feit, nous ne }e déferons pas. Nous serons fidèles et loynux comme OB Tétait dans les catacombes; et quand le gouvernement changera, nous ne pleurerons pas.

Mais;, pour autant que nous pouvons et que nous avons à choisir, Heniy de Bourbon est de beaucoup le collecteur que nous pn ferons, l'homme à noti yeux le plus digne de défendre la législation du Christ, et par conséquent le plus digne de devenir roi et recteur du peuple franc.

GCXU

1 1 juilkit.

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