‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 76 sur 86 · LE MANIFESTE DU COMTE DE CHÀMBORD · texte numérisé non relu

LE MANIFESTE DU COMTE DE CHÀMBORD

Si un homme politique peut perdre ses amis, sa cause et sa fortune à donner Texemple de la fermeté, de la loyauté et de Thonneur, Henry de Bourbon a fait ce coup rare. Tel est l'avis quasi unanime des journaux. Ils déclarent tous que, depuis longtemps, personne n'a plus honnêtement et plus noblement parlé, que sa proclamation fait voir un esprit sincère, une âme élevée, un grand cœur, et tout cela est vrai. Ils ajo nient, avec le même accord, que tout cela ne leiu» va point, ne peut aller à personne en France, et que, par conséquent, Henry de Bourbon abdique, e* la cause de la monarchie est finie. Pour notre compte.

nous sommes persuadé qn'ils révèlent ici le fond de l'âme française, du moins, le fond de cette partie de rame française qui parleen eux. Emus de cette spleifdeur de la probité royale, ils n'ont pu s'empêcher d'être sincères à leur tour : — Eh bien ! Monseigneur, nous aurons aussi notre probité. Franchement donc, vous êtes bien trop honnête pour nous. Vous pourriez nous sauver, nous ne voulons point risquer cela. Décidément nous ne pouvons plus obéir qn*à des chefs que nous puissions mépriser. Allez-vous-en.

Après un siècle, après les deux Républiques, les deux Restaurations, les deux Empires, les trois invasions, entre le second et le troisième 9^3, c'est Téclro de : Fik de saint Louis, mofitez au ciel I

Sur ce congé donné au droit, à l'honneur et au bon sens, se fonde la troisième République. Nousdoutons qu'elle soit bien fondée.

Si véritablement le fils de saint touis a perdu sa cause, ce n'est pas lui qu'il faut plaindre. Il n'est à plaindre que comme tous les autres Français, destinés à voir la patrie diminuer toujours, baisser toujours, etpeut-être pérîr.Pour lui, il n'est pas diminué, et tant s'en faut. Il a mis à l'abri sa gloire de Français, de Roi et de Chrétien; il a réservé du vieux drapeau de la France ce qu'il faut pours'en faire un linceul. 11 était déjà le pi^mier gentilhomme du monde, il est aujoiu'd'hui l'unique. Au'milieu de ces félons, de ces pervers, et de ces prévaricateurs qui trafiquent avec la Révolution, qui marchandent, qui ourdissent, qui se parjurent, qui comptent avec les routiers, les étneutiers et les brochuriers, il est gentilhomme.

Lorsqu'il mourra, on répétera dans le monde cette parole qui n'y fat dite qu'une fois, et qui n'annonçait pas une ruine aussi grande : Le gentilhomme est mort 1

Ce seraitle deuil suprême et irrémédiable de l'honneur, s'il ne restait pas des chrétiens.

Nos lecteurs sont au courant des mouvements et incidents qui ont précédé la proclamation datée de Chambord. Quoique l'histoire authentique n'en soit pas faite, l'on entrevoit ce que les politiques voulaient préparer. C'était proprement la fusion. Nous n'en sommes pas et nous ne faisons que des conjectures. Mais, tous les documents l'indiquent, il s'agissait de fondre le droit dans le fait, et de donner la légitimité du droit à ce qui se prétend la légitimité supérieure du fait. La question du drapeau impliquait la question de la souveraineté populaire, et Tadoption du tricolore résolvait cette question contre la royauté.

S'il est permis d'imaginer un entretien qui sans doute n'a pas eu lieu directement entre le prince et ses amis de diverses origines, anciens, nouveaux, parents et autres, voici ce qu'il leur a pu dire en prince, en homme de bien et en homme de sens :

ce Vous me proposez d'abdiquer, pour que vous puissiez ensuite m'élire, je ne sais trop à quel titre et comment. Vous me demandez de cesser d'être roi et de devenir fonctionnaire. Vous souhaitez que je fasse cela sérieusemeiit et en toute sincérité, car je ne peux supposer ni que vous me jugiez capable de feindre ni que vous m'y engagiez. En tout cas, je re-

fase. Ce n'est plus mon devoir, et ce ne serait pas votre intérêt.

a Vous ne pouvez pas m'oflfrir une candidature, et je ne l'accepterais pas. Vous ne pouvez pas m'offrir la royauté, je la possède et vous le savez bien, car autrement, pourquoi viendriez-vous à moi ? Vous ne pouvez que m'ofirir, pour votre part, la couronne. Mais vous ne me l'offrez ni telle qu'elle est, ni telle que je la veux, ni telle qu'il la faut, et vous manquez de titres ou pour me l'offrir ou pour la modifier. Cela ne se peut plus faire que d'accord entre moi et la France. Vous n'êtes en ceci ni mes fondés de pouvoir ni ceux de la France; vous n'êtes pas juges entre la France et moi.

« De, la France même je n'accepterais pas la couronne aux conditions que vous y mettez.

« Vous venez à moi parce que vous avez besoin d'un roi et parce que je suis le roi, et vous me demandez de n'être plus le roi, ni même un roi ! Vous demandez que j'oublie mon nom, que j'efface mon histoire, que je déchire mon titre ! Mais alors, à quoi pourrais-je être bon, qu'à vous tirer un moment d'embarras, au prix de la dernière ressource de la France ?

« J'ai cinquante ans, je connais le monde, j'ai étudié votre train particulier, et je suis chrétien. Parce que je suis chrétien, j'ai le devoir de consentir à régner chez vous si j'y suis invité ; et il convient même que je fasse les premiers pas, à cause de votre extrême malheur. Me voici. Mais encore ai-je à faire mes conditions. Je les fais, et il importe à ma loyauté d*en

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avertir tout le lioomdev parce qa'elks regardent to^t le monde. Sans soldats et sans partisans armés, c'est ainsi que je peux; et que j.e yeuL livrer bataille à ce«ix que vous avez dressés à ne plus vouloir iti de roi ni de foroae de roi. Je leur dirais eeoune à vous, que je prétends. B'être pas u.Qke forme de roi; et Ton me verra^ en Uonime de ma race, sur le chemia de Thonneur.. J'y porterai ie panache blanc.

a Vous tene2& tant à ce tricolore? Si c'est pure fan» taisie, vous devez me passer un goût différent, et votre goût, ici doit céder aai mien, lequel ases raisons solides qui manquent au vôtre. Si c'est ruse, je me m'engage pas dans un^ voie de ruse où je marcherais mal, où je serais certainement abandonné et vous c^ftainement battus. Si c'est lâcheté, je nie suàs.pôiat l'homme. Je u' entends auUement jouer au plus fin, et je ne demanderai poini; pardon d'appartenir à ma race et à ma foi. Je ne crois pas qu'Henri IV ait dit que Paris valait bien une messe ; maiis s'il a fait ce mx)t,je ne le reçois pa^ à m(m compte. Je preods Henri IV après la messe, nioi. Je dis que la messe ou je demande à Dieu de me faire mériter le ciel en m'emj)loyant au juste et au vrai vaut plus qu^e Paris et plus que la couronne. Que si votre tricolore est un ' symbole, et si vous y tenez eonutte à un symbole, alors il ne s'agit plus de réforme, mai& d'abjuratioa. Ce symbole est l'opposé du mien ; j'ai besoin de ne pas le porter,, et vous-mêmes vaus avez besoia que je ne le' porte pas.

a Je suis roi pour conduire la Franx*.©, pour lui faire rem.onter un chemiu de- paix et de gloire où elle

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110 doit rien perdre de ce qu'elle a pu acquérir, et où elle retrouvera ce qu'elle a certainement perdu. Je ne veux pas être roi pour la suivre aux abîmes. Si son goût la traîne irrésistiblement à M. Gambetta, je n'ai rien à faire qu'à n'être pas de ceux qui ne peuvent résister aux séductions de M. Gambetta. Je plains la France et je me retire.

L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit mot.

tt J'apporte une dot, je fais un contrat, j'exige des

garanties, et ensuite je me marie à l'Église, cierges

allumés, et non à la Closerie des Lilas, entre deux

petits verres. Mon goût me porte aux bonnes mœurs. C'est à prendre ou à laisser.

o J'admets considérablement de choses dont je crois pouvoir me tirer honorablement et avec avantage pour vous : le suffrage universel, les Chambres, les orateurs et le reste, qui- est beaucoup. Nous tâcherons, avec cela, de régler le passé, d'épurer le présent, de préparer l'avenir. Mais, je serai roi ; sinon, non. Mes cousins, qui demandent à me faire visite-,, viendront ici saluer le Roi, ou bien ils courront l'autre chance. Moi, je ne la cours pas.

« Je suis et je veux être homme de mon temps, mais je reste homme de mon rang et de mon sang. Je suis l'or monarchique. Je consens d'entrer au creuset, mais que ce soit pour en sortir j^lus or ! Point d'alliage s'il vous plaît. Otez ce cuivre, ce plomb, ce zinc ; For y perdrait sa valeur et ne vous donnerait qu'un métal cassant et trop vite oxydé.

c< Bonsoir, messieurs, )v

.jOO PAIUS PENDANT LA COMMUNE.

Que ce discours paraisse impolitique, et que les politiques s'en aillent tristes en répétant: a Bonsoir,» c'est possible, hélas ! et vraisemblable.

Et néanmoins, il n'est pas impossible que la nuit porte conseil. Elle pourra être assez longue et assez agitée poiu* que beaucoup reviennent et disent : « Salut, noble roi! »

10 juillet.

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