II
34 PARfS PCMDAMT LE Sl^OK.
C'est un prince proteslant, et protestant et Berlin ;
la différence est considérable. Il est, en outre, pontife
suivant l'ordre de Luther, suivant Tordre de Frédéric
le Grand, et suivant son ordre ^ lui-même. Si Ton
veut qu'il soit néanmoins chrétien, ces appendices
expliquent pourquoi il fait une guerre païenne ; et
quiconque est chrétien à sa façon n'a aucun droit de
l'accuser, cette sorte de Christianisme ne pormettanl
pas moins. Certainement Voltaire, le cher Voltaire
du Siècle^ chrétien aussi , s'il était témoin des hauts
' faits du roi Guillaume, n'y trouverait pas plus a
reprendre que dans les hauts faits du roi Frédéric. Il
dirait, comme l'aimable aragouiu Meillet : (( Je ne
vois pas là de quoi fouetter un Veuillot. » Lo roi de
Prusse est en pleine jouissance de l'argument du
joli Cadet de Wottu : « Veuillot me blâme, donc je
suis dans la voie de l'honneur. »
Puisqu'on ne peut pas appeler le roi de Prusse un prince chrétien, il n^ a nul moyen de le comparer à Gharlemagne. Au sens de l'esprit couimc au sens de l'épée, la taille manque, et ce n'est plus du tout la même conception de l'empire. Le 5iVr/e exprime trèsbien cette pensée en parlant de guerre païenne pour rétablir l'empire païen.
Le magnanime Charlemagne, préparé par le grand -pape Adrien 1", sacré par le grand pape Léon III, est Tœuvre politique de la sainte Église romaine. Elle le tira du chaos barbare et le ])étrit de sesmains, comme Dieu avait pétri Adi:m du limon de la terre. Assurément les vues de l'Église romaine furent tout autres que celles de M. de Bismark, facteur de
P^RIS PENDANT 'tE S(t^£. 3K
Tempereur prus^ieQ ! Éclairé de 1& lumière aposta^ lique, le nouvel enapire devait roaiateoir la paix^ c'est-à-dii-^e le droit et la justice dians le peuple .de Jésus-Christ. C'était le mint empire. Aux natitm^ conquises, Charlemagae n'envoyait pas des pro(XMDi<> suis, mais des évêques, pour 4éfendce , comme iJ le disait lui-même, leur droit et leur liberté. Las Aile* 4aands et d^autres, les profonds politiques An Times^ •^par e;xemple, peuvent dire que 1 empire prussien -est $mnt. Mais il ne suffit pas qu'ils le disent.
Napoléon aussi se targuad*étre Qiarlemagoe.L'ooa trouve aujourd'hui qu'il ressembla davantage à l'espèce relativement médiocre des despotes et des aTom^ turiers, généralement employés comme fléaux. Sa place diminuera dans Tbistoire quand le jour renaî- •tra, et ce César de soudards pourra n'être qu'un Tamerlan. U avait du génie, ou plutôt un génie. Souvent le génie humain n'est qu'un ange déchu, condamné à voyager en ce monde sur quelque bête lourde et rétive. Voyez M. fiugo. Il est plein «de génie. De l'homme de génie, dueonquérant de génie, du législateur de génie à l'homme vraiment supérieur, de Napoléon Bonaparte à Charlemagm^, pasteur de peuples et fondateur d'empire, il y a toute la distance du châtiment à la miséricorde, <le la semence de mort à la semence de vie.
Napoléon, ambitieux du nom de Charlemagne, a pu se couler un moment dans la robe du grand empereur, il n'a pu la porter. Elle s'est aflaissée sur lui. On l'a ramassé là-dessous brisé, on la jeté sur un bateau et expédié à Saint«-Hélène. La vaste pri-
son des mers lui a été donnée pltis peut-être à catise de la folie du monde et de la faiblesse de ses enne* mis, qu'à cause de sa véritable . valeur. Il se comparait mieux lorsqu'il disait : Je suis la Révolution !
Eùtre la Révolution et Charlemagne, il n'y a pas plus de comparaison qu'entre M. de Bismark et le pape Léon III. La Révolution avait pour but d'anéantir le reste du saint empire romain, afin d'anéantir le reste du Christianisme. Elle a eu providentiellement pour objet, elle aura pour eflFet d'anéantir le vieil esprit césarien et anticatholique qui avait ressaisi les rois de TEuropeauméprisde leur institution sacrée. La Révolution a donc renversé les trônes : elle y voyait encore la croix, qui n'était plus qu'une image, elle n'y voyait pas son propre esprit, qui faisait leur faiblesse et qui eût irrémédiablement assuré sa victoire. Et comme, après les avoir renversés, elle les relevait obstinément pour s'y asseoir elle-même et les gâter davantage encore, elle a été condamnée à les livrer au feu. Il n'y a plus autre chose à faire de «es meuT)les pestiférés. Mais le feu qui doit consumer les trônes doit consumer aussi la •Révolution, sinon il consumera le monde.
Si la longue miséricorde de Dieu n'est pas épuisée, si les temps de l'Antéchrist ne sont pas venus, le monde abjurera la tyrannie et la séduction révolutionnaires comme il a abjuré la tyrannie et la séduction royales. Ni César, ni Brutus, mais le Christ !
Alors, ce qui sortira intact de la poussière des siècles et du brasier moderne , ce qui se retrouvera
parmi les débris de trônes, d'échafauds et de peuplée enfouis sous des montagnes d'obus et d'armes scientifiques brisées , ce sera l'idée de la sainte Église et de son fils et serviteur Charlemagne, le règne du Christ et du peuple chrétien.
La démocratie baptisée, la sainte démocratie, sera sans doute une création nouvelle, mais elle ressemblera beaucoup plus au 5am/J empire qu'à l'empire païen et qu'à l'empire révolutionnaire, lesquels sont, au foud , le même empire et le même fléau. L'un et l'autre sortent de la même source empoisonnée, du cœur arrogant , cruel et bas de l'homme qui se croit Dieu.
Le Siècle ne fait nullement un paradoxe lorsqu'il dit que a de toutes les nations du continent européen la France est celle qui représente le mieux le principe opposé au césarisme. » Rien n'est plus vrai ; mais ce n'est pas parce que la Révolution française a a formulé les Droits de l'homme et du citoyen. » Cette formule n'est, comme la Révolution elle-même, qu'un médiocre plagiat de la fonnule bien plus ample donnée trois siècles auparavant par la révolution allemande, la vraie Révolution. Or ni en Allemagne, ni en France , ces fameuses formules n'ont empêché la renaissance triomphante du césarisme, le rétablissement de l'empire païen. Elles en ont , au contraire, relevé la base et fourni Tunique agent, qui est la doctrine impie de la divinisation de Ihomme par luimême.
Uerhpire païen! Comment par ce seul mot le Siècle ri'est-il pas averti de son erreur sur la véritable
38 PARIS PENDAl^T LE SIÈGE.
r659diirce de la France contre César, c'est-à-dire cdûtre Thomme se faisant Dieu ?
Car c'est là le césarisme et César. En Césnr Thomme siB crée Dieu, et il fait César afin de se voir Dieu et de s'adorer lui-mêaie dans un bomme. Ainsi il s'avilit, il È'& ttte, mais il contente son ingratitude et son insolence en se séparant du vrai Dieu qui s est fait homme pour le relever et le sauv^.
La France est la nation la plus rebelle au césa* risme, parce qu'elle est, malgré ses défaillances, la dation la plus fidèle ou la moins infidèle à Jésus- Christ, Dieu fait bomme.
C'est la nation ab( ndante en généreux ouvriers de la pensée, l'a nation au «'lair esprit, au clair langage, en qui toutô théorie devient une épée, et toute épée, qti'^on nous pardonne te mot, une aiguille, et qui s'applique à coudre aussitôt qu'elle a tranché. La France se coud elfe-même à la conception qu'elle a reçue et veut y coudre le monde, moins pour s'en fkire un avantage ou une gloire que pour en procurer le bienfait. Ainsi elle s'est cousue à la conception révolutionnaire qui Ta trompée, et elle y a voulu coudre rbum.inité. Dans l'impiété de la France, on ne découvre pas l'imbécile athéisme allemand, mais plutôt un certain christianisme à rebours. Sa folie, encore généreuse, rêve de refaire le Christ lorsqu'elle veut le chasser. Elle ne dit pas comme l'Allemagne : Empire et domination! Elle dit : Liberté, • égalité, fraternilé! Elle pousse Tard «'.ur de son rêve jusqu'à cesser de dire : Patrie et gloire, pour dire : Huitifitnité ! Lorsqu'elle saura de nouveau que Jésus-
PARIS PENDANT LK SifiÛfi. 39
Christ est le \^rai son et le vrai sens de ces nobles paloles, le son et le sens à la fuis divin et humain ; lorsqu'elle aura réappris ce mystère qui lui fut connu, alors elle se connaîtra elle-métne et le monde la connaîtra, car elle ne voudra plus d'affaires ni de repos qui la détournent de ranseigner au monde.
La France est la nation qui a le plus aimé^ et à cause de cet ancien amour demeuré au fond de ses mein-es, elle est celle qui versera son parfum et ses larmes sur les pieds du Sauyeur. Elle voudra mériter de. beaucoup comprendre et d^imer beaucoup. Oh! quand éclatera le repentir de la France, quand cou* kfont les larmes de la France, quand se lèvera cette jiouvelle aurore à l'horizon du genre humain ! — Me voici, c'est moi, je sijis la France, et j'annonce le Christ, roi du monde.
L3 tronçon d'épée que nous tenons à la main, s'il n'est qu'un reste de Tépée de Napoléon^ ou de l'ii^amonde coutelas révolutionnaire, ou du sabre qui a -découpé la Bastille comme un fruit creux déjà rongé des vers, rentrera promptement dans le fourreau et nous laissera gisants sur les stériles paperasses de 89. S'il devient la belle vieille et sainte épée de Clovis, il est en effet l'espoir, l'unique, mais triomphant espoir de la liberté du monde.
Contre l'empire païen, il n'y a qu'une arme victorieuse, l'épée chrétienne aux mains d'un peuple chrétien. César n'aura de vainqueur que Jésus- Christ.
Or, cherchez daffs le monde ce qui demeure encore à'mi peuple chrétien : c'est la France. Et si vous re-
40 PARIS PENDANT LE SlÉGË.
gardez la France qui se lève, qui se bat, qui meurt, qui veut résister jusqu'à la dernière goutte de sang et donner encore cette goutte dernière, et en quelles mains enfin est surtout Tépée de la France : les noms et les nationalités sont connus, nommez-les, et voyez à quel rang il faut mettre ceux pour qui cette guerre n'est pas seulement la guerre nationale, mais la croisade et la guerre sainte.
Quel que soit le -sort des armes, il y a un point d'assuré, c'est que ceux-ci ne céderont pas, ne céderont jamais, n'obéiront jamais à César, et moins qu'à tout autre au César étranger. En France, le patriotisme invincible, et, nous l'osons dire, éternel, est catholique. Nous ne pouvons céder à César païen ou hérétique, sans perdre comme vous l'honneur, et, de plus que vous, nos âmes.
La cause catholique est celle qui ne meurt jamais^ parce qu'elle est celle pour laquelle il faut mourir toujours : et c'est pourquoi César est vaincu.
28 décembre.