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INSTITUTION

La police doit être occupée de l' administration des choses , veiller à ce que l'usage en soit libre et sûr; ses soins doivent avoir pour objet l'approvisionnement, la propreté, l'illumination, l'ordre delà ville, le repos, la sécurité de ses habitans.

L'institution de la police est-elle utile au peuple? Oui, sans doute, lorsqu'elle est employée à garantir la fortune et la liberté des citoyens; non, lorsqu'on la fait sortir des limites de cette garantie : dans ce dernier cas , arbitraire, vexatoire, elle n'est qu'une arme de plus pour le despotisme.

Il est facile de démontrer qu'on l'a rendue oppressive en l'éloignant de ses principes constitutifs, et qu'en la ramenant à sa véritable origine, sauf les modifications nécessitées par le temps , on en ferait une chose bonne, appréciable, conséquemment digne du progrés populaire.

Quoique les historiens fassent honneur à Louis IX d'une institution dont les derniers de sa race firent un si mauvais usage, et qu'ils fixent

ToMi: 1. 1

2 l'AUlS PIliORESQti:,

l'époque de son berceau à l'année 1260, on retrouve des traces de son existence jusque dans les lois saliques et ripuaires.

Mais alors , et jusqu'au xvii'^ siècle, la police était unie à la justice; les mêmes magistrats connaissaient de l'une et de l'autre : il n'y a à cet égard qu'une faible observation à faire , et qui est relative à la création d'un lieutenant criminel du prévôt de Paris , en 4343 ; j'en dirai un mot tout à l'heure.

Ce qui a fait supposer que Louis IX était le fondateur de la police en France, c'est que « le célèbre Etienne Boylesve(l), qu'on peut regarder comme le premier prévôt de Paris , nommé par le souverain (2) » , commença à réunir en un seul corps toutes les ordonnances qu'il avait rendues sur la matière. Ces ordonnances ainsi réunies forment le premier volume des livres de couleur : on le distingue sous le nom de livre blanc, à cause de sa couleur ; mais il a retenu celui de liv7'e des métiers , pour la spécialité de son sujet.

Philippe II, dit Auguste, avait placé, en 1489, la juridiction du prévôt de Paris au Grand-Châtelet , monument détruit en 4802. (Voir à ce mot.)

Veut-on savoir quels honneurs étaient attachés à <:ette magistrature? qu'on lise le passage suivant de VinivodiictioiMWi Nouiemi Dictionnaire

(i) On a corrompu ce nom en celui de Boileau, et Tusagc a consacré Terreur. Voici ce que le P. Hénault a dit de ce magistrat {Ab. clironol., éd. de 1821 , de Walckenaer, t. i"^', p. 274) : " 11 s'appliqua d\ibord à punir les crimes; les prévôts-fermiers avaient tout vendu, jusqu'à la liberté du conmicrce, et les impôts sur les denrées étaient excessifs; il rjemédia à Tun cl à Tautre ; il rangea tous les marchands et artisans en différents corps de communaulés, sous les titres de confréries; il dressa les premiers statuts, et forma plusieurs règlements, ce qui fut fait avec tant de justice et ime si sage prévoyance que ces mômes statuts n'ont presque été que copiés ou imités dans tout ce qui a été fait depuis pour la discipline des mêmes conmiunautés, ou pour l'établissement des nouvelles qui se sont formées dans la suite des temps. »

On lit dans le même auteur, années 1269-170 : « Etablissement de la Police de Paris, par Etienne Boileau, prévôt de cette ville. » Il y a là mauvaise explication , parce que la police n'était pas une création de cette année, parce qu'elle n'était pas encore séparée de la justice, parce que, enfin, les prévôts de Paris, depuis leur origine, avaient constamment été chargés de l'une et de l'autre.

(?) Velly, Hist. de Fr., t. iv, p. 382. Velly s'est trompé : l'institution des prévôts de Paris est de Hugues Capet, qui choisit le premier de ces magistrats, lequel vivait en 1060, et se nommait £?/en/u'. Etienne Boylesvc , dont la magistrature date de 1248, selon Velly, n'a été que le quinzième. Ce qu'il y a de plus extraordinaire dans Velly, c'est qu'il raconte ensuite comment Hugues Capet enleva aux comtes et aux vicomtes l'administration de la justice et de la police pour la confier à un noirwl ollicier du nojn de prévôt.

de police, due à la sagacité de M. Eugèuc Labal, archiviste do la préfecture de police.

« Le prévôt de Paris présidait en robe au Chàtelet, et portait l'épéeà la tète des troupes dont il avait le commandement. Ce double pouvoir était exprimé par ses ornemens dans les grandes cérémonies. Il y paraissait, vêtu d'une robe de brocard d'or fourrée d'hermine, sur un cheval richement caparaçonné. Deux pages marchaient devant lui, portant chacun au bout d'une lance son casque et ses gantelets. Ilavaitenoutreune compagnie d'ordonnances, deux compagnies de sergens, l'une à cheval, l'autre à pied. Ces derniers étaient appelés sergens à verge, et étaient chargés de veiller à la sûreté de la ville. Les autres étaient appelés soldats du guet, et leur commandant portait le nom de chevalier du guet. Il y avait, en outre, pour faire exécuter les règlemens de police, des bourgeois qui étaient élus pour chaque quartier ou paroisse , et que l'on appelait commissaires. Ils jouissaient d'une immense considération, et marchaient de pair avec les principaux officiers de la juridiction. Ils avaient chacun dix sergens sous leurs ordres. Ces charges, qui existaient aussi dans la province, finirent par être vendues, et le mode d'élection disparut entièrement (p. xxviii-xxix). y

Cette organisation était celle des temps antérieurs au commencement du xiv^ siècle : la création d'un lieutenant civil, en 1321, et d'un lieutenant criminel, eu 1343, la modifia en ce sens que ces assesseurs du prévôt de Paris l'aidèrent d'abord dans des affaires afférentes à leurs fonctions , et que , plus tard , le prévôt se déchargea sur eux de tous les soins de sa charge. Le lieutenant civil, premier de la prévôté, présidait toutes les assemblées du Chàtelet et connaissait de toutes les causes civiles. Le lieutenant criminel, second de la prévôté, jugeait tous les individus prévenus de délits ou de crimes commis dans les délimitations de la prévôté. La police , en ce qui touchait plus particulièrement à la sûreté de la ville , relevait de ce dernier.

Le prévôt des marchands, chef du /mreau de ville (1) , et le parlement, rendu sédentaire à Paris en 1302, apportèrent quelques changemens dans l'attribution des pouvoirs du prévôt de Paris ; mais la police active n'en demeura pas moins à celui-ci et à son lieutenant criminel .

(i) Le bureau de ville s'occupait de tout ce qui iniéressait le comiucrcc et l'approvisionnement par eau , la sûreté et la commodité des quais , ports , fontaines , cours et remparts de Paris; iljujjeait, avec les maîtres des métiers, de la bonté des marchandises amenées à Paris Par les marchands forains.

4 PAllIS l'ITTOKliSQLli.

L'inslilutiou subit dilIcTculcs chances de lorluue, qu'il n'est pas sans intérêt d'indiquer ici.

Philippe IV, dit le liel, et que le peuple a surnoninié le faux monnmjeur, nom qui lui est reste, s'empara de la police, la faisant servir à ses exactions et à ses crimes. Le peuple étant chargé d'impôt , elle le poussait au mécontentement afin de donner au prince le profit des confiscations. Philippe convoitant les richesses des Templiers, elle l'aida puissamment dans les procès sanglans de ces victimes. Tandis que, par les ordres de Philippe, on se saisissait de Boniface VIII à Agnanie, elle concourait au pillage du palais pa[ial à Rome. Partout où il y avait à servir la dégoûtante avidité de Philippe, elle se trouvait, revêtant toutes les formes, abusant de toutes les choses.

Enfin Philippe mourut, et pendant un siècle et demi la police redevint et resta à peu prés ce qu'Etienne Boylesve l'avait faite.

Mais apparut Louis XL Nous attendons encore un historien impartial de ce roi , qui nous dise si le mal dont on l'accuse n'a pas été dépassé par le bien de son règne. On n'a pas à traiter ici cette question. Louis XI avait peur de la mort; et, par amour delà vie, il était d'une dévotion «mbrageuse et fort coûteuse au peuple ; il méprisait les hommes, et se plaisait à les avilir ; il était convaincu que l'argent devait être le moteur de toutes les affaires : soumis à de pareilles idées , la police ne pouvait paraître à ses yeux qu'un moyen gouvernemental utile à la sûreté de sa personne, nécessaire à son coffre-fort. Grand policier de son royaume, son compère Tristan ne le quittait jamais 5 car police et justice marchaient ensemble, et le bourreau devait être toujours près du juge. Louis augmenta de moitié les impôts anciens et en créa de nouveaux ; il voulut se saisir du duc de Bourgogne afin de profiter de sa captivité pour lui enlever son duché; il prit violemment à son frère, au grand déplaisir des Normands , la Normandie , qu'il lui avait donnée ; il poursuivit ceux des Parisiens qui avaient appris h leurs pies et à leurs perroquets à répéter le nom de Péronne (1) ; il rechercha le secret des familles afin d'en abuser à son profit : la police se glissait partout, jetant sur tout son venin. Ejitretenant les terreurs du despote , elle pourvoyait à ses cages de fer et à ses oubliettes. Louis porta si loin sa police qu'eu établissant les postes

(1) « Les bourgeois s^enfermaient dans leurs caves pour avoir le plaisir de Caire répéter à leur aise ce mot à leurs perroquets; ce qui les divertissait beaucoup, et ne disposait pas le peuple à un grand respect pour son souverain. » Mcrciei', Portraits des rois de France, t. 3, p. 55.

POLir.E. 5

il nVut d'autro motif que rolui de favoriser la course de ses espions dans toutes les cours, afin d'être plus promptcraent informé de ce qui s'y passait.

Après le roi de Plessis-lès-Tours , la police s'endormit pendant quatrevingts ans. Catherine de Médicis la réveilla lors de sa régence pendant la minorité de Charles IX. Mais alliant aux ressources ordinaires l'espionnage des prêtres et des dames d'honneur, et n'ayant pas assez de lumières dans l'esprit ni de fermeté dans le caractère, elle se heurta contre le désir de tout savoir et la volonté de tout faire , brouilla les affaires , porta le trouble et la confusion au sein du pays : chaque parti, espérant un appui des irrésolutions continues de la reine, prit les armes, même contre elle, et le sang ruissela des rues de Paris dans la Seine (1).

La police se perdit ensuite dans la ligue , se fit acheter par Henri ÎV, tomba aux mains de Marie de Médicis, puis de Richelieu, qui la confia auR. P. Joseph, puis à Mazariu : c'est sous de pareils maîtres que la police fit l'apprentissage de son avenir.

Qu'avait donc été la police jusqu'à cette époque? qu'était-elle donc à l'avènement de Louis XIV au trône ?

(i; Catherine de Mcdicis savait aussi , comme on le sait de nos jours, tout re qu'on peut obtenir par corruption. Les auteurs des Arrliwes curieuses de l'histoire de France, un des .ouvra(ies cin {jenre des plus intéressans de Tépoque, ont découvert dans les manuscrits de Diipuy (218, f" I ) un Avis donnez par Catherine de Médicis à Charles IX pour la police de la cour et pour le gouvernement de son estât , qui doit être du mois d'août 1 563 ; ils l'ont inséré dans le cinquième volume de leur collection, qui vient de paraître. On y lit ceci :

« J'ay oublié un autre point qui est bien néces.sàire que mettiez peine , et cela se fera aisément, si le trouvez bon; c'est qu'en toutes les principales villes de vostre royaume vous y gagniez trois ou quatre des principaux bourgeois , et qui ont le plus de pouvoir en la ville, et autant des principaux marchans, qui ayent bon crédit parmy leurs concitoyens, et que sous main, sans que le reste sans apperçoive ny puisse dire que vous rompiez leurs privilèges , les favorisant tellement par bienfaits ou autres moyens , que les ayez si bien gagnez qu'il ne se face ny die rien au corps de ville ny par les maisons particulières que n'en soyez adverty, et que, quand ils viendront à faire leurs élections pour leurs magistrats parlic'iliers , selon leurs privilèges , que ceux-cy, par leurs amis et pratiques , iacent toujours faire ceux qui seront à vous du tout, qui sera cause que jamais ville n'aura autre volonté et n'aurez point de peine à vous faire obéir ; car, en un seul mot, vous le serez toujours en te faisant. »

Et, pour servir de garantie à l'aulhentitité de cette pièce, on lit au bas, de la main de la reine Catherme.

« Monsieur mon fils, vous en prendrez la franchise de quoy je le vous envoyé, et le bon chemin, et ne trouverez mauvais que je l'aye fait écrire à Montagne; car c'est afin que le puissiez mieux lire. C'est comme vos prédécesseurs faisoient. x

Quelques nu'séfaltics arrliers , «l.iiis los jours de paix, ossa\.nenf do saisir les voleurs et les ineurlriers; presque toujours guidés par u» niotil d'intérêt personnel, ils s'en dessaisissaient moyennant quelque argent que ces scélérats leur donnaient furtivement; ou, s'ils les traduisaient devant les juges, c'était dans l'espérance d'obtenir une partie de l'amende à laquelle ces criminels étaient condamnés.

Parvenaient-ils à surprendre quelques filles publiques revêtues d'habits ou d'ornemens qui leur étaient interdits, c'étaitl' espoir d'une rançon, ou au moins d'une part dans l'amende , qui les portait à sévir contre elles.

Hors des cas qui lui offraient cet appât d'un lucre chétif, le surveillant agissait comme s'il n'eût eu rien à démêler avec les malfaiteurs, d'ailleurs trop nombreux et souvent trop puissans pour ne pas craindre de s'attirer leur haine commune par trop de sévérité : ils lui pardonnaient de faire quelquefois son métier, parce que les scélérats ont aussi pour adage qu'// faut que tout le monde vive.

On voyait s'organiser, sans qu'aucune force se levât pour les réprimer, ces compagnies qui désolaient le royaume, et qui, sous le nom àe routiers j de trente mille diables, quinze mille diables, escorcheurs, pillaient, assassinaient, rançonnaient impunément.

Sans cesseprêtes à prendre parti pour ceux qui les payaient, ces troupes indisciplinées, commandées souvent par des grands seigneurs, étaient généralement composées de cadets et de bâtards des înaisons nobles, cl de leurs serviteurs.

Les escorcheurs parcouraient la France, cherchant du butin, faisant naître les occasions de s'enrichir : tout leur semblait bon à prendre, et les meilleurs moyens étaient les plus expéditifs et les plus violens.

La renommée du mal qu'ils pouvaient faire était telle que les princes qui se faisaient la guerre invoquaient souvent leur appui.

Ou vit à leur tète le bâtard de Bourbon, le bâtard d'Armagnac, Antoine de Chabannes , et Lahire , et Saintrailles , que la France mettait au rang de ses plus braves capitaines.

Certes, au milieu de cette sanguinaire confusion, les criminels avaient de nombreuses chances d'impunité : aussi l'action de la justice était-elle nulle.

Lorsque ces scélérats eurent disparu , le calme ne se rétablit pas en France; des sujets non moins sérieux d'agitation tourmentèrent de nouveau le royaume. Les dissensions religieuses servirent de motifs à tous les crimes. Ce n'était pas au temps de la ligue qu'on pouvait voir l'ordre et la justice dans les affaires publiques : l'état delà ville, l'organisation, les habitudes de ses habitans, s'y opposaient.

Alors, « Ifi corps municipal élaitseul arbidedos résolutions ol dépositaire des forces. Paris avait des murailles flanquées de grosses tours, des portes qui se fermaient exactement, et leséchcxins en gardaient les clcs. La bourgeoisie était enrégimentée. Elle élisait ses capitaines, et se formait, par de fréquens exercices, au maniement des armes. Il y avait au coin des rues de grosses chaînes scellées , qu'on tendait à la première alarme pour fermer les quartiers. On faisait à toutes les maisons des saillies, qui les rendaient plus propres à l'attaque et à la défense. Enfin le peuple avait ses bannières, des places d'assemblées fixées, ses mots de ralliement; et il ne fallait qu'un coup de tambour pour mettre sous les armes une foule de soldats , peu aguerris à la vérité , mais redoutables par leur nombre. (Anquetil, Esprit de la ligue^ t. m, p. 2-3.) »

Richelieu , en étouffant les restes de la féodalité, concentra l'autorité dans ses mains, ou plutôt s'empara de l'autorité royale. La fermeté de son caractère aurait pu seule restaurer les mœurs ; mais sans cesse occupé du soin d'établir et de consolider son pouvoir, il usa de corruption, d'intrigue et de violence , au lieu de l'affermir par de bonnes lois , et par une création sage et forte de juges indépendans.

L'espionnage dcAint, sous la direction de ce ministre habile, l'instrument de tyrannie le plus puissant et le plus dangereux. Tl se servait des hommes les plus vils, il employait les moyens les plus odieux : le valel dénouçail son maître, le confesseur son pénitent, la fennneson mari.

Quand Louis XTV prit le gouvernement de l'état, la France entière était infestée de voleurs et d'assassins.

Au commencement du règne de ce prince, on voyait encore à Paris un lieu appelé la Cour des Miracles, qui, d'après Sauvai (t. ï, p, 512), de toutes farts était entourée de logis bas, enfoncés, obscurs, difformes, faits de terre et de boue, et tous pleins de mauvais pauvres.

Les huissiers , ni les commissaires et autres gens de police ne pouvaient y pénétrer sans y recevoir injures et coups , même sans danger de vie.

« On s'y nourrissait de brigandages , poursuit Sauvai ; on s'y engraissait dans l'oisiveté , dans la gourmandise , et dans toutes sortes de vices et de crimes : là, sans aucun soin de l'avenir, chacun jouissait à son aise du présent, et mangeait le soir avec plaisir ce qu'avec bien de la peine, et souvent avec bien des coups, il avait gagné tout le jour; car on y appelait gagner ce qu'ailleurs on appelait dérober : et c'était une des lois fondamentales de la Cour des Miracles de ne rien garder pour le lendemain. Chacun y vivait dans une grande licence; personnne n'y a>ait ni foi ni loi; on n'y connaissait ni baptême, ni mariage, ni sacrement. II est vrai qu'en apparence ils semblaient reconnaître un Dieu le père, qu'ils

s PARIS PrTTORF.SOl'E.

avaient volé daus quoique église, et où tous les jours ils venaient adres

ser quelques prières Des filles et des femmes, les moins laides, se

prostituaient pour deux liards, les autres pour un double (deux deniers), la plupart pour rien. Plusieurs doimaient de l'argent à ceux qui avaient fait des cnfans à leurs compagnes, afin d'en avoir comme elles, d'exciter la compassion et arracher des aumônes.

Cette bande de voleurs avait quelques lois, et ses chefs un langage particulier appelé argot, langage qui s'est traditionnellement conservé, et dont se servent encore lés habitans de Bicètre et des bagnes. Le chef suprême portait , comme le chef des Bohémiens, le titre de coesre.Les grades inférieurs du royaume argotique étaient ceux des cagoux et archisuppôts de l'argot , des orphelins ^ des marcandiers j, des rifodés, des malingreux et capons , des caUotSj des sahouleux, des hubains, des coquillarts et des courtaux de houtange.

Tous ces brigands gueusaient dans les départemens que le coesre leur avait assignés. Ils contrefaisaient les soldats estropiés, ou bien montroient au public leurs membres couverts d'ulcères factices ; souvent ils se plaignaient de malheurs imaginaires , ou bien amassaient la foule pour aider leurs camarades à couper les bourses, que, selon la mode de ce temps , on portait pendues à la ceinture. Toutes les supercheries, tous les crimes, toutes les entreprises hardies étaient tentées par eux. La capitale était enveloppée de cette nuée de gens sans aveu comme d'un vaste réseau.

La cour ferma longtemps les yeux sur ce monstrueux abus de la mendicité, que la police était inhabile à détruire, Louis XIV, qui recevait des plaintes de toutes parts, se décida enfin à purger Paris de la Cour des Miracles, dont, suivant quelques historiens, la population s'élevait jusqu'à quarante mille têtes. Il institua Vhôpital général, où tous les mendians devaient être renfermés. On pense bien que les voleurs n'allèrent pas s'y confiner en charte privée; ils prirent la fuite. Mais Paris avait trop d'attraits pour eux : ils y revinrent bientôt après; et les volSj les assassinats reprirent leur cours accoutumé.

Les grands chemins , abandonnés aux brigands , n'étaient réparés ni gardés; les rues de Paris, étroites, mal pavées et couvertes d'immondices, étaient remplies de coupeurs de bourses et de détrousseurs de passans. On voit, par les registres du parlement, que le guet de cette ville était réduit alors à quarante-cinq hommes mal payés , et qui même ne servaient pas.

On lit encore dans ces registres, à la date du 9 décembre 1662, six ans après l'établissement de Vhôpital général, un réquisitoire du procureur général de cette cour, où il remontre « les désordres, assassinats et voleries qui se commettent, tant de jour que de nuit, dans celle ville et

faubourgs. Le grand nombre do vagabonds et gens vulgairoment appelés filous j comme aussi certains jgueux estropiés qui, sous ce prétexte, croient devoir être soufferts, lesquels, pour la plupart du temps, sont de part de tous les vols qui se font, servent d'espions aux voleurs , et par cette raison sont aussi punissables que les voleurs mômes. Quoiqu'il y ait plusieurs hôpitaux où les mendians sont nourris et entretenus , néanmoins il ne laisse pas que d'y eu avoir un grand nombre par la ville et les faubourgs. »

Suç ce réquisitoire, le parlement ordonna « que tous soldats qui ne sont sous charge de capitaine, tous vagabonds portant èpée, tous mendians non natifs de cette ville, se retireront aux lieux de leur naissance, à peine , contre les valides , des galères ; contre les estropiés , du fouet et de la fleur de lys ; et contre les femmes , du fouet et d'être rasées publiquement. »

Au milieu de tels gens, qui aurait pu se croire en sûreté.

En 1663, ce n'était pas assez des assassinats et des vols, ils enlevaient les hommes , les femmes , les enfans des deux sexes , pour les vendre et les envoyer, dit-on, en Amérique. Ces enlèvemens provoquèrent l'attention du parlement. En 1693, les maisons où l'on déposait les malheureuses victimes de ces rapts odieux étaient au nombre de vingt-huit; on les appelait des fours.

Le roi , averti de ces violences et apprenant que c'était de cette sorte qu'on se procurait des recrues, ordonna l'arrestation des coupables, leur fit faire leur procès, et défendit d'enrôler personne par force.

Il faut se rappeler que cette époque était celle des raccolenrs, soldais travestis qui, après avoir employé la ruse pour enrôler des jeunes gens sans expérience, avaient recours à des violences de toute espèce. Des lieutenans de fortune, ou des bas-officiers , c'est-à-dire des maréchauxdes-logis ou des sergens , parcouraient les principales villes pour faire des recrues. Arrivés au régiment, ils étaient récompensés généreusement quand ils amenaient de beaux hommes : un louis par chaque pouce audessus de cinq pieds était le prix courant.

Qu'on n'oublie pas que la police, placée dans les attributions du prévôt de Paris , avait été jusque là exercée par deux lieutenans au Châtelet, l'un civil, l'autre criminel , sous la surveillance de l'autorité du parlement, conformément à un arrêt de ce corps du mois de février 1572, et que le bureau de ville , relevant du bureau des marchands , était spécialement chargé de ce qui copcernait les approvisionnemens par eau et les fêtes publiques.

Il paraît qu'on fit sentir à Louis XIV que la division des pouvoirs était nuisible à l'aclion de cette partie de l'administration , car, par un édit du

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40 PARIS Ï^ITTORESQUE.

mois do mars 1667, il créa un lieutenant de prévôJ de Paris pour la police, et réunit en lui toutes les fonctions relatives à son emploi , fonctions qui furent complétées par les actes suivans . arrêts du conseil des 14 et 2i avril 1667; déclarations du roi des 18 et 23 avriH67i; édit d'octobre 1699; édit de juin 1700 ; déclaration du roi datée du 27 août 1701.

Le premier lieutenant de police fut La Reynie , entré en fonctions le 29 mars 1667, après avoir quitté la présidence du parlement de Bordeaux. Il établit l'usage des lanternes. Avant lui, l'obscurité favorisait tous les crimes. Dans les circonstances où le danger était imminent, et quand on voulait préserver les citoyens des attaques des mauvais garçons, on ordonnait, comme on le fit en 1524 , etc. , à tout propriétaire de maison de placer, après neuf heures du soir, sur la fenêtre du premier étage, une lanterne garnie d'une chandelle allumée. Chaque personne qui parcourait les rues pendant la nuit avait l'habitude de porter sa lanterne.

Boileau a fait, dans sa sixième satire, un tableau de ce qu'était Paris au moment de l'établissement du nouvel éclairage.

. . .. Sitôt que du soir les ombres pacifiques D'un double cadenas font fermer les boutiques ; Que, retiré cbez lui , le paisible marchand Va revoir ses billets et compter son argent ; Que dans le Marché-Neuf tout est calme et tranquillf. Les voleurs à l'instant s'emparent de la ville. Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est, au prix de Paris , un lieu de sûreté. Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue Engage un peu trop tard au détour d'une rue. Bientôt quatre bandits, lui serrant les côtés , La boarse , etc.

Une autre plaie dans les mœurs de ce temps étaiè les laquais et les pages, espèces d'intrigans subalternes, tous voleurs ou anciens voleurs spadassins , querelleurs et souteneurs de filles publiques. Us étaient tels qu'on les représente dans les comédies du dernier siècle, aidant un fils dissipateur à ruiner son père, dupant le père et le fils à la fois. Le vol était une habitude invétérée dans celte classe d'hommes. A chaque pas on était exposé à rencontrer un spadassin qui, sous le plus léger prétexte, dépouillait publiquement ou poursuivait, l'èpée dans les reins. Le mal était trop ancien pour qu'on pût le guérir aisément; La Reynie n'y parvint donc qu'en partie.

POLICE. il

Quand Louis XIV révoqua l'édit de Nantes, en 4685, La Roynio fuf chargé de veiller à l'exécution de l'édit de révocation ; mais homme de police et purement homme de police , il se montra rigoureux et oppresseur, de telle sorte que sa mémoire est entachée du reproche justement mérité de persécution et de tyrannie : c'était faire, à sa manière, de la reconnaissance pour Louis XIV, qui l'avait nommé conseiller d'état quelques années auparavant.

Second lieutenant de police : Marc-René Voyer de Paulmy, marquis d'Argenson. Il organisa la police sur un plan plus vaste et s'entoura d'une armée d'espions. On n'eut plus autant à craindre les pages, les laquais , les mendians et les \oleurs ; mais on commença à trembler devant les mouchards. Entré en fonctions au mois de janvier 1697, il ne quitta sa magistrature qu'au mois de juin 1718 pour l'échanger contre les sceaux, que lui confia le duc d'Orléans, régent.

Troisième lieutenant de police : Machault, seigneur d'Arnouville : juin 1718.

Quatrième lieutenant de police : Marc-Pierre de Paulmy, comte d'Argenson : janvier 1720.

Cinquième lieutenant de police : Tachereau ou Teschereau, seigneur de Baudry et de Liniéres : juillet 1720.

Le comte d'Argenson reprit la police le 26 avril 1722.

Les mœurs indécentes et corrompues de la régence , les débauches des gens de cour, le libertinage des abbés , la prostitution des femmes, l'infamie audacieuse des agens de prostitution , le scandale de l'agio , entretinrent l'intrigue , la rapacité , la fourberie 5 néanmoins les meurtres et les assassinats devinrent plus rares.

Avec l'autorisation de la police s'ouvrirent un grand nombre de tripots, de maisons de jeu et de débauche, qui étaient comme des lieux d'observation, où les espions élisaient leur domicile, s' affiliant euxmêmes aux escrocs, partageant les bénéfices, vivant du double produit de l'escroquerie et de la délation. Les filles publiques, les cochers de fiacre, les fallols qu'on voyait à la porte des spectacles, formaient, bon gré nialgré, l'armée du lieutenant-général de police. Une sévérité excessive, l'arbitraire le plus absolu entretenaient l'obéissance dans ce corps, composé d'élémens si divers. Quelques-uns s'assuraient l'impunité pour de petits forfaits en servant les grands seigneurs dans leurs intrigues galantes. La cour était livrée au libertinage le plus honteux; de là partait un fatal exemple , qui circulait dans tous les rangs de la société.

Sixième lieutenant de police : Ravot, seigneur d'Ombreval : 28 janvier 1724.

Septième lieutenant de polire : UèrauU, seigneur de Fontaine-l'Abbé et de Vaucresson : 28 août 1725.

Huitième lieutenant de police : Feydeau de Marville, seigneur de Dampierre et de Gicn ; 21 décembre 1739.

Neuvième lieutenant de police : Berrjer de Ravenoville : 27 mal 1747. Dixième lieutenant de police : Berlin de Bellisle, comte deBourdeilles, seigneur de Brantôme, premier baron de Périgord, nommé le 29 octobre 1747.

Onzième lieutenant de police : De Sartine , comte d' Alby : 21 novembra 1759.

Le règne de Louis XV commença par un excès religieux et finit par un excès de débauche; la police suivit ce double mouvement. Livrée aux jésuites , elle poursuivit la punition des jansénistes et des auteurs des Nouvelles ecclésiastiques^ elle persécuta les francs-maçons, leur donnant ainsi existence et position; elle viola, par zèle de dévotion, le domicile sacré des citoyens. Sans doute on lui doit compte du bien qu'elle fit : les jeux au grand air furent défendus; on organisa les fiacres; on ordonna des arrosemens pendant le temps des chaleurs ; on plaça des inscriptions au coin des rues pour indiquer leurs noms ; on transporta les voiries hors de Paris; les rues s'approprièrent; on adopta le mode d'éclairage que nous possédons aujourd'hui ; on défendit aux fossoyeurs la vente des cadavres aux anatomistes ; on créa des établissemens utiles , comme l'école d'Alfort, les secours aux noyers, la Halle aux Blés, l'école gratuite de dessin pour les ouvriers qui se destinaient à des métiers tenant aux arts, des maisons de jeu, qui détruisirent les maisons clandestines et les tripots ;^ mais, en revanche, on cncourgea l'espionnage et la délation; on envoya à la potence ou aux galères les malheureux pris dans des émeutes occasionées par la misère ; on s'opposa à l'agrandissement de la ville, conséquence de l'accroissement de sa population, ce qui nuisità son assainissement complet, parce qu'on l'encombra de constructions ; on peupla la Bastille des ennemis de nos maîtresses royales ; par respect pour ces dernières, probablement, on ne mit point de limites à la prostitution publique ; on emprisonna les écrivains , forcés de recourir aux presses de l'Angleterre et de la Hollande, et Mahomet ne put être joué qu'une fois? On enleva les vagabonds et surtout les enfans errans dans les rues, pour en peupler les colonies, autorisantde la sorte le bruit absurde, et pourtant populaire , que les enfans étaient égorgés pour faire un bain de sang au dauphin, tombé en paralysie, et à Louis XV, usé par les plaisirs ; on livra au roi et à ses dégoûtantes favorites, qui s'en amusaient et en abusaient, non pas seulement les secrets d'intérieurs des maîtresses

POLICE. iS

de maison^ qui recevaient et la cour et la Ville, mais encore tous ceux des familles, même les plus respectables.

Qu'on joigne au scandale d'action de la police la mauvaise administration des finances et de la justice du pays, l'usage immodéré des lettres de cachet, et l'on aura une idée des embarras dont Louis XVI eut à recueillir l'héritage.

Douzième lieutenant de police : Lenoir : 30 août 1774.

Treizième lieutenant de police : Albert : 14 mai 1775. Ce magistrat ayant partagé la disgrâce de Turgot, Lenoir revint à la police le 19 juin 1776.

Quatorzième et dernier lieutenant de police : Thiroux de Crosne : 11 août 1785.

Sous Louis XVI, jusqu'à la prise de la Bastille, la police fut à peu près ce qu'elle avait été sous son prédécesseur. La partie municipale se fit remarquer par de sages mesures : la ville eut des halles au vin, au cuir, aux veaux , à la marée ; une école de boulangerie ; un mont-de-piété ; on la débarrassa du cimetière des Innocens. La partie morale et de sûreté dépassa toutes les limites de la raison administrative : la police devint d'une complaisance inouie pour le crédit, la recommandation, la faveur, cédant aveuglément aux capricieuses exigences des grands seigneurs; elle exerça l'arbitraire le plus complet, poursuivit les écrits philosophiques et leurs auteurs , incarcéra une masse de livres de toute nature et les jeta ensuite au pilon; elle grossit son armée, ou par la peur, ou par l'argent, de membres du parlement, de chevaliers de Saint-Louis, d'un nombre infini de domestiques , des colporteurs , des voleurs , des filles publiques , tirant des banques de jeu qu'elle autorisait les ressources pécuniaires dont elle avait toujours un si pressant besoin. Lorsque les esprits étaient préoccupés de la grande régénération sociale qui se préparait , la police semblait réduire sa surveillance politique à des rapports au gouvernement sur les effets des représentations théâtrales !

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, amena la suppression des lieutenans-généraux de police. Cependant la ville ne pouvait rester sans ^administration de cette nature. Les électeurs de Paris, qui s'étaient déclarés en permanence dès le 14 juillet, établirent ie comité permanent , présidé par le prévôt des marchands , et formé des autres membres du bureau de ville ayant voix délibérative. « Cette création eut le glus grand succès, dit M. E. Labat, et la police fut maintenue avec zèle, intelligence et fermeté au milieu des désordres et de la confusion qui régnaient à Paris. Quelques-uns de ses arrêtés ou proclamations sont des modèles de sagesse et de bonne police. »

44 PARIS PlTTOKESyill^

Dés le 20 avril 1789, Paris avait été divisé eu soixanle districts pour la Dominaliuu des électeurs qui devaient choisir les députés aux étatsgénéraux. Au J^i juillet, ces districts nommèrent trois celils députés, dont se forma Vassemhlèe générale des représcntans de la commune. On y arrêta un règlement ou organisation provisoire , exécuté au mois de septembre suivant.

Cette municipalité provisoire fut composée du conseil-général de la commune^ formé de trois cents députés élus par les districts, et du conseil de ville, formé de soixante membres choisis dans les trois cents représcntans de la commune. Elle se divisa en six départements : des subsistances , de la police , des établissemens publics , des travaux publics , du domaine, et de la garde nationale. Chaque département eut à sa tète un lieutenant de maire. Ses membres , au nombre de cinq , six ou sept administrateurs, faisaient partie du conseil de ville. Un procureur syndic et deux adjoints remplissaient les fonctions du ministère public près le tribunal de police^ créé ensuite.

A peine le département de police était-il entré en exercice, qu'il sentit le besoin d'une loi réglementaire de ses pouvoirs; il s'occupa d'un projet, qui, soumis à l'assemblée nationale, adopté par elle, fut converti en loi et sanctionné par le roi sous le titre de lettres patentes sur la police provisoire de Paris, du 6 novembre 1789, On comprendrait mal l'organisation de la police de ce temps si l'on ne donnait ici l'analyse de cette loi.

Par l'article 1^', chacun des soixante comités de district 'a la police dans son arrondissement, sous l'autorité du corps municipal. — L'article 3 veut qu'il y ait nuit et jour, au comité de district , au moins un membre chargé d'entendre et d'interroger les gens arrêtés pour fait de police , avec pouvoir de les envoyer à la prison de la Force ; il ordonne aussi au greffier du comité de dresser procès-verbal de ce qui s'y sera fait chaque jour de relatif à la police. — Art. 5 : Des gens arrêtés pour vol ou délit emportant peme afflictive seront envoyés directement devant les commissaires du Chàtelet, chargés de commencer la procédure. — Art. 6 : Lecommissaire au Chàtelet, qui aura interrogé les prévenus de vol ou autres crimes, enverra, dans le jour, l'expédition de son procès-verbal au département de la police. — Art. 7 : Le lieutenant de maire, ou l'un des administrateurs au département de la police, fera chaque jour la visite des prisons, accompagné de deux notables adjoints; il interrogera les prisonniers arrêtés de la veille pour fait de police. — Art. 8 : Le lieutenant de maire ou 1 un des administrateurs pourra mettre en liberté les prisonniers, après les avoir interrogés, ou les condamner, suivant le cas, à trois jours de

prison au plus et à une amende, qui ne pourra excéder 50 francs. — Par l'arliclc 10, il est établi un tribunal composé de huit notables adjoints, présidé par le maire ou l'un des administrateurs de police, jugeant en dernier ressort jusqu'à concurrence de 100 francs d'amende ou d'un mois de prison.

Par suite du décret du 14 décembre 1789, au sujet des municipalités définitives, parut la loi du 27 juin 1790, qui divisa Paris eu quarantehuit sections, auxquelles on délégua la part de police que les districts possédaient.

Le maire, le procureur de la commune, ses deux substituts, quarantehuit membres, formant le corps municipal, réunis à quatre-vingt-seize notables, composèrent le conseil-général de la commune, et durent être élus au scrutin par les sections.

Le corps municipal fut divisé en conseil et en bureau : le bureau se forma du maire et des seize administrateurs , et le conseil municipal des trente-deux autres membres. Le bureau , divisé en cinq départemens , fut chargé de l'exécution des arrêtés du corps municipal et des réglemens de police.

« L'administration de la police de Paris fut dirigée avec succès par celle nouvelle autorité; de nombreux réglemens et ordonnances émanés d'elle prouvent la sagesse et les lumières de ceux qui la composaient. »

Los lois du 16-24 août 1790, du 19-22 juillet et du 3 août 1791 déterminèrent les fonctions et les attributions des officiers municipaux ainsi que leur action , soit dans les temps ordinaires , soit dans les momens de troubles et de séditions.

Une loi du 7 fructidor an 2 (24 août 1794), concernant la police générale de la république et l'organisation des comités révolutionnaires , confia la police à douze comités de douze membres chacun , comprenant les quarante-huit sections par portions égales.

« Le pouvoir énorme que ces autorités avaient usurpé dans toutes les parties de la police en rendait l'exercice difficile, en détournait et dénaturait l'action 5 les commissaires , les sections, les juges de paix, les administrateurs municipaux, se trouvaient paralysés dans leurs fonctions respectives. »

On sentit bientôt le besoin de ramener la police à une action mieux entendue ; et , le 1 4 fructidor an 2 (31 août 1 794) , une loi établit une commission spéciale -pour la 'police municipale , sous la surveillance du département de la Seine , commission de vingt membres nommés par la Convention et proposés par les comités de salut public, de sûreté générale, et de législation. Les comités révolutionnaires continuèrent de prendre part à

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la police, élanl chargés du visa des ccrUlicals de civisme, de résidence, des caries de sûreté cl des passeports. Par la loi du 28 thermidor an 3 (15 août 1795), le nombre des membres de la commission fut réduit à trois.

L'article 184 de la constitution, dite de l'an 3 (5 fructidor, 22 août 1795), établit un bureau central de trois membres dans les communes divisées en plusicus municipalités, pour les objets jugés indivisibles par le corps législatif. La loi du 19 vendémiaire an 4 (11 octobre 1795) déclara la police et les subsistances objets indivisibles de l'administration du bureau central. La loi du 21 floréal an 4 (10 mai 1796) ajouta aux pouvoirs de ce bureau en lui accordant le droit de décerner des mandats d'amener, d'interroger les prévenus et de les renvoyer à la police judiciaire.

On conçoit que la marche de ce bureau ait pu s'améliorer par l'institution d'uu ministère de la police, qui eut lieu en vertu de la loi du 12 nivôse an 4 (2 janvier 1796) ; c'est en effet ce qui arriva.

Ce département eut dans ses attributions l'exécution des lois relatives à la police générale, à la sûreté et à la tranquillité intérieure de la république; la police des prisons, maisons d'arrêt, de justice et de réclusion j la répression de la mendicité et du vagabondage, le maintien de l'ordre public et les affaires de la haute police de l'état.

Mais les grands événemens politiques se succédaient rapidement ; la constitution de l'an 8 remplaça celle de l'an 3 , et la loi du 28 pluviôse an 8 (17 février 1800), concernant l'organisation des préfectures de la France , créa un préfet de police en même temps qu'elle divisa Paris en douze arrondissemens municipaux , ayant chacun un maire et deux adjoints chargés de la partie administrative et de l'état civil.

Yoici le détail des fonctions de ce magistrat , fonctions que les changemens de gouvernement n'ont pu faire varier jusqu'à ce jour (1).

Son autorité s'étendit sur tout le département de la Seine, sur les communes de Saint-Cloud, Sèvres et Meudon, du département de Seine-et- Oise , et sur le maiché de Poissy, appartement aussi à ce dernier département.

Il exerça sous l'autorité immédiate des ministres, et correspondit directement avec eux pour les objets dépendaus de leurs départemens respectifs.

(1) Arrêtés du 12 messidor an 8 (1«^' juillet 1800) et du 3 brumaire an 9 (25 octobre 1800) ; décision du ministre de la police du 25 fiuctidor au 9 (12 septenibre 1801) ; arrêté du l»-' messidor an 10 (20 juin 1802) ; décret du 21 messidor an 12 (10 juillet 1804).

POLICE. i^

Il fut spécialement chargé de tout ce qui a rapport : 1° aux passeports, cartes de sûreté et permissions de séjourner à Paris; 2° à la mendicité et au vagabondage ; 3° à la police des prisons de Paris et de la maison de Bicêtre ; 4° aux maisons publiques ; 5° aux attroupemens ; 6" à la librairie, à l'imprimerie et aux théâtres ; 7° à la vente de la poudre et du salpêtre ; 8" aux émigrés ; 9° aux cultes; 10° aux ports-d'armes; 11° à la recherche des déserteurs; 12° aux fêtes publiques; 13° à la petite voirie; 1 i" à la liberté et à la sûreté de la voie publique ; 15" à la salubrité de la ville; 16° aux incendies, débordemens et accidens de rivière; 17°à la police de la bourse et du change; 18° à la sûreté du commerce; 19° aux taxes et mercuriales ; 20° à la libre circulation des subsistances ; 21 ° aux patentes, comme police de vérification; 22° aux marchandises prohibées; 23° à la surveillance des places et lieux publics ; 24° aux approvisionnemens et à l'inspection des marchés de Paris, Sceaux , Poissy, La Chapelle et Saint-Denis ; 25° à la préservation des monumens publics.

Il eut sous ses ordres les commissaires de police, les officiers de paix, le commissaire de police de la Bourse , celui de la petite voirie , les commissaires et inspecteurs des halles et marchés , les inspecteurs des ports et de tous les hommes attachés à l'espionnage ; la gendarmerie et le corps des sapeurs-pompiers.

Il eut entrée au conseil général du département, devint membre du conseil général des hospices et du conseil d'administration du Mont-de- Piété, et présida le tirage de la loterie et le conseil de salubrité.

En 1802, le 15 septembre, les consuls supprimèrent le ministère de la police générale et réunirent les affaires de ce département à celui du grand-juge , croyant n'avoir plus besoin de cette ressource gouvernementale ; mais l'importance des évènemens , la conspiration royaliste de George , Pichegru et Moreau , les mouvemens de guerre civile que projetaient les Bourbons, décidèrent Napoléon, devenu empereur, à rétablir ce ministère par décret du 10 juillet 1804.

Comme la France se trouvait alors composée de quatre-vingt-huit départemens, le chef de l'état en forma quatre classes , et attacha à son nouveau ministère quatre conseillers d'état , avec la fonction de suivre la correspondance et l'instruction des affaires dans les départemens de chacune de ces classes. Le 21 février 1806, Napoléon supprima le second de ces arrondissemens , et réunit au premier et au deuxième les départemens qui en avaient fait partie. Un arrêté du gouvernement provisoire, du 8 avril 1814, réunit au ministère les attributions dévolues à ces arrondissemens.

Cettte organisation de la police dura donc jusqu'à l'établissement des

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