‹ Paris pittoresqueChapitre 11 sur 104 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

député populaire. Tout le côté gauche le suivit, se regardant comme frappé par le coup qui atteignait Manuel.

Les élections générales de 1827 furent emportées presque de vive force par le gouvernement qui fit jouer avec un incroyable cynisme tous les ressorts de la corruption ou de la menace. Dix-neuf députés libéraux, seulement vinrent à la chambre. Celte chambre adopta pour première loi celle qui la rendait septennale, au mépris d'un article formel de la Charte.

M. de Villèle présenta ensuite et fit adopter son fameux projet de conversion de rentes cinq pour cent en trois pour cent. M. de Chateaubriand, ministre à cette époque, ayant protesté contre cette mesure par son silence, fut brutalement destitué.

Les partis pohtiques quittèrent un instant les armes devant l'événement important de la mort de Louis XVIII, qui succomba plus à ses infirmités qu'à l'âge, le 16 septembre 1824.

L'avènement de Charles X fut signalé par la suppression de la censure, mais attristé en même tems par la conservation du ministère de Villèle. La première loi adoptée sous l'influence du nouveau roi accorda un milliard à l'émigration comme indemnité. La seconde rétablissait les communautés religieuses de femmes , la troisième punissait le sacrilège de peines atroces , la quatrième relevait le droit d'aînesse. Ces diverses lois, adoptées avec une incroyable rapidité , excitèrent dans Paris un hourra universel de colère et d'indignation. Les funérailles du général Foy fournirent à la population parisienne, représentée par plus de cent mille citoyens , l'occasion de protester avec énergie contre le mouvement hostile et rétrograde du gouvernement. En même temps vint la célèbre dénonciation des jésuites à la cour royale, par M. de Montlosier, l'ancien champion des libertés féodales. La guerre étant ainsi ouvertement déclarée, M. tle Peyronnet présenta, dans les premiers jours de 1827 , une loi contre la presse , qu'il désigna du nom de loi de justice et d'amour. L'explosion populaire qui accueillit ce projet de loi, força le ministère à le retirer.

En avril 1827, à la suite d'une revue brillante, Paris apprit avec stu- )ieur que la garde nationale était dissoute. Une violente opposition contre l'ordonnance de licenciement se déclara de toute part et gagna jusqu'à la chambre elle-même. C'est sous de pareils auspices que M. de Villèle, en courage par les rapports de ses préfets , renvoie la chambre et provoque de nouvelles élections. La vigilance des électeurs triompha cette fois des intrigues de l'administration. Les nominations des collèges de Paris furent presque toutes libérales et provoquèrent de bruyantes manifestations de joie dans lesquelles l'autorité militaire intervint par des fusillades et des charges de cavalerie. Le coup de collier de la rue St -Denis attacha au nom de M. de Clermont-Tonnerre une sauiilanle auréole.

XXXII INTROWJCTION.

M. de Villcie se relira devant la nouvelle majorité et fut remplacé par le miuislère Marligiiac, le 4 janvier 1828. Le nouveau cabinet ne rassura pas complètement le pays , quoiqu'il présentât dès son installation urie loi qui abolissait la censure. Il réussit même à obtenir du roi deux ordonnances d'expulsion contre les jésuites.

Le 8 août 1829, après le vote du budget de 1830 et la clôture de la session, parut l'ordonnance qui créait le ministère Polignac. A cette nouvelle, le pays, comprenant qu'une lutte décisive allait s'engager, se forma en vaste association dans le but de prévenir et de refuser le paiement des taxes illégales. La fameuse adresse des 221 protesta contre le nouveau ministère. Le roi Charles X, emporté par une irrésistible fatalité, répondit par la dissolution de la chambre. Les 221 revinrent, portés, pour ainsi dire, par l'enthousiasme de la nation entière. Le roi Charles X joua alors son dernier coup, et mit la couronne pour enjeu... les ordonnances de juillet furent publiées I

Le 27 au soir, Paris est tout entier sous les armes ; mille barricades s'élèvent, et les emblèmes de la royauté sont brisés. La ville est mise en état de siège , Marmont est chargé du commandement militaire. Le 28 , la garde royale et les Suisses furent lancés dans les rues de Paris , où se livrèrent des combats acharnés. Une action des plus vives s'engagea à rHôlel-de-Ville, qui, pris et repris plusieurs fois , resta entin au pouvoir du peuple. Le Louvre, les Tuileries et les casernes furent attaqués le 29, et le soir de cette mémorable journée, le duc de Raguse était en pleine retraite sur Saint-Cloud. Charles X, à la vue des débris de sa garde, révoqua les ordonnances , et voulut recomposer son ministère ; il n'était plus temps, la volonté nationale lui fut signifiée , et le vieux roi dut reprendre le chemin de l'exil.

Ici finit notre tâche. Pour les sept années du nouveau règne, qui viennent de s'écouler, nous pensons que l'histoire n'est pas venue... il y a autour de nous des vaincus et des vainqueurs dont les passions ne sont certainement pas éteintes Laissons le temps effacer le sang qui couvre encore certains champs de bataille, l'avenir dira de quel côté furent la justice, le véritable amour de la patrie, la meilleure intelligence des intérêts de la société 1

Page 1