‹ Paris pittoresqueChapitre 15 sur 104 · Mangin , du 8 août 4 829 au 28 juillet · texte numérisé non relu

Mangin , du 8 août 4 829 au 28 juillet

La police des quinze années de la restauration s'est couverte d'une infamie qui laissera de longs souvenirs dans nos annales.

Elle prit position, dès son début, en coopérant à la mission secrète donnée à Maubreuil pour V assassinat de Napoléon ^ de son fils j, de ses frères ,- en ordonnant la célébration forcée du dimanche , en rétablissant les processions dans nos rues : on prévit tout d'abord qu'elle deviendrait sanglante et fanatique. Au 20 mars 4845, elle avait organisé une correspondance secrète et un espionnage d'une nature et d'une étendue telles qu'il u'\ avait j)lus sécurité pour personne ni union dans les familles.

POLICE. 2i

Après les cent jour^, elle reprit son allure de clandestinité, de colère, de vengeance. Elle désigna, à la royauté liberticide de Louis XVIIl, vingt-neuf pairs , dix-huit généraux et trente-huit citoyens , dont l'émigration et l'étranger voulaient priver la pairie et la France. Elle acheta le sang de Labédoyére, de Ney, de tant d'autres de nos guerriers vaincus , et les compromit avant que de les livrer à la justice exceptionnelle et réactionnaire du prince. Elle suspendit la liberté individuelle. Elle créa une censure des journaux, des théâtres, des livres. Dans sa dévotion menteuse el tracassière, elle rechercha les principes religieux des individus , réclama du prêtre la confession de la sœur et du frère , de la femme ou du mari , soutint les missions et les plantations de croix , et prêta son influence aux révérends pères de Montrouge et Saint- Acheul. La violence la plus éhontée passa dans ses actes communs. Elle demanda et obtint le droit légal de l'arbitraire. Elle s'infiltra dans les élections et jusque dans les cours de nos écoles (1). Elle organisa des conspirations et laissa la guillotine la débarrasser des agens qui auraient pu livrer ses secrets. Les piqueurs , les pétaristes , et aussi probablement les incendiaires de la Champagne, étaient gens de sa bauge. Elle commanda les mitraillades de la rue Saint-Denis. Voulant répandre sa livrée, elle obligea les cochers de fiacres à un uniforme , et institua les sergens de ville. Enfin , il résulta de ses préoccupations politiqus et religieuses qu'il n'y eut plus dans la ville sécurité ni propreté.

(1) Le Précurseur de Lyon contient le fait suivant , rapporté dans une lettre datée de Paris et adressée à cette feuille par son correspondant.

« Hier 24, pendant la leçon de M. Ducaurroy à l'école de droit de !a Sorbonne, le professeur s'interrompit subitement, et dit : Messieurs , j'ai quelque chose de très-important et qui nous intéresse tous, à vous dire à la fin de ia leçon. » Effectivement, quand !a leçon fut terminée, le professeur reprit la parole et prononça ces mots d'une voix trèsémue : . Je me suis aperçu, dans la leçon précédente, qu'un autre œil que le mien veillait dans celte salle; j'en ai reçu l'avertissement pour ainsi dire officiel.... j'ai reçu cet avertissement avec indignation !... Je vous engage à ne vous occuper, soit à la sortie , soit à l'entrée du cours, de rien d'étranger à l'objet de vos leçons; je vous engage surtout à vous soustraire à toute influence étrangères par ce moyen nous déjouerons les suggestions illégales. J'avertis tous ceux qui ne sont pas contons de mon cours qu'ils peuvent s'adresser directement à moi , je les ferai passer, sans aucun désagrément pour eux , à un autre cours que le mien. »

« Des applaudissemens unanimes ont suivi ce discours. On disait que, quelques jours auparavant , certains individus avaient écrit au professeur pour le menacer de le dénoncer, el pour lui déclarer qu'ils veillaient sur son cours. I! est peu probable que cette conduite ait été tenue par de vrais éludians ; ce sont plutôt les agens de quelque passe intrigue. »

(Nouveau Journal de Paris , du 3 février 1828.)

Et le peuple se lassa , et le peuple halaya toutes souillures , et le peuple renrova ses Bourbons en exil : c'était justice,

L«' drapeau tricolore, ce drapeau qui avait vaincu l'Europe entière, couronna nos édifices , et donna un air de l'cte aux funérailles parisiennes de juillet : on plaignit les victimes ào la lil)erté, mais on leur éleva des tombeaux populaires , et Tespoir adoucit dans nos âmes la douleur que leur perte y avait causée. Plus de mitraillades , plus de jugemens de pairs , plus de place de Grève , plus de violations du domicile , plus de censure, surtout plus d'excès de police, se disait-on : que la joie était grande et belle !

Et la police demeura une division de l'intérieur, et le trône républicam s'éleva.

Mais la préfecture grandit insensiblement son action , et Casimir Périer arrivant au pouvoir, le 13 mars i83J , débarrassa le département de l'intérieur de tout ce qui n'était pas la correspondance avec les préfets et la direction des gardes nationales : ce fut le ministère de la police sous un autre nom.

Voici la liste des ministres de rintèrieur ou de la police, et des préfets depuis juillet 1830 :

MINISTRES (1)

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