COUVENT DE LA MADELEINE
Ce couvent est une dépendance des Dames de Saint-Michel. II a deux entrées, l'une rue d'Ulm, l'autre rue des Postes, n 6.
Les anciennes filles de la Madeleine s'étaient formées de repentantes corrigées rentrées eu religion : le couvent actuel a une origine semblable; la base des deux institutions est la même.
Sa fondation date de 1820 , elle eut lieu à l'occasion de la mort du duc de Berri. Madame la duchesse de Berri , Louis XVIII et les princes voulurent y concourir, et une somme de 50,000 francs fut versée par eux à cet effet.
La supérieure de ce couvent et les deux sœurs qui l'aident à le diriger sont des religieuses du monastère de Saint-Michel, choisies par la supérieure générale, de qui elles dépendent.
Les repentantes de la maison principale qui , admises aux épreuves du noviciat , ont prononcé des vœux , sont spécialement attachées à ce couvent. Elles sont chargées sous les ordres de la dame supérieure, de la direction des travaux et de l'éducation des filles en correction.
Ces religieuses forment une communauté à part. Leur nombre s'élève aujourd'hui à trente.
Elles ont encore une école libre pour les enfans des familles du quartier.
L'autorité civile et judiciaire, instruite du bien que faisaient ces religieuses, pensa aux avantages que pourrait offrir aux mœurs le placement dans leur couvent des jeunes filles en correction paternelle , conformément aux articles 376 à 383 du code civil(l) : on les envoyait précédemment dans la prison des Madelounettes. Elleproposa donc à la supérieure de les recevoir, et des arrangemcus furent pris pour trente enfans , qui entré rent, le 1" avril 1827, dans un local distinct et construit exprés pour eUcs.
Le travail d'aiguille et l'instruction de l'enfance sont les occupations
(1) Voyez Hôtel Baionconrl.
a04 PARIS PITTORESQUE.
auxquelles sont assujélios ces enfans, flont le nombre annuel ne dépasse jamais vinj^l-cinq.
Les enfans détenues , appartenant à des familles pauvres, sont reçues gratuitement au moyen de dispositions particulières consenties avec et par l'autorité civile.
Ce couvent a assez d'étendue pour sa destination ; il se divise en deux; corps de bàtimens.
Le premier corps construit sur la rue d'Ulm , a deux étages. C'est là que sont placées les jeunes filles en correction , dans des cellules séparées, ouvertes par le haut , de manière que les religieuses puissent à toute heure exercer leur inspection. Ce bâtiment a son jardin particulier.
Le second corps longe la rue des Postes; il est occupé par les religieuses dont chacune à sa cellule, et par leur école. Il est également accompagné d'un jardin- Toutes res apparienances au cowren/ rfe la M aifet ei7i e ?,o\\i uneconcession volontaire des Dames de Saint-Michel , dont le zèle charitable honorera toujours l'institution.
HOTEL B AZONCOURT (D.
Cet hôtel était situé sur le quai Saint-Bernard, n° 33, à l'angle de Tcntrepôt général des vins et de la rue de Seine.
La Bonninière de Beaumont le possédait lorsque la ville eu lit l'acquisition, le 20 juillet 18i2
L'administration le mit immédiatement, en partie du moins, à la disposition du commandant en chef de la garde nationale de Paris, pour servir de prison aux citoyens militaires de cette même garde, jugés par les conseils de discipline établis dans chacune des légions.
A la même époque, l'autorité fit préparer l'autre partie de l'hôtel pour y placer les enfans en correction paternelle, enfermés alors à Sainte- Pélagie, et cet hôtel les y reçut bientôt.
Ces enfans y étaient encore envoyés en 1832.
Le ministre de l'intérieur, par sa décision du mois de mars 1819 , avait ordonné de disposer cet hôtel pour les condamnés à raison de délits de la
(1) Les historiens ortographient différemment le nom de cet hôtel. Selon les uns, on doit écrire Besancoiirt ou Bczancourt, et selon daulres , Basaitcoiirt ou Baumcotirt On lit Bazoneourl dans Taclc daKiuisilion i)assé jiar la ville cl l'ancien pro|)riélaire ; ccPt ce cjui ui'a décide à adopter celte orll'ograplic
!2n(> HAKIS IMTTORESOPE.
presse, afin d'éviter à l'avenir l'incouvcnance de mettre dans les mômes lieux des hommes coupables seulement d'opinions qui ne sont quelquefois qu'instantanément répréhensibles , et des hommes que la société ne peut plus garder dans son sein.
La décision du ministre ne lut point exécutée; la carde nationale conserva la partie de cet hôtel qu'on lui avait affectée, jusqu'au moment de sa suppression en 1827, et depuis son rétablissement en 1830, jusqu'en 1832 j et la correction paternelle, celle qui lui avait été destinée.
L'hôtel Bazoncourt était divisé en deux corps de bàtimeus séparés par une cour de vingt-cinq pieds carrés, servant de lieu de promenade aux jeunes prisonniers.
L'avant-corps , donnant sur le quai , avait trois étages ; le premier était occupé par la chapelle, par le surveillant-principal, et ainsi que le second, par des employés de la préfecture du département; le troisième servait de prison à la garde nationale.
Le second corps avait également trois étages , qui se composaient de vingt-huit chambres pour les jeunes prisonniers. Une salle, au rez-dechaussee , servait de greffe et d'atelier de tabletterie.
Cette maison recevait annuellement une vingtaine d'enfans.
Ces enfans y étaient conduits conformément aux articles 376 et 383 du titre IX du codé civil, intitulé De la puissance paternelle , titre décrété le 24 mars 1 803 , et promulgué le 3 avril. Voici la rédaction de ces articles :
376. « Si l'enfant est de moins de seize ans commencés, le père pourra le faire détenir pendant un temps qui ne pourra excéder un mois , et à cet effet, le président du tribunal d'arrondissement devra, sur sa demande , délivrer l'ordre d'arrestation.
377. » Depuis l'âge de seize ans commencés jusqu'à la majorité ou l'émancipation, le père pourra seulement requérir la détention de son enfant pendant six ans au plus j il s'adressera au président dudit tribunal, qui , après avoir conféré avec le procureur du roi , délivrera l'ordre d'arrestation ou le refusera, et pourra , dans le premier cas, abréger le temps de la détention requis par le père.
378. ))Il n'y aura, dans l'un et l'autre cas, aucune écriture ni formalité judiciaire, si ce n'est l'ordre même d'arrestation dans lequel les motifs u'en seront pas énoncés.
» Le père sera seulement tenu de souscrire une soumission de payer tous les frais, et de fournir les alimens convenables.
379. » Le père est toujours maître d'abréger la durée de la détention par lui ordonnée ou requise. Si après sa sortie l'enfant tombe dans de nouveaux écarts, la détention pcmrra être de nouveau ordonnée de la manière prescrite aux articles précédens.
IIÙTEL BAZONCOlur. 207
380. )) Si le père est remarié. Usera tenu, pour l'aire déleuir son enfant du premier lit , lors même qu'il serait âgé de moins de seize ans, de se conformer à rarlicle 377.
381 . » La mère survivante et non remariée ne pourra faire détenir un enfant qu'avecle concours des deux plus proches parens paternels, et par voie de réquisition , conformément à l'article 377.
382. » Lorsque l'enfant aura des biens personnels, ou lorsqu'il exercera un état, sa détention ne pourra, même au dessous de seize ans , avoir lieu quepai voie de réquisition, en la forme prescrite par l'article 377.
» L'enfant détenu pourra adresser un mémoire auprocurcur-général près la cour royale. Celui-ci se fera rendre compte par le procureur du roi près du tribunal de première instance, et fera son rapport au président de la cour d'appel, qui , après en avoir donné au père, et après en avoir recueilli tous les renseignemens, pourra révoquer ou modifier l'ordre délivré par le président du tribunal de première instance.
383. » Les articles 376 , 377, 378 et 379 seront communs aux pères et mères des enfans naturels légalement reconnus. »
La paresse, la désobéissance à leurs parens et l'éloignementdelamaison paternelle étaient les causes d'emprisonnement de ces jeunes garçons, dont cette punition améliorait peu le moral.
On les occupait à faire des cardes à carder le coton (pour les mécaniques), et aux premières instructions de l'enfance.
On mettait les turbulens dans une salle séparée au rez-de-chaussée, salle que l'on appelait cachot.
En vertu d'un règlement arrêté par le préfet de police et le président du tribunal de première instance , la maison gardait en apprentissage pendant dix-huit mois, d'accord avec les parens, l'enfant qui voulait apprendre la tabletterie j on le confiait alors aux parens un jour par quinzaine.
L'hôtel Bazoncourt n'avait quW premier surveillant, parce qu'il n'était considéré que comme une succursale de Sainte-Pélagie , d'où les vivres étaient apportés.
Cet hôtel a été démoli au mois de juin 1832, pour le terrain être employé à l'agrandissement de l'entrepôt des vins.
La maison d'arrêt de la garde nationale est maintenant rue des Fossés- Saint-Bernard , n° 45, maison Dutruc.
Lors de la démolition de Thôtcl Bazoncourt, les jeunes détenus avaient été envoyés à la maison de correction de la rue des Grés , où ils restèrent provisoirement jusques au moment où ils furent habiter l'une des deux prisons modèles de la rue de la Roquette.