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EGLISE ET HOPITAL SAINT-ESPRIT

Quelques persouues, touchées de la misère où se trouvaient réduits des pauvres orphelins dénués de tout secours, achetèrent, eu 1362, une maison et une grange situées sur la place de Grève, attenant à l'hôtel du Dauphin, devenu depuis l'Hùtel-de-ville ; et là ils recueillirent un grand nombre de ces malheureux pnfans.

Jean de Meulant , évèque de Pans , permit d'y construire une chapelle, et y institua une confrérie dite du Saint-Esprit pour engager le public à soulenir le nouvel établissement, que le pape Urbain V autorisa.

Ce pontife accorda, indépendamment de son autorisation, un au et quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteraient cet hôpital, et ces dispositions furent renouvelées par ses successeurs Grégoire ÏX et Clément YII.

En 1406, les administrateurs de cette maison et les maîtres de la confrérie du Saint-Esprit firent bâtir une église (pii fut consacrée par Gérard de Montaigu, évèque de Paris.

CLOÎTRE, CONFRÉRIE, EtiLlSE , ET HÔPITAL SAINT-ESPRIT 211

Cet hôpital s'accrut rapidement. Ou u'y recevait que des enfans légitimes de l'uû et de l'autre sexe, nés et baptisés à Paris, et dont le père et la mère étaient morts à l'Hôtel-Dieu. Ils v étaient admis avant l'âge de neuf ans, et l'on ne pouvait y recevoir ni bâtards, ni étrangers, ni eufans trouvés.

Le roi Charles VI et Tsabeau de Bavière, sa femme, fondèrent dans l'église de l'hôpital du Saint-Esprit la confrérie de Notre-Dame-de-Liesse. Par un privilège spécial, il était défendu d'en ériger aucune autredue même nom. Chaque nouveau membre devait payer son admission par un grand repas j aussi cette association ne fut bientôt plus connue que sous le nom burlesque de confrérie des goulus.

Louis XIV, par lettres-patentes du 23 mai 1680, réunit l'administration de l'hôpital du Saint-Esprit à celle de l'hôpital-général de Paris.

On enseignait aux enfans à lire, à écrire et un peu d'arithmétique. En y entrant il fallait donner 150 livres qu'on leur rendait à leur sortie lorsqu'ils étaient en âge d'apprendre un métier.

Le cloître du Saint-Esprit avait une sortie sur la Grève, e* tine autre derrière Saint-Jean-en-Grève,

Après la réunion de 1680, les bàtimens du cloître et de l'hôpital furent abandonnés j on finit par les détruire, et un marché de friperies les remplaça. Quant à l'église, elle ne fut démolie qu'en 1800, avec les bàtimens qui en dépendaient. Les baraques en bois du marché disparurent à la même époque, et, sur l'emplacement des unes et des autres, on construisit un hôtel destiné à servir d'habitation spéciale au préfet du département de la Seine.

SAINT-LAZARS.

Un des jjoints les plus difficiles a éclaireir dans l'histoire de Paris, sont les commencemens de la maison Saint-Lazare.

Cependant il } a toute apparence que cette maison a succédé à l'ancien monastère Saint-Laurent , ainsi qu'il a été dit à la notice de l'église de ce nom. ( Voyez page 39.)

Si l'on en ignore la vraie origine , si l'on ne connaît pas davantage celle de la léproserie qui y avait été établie, on ne doit point en attribuer la cause, comme le pensent quelques auteurs modernes, au refus qu'ont fait les lazarites de communiquer leurs titres; la plus grande partie de ces titres furent perdus ou détruits pendant les temps malheureux où la Aille de Paris se trouva sous la domination des Anglais.

Mais, soit qu'ils aient été enlevés, soit que la négligence de ceux à qui ils étaient confiés nous aient privés des éclaircissemens qu'ils auraient pu nous donner, il est certain qu'on ne peut guère en parler que par conjectures.

L'abbaye Saint-Laurent ayant été ruinée, et différentes rireonslanees n'ayant pas permis de la reconstruire, l'évêque de Paris y établit, ou permit d'v établir une léproserie.

Plusieurs bisloriens ont pensé que ce fut alors un prieuré de l'ordre de Saint-Augustin, mais on n'en trouve des preuves nulle part, et ces historiens auraient été eux-mêmes fort embarrassés d'en fournir une seule.

On voit au contraire qu'il y avait à Saint -Lazare des frères et des sœurs qui avaient soin des malades, et qu'ils étaient gouvernés, tant au spirituel qu'au temporel, par un maître ou proviseur que l'évêque de Paris Dommait et qu'il pouvait destituer à sa volonté.

On en trouve deux exemples dans les années 1263 et 1270.

Et on les cite, afin de démontrer que quoiqu'il soit fait mention dans plusieurs titres qui vont être indiqués . du prieur et du couvent Saint- Lazare, on ne doit pas en conclure absolument que ce fut dans les premiers temps un prieuré régulier, composé de religieux et de religieuses qui procuraient les secours spirituels et temporels aux hommes et aux femmes affligés de la lèpre.

Personne n'ignore que cette maladie est très-ancienne, qu'elle était fort commune parce qu'elle se communiquait aisément, et qu'elle était d'autant plus à redouter qu'il était difficile, pour ne pas dire presque imj>ossible d'en guérir.

Soit que les progrés de la lèpre aient été moins considérables en France que dans. l'Orient, soit qu'ils aient été arrêtés par les sages précautions que l'on avait prises de ne point laisser entrer les lépreux dans les villes. on ne voit pas qu'on ait établi sous les deux premières races des rois de France, des léproseries dans le royaume; mais il n'est pas douteux que dès le règne de Louis YII, dit le Jeune, il n'y eut entre Paris et Saint- Denis, à l'endroit où l'on voit aujourd'hui la maison Saint-Lazare, un hôpital de lépreux qui consistait dans plusieurs cabanes dans lesquelles ils étaient renfermés. Le père Odon de Deuil, moine de Saint-Denis, dit qu'il fut témoin , le mercredi 11 juin de l'année 1147, que le roi venant de prendre l'étendard à Saint-Denis, avant de partir pour la croisade, entra dans cet hôpital , situé sur la roule , et prit la peine d'y rendre visite aux lépreux dans leurs cellules , accompagné seulement de deux personnes.

Ainsi ce fut dans le douzième siècle que l'on commença à séparer les lépreux du reste du peuple. De là aussi , l'époque de l'origine de toutes ces maladreries du titre de Saint-Lazare, dont on vit long-temps des vestiges près frnne infinité de bourgs et de village*^ de France.

214 PARIS FITTOKKSOLE.

On lit dans Lemaire, un des historiens qui pensent que la maison Saint-Lazare fui un ancien prieuré :

« Aux environs et jnênie peut être à l'endroit où est situé rc prioré (Saint- Lazare), il y avait autrefois un monastère sous le litre de Saint- Laurent, dont saint Demnol, depuis évêque du Mans, avait été abbé sous le règne dcChildebert I", ce qui fait croire que ce monastère était d'une si grande étendue (;t qu'il renfermait aussi bien l'église Saint-Laurent, d'où il tirait son nom, que ce que nous appelons encore aujourd'hui la maison de Saint-Lazare, et qu'autrefois les religieux de Saint- Lazare étaient obligés de donner à déjeuner, le jour de Saint-Laurent, à Tévéque de Paris et aux chanoines de Notre-Dame, qui y allaient en procession et y chantaient la grand'messe , comme aussi parce que ces mêmes religieux avaient droit de haute justice et de seigneurie dans l'étendue de l'église Saint-Laurent , qui avait été érigée en paroisse , cl dont ils s'étaient séparés , ayant pris le titre et le nom de l'église de prioré de Saint Lazare, lequel titre parait leur avoir été donné par Philippe- Auguste , l'an 1197, au mois de juin , et par les sentences et arrêts de la cour, et par les autres transactions j)assées alors entre plusieurs communautés de cette ville. . . Ce qui prouve assez le titre de cette ancienne maison , à laquelle on aurait aussi joint la léproserie de la ville de Paris, soit pour la bonne économie du prieur et des religieux, soit pour le bon air et l'agréabh; situation des lieux, soit à cause de la proximité de la ville, soit enfin pour quelques autres raisons qui auraient pu exciter nos rois à y donner la charge de la nourriture et entretien de ceux qui étaient affligés de ladrerie dans cette ville , d'où les malades qu'on y recevait devaient être natifs et de parens légitimes, selon ce qui avait été jugé par plusieurs arrêts du parlement, conformément aux anciens réglemens. Ces malades, à leur réception dans cette maison , faisaient vœu d'obéissance à celui qui en était prieur, en présence d'un notaire apostolique, el donnaient aussi un état de tous leurs biens, tant meubles qu'immeubles, lesquels, en cas de décès , demeuraient en propre à l'hôpital. — L'on voit dans la chartre donnée en 1 147, par le roi Louis YII, que ces malades avaient droit de faire choisir dans les caves qui étaient eu cette ville, pour la provision du roi, dix muids de vin par an , et qu'ensuite ou leur donna tous les jours par échange de ce droit la pièce de bœuf royale , avec six pains et quelques bouteilles de vin. — Louis VI avait pareillement accordé au prieur et aux religieux de Saint -Lazare une foire qu'on appelait la foire de Saint- Lazare, et qui durait huit jours entiers. Cette foire commençait le lendemain de la fête de la Toussaint et se tenait sur le chemin qui conduit de Pnris à Saint-Denis, depuis le village de La Chapelle jusques ici. —

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Louis VII ajouta encore à cette foire huit autres jours; mais Philippe- Auguste la réunit à son domaine, et la transféra au lieu dit des Champeaux; c'est où sont à présent les halles, et eu contre-échange il donna aux religieux de Saint-Lazare des rentes à prendre sur son même domaine, et ces rentes furent, un an après, encore échaugées par la donation que ce même roi leur fit d'une autre foire , appelée la foire Saint- Laurent,, qui se tenait en ce temps-là, comme elle se tient encore à présent tous les ans, le 10 août, qui est le jour de la fête de ce glorieux martyr, avec cette différence qu'anciennement cette foire n'était que d'un jour, et à présent elle dure depuis le jour de la Saint-Laurent inclusivement, jusqu'à la fin du mois d'août et même au-delà, avec la permission du roi. »

Les auteurs de \» Gallia christiana ayanceat qvî'en 1150, Louis Vit ayant ramené avec lui de la Terre-Sainte douze chevaliers hospitaliers de Saint-Lazare, il leur donna un palais qu'il avait hors de la ville, et la chapelle qui en dépendait , laquelle , à partir de cette époque, prit le nom de Saint-Lazare.

Delamare leur donne une origine antérieure. Il dit que les Sarrazins ayant chassé les chrétiens de la Terre-Sainte , les chevaliers de Saint-Lazare se retirèrent en France Vi\n 1137, et se mirent sous la protection de Louis Vil , qui leur donna la maison dont il s'agit.

Toutes ces anecdotes, toutes ces dates sont-elles appuyées de preuves? non.

Lors du retour de Louis-le-Jeune de la Terre-Sainte, la maison Saint- Lazare existait depuis plus de ([uarante ans ; et si ce prince donna ladite maison aux chevaliers hospitaliers , co n'est pas d'eux qu'elle prit son nom, puisqu'elle le portait auparavant. On ne trouve d'ailleurs aucune preuve de ce don , et il ne paraît pas que ces chevaliers de Saint-Lazare aient joui de cette maison, ni qu'ils l'aient cédée volontairement ou de toute autre manière.

On ne trouve dans aucun historien que Louis VI ait fait le vovago de la Terre-Sainte, soit qu'il en ait été détourné par des raisons particulières, soit que ses intérêts ne lui permissent pas de quitter son royaume dans des circonstances qui exigeaient qu'il surveillât les démarches de ses voisins et qu'il s'opposât à leurs desseins. Il se contenta de projeter ce voyage, et il fut le premier qui prit l'oriflamme à Saint-Denis. En allant dans cette ville, il s'arrêta long-temps dans la maison des lépreux. . On sait qu'Adélaïde de Savoie , sa femme , fut la principale fondatrice de cette maison ; que ce prince lui accorda, en 1 1 10 , une foire que Philippe II racheta depuis, et transféra aux halles, et que c'est sans doute à

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ces différons titres de bienfaisance el «le protection que Lemaire, que je viens de citer, et d'autres historiens ont qualifié cette maison de fondation royale.

On ne peut douter que cette léproserie n'ait eu , dés ses commencemens, une chapelle, et qu'on n'ait donné à l'une et à l'autre le nom de Saint- Lazare, vulgairement appelé Saint-Ladre, comme on disait alors; car la plus grande partie des établisseraens de ce genre étaient sous l'invocation de ce saint , et on les a souvent confondus avec des hôpitaux , en les app(;lanl maladeries qui est le nom de ces derniers , au lieu de maladreries qui ne convient qu'aux lieux où l'on traitait les lépreux.

L'abbé Lebeuf , après avoir reconnu que les commencemens de la maison Saint-Lazare sont difficiles à déterminer, dit que Du Breul et le père Dubois se sont bornés à l'envisager comme un prieuré de chanoines réguliers exerçant l'hospitalité, surtout envers les lépreux, et il convient que cette maison existait en 1147 ; mais il ajoute qu'il n'avait été fait mention de Saint-Lazare qu'en 1183, que Bigord est le premier qui en parle en l'an 1191, et que c'est dans ce temps que cette maison a eu un clergé régulier, composé d'un prieur et de religieux de l'ordre de Saint-Augustin.

Les termes de prieur et de couvent ne doivent pas toujours être pris dans le sens qu'on leur donne aujourd'hui. Le mot religiosi ne signifie pas toujours des religieux , mais une société de personnes pieuses engagées dans l'état ecclésiastique ou vivant en communauté, quoique séculières; telle était la communauté des frères et des sœurs qui composaient cette maison.

En effet, on voit qu'en 1226 , il n'est fait mention que de la maison Saint-Lazare et non du monastère ou couvent (l), qu'en 1253, ce sont le maître et les frères , tant sains que malades de la maison Saint-Lazare , qui traitent avec les Filles-Dieu; qu'en 1263 , Renaud, évéque de Paris, à la prière des frères et des sœurs de la léproserie Saint-Lazare, leur donna pour maître Etienne , ci-devant proviseur des Filles-Dieu ; qu'après sa mort, arrivée en 1270, les frères voulurent choisir un d'entre eux à la place de Samson, qu'Etienne Tempier, évèque de Paris, venait de nommer, et que pour le bien de la paix ce prélat leur donna Simon, prêtre de la Sainte-Trinité de Châteaufort; on voit enfin dans les pastoraux de Noire-Dame que cette maison était dans la dépendance du chapitre, et que le maître, nommé par l'évèque , était amovible à sa volonté.

\1) Histoire de In viPc <lr Ptiris. ".1^5. Inrao V. page 002.

A de pareils failson nereronnaîlra certainement pas une communauté régulière, gouvernée par un prieur religieux.

Si ce terme de prieur se trouve dans quelques actes antérieurs ou postérieurs au XIIP siècle , si Raoul a souscrit, en qualité de prieur de Saint- Lazare, des lettres de Maurice de Sully pour l'augmentation de la fondation de la chapelle Saint-Leufroi , en 1191 ; enfin, si l'on a trouvé dans les archives de Saint-Lazare un échange fait, en 1194, entre Robert, prieur de Saint-Martin-des-Champs, et Daniel, prieur de Saint-Lazare, ce titre ne doit s'entendre que de la primauté de la place qu'occupait ce dernier.

Le parlement était si convaincu que cette maison n'était point une communauté régulière, que, dans ses arrêts, le maître de Saint-Lazare n'est qualifié (quoique alors cette maison fût administrée par des chanoines de Saint- Victor) que de prétendu prieur du soi-disant prieuré de Saint- Lazare.

Bien que dans les titres anciens il ne soit fait mention que des lépreux de Paris, et que la maison Saint-Lazare n'y soit point nommée, on ne pense pas que l'abbé Lebeuf ait eu raison d'en conclure que cette maison n'est connue sous ce nom que par le témoignage de Bigord, qui en parle en 1191.

Si , pour prouver l'existence de la maison Saint-Lazare sous ce nom , l'on ne pouvait produire qu'un arrêt du parlement de 1154, l'abbé Lebeuf serait-il mieux fondé à le rejeter, sous prétexte qu'il n'y a point de registres si anciens ?

Le défaut de registres, au treizième siècle, n'est point une preuve qu'on ne rendait pas d'arrêts à cette époque j mais en admettant cette supposition, l'opinion contraire est fondée sur d'autres témoignages.

Louis VII fait mention, dans plusieurs chartes, de la maison Saint- Lazare, et notamment dans celle de 1664, relative à la fondation dos religieux de Grammont^ au bois de Vincennes, auxquels, suivant qu'il est dit dans ladite charte , le couvent et le prieur de Saint-Lazare ont concédé le droit et l'usage qu'ils avaient dans ce bois.

Et si l'on veut remonter encore plus haut , la foire accordée par Louisle-Gros aux lépreux , est appelée Nundinœ S. Lazari Parisiensis.

Malgré la longue énumération que l'abbé Lebeuf a faite des prieurs de cette maison, Piganiol prétend que depuis 1232, jusqu'au seizième siècle , il n'est plus parlé de prieurs, et que ceux qui gouvernèrent cotte maison, pendant cet intervalle, se contentèrent de la qualité de maîtres de Saint-Lazare. Cette circonstance, si l'on pouvait on acquérir la con-

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