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GENT-SUISSES

Les Suisses, dit le président Héiiault, avaient commencé à être à la solde de Louis XI , après la mort du duc de Bourgogne , pour être join is aux francs-archers établis par Charles VII, et avaient servi, au nombre ie six mille hommes, au siège de Dôle, en 1478.

Louis XI supprima les francs-archers, et les remplaça par les Suisses. Il choisit parmi les six mille Suisses les cent plus beaux hommes, et en forma une compagnie destinée à faire sa garde ordinaire. Charles VIII, successeur de Louis XI . conserra cette compagnie. Les provisions accordées , le 27 février 1496, par ce prince à Louis de Menton, écuyer, sieur de Dornay, lui conféraient la qualité de capitaine des Cent-Suisses.

Les historiens ne se sont pas occupés de ce corps spécial ; on ne trouve , pour ainsi dire, rien qui lui soit relatif depuis son institution jusqu'à Louis XIV.

Quelques auteurs ont prétendu que cette compagnie était une garde

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domestique et non militaire; mais Charles VIII, à IWigine m6mo, de sa création , les appelait les cent hommes de guerre. On voit d'ailleurs , dans plusieurs relations de campagnes, que les Cent-Suisses étaient employés comme troupes militaires.

Quand Louis XIV allait à la tranchée, ce qui lui est arrivé dans plusieurs sièges, il en faisait toujours garnir la tête par sa compagnie des Cent-Suisses.

Dans la relation de la campagne de 1655 , il est dit que la cour étant à La Fère, on eut avis qu'un camp volant de cavalerie ennemie était à Ribemont ; quelques-uns de ses coureurs avaient même paru à portée de la place. Le roi n'étant pas en force de résister, prit le parti de quitter La Fère et de se retirer à Soissons; mais avant de partir il donna ordre à Besson, enseigne de la compagnie, de laisser trente de ses Suisses, avec un exempt, dans La Fère , à cause de la faiblesse de la garnison.

La charge de capitaine des Cent-Suisses était autrefois une des plus considérables de la cour : les plus grands seigneurs l'ont possédée, et celui qui en était revêtu jouissait d'honneurs et de prérogatives à peu près semblables à ceux des gardes-du-corps du roi. Depuis le règne de Henri IV, on donnait au chef de cette compagnie le titre de capitaine-colonel ; on l'appelait même simplement colonel, et on le mettait dans la liste des colonels- généraux. Tous les soirs, au moment du coucher du roi, il prenait l'ordre de sa bouche et le donnait en sortant à l'exempt chargé de commander les Suisses destinés à coucher dans la salle des gardes.

Quand le roi marchait à pied, le capitaine des Cent-Suisses allait immé-j diatement devant la personne de sa majesté, comme le capitaine des gardes-du-corps de quartier allait immédiatement derrière elle. Quand le capitaine des gardes montait dans le carrosse du roi, le capitaine des Cent-Suisses y montait aussi, si la reine n'y était pas. Il prêtait serment de fidélité de sa charge entre les mains du roi, et il le recevait des autres officiers de sa compagnie.

Dans l'origine, cette compagnie n'avait qu'un lieutenant, Suisse de nation; mais Henri ÏII en introduisit un second, Français de naissance. Après eux venaient les enseignes et après ceux-ci les exempts, au nombre de quatre d'abord et de huit sous Louis XIV. Ce roi avait ainsi composé la compagnie : un capitaine-lieutenant, deux lieutenans, deux enseignes, huit exempts, quatre fourriers faisant l'office desergens, cent gardes, compris trois tambours et un fifre, un clerc du guet et son commis, trois trésoriers , un aumônier , un médecin , un chirurgien , un apothicaire , un marchand, un fournisseur d'étoffes et trois tailleurs. Outre les cent gardes,

il }' avait douze vétcraus dispensés du service et payés sur la cassette royale.

Le drapeau des Cent-Suisses avait un fond de quatre carrés bleus. Le premier et le quatrième portaient un L couronné d'or, le sceptre et la main de la justice passés eu sautoir, noués d'un ruban rouge. Le deuxième carré et le troisième avaient une mer d'argent, ombrée de vert, flottant contre un rocher d'or battu des quatre vents. La croix blanche séparait les quatre quartiers avec cette inscription : Ea est fiducia gentts. Ce drapeau existait tel dès le temps de Henri U, ainsi qu'on en voyait îa preuve à Fontainebleau, dans la salle des Cent-Suisses, construite par les ordres de ce prince, et où le drapeau était représenté ainsi qu'il vient d'être décrit.

Les Cent-Suisses avaient deux habillemens qui leur étaient fournis aux dépens du roi : l'un était pour les jours ordinaires, l'autre pour ceux de cérémonie ou de grandes fêtes , auxquelles le roi faisait ses dévotions. Le premier était de la livrée du prince en plein, avec les pareraens de velours incarnat, la veste, la culotte et les bas bleus ; le chapeau bordé d'un large bord d'orj le baudrier blanc, garni de frange de soie, aussi de la livrée du roi. Le second habit, qui était pour les cérémonies, était un pourpoint et un haut-de-chausses à l'antique , tels que les anciens Suisses en portaient, lesquels étaient tailladés de taffetas incarnat, bleu et blanc. Ils portaient, avec cet habillement, une toque de velours noir, garni autour de plumes blanches , d'où s'élevait une cocarde de même couleur.

Leur armement était une hallebarde en forme de pertuisane, sur laquelle était, en relief et dorée, la devise du roi. Ils portaient en outre une épée droite et longue avec une grosse garde en cuivre doré. Ces gardes avaient le privilège de serWr la viande sur la table du roi , au repas que le monarque était en usage de donner le jour qu'il faisait des chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit. Les restes de ce repas leur appartenaient.

Mercier raconte, dans sou Tableau de Paris, que les Cent-Suisses qui se trouvaient de garde à un bal de la cour usèrent d'un stratagème très-singulier pour aborder, sans être reconnus, les buffets bien garnis de comestibles qu'ils apercevaient de loin, à travers les glaces. Il fallait être masqué et en domino pour entrer. A l'aide d'un domino jaune, le plus hardi se présenta dans la salle, s'arrêta devant un buffet et lui livra bataille. Le premier choc fut vigoureux, mais le brave athlète ne tarda pas à se replier, revint à son poste, quitta le domino, et le remit à un nouveau combattant qui , comme le premier, se précipita sur le buffet et en fit un ample dégarnissement. Il se retira et fit place à un troisième. Us vinrent tous suc-

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