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effet, la pénurie des fonds était extrême au trésor; quand il n'y avait pas de quoi faire face aux besoins les plus urgens , il était bien impolilique de dépenser pour du superflu.
Calonne parut au ministère sur ces entrefaites et y fut porté par la reine et sa cabale à qui il avait fait les plus belles promesses, que du reste il eût remplies aux dépens du trésor. Mais bientôt Loménie, porté aussi par une cabale de femmes, obtint à son tour la place de premier ministre. Calonne , quoique disgracié, ne se tenait pas pour battu, il était encore sur les rangs, lorsque déjà d'autres femmes préparaient la puissance de Necker.
Il y avait un autre parti parmi les femmes, c'était celui qui soutenait les doctrines de la philosophie , et qui voulait avant tout un changement favorable aux intérêts du pays. Leur influence s'exerçait dans des réunions particulières, au sein des familles. Devant cette influence si générale, celle des dames de la cour ne fut bientôt plus aperçue. Pendant tout le cours de la révolution, depuis l'avènement de Necker au ministère et la réunion des états-généraux , elle agit à la fois et avec beaucoup d'énergie sur toutes les classes de la société , aussi bien sur les plus basses que sur les plus élevées. Le parti désorganisateur se servit habilement de l'impulsion qu'un sexe ardent et prompt à s'enflammer peut donner dans les secousses politiques. Il eut comme une petite armée de femmes qui ouvrit la marche dans toutes les journées néfastes. Elles trempèrent leurs mains dans le sang de Foulon. Au 5 octobre, ce furent des femmes, des hommes déguisés en femmes qui formèrent les premiers rassemblemens et se portèrent sur Versailles. On connaît- /^.y tricoteuses de Robespierre et les furies de la guillotine qui occupaient tous les jours les tribunes de la Convention nationale pour imposer aux députés et appuyer les motions de ceux qui demandaient des têtes, et la mère de Dieu qui prêchait dans les galetas, en attendant qu'elle osât se montrer sur les places publiques, que Robespierre était un autre Messie (1). « Parlerons-nous ici , dit Buzot dans ses Mémoires , d'une société de femmes perdues, ramassées dans les boues de Paris , dont l'effronterie n'a d'égale que leur impudicité, monstres femelles qui ont toute la cruauté de la faiblesse et tous les vices de leur sexe 1 la vue seule en fait horreur. Ces femmes ont joué un grand rôle dans la révolution de 1793. Une
(4) Ce cpii paraîtra plus incroyable encore à la postérité ^ ce sera de voir que d'autres prédicateurs sont venus continuer la mission de la Mère de Dieu, et offrir à l'adoration des sourds et des aveugles le même Messie, quarante ans après sa mort.
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vieille barboteuse de Paris les commande, et leurs poignards appartiennent à qui sait mieux les payer. II paraît que la Colombe, leur chef, a pris un grand empire j et dans les débats qui se préparent entre Robespierre et Danton, cette impudique femme pourrait bien faire pencher la balance en faveur du parti pour lequel elle se déclarerait.»
Ces femmes n'étaient pas parisiennes , n'étaient pas françaises , elles n'appartenaient proprement à aucune nation , elles ne s'appartenaient pas à elles-mêmes; comme ces hommes qu'elles secondaient dans leurs horribles exécutions, elles étaient les aveugles instrumens des partis contrerévolutionnaires qui les payaient.
Etpourtant à aucune époque les femmes n'ont fait éclater plus de vertu, plus d'héroïsme qu'au temps de la révolution. Madame Rolland se distingua entre toutes autant par l'élévation de son talent que par la force de son caractère et la grandeur de son courage. Elevée dans la société des grands hommes de l'antiquité, pour ainsi dire, elle se forma, en lisant Plutarque, une âme toute romaine, par la hauteur des sentimens. C'était chez elle que se réunissaient les principaux chefs du parti de la Gironde ; souvent elle les aida de ses conseils , et il est probable que si ses avis avaient été toujours suivis, la Montagne, où se trouvaient des hommes de bonne foi, ne l'aurait jamais emporté sur les républicains. Ce fut elle qui écrivit la fameuse lettre que le ministre Roland, S(m mari, présenta au roi , pour lui faire sentir qu'il importait à ses intérêts , à sa sûreté même, de sanctionner les décrets votés par la législative contre les prêtres. L'obstination de Louis XVI fut cause que les Girondins préparèrent et firent le 10 août. Les désorganisa teurs exécutèrent bientôt après les massacres des 2 et 3 septembre. Ils dirent que ces massacres étaient la continuation du 10 août, quoique certes rien ne se ressemblât dans les deux événemens : l'un fut un combat contre des troupes bien armées et barricadées dans un château , l'autre fut une longue suite d'assassinats exécutés sur des malheureux sans armes , sans défense et en prison.
À peine quelques-uns parvinrent à s'échapper des mains de leurs bourreaux, qui se laissèrent attendrir pourtant aux larmes de Cazotte et de mademoiselle de Sombreuil. « Cette dernière avait voulu entrer en prison avec son père , dit M. de Lacretelle ; ses cruels pressentimens l'avertissaient trop bien du malheur qui menaçait son père. Les assassins arrivent, Sombreuil est appelé. Il voit le mouvement de sa fille, il veut le prévenir ; il lui ordonne de rester ; il ne lui laisse qu'un tendre adieu. En même temps les bourreaux eux-mêmes la retiennent, ils se défient de l'émotion qu'elle va produire sur leurs âmes. Elle parvient à s'échapper de leurs bras ; elle arrive au lieu fatal ; les juges allaient prononcer la
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niori ; Sombreuil no sedéfendail pas. Il frémit, il se Iruuhlc a l'aspect «le sa fillo , à genoux devantses assassins ; de ses mains elle pare tous leurs coups : do. sa voix et de ses larmes elle les attendri l, et ils prononcent au milieu des sanglots la sentence d'absolution. )>
C'est sous le règne de la terreur surtout que les femmes tirent éclater le plus généreux dévoument. Madame Roland dont on a voulu assassiner le mari, s'achemine à travers mille obstacles, mille dangers et parvient enfin au palais où siège la Convention. Elle paraît à la barre et défend son mari avec autant de fermeté que d'éloquence. Vains efforts 1 son courage, son talent ne peuvent émouvoir une assemblée comprimée et sous le joug de la peur. Prévoyant le destin qui l'attend elle-même, elle rentre chez elle, dispose tout pour assurer le sort de sa fille encore enfant, et se tient prête à suivre les sicaires qui ne tardent pas en effet à se présenter. Conduite en prison elle commence et finit les Mémoires (\m nous restent d'elle. Elle écrit des lettres où se peint toute la fierté d'âme d'une austère républicaine qui se plaint moins de son sort à ses bourreaux , que des malheurs dont ils accablent la France.
Bientôt la même prison reçut Charlotte Corday qui venait de délivrer la France de l'un de ses plus exécrables assassins, de Marat « que la nature, dit Buzot, semblait avoir formé pour rassembler en un seul individu tous les vices de l'espèce humaine ; laid comme le crime , qu'il suait par tous les pores de son corps hideux et pourri par la débauche. » Traduite devant le tribunal révolutionnaire , Charlotte Corday rendit compte du projet qu'elle avait conçu depuis deux mois, de tuer Marat dans le soin même de l'assemblée. « J'aurais voulu, dit-elle , l'immoler sur la cime de la Montagne. J'étais bien sure alors de devenir à l'instant victime de la fureur du peuple , et c'est ce que je désirais. On me croyait à Londres; mon nom eût été ignoré. » Voici quelques-unes des questions qui lui furent adressées par les jurés, et les réponses qu'elle y fit :
Qui vous avait inspiré tant de haine contre Marat? — Je n'avais pas besoin de la haine des autres , j'avais assez de la mienne. — Mais la pensée de le tuer vous a dû être suggérée par quelqu'un ? — On exécute mal ce qu'on n'a pas conçu soi-même. — Que haïssiez -vous donc dans sa personne? — Ses crimes. — Qu'entendez-vous par ses crimes? — Les ravages de la France que je regarde comme son ouvrage. — Croyez-vous
avoir assassiné tous les Marat? — Celui-là mort les autres auront
peur peut-être.
ïj'accusateur public lui fit observer que , pour ne pas le manquer tandis qu'il était dans son bain , elle l'avait frappé perpendiculairement ^ c'est-à dire dans la gorge, otil ajouta:
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Il faut (jue vous so^^cz bien exercée à ce crime l — Oh ! le monstre ! s'écria-t-elle. il me prend pour un assassin 1 Quinze ou seize cents femmes avaient présenté d'abord une pétition en faveur des détenus, à la Convention, qui la repoussa. Dés lors elles eurent recours à leur courage pour dérober les victimes à la mort , adoucir leurs malheurs ou partager leur sort. Madame Lavalette était détenue à la Bourbe avec son mari ; elle apprend qu'on va le conduire au tribunal ; elle court vers lui, s'attache à son cou, s'enlace à ses jambes, et supplie le concierge de les laisser partir ensemble. On lui refuse cette triste faveur. Madame Lavergne, femme du commandant de Longwy , fait retentir le tribunal où l'on venait de condamner son mari du cri de: Vive le roi 1 pour être condamnée aussi et partager le même sort. En vain on veut la considérer comme aliénée , elle s'obstine jusqu'à ce qu'on l'ait condamnée. M. de Mouchy est arrêté, sa femme se rend au tribunal eu disant: Puisque mon mari est arrêté ^ je le suis aussi ^ moi ^ au tribunal, l'accusateur public l'avertit qu'on ne l'a point mandée , elle répond : Puisque monmari est mandéjjele suis aussi, moi. Sur l'échafaud , le bourreau lui dit qu'elle n'est point condamnée -.Puisque mon mari est condamné j je le suis aussi j moi. Telle fut son unique réponse. On les exécuta ensemble! Clayiére , ministre républicain, dédaigne de paraître au tribunal, où ses ennemis l'attendent : il se plonge un couteau dans le cœur en prononçant ces vers de Voltaire :
Les criminels tiemblans sont traînés au supplice ; Les mortels généreux disposent de leur sort.
Madame Clavière reçoit cette nouvelle j elle met ordre à ses affaires, con" sole ses enfans, et se tue avec la tranquillité de Socrate.
MadameC....r ne put prouver son amour au c. Boyer qu'en mourant avec lui. Ils étaient détenus dans la même prison. Un jour , Boyer est appelé comme témoin : madame C . . . .r se doute qu'elle ne le reverra plus. Elle prend soudain la résolution d'écrire à l'accusateur public une lettre où elle fait des vœux pour la royauté. Cette lettre est interceptée par ses compagnons de captivité. Étonnée de ne pas recevoir de réponse, madame
C récrit une seconde fois. » Cependant, dit Legouvé, on lui cachait
les journaux, parce que Boyer était sur la liste des suppliciés. Elle dit à ses amis : je sais qu^ il n'est plus, ne me déguisez rien,j''aidu courage. On lui avoua qu'elle avait tout perdu. Elle reçut ce dernier coup avec la plus grande fermeté, et se retira dans son appartement Là elle relut toutes les lettres de son ami, s'en fit une ceinture, et passa le reste de la nuit à
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pleurer. Le lendemain elle s'habilla avec rccherehe , et -, à l'heure du déjeuner, comme elle était à table avec les autres prisonniers, elle entend la cloche : (Pest moi que l'on vient chercher j, s'écria-t-elle avec joie ; adieu, mes amis; je suis heureuse , je vais le suivre. A ces mots, elle coupa ses beaux cheveux , les partagea entre ses amis, donna ensuite à l'un une bague, à l'autre UD collier, et les quitta , après les avoir priés de jeter quelquefois un regard surses présens. Elle vola au tribunal. On lui demanda si elle était l'auteur de la lettre qui l'y faisait appeler. « Oui , 5) monstres, c'est moi qui l'ai écrite : vous avez assassiné mon amant, frap- » pez-moi à mon tour, je vous apporte ma tête. » Arrivée à l'échafaud, elle s'écria : » C'est ici qu'il a péri hier à la même heure ; je vois son » sang : bourreau, viens y mêler celui de son amante, v Après avoir prononcé ces paroles , elle se livra à l'exécuteur , et répéta jusqu'au dernier moment le nom de celui qu'elle adorait.
La tendresse fraternelle inspira aussi des sacrifices dignes d'être placés à côté de ceux de l'amour et de l'hymen. Nous terminerons ces citations par un exemple de piété filiale que nous trouvons aussi dans Legouvé. Madame Grimoard se trouvait dans une autre prison que celle de sa mère, madame de la Chabeaussière, qui était à Port-Libre. Quoique enceinte, elle demanda et obtint d'y être transférée : mais sa mère était au secret et traitée avec la plus grande barbarie. « Témoin de cette cruauté, madame Grimoard en fut tellement affectée que son esprit s'aliéna par intervalles. Elle devint la Nina de la nature. Elle négligeait le soin de sa parure; ses cheveux flottaient toujours épars. Dans son égarement, qui attendrissait tous les cœurs, tantôt fixée aune place, ses yeux se promenaient autour d'elle et ne voyaient personne; son sein exhalait des gémissemens , sa figure et son corps étaient tourmentés de convulsions. Tantôt elle se levait avec précipitation , parcourait les corridors , allait s'asseoir sur les degrés de la porte du cachot de sa mère : là elle écoutait long-temps , et si aucun bruit ne frappait son oreille , elle soupirait , elle s'écriait douloureusement et à demi-voix : 6 ma mère ! ma tendre ^ ma malheureuse mère I Si elle l'entendait marcher ou faire quelques mouvemens , elle s'entretenait avec elle , et, pour prolonger le pénible plaisir de cette conversation , elle restait des heures entières étendue sur le seuil. Elle ne se bornait pas à des paroles . elle portait tous les jours à sa mère une partie de sa subsistance : c'était lui porter la vie , car souvent on oubliait cette infortunée. Mais lorsqu'elle venait demander aux geôliers l'ouverture du cachot , par combien de propositions dégoûtantes , d'insolentes plaisanteries il fallait l'acheter 1 N'importe : elle souffrait tout pour offirir quelque nourriture à sa mère, pour l'embrasser quelques instans. )>
Les crimes qui doimaient lieu à de si beaux actes de sentiment devaient avoir un terme. Déjà se préparait l'orage qui allait frapper Robespierre au faîte de sa puissance. Les mêmes mains qui avaient préparé le trône où il s'était assis, dressaient l'échafaud où devait tomber sa tête. Une femme hâta cette heureuse catastrophe , et contribua ainsi à sauver de nombreuses victimes et tout ce qu'il restait encore à la France de citoyens éclairés et intrépides, que le 9 thermidor rendit à la liberté, à la vie. Madame Gabarus était intimement liée avec Tallien^ un des plus féroces proconsuls qui aient ravagé la France. Robespierre les avait rappelés à Paris, et, par r*i coup de maître, il voulait, en les faisant tous périr, les désigner comme les seuls auteurs des massacres et des pillages commis, : tout en se réservant pour lui la gloire d'avoir été le vengeur de la France, i le restaurateur de la sûreté publique. En conséquence, et pour parvenir à les perdre , il veut feindre qu'ils ont formé une conjuration , à la tête de laquelle doit figurer Tallien. Madame Cabarus était alors à Fontenayaux-Roses ; on lui propose d'entrer dans ce projet , elle s'y refuse avec indignation. On l'arrête, on l'enferme dans un cachot où elle est couchée sur de la paille humide et n'a d'autre nourriture que du pain noir.
« Je viens t'apporter la vie ou la mort ; réfléchis bien avant de prendre le seul parti qui te reste pour échapper à l'échafaud : c'est Robespierre qui m'envoie, lui dit un de ses plus cruels sicaires. La vie de Tallien est nuisible aux intérêts du peuple : des raisons d'état forcent le comité de le proscrire j signe ce papier qui devient nécessaire à l'intérêt public (1). A l'instant tu seras en liberté ; et , par cette soumission aux ordres que je t'apporte, tu sauves à la fois ton pays et toi. Réfléchis bien, je te le répète : mon ordre porte, ou d'ouvrir ta prison, ou de te faire à l'instant conduire à l'échafaud.
» — Retournez à l'instant vers celui qui vous envoie, répondit madame Cabarus ; dites à Robespierre que , du fond de mon cachot , mon courage a plus de force que sa puissance. Il tremble sur son trône de fer, et je suis calme dans les chaînes j jamais je n'achèterai la vie par une bassesse. Partez , et délivrez-moi de votre présence (2). »
Madame Cabarus réfléchissait tristement aux moyens d'informer Tallien de sa position , lorsqu'elle vit tomber à ses pieds un tronçon de laitue.
(1) C'était une lettre qu'on supposait qu'elle écrivait à Robespierre , clans Iaqu«Uf elle se disculpait de la conjuration de Bordeaux; mais sa défense même attestai* l'exislence d'une conjuration.
(2) Extrait de l'ouvrage intitulé Les Femmes, par le vicomte A. L. de Ségur
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Elle le ramasse, elle voit (|u'il s'ouvre et y trouve un papier dans lequel on lui annonce qu'elle aura le soir même du papier, de l'encre et des plumes. Elle écrivit la lettre suivante à Tallien :
(( L'administrateur de police sort d'ici , il vient de m'annoncer que je monterai demain au tribunal , c'est-à-dire à l'échafaud. Cela ressemble bien peu au rêve que j'ai fait cette nuit... Robespierre n'était plus et les prisons étaient ouvertes. Un homme courageux suffirait peut-être à le réaliser, mais, grâce à votre insigne lâcheté , il ne restera personne qui puisse jouir d'un tel bienfait. Adieu. »
Cette lettre fut écrite le 6 thermidor. Il est probable qu'elle contribua à stimuler le courage et l'activité de Tallien. Le 9 thermidor, Robespierre cessa d'exister, et les prisons furent ouvertes.
Lorsque dans les derniers temps de la Convention et sous le Directoire, on chercha à oublier dans les fêtes et les plaisirs les terribles émotions qui venaient d'agiter la France entière, quelques femmes se firent remarquer par l'étrangeté de leurs costumes. Elles tentèrent d'introduire parmi nous les vètemens des Grecques. Les fluxions de poitrine avertirent bientôt et rudement nos belles dames que, si Montesquieu avait exagéré l'influence des climats, on ne pouvait du moins la nier à l'égard des vètemens. On laissa les modes grecques , mais il resta de cette fantaisie passagère plu? d'élégance et de simplicité dans les habiUemens.
A cette époque , et sous l'empire, plusieurs françaises prirent un rang distingué dans les lettres et dans les arts. Madame de Staël, qui depuis a contribué à donner à notre littérature une direction anti-nationale, en in sérant dans son livre de l'Allemagne des doctrines que l'on peut regarder en quelque sorte comme le prélude et même comme le germe du romantisme, montra dans son livre de la Littérature et des institutions sociales, ainsi que dans sa Corinne, un talent énergique et brillant, et beaucoup de vues justes à côté d'opinions bizarres. Madame de Genlis multiplia les productions de sa plume élégante et facile. Madame Dufresnoy et surtout madame Victoire Babois se firent remarquer dans l'élégie pendant que Parny vivait encore, et que notre public demandait à la poésie la vérité dans le sentiment, le goût dans le choix des tableaux, la justesse • dans les images, la pureté dans l'harmonie et la variété dans les tours. Madame la princesse de Salm obtint les mêmes succès dans des genres divers. On vit Madame Mongez exposer au Louvre des tableaux d'histoire qui furent distingués au milieu des travaux de notre école alors si florissante. D'autres dames montrèrent aussi un véritable talent pour la peinture, et, chose plus rare, Madame Giacomelli sut manier avec succès l'ébauchoir du sculpteur
Bientôt vint l'invasion, et après l'invasion le complot formé pour détruire parmi nous, avec l'orgueil national, le caractère, l'esprit français , et les doctrines qui, en nous donnant deux siècles de gloire, nous avaient élevés si haut parmi les nations. Nous sommes forcés de le dire, plusieurs femmes entrèrent activement dans ces manœuvres contre la raison publique, et soutinrent le romantisme naissant : les unes en connaissance de cause et pour servir la haine de l'étranger, les autres par légèreté , par ignorance, croyant suivre en cela une mode indifférente , et n'attachant pas plus d'importance aux idées mises en circulation chez un peuple qu'à la forme d'un jupon ou d'un bonnet. Elles ne sentirent point que faire déchoir une nation du degré de civilisation où elle est parvenue, c'est vouloir diminuer d'autant la considération et les égards accordés aux femmes, leur empire et le rang qu'elles occupent dans la société. Elles peuvent déjà s'en apercevoir. Qu'elles comparent les manières qu'ont avec elles les sectaires de l'étranger avec les manières des hommes qui sont restés Français. Qu'elles écoutent les discours de nos moyen-âge sur la communauté et la pluralité des femmes, sur le mariage sans prêtre et sans magistrat, sur la vie d'estaminet et la vie de famille ou même de salon . Elles comprendront alors combien elles ont eu tort , à ne voir même que leur intérêt, de favoriser une littérature abrutissante aux dépens de celle qui épure les penchans en élevant les idées. Elles verront que le culte de l'horrible, si imprudemment propagé, ne peut leur procurer, comme mères, que des douleurs ou du moins des inquiétudes déchirantes j comme épouses , que des humiliations et des dégoûts j comme amies ^ que des outrages. Elles chercheront à faire revivre cette société élégante et éclairée où les sains et généreux sentimens, exprimés dans un langage harmonieux et pur, multipliaient et variaient sans cesse jles plaisirs du goût , les nobles et délicates émotions.
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