‹ Paris pittoresqueChapitre 99 sur 104 · Tome t · texte numérisé non relu

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Aucun tambour ne paraît avoir rempli ci l'une ni l'autre des ogives fort gracieuses des trois portes, qui sont ornées de feuillures fort riches. La nef ogivale est formée de grosses colonnes à fûts multiples^ mais à angles avive arête et à colonnettes concaves et inégales, sans aucune trace de chapiteaux; dans ce fût, dont l'aspect est un peu pesant, viennent se perdre les nervures des voûtes toutes anguleuses, à vive arête et ordinairement concaves comme les colonnes, au lieu d'être cylindriques comme les colonnetteset nervures du style catholique du xi^au xiv^ siècle. Les clés où viennent se rejoindreles nervures des voûtes sont larges, plates, ornées de feuillages ou d'armoiries sculptées, et un pendentif, qui descend au centre de la croisée, rattache un lacis de nervures qui court dans la voûte de cette croisée. Tous ces caractères sont ceux du dernier style catholique qui appartient à la fin du xv* et au xvi® siècle. On ne retrouve plus ni la puissance noble et posée du xi^et duxii^ siècle, ni la grâce naïveetélégantedu xiii* et du xiv^ siècle, ni la richesse d'ornemens et la hardiesse de sculpture du XV® siècle ; mais an moins ce style, qui fait déjà pressentir la renaissance par ses ornemens, conserve-t-ii encore la forme générale catholique.

Les larges fenêtres ogivales qui percent la nef principale et qui sont coupées de meneaux entrelacés en lignes ondulées, comme cela se rencontre fréquemment à cette époque, étaient autrefois ornées de vitraux du xvie siècle, dont la richesse de couleur et la hardiesse de dessin annonçaient la main exercée de Pinaigrier et de Parray, autre peintre célèbre de ce temps. Nous citerons en particulier parmi les fragmens qui restent une vitrière mutilée, qui se trouve dans la chapelle Saint-Vincent de Paule à gauche du chœur; elle représente un ensevelissement de Jésus-Christ par les saintes femmes. Les têtes sont d'une expression remarquable, mais ces œuvres si fines et si précieuses du pinceau catholique ont été détruites par les prêtres eux-mêmes ; car, il faut bien le dire, parmi les moyens de destruction des monumens religieux de notre âge, il y en a un qui tient certainement le premier rang et que l'on ne compte presque jamais, tandis qu'on attribue tout aux révolutions politiques. D'abord la révolution de 89, à qui l'on donne la plus grande part dans la mutilation des églises, a moins détruit, en général, de sculptures catholiques que le protestantisme. A Paris, il est vrai, de nombreuses statues et en particulier celles de Saint- Merry ont disparu par suite de la révolution ; mais dans les provinces il n'y a Jamais qu'une seule tradition sur les dévastations des églises; c'est la foreor destructive des protestans. Nous avons vu des portails entiers hachés par le ciseau protestant depuis le haut jusqu'en bas. La troisième cause, plus inconcevable et plus monstrueuse , c'est celle du clergé luimême, changeant complètement l'aspect, la forme et le caractère de ces

gnes sacrés de la foi de nos pères.

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(le Sainl-Merry va nous offrirun exemple remarquable de ce dernier ordre de dévastation. Le chapitre s'avisa un jour qu'il ne voyait pas assez clair pour lire son bréviaire, et il s'en prit aux vitraux coloriés, qui interceptaient es rayons solaires. L'église était très sombre, disent ceux qui rapportent cet acte de vandalisme, et on remplaça les vitraux peints par des vitres blanches. 11 se trouva qu'on avait détruit dans les vitrièrcs, du côté droit du choeur, toute la suite delà vie de saint Pierre ; dans les vitrières de gauche, l'histoire de Joseph ; que dans la nef on fit tomber d'un côté la vie de saint Jean-Baptiste et de l'autre celle de saint François d'Assise; dans les croisières la vie de sainte Geneviève, etc. Mais MM. les chanoines virent clair dans leur bréviaire.

Ce n'était pas tout; des chanoines du xvni* siècle, bien qu'ils fussent successeurs de ce curé plébanus ( qui avait soin du peuple ), ne pouvaient pas avoir leurs stalles adossées à des piliers nus, comme ceux de la nef où se tenait le peuple ; alors ils ont fait venir des architectes du temps, 4es frères Slodtz, et leur ont dit : décorez-nous cela. Les frères Slodtz ont pris leurs ciseaux, leurs marteaux, ils ont entaillé les colonnes, les nervures, les moulures, ils ont plaqué là-dessus une vingtaine de pieds de marbre brun, gris, rouge, blanc, de toute couleur; ils en ont mis une carrière dans le chœur ; ils ontsculpté là-dessus des anges bouffis et autres fantaisies du temps qu'ils ont dorés bel et bien. Et puis quand ils ont eu fini, ils ont dit : voilà votre chœur orné. Et les chanoines se sont assis dans leurs stalles en disant au pauvre peuple, dans sa nef nue : gens de rien !

îilais ce n'était pas fini , les petites nefs latérales étaient régulières et contenaient quelques chapelles petites et éclairées par des vitraux coloriés. 4!orS; eu t74'2 , un architecte nommé Richard creva le mur de la nef et éleva en dehors de l'église, et communiquant avec elle par deux ogives converties en plein-cintre lourd du temps, une chapelle de la communion, bien claire alors, car il la perça de trois énormes trous ovoïdes daus son plafond. Il fit les pilastres et les autres ornemens lourds et avec le moins de relief qu'il put, et tout cela ressemble à une grosse loupe surlegenou de cette pauvre nef qui n'en pouvait mais. Enfin pour acheverde gâter l'église on mit sur les quatre faces de la croisée qui regardait la nef, quatre frontons grecs juchés sur de grosses colonnes de marbre, au dessus de quatre autels voués à saint Pierre, à la sainte Vierge, à saint Charles et à saint Merry. Cependant il faut noter comme bonne œuvrede ce temps un Christ mort sur les genoux de la Vierge, sculpture placée dans la chapelle de la Croix, et quelques tableaux.

Mais toutes ces dévastations venaient de ce que la destination de l'église avait bien changé. Ce n'étaient plus de pauvres moines amis

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et guérisseurs du peuple , sauveurs des prisoDniers , qu'on y neterrait. Ce n'était plus la simple guillemette qui recevait sa foi d'en haut et émerveillait la cour de son naïf langage. L'église Saint-Merry recevait alors les restes mortels d'un ministre d'état, Simon Arnaud, marquis de Pompone,qui eut pour célébrité d'être neveu d'4rnaud d'Andilly de Port-Royal ; d'un avocat-général au parlement, Simon Marion, qui était fort éloquent ; de Jérôme Tarteron, père du jésuite, traducteur d'Horace, de Perse et de Juvénal, singulière recommandation pour une église; de Jean Aubéri, né d'une famille de robe et de Malte, etc.; et tout cela devait avoir des suites funestes, car cela annonçait combien le monument et ceux qui l'occupaient étaient changés. De nos jours le dernier terme ar* riva ; notre temps y mit aussi son signe. Un boulet de canon tiré, le 6" juin 1832 , vint ébranler le portail de Saint-Merry et y laissa sa trace éclatée, large et profonde.

BoULLiJiO.

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