Tome i. 5g
i'iS i»Anis PiTTOMiîSQirr;.
génie dft la terreur qui le protégea si longtemps l'abandonne en ce moment. Il parle, on ne l'entend point, sa voix se perd au milieu de la voix de tous. Il s'adresse au président, puis aux députés, il les appelle conspirateurs, traîtres, intrigans. Enfin l'accès de sa fureur épuise ses forces, il chancelle, il descend quelques marches de la tribune ; et, prompt comme l'éclair, Tallien s'y montre de nouveau. Il demande que la Convention reste en permanence jusqu'à ce que le glaivede la loiaitassuré la révolution. Il demande qu'on décrète Parrestalion des créatures de Robespierre. Ces deux propositions sont adoptées. L'on appelle ensuite Barrèreà la tribune pour y faire entendre un rapport sur la force armée.
Tallien, impatienté de ce que Barrcrc ne finissait pas de parler, s'écrie qu'il est temps de prendre un parti définitif relativement à Robespierre. Celui-ci veut monter à la tribune, mais les cris recommencent, redoublent ; Saint-Just lui conseille de garder le silence : « Qu'on m'envoie à la mort! » s'écria-til. « Tu la mérites mille fois, » lui répond-on. « A la barre ! » lui cric une voix, et tous répèlent : « oui 1 oui! à la barre! » « Robespierre, ajoute Monnel, semble un instant être en délire. » Il s'élance vers les bancs de la Montagne ; ses yeux sortent de leur orbite j tous ses traits ont une expression hideuse. « Le sang de Danton fétouffe ! » lui crie Legen îre. Robespierre se porte alors vers le côté droit de rassemblée. « Et vous, leur dit-il, hommes vertueux, vous que j'ai tant de fois défendus (unfre ces conspirateurs, m'abandonnerez-vous? » On lui répond : « Et les ombres de Brissot, de Vergniaud, de Gensonné! c'est ici leurs places ! Leurs ombres se dressent à ta voix ! Tu invoques notre vertu ! c'est notre vertu qui te condamne ! » Telles sont les réponses qui l'acca blent de toutes parts. Bientôt on le traîne hors de l'assemblée avec les autres triumvirs.
La Convention s'était séparée pour quelques mstans lorsqu'on apprit que Robespierre avait été enlevé et conduit à l'Hôtel-de-Ville, où il s'occu pait à dresser, avec Saint-Just, des listes de proscription, tandis que Henriot se dirigeait sur les comités et sur l'assemblée, à la tête de la force armée. C'en était fait des représentans qui s'y trouvaient sans Merlin de Thion ville qui harangua la troupe et fit arrêter \e général par ses propres soldats. Mais bientôt Henriot fut délivré par son lieutenant Coffinhal, et reparut à la tête de nombreux détachcmens qui assiégeaient les Tuileries. Toute la Convention crut voir arriver son dernier moment en apprenant cette nouvelle. Son président, Collot d'Herbois, occupa le fauteuil et dit : « Citoyens, voici l'instant demourir à notre poste; des scélérats, des hommesar-inés ont investi le Comité de sûreté générale et s'en sont emparés. »
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Tous les représontans se levèrent sponlanémenl et dirent : « Nous saurons mourir à notre poste. »
CependantMerliu de Thionvilleavait pris le commandement de la place , et mandé à Paris les brigades de gendarmerie de Seine et de Seine-et-Oise. Un premier corps de troupes étant arrivé vers deux heures du matin, il lui donna l'ordre d'aller fermer toutes les issues adjacentes à l'Hôlel-de Ville, où était le quartier ennemi, et il se dirigea lui-même, par les quais, à la tête d'un second corps.
La consternation fut grande parmi les conspirateurs de l'Hôtel de- Ville quand ils se virent assiégés. Les tribunes s'étaient vidées après la lecture d'un décret où la Convention mettait hors la loi tous les individus qui, frappés d'un décret d'arrestation ou d'accusation, n'auraient pas déféré à ce décret, ou s'y seraient soustraits. Au même moment Henriot vint annoncer que ses canonniers l'avaient abandonné. « Scélérat, lui cria Coffînhal, c'est ta lâcheté qui nous à trahis. » Il dit, et se précipite sur Henriot, le saisit et le lance par une fenêtre. Les autres conjurés se dispersèrent, excepté Couthon, Lebas, Robespierre etSaint-Just. Quand les commissaires de la Convention se présentèrent, Robespierre voulut parler, mais un gendarmelui cassa la mâchoire inférieure d'un coup de pistolet. Lebas s'était emparé d'un pistolet. « Tue-moi, » lui dit Saint-Just. « J'ai bien autre chose à faire ,)' répond Lebas. Puis celui-ci détourne la tête et se fait sauter ^lacervclle. Robespierre jeune s'était élancé par une fenêtre en voyant l'approche des forces conventionnelles. Henriot fut saisi dans la boîte de l'horloge où il s'était blotti. On le traîna dans une salle du Comité de salut public. Le soir du mênàe jour ils furent guillotinés, h quatre heures. De tous les conventionnels qui périrent sur l'échafaud, ils furent les seuls peut-être qui ne montrèrentpas beaucoup de courage. «Robespierre jeune, et Henriot, dit Mounel, étaient déjà presque morts, Couthon ressemblait à un cadavre 5 Saint-Just avait perdu tout courage. Leurs têtes tombèrent au bruit des applaudissemens, aux cris de vive la liberté ! vive la Convention 1 vive la république ! » Les jours suivans on guillotina quatrevingts municipaux.
Deux partis ennemis l'un de l'autre s'étaieiit réunis un instant pour concourir ensemble au 9 thermidor, ils ne devaient pas tardera se diviser après la victoire. L'un voulait venger la mort de Danton et de ses amis; l'autre, qui se composait principalement des membres du Comité de salut public, aurait voulu garder dans ses mains la puissance qu'on avait arrachée à Robespierre. Dans l'un et dans l'autre il se trouvait des agens de l'étranger qui entretenaient et excitaient les haines afin d'allumer la guerre civile et de déchirer le sein delà Convention.
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Pour arrêter en mémo temps les entreprises des deux factions, rassemblée décréta que l'organisation du tribunal révolutionnaire serait rétablit telle qu'elle était à son origine, mais qu'on serait tenu de donner communication aux détenus des motifs de leur emprisonnement. Elle régla que les Comités de salut public et de sûreté générale seraient renouvelés tous les mois par quart, et limita leurs pouvoirs en créant douze comités qui se partagèrent l'administration générale de la république. Ces comités dénoncèrent les premiers P opposition aristocratique ,(\m n'était alors, dit Toulongeon, que la réunion secrète de tous les agens de l'étranger, s'efforçant de mettre aux prises les deux partis de la Convention pour créer des événemens dont ils pussent faire tourner les résultats à leur profit.
C'était en effet par nos discordes intestines seulement que ce parti et les rois sesalliés pouvaient espérerde l'emporter sur nous. Leurs armées étaient partout battues. La victoire était à Verdie du jour de nos phalanges républicaines. « Qu'ils apprennent ( les rois et les aristocrates ), disait un orateur à la tribune, que dans un mois, à un signal donné par la Convention nationale, les orateurs dangereux de la tyrannie^ ces alliés hypocrites des rois, ont péri, et que le territoire français s'est agrandi, au nord, de la Belgique et de la West-Flandre ; au Rhin, de ses bords et du Palatinat ; au midi, d'une partie du Piémont; aux Alpes, des plus belles vallées ; aux Pyrénées, de la Cerdagne et du Guipuscoa ; sur l'océan d'Allemagne, des ports de Nieuport et d'Ostende ; sur l'océan d'Espagne, des ports du Passage et de Saint-Sébastien. )> Telle était réellement la position de nos armées.
Il s'en fallait de beaucoup que la situation fût aussi prospère à l'intérieur. De l'un à l'autre bout, la France était déchirée par les deux partis que nous avons signalés. Autourde l'un s'étaient ralliés tous ceuxqu'onappela les modérés, autour de l'autre tous les terroristes, et la Convention entraînée tantôt par l'un, tantôt par l'autre, cherchait à se maintenir entre eux, pour les empêcher d'en venir aux mains. Un jour c'était Lecointre qui venait proposer un décret d'accusation contre Coliot d'Herbois, Billaud , Barrère, Vadier, Aimar, Vouland et David ; un autre jour c'était la société des Jacobins qui fîiisait « entendre un cri de douleur qui retentissait, disait-elle, de toutes les parties de la république ; la voix des patriotes opprimés plongés dans les prisons et les cachots d'où l'aristocratie venait de sortir. )> Ces patriotes c'était Fouquier-Tinville, président du tribunal révolutionnaire avant le 9 thermidor, c'était Carrier, l'auteur des noyades de Nantes. Les Jacobins se crurent encore assez forts pour frapper un grand coup à propos du procès de ce dernier qui avait été décrété d'accusation le 24 novembre. Ils se réunirent autour de l'assemblée et lancèrent
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des pierres dans les fenêtres, mais lâches et peu nombreux, ils furent bien tôt mis en fuite. A la suite de cette affaire, on saisit leurs papiers el on fermala salle où ils tenaient leurs séances. Après avoir obtenu ce succès contre les anarchistes, l'assemblée osa rappeler dans son sein les députés qui avaientété mis en arrestation. Dans la même séance elle rapporta le décret portant l'expulsion des nobles et des prêtres, en observant toutefois qu'ilne serait reçu aucune demande en recours contre les jugemens rendus.
Le commencement du mois suivant fut signalé par le projet d'établir une religion nationale, par l'abolition de la loi du maximum, et par le rapport du décret ordonnant le séquestre des fonds des particuliers étrangers placés dans les banques de France. Vernier vint lire ensuite un rapport sur les finances. Les derniers comptes portaient les dépenses ordinaires à 200 millions par mois, et les recettes en produisaient à peine 60. La 'république comptait alors un effectif de onze cent mille combattans, dont à peine six cent mille étaient sous les armes. Quelque temps après le total des hommes employés et soldés pour la guerre de terre et de mer fut de six-sept cent mille. Xe désordre qui régnait dans l'administration des armées exigeait des réformes. On établit une agence d'approvisionnemens qui rendit de très grands services.
Ces mesures étaient sages, utiles, mais la voix publique réclamait en même temps des vengeances contre les agens révolutionnaires qui avaient inondé la France de sang et de ruines. Une commission chargée de faire un rapport à ce sujet conclut à l'arrestation de Barrère, Collot d'Herbois, Bîllaud-Varennes et Vadier. Cette affaire devint le centre de toutes les intrigues, tant au dehors qu'au dedans de l'assemblée.
Les Jacobins aidés du représentant Châles, de Dopsent et de Vannes, fameux par leurs crimes au temps de la terreur, préparèrent un mouvement d'où devait résulter la liberté des accusés et l'établissement de la constitution de 93. Le 28 mars, des rassemblemens nombreux se portèrent autour du corps législatif. Deux députés entrèrent précipitamment dans la ( salle en criant : ouvrez toutes les portes! La foule les suivit, et remplit l'en- ! ceinte en vociférant: du pain ! La constitution de 93/ Cependant elle se relira à la voix de quelques Montagnards qui l'engagèrent à laisser agit les représentans dans leur liberté. Quand la Convention put délibérer, elle décréta d'arrestation et condamna à la déportation les députés Châles, Léonard Bourdon, Gambon et sept autres qui s'étaient déclarés hautement du parti des insurgés.
A quelques jours de là le rapporteur des comités vint lire à la tribune ies détails d'une conspiration tramée parle ministère anglais pour renverser le gouvernement français. L'insurrection devait avoir lieu le 10 mai.'
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Les conjurés avaient pratiqué des intellicrenfes dans les prisons ; les faubourgs étaient avertis, et devaient se ralliera des signaux convenus. On arrêta les chefs dans la maison indiquée ; on trouva des dépôts d'armes, enfin on acquit une certitude complète ; et cependant le complot, quoique éventé, n'en éclata pas moins peu de jours après.
Le 20 mai, la séance était commencée lorsqu'un membre monta à la tribune et dit : « La révolte s'organise, vos comités me chargent de vous l'annoncer. » Il lut ensuite une pièce qui était en quelque sorte le manifeste d'une faction qui proclame la guerre civile. A peine cette lecture était-elle terminée que des cris affreux annoncèrenlque la Convention était investie. Elle se hâta de rendre un décret portant que la ville de Paris était responsable de la sûreté de la représentation nationale, et que tous les citoyens en état de porter les armes se réuniraient dans leurs sections. Elle adressa une proclamation à la capitale et se déclara en permanence. Le président annonçait qu'un général venait d'être nommé commandant de la force armée, lorsque les portes furent enfoncées. La foule se précipita en criant : du pain et la constitution de 93 .' Les gendarmes et des députés qui s'étaient pourvus d'armes parvinrent à faire évacuer les tribunes et l'enceinte des délibérations. Le représentant Auguis se portait, le sabre nu à la main, aux endroits où la foule élaitle plus pressée. Il saisit deux chefs de factieux, et les présentant à ses collègues, il dit : « Le sanctuaire des lois a été violé ; mais vous ne voulez pas que le sang coule. » — « Non, nonl)) répéta-t-on de toutes parts. — • a Eh bien! on répand au dehors qu'ici vous avez égorgé des femmes. » Un mouvement d'horreur fit connaître le danger et la perfidie de cette imputation.
Les colonnes formées dans les faubourgs approchaient. Trois coups de fusil tirés dans l'enceinte donnèrent le signal de l'irruption qui s'opéraaux cris de : «A .bas les scélérats! Vive la Montagne 1 « Le député Kervélégan fut assailli à coups de sabre et alla tomber blessé à côté du président. Féraud fut attaqué aussi et égorgé dans les corridors extérieurs. On présenta sa tête, portéesurla pointe d'une pique, au président Boissy d'Anglas, dont la fermeté imposa à la multitude. Cette horrible scène venait de se passer lorsqu'un homme, vêtu d'un costume de canonnier, vint lire une pièce conforme à celle qui avait été dénoncée le matin. Pendant cette lecture les députés qui s'entendaient avec les insurgés s'étaient retirés dans une partie de lasalle. Romme monta à la tribune et fit décréter toutes les mesures que les insurgés réclamaient.
Cependant beaucoup de députés étaient sortis, et se disposaient à marcher contre les factieux a la tête de la garde nationale des sections Lcpelletier et delà Bulle des Moulins. Ilsarrivèient el entrèrent dans la salle
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•ux cris de : « Vive la Convention î vive la république 1 A bas la Montagne! '» Libre enfin, après avoir couru de si grands dangers, l'assemblée décréta d'arrestation tous ceux de ses membres qui avaient marqué dans cette journée en prenant part aux délibérations des factieux, et d'autres que d'anciens souvenirs classaient au nombre des agens de la terreur. Romme, Pinet, CoUot d'Herbois, Fayau, Duqucsnoi, Leroi, Bourbolte, Prieur de la Marne, Ruhl, Soubrani, Goujon, Peyssart furent mis en jugement et condamnés (1). On désarma les sections, on défendit l'entrée des tribunes aux femmes, et les bommes ne purent y pénétrer qu'avec de« cartes d'admission.
L'insurrection ne se tint pas encore pour battue, elle prit ses mesures pendant lanuit, et le lendemain matinelle porta toutes ses forcessur la place du Carrousel où des canons furentbraqués contre le château des Tuileries. Le combat paraissait imminent et le succès incertain, lorsqu'on décida les insurgés à la retraite, en leur promettant de faire droit à leurs plaintes. Toutefois la fermeté que les comités et l'assemblée montrèrent les jour? suivans complétèrent les résultats d'une victoire imparfaite.
Les Jacobins étant décidément vaincus, le parti de l'étranger allait pousser les vainqueurs à abuser de leur victoire pour donner prétexte à de nouveaux crimes, et la Convention, le lendemain de sa lutte, allait se trouver obligée d'appeler à son secours le parti contre lequel elle s'était armée la veille. La réaction devint générale, mais c'était moins contre les terroristes que contre les bons citoyens qu'elle enveloppait de préférence dans ses proscriptions. A Lyon, les Jacobins, ou ceux qu'on désignait comme tels, étaient poursuivis et égorgés en plein jour ; dans presque tout le midi, d'anciens terroristes, aidés d'une foule de brigands que l'Angle terre avait vomis sur ces côtes, et d'habitans du pays que la rage de la vengeance ou la superstition leur avait donnés pour auxiliaires, s'étaient organisés sous le nom de compagnies de Jésus ^ de compagnies du Soleil, et ravageaient ces contrées plus maltraitées peut-être qu'au temps des Mai gnet et des Fréron, incendiant les propriétés et égorgeant les patriotes dans leurs maisons. Là, c'était la contre-révolution complète; aux décrets de la Convention on opposait les cris de vive le roi ! aux accens de la Marseillais Cj le Réveil du peuple.
A Paris, les esprits allaient suivre le même mouvement ; mais le parti qui les poussait était obligé de cacher ses véritables intentions, et n'avait plus les mêmes prétextes dont il s'était servi dans le passé pour soulever la
0 tls> se luéieiit lou» tlaus leur inison avec le ttiêinc coaicau.
ACyi PARIS riTJOKESQur.
classe ouvrière dont les subsistances étaient assuices. En outre, en abolissant le tribunal révolutionnaire, el en rendant les églises au culte, la Convention avait rallie à elle toute la France. 11 est donc probable que toutes les entreprises des royalistes auraient échoué si la discussion de l'acte constitutionnel , et surtout le décret qui suivit inmiédiatement, portant que les deux tiers de la Convention feraient partie de la législature suivante, n'eût fourni prétexte à de nouvelles intrigues, à de nouveaux complots de leur part. Ce décret portait encore qu'il scraitsoumis d'abord à la sanction désarmées.
Les sections Lepelletieret de laButtcdes Moulins s'émurent ; elles lireut entendre à la barre des pétitions menaçantes dans lesquelles on reprochait aux Conventionnels de vouloir se proroger indéfiniment au pouvoir, et de violer le premier principe de tous les peuples libres qui interdit toute délibération aux corps armés. La Convention savait bien qu'elle violait les principes, mais elle savait aussi qu'elle devait sauver le pays. Elle avait vu le parti royaliste se former et grandir; elle le voyait maître du corps électoral de la capitale qui était en correspondance avec un comité établi â Bàle ; elle venait d'entendre enfin la lecture d'un acte de garantie par lequel les assemblées électorales mettaient chaque votant sous la sauve-garde immédiatedeson assemblée et subsidiairement de toutes les autres; cet acle était une véritable déclaration de guerre, elle ne songea plus qu'à se défendre. Eu conséquence, elle ordonna qu'on rendit ses canons à la terrible section du faubourg Saint- Antoine qui, le 20 mai, avait résisté seule à presque tout Paris j elle fit élargir bon nombre de terroristes qui étaient en prison, et appela toute la France à s'armer contre les royalistes, c Patriotes de89, s'écria Tallien à la tribune, hommesdu 14 juillet, vainqueurs du 10 août, victimes du 31 mai, libérateurs du 9 thermidor, venez tousj placez-vous dans les rangs des vainqueurs de Fleurus 1 » L'assemblée se déclara en permanence, et donna immédiatement l'ordre de désarmer la section Lepelletier qui était devenue le centre du mouvement.
Lessectionnaires commandés par les généraux Danican, Duhaux, Maulevrier, occupaient la rue de la Loi, la rue Vivienfie. les boulevirts adjacens et toutes les avenues de la rue des Filles-Saint-ïhomas. Barras commandait les troupes conventionnelles. Il ordonna au général Cartaux d'occuper le Pont-Neuf a fin de couper les communications des insurgés avec le faubourg Saint- Germain. Bonaparte eut le commandement des troupes qui couvraient les Tuileries et la Convention. A cinq heures le feu commença contre les sectionnairesqui se présentaient en masse dans la rue Saint-Honorè. Leur colonne fut bientôt coupée par l'artillerie qui était placée à Pentrée des rues qui y débouchent. Alors le combat devint partiel. On se
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battit long-temps au Carrousel et sur le parvis de l'église Saint-Roch ; vers minuit, tous les sectionnaires s'élant dispersés les uns après les autres, la troupe resta maîtresse du champ de bataille. Les habitans de la rive gauche de la Seine prirent part à l'action, mais ne purent forcer le passage desponts.
Après la victoire, Tallien dénonça Lanjuinais , Henri Lariviére, Boissy d'Anglas, Lesage, Pontécoulant, Pelet, « comme ayant consenti à laisser proclamer un roi sous le titre de maire perpétuel de Paris; » mais les preuves ne parurent pas suffisantes pour motiver une condamnation. D'ailleurs la Convention était décidée à user de clémence. Les commissions qu'elle créa pour juger les chefs de la révolte ne durent exister que dix jours, et Paris se soumit sans opposition et sans délai dès qu'il vit qu'on n'usait pas de rigueur. La garde nationale remit elle-même ses armes ; on supprima ses compagnies d'élite, on réforma son état-major qui fut remplacé par un chef amovible et temporaire dépendant du général de l'intérieur; ce poste fut confié à Bonaparte.
La Convention procéda ensuite à l'établissement de la constitution que le pays attendait avec impatience , et immédiatement à la formation des deux conseils qu'elle établissait ; le Directoire exécutif fut aussi forme le même jour. Danton.
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ÉGLISE SAINT-MERRY
Les monumons ont leur vie comme les houmies ont la leur. Signes: matériels de la plus haute pensée sociale existante au temps où ils sont loudés, ils deviennent des archives de pierre, où chaque époque ajoute une ligne et vient écrire sa propre pensée, ainsi que la vie particulière de ses hommes. Le monument arrive alors au temps postérieur, comme une espèce de drame actif, où viennent lutter les passions mauvaises et les dévouemeus, et où se reflètent tous les grands événenaens sociaux au moyen des faits de détail qui s'y passent.
L'église Saint-Merry n'a pas échappé à cette loi commune. Monument religieux destiné à perpétuer le sacrifice de celui qui est mort pour délivrer les esclaves et secourir les souffrans , il a abrité bien des dévouemens sortis de cette source divine, il a ouvert son asile sacré à bien des malheureux, il a soutenu bien des luttes contre ceux qui abusaient du pouvoir, il
PAPIS PJTTCBESÇUE
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ÉGLISE S4INT-MERKY. *67
a fallu enfin que nous vinssions de nos jours pour voir la sainteté de son asile, jusque là respectée par toutes les puissances politiques et magistrales, marquée au front par un acte de violence sanglante qui a mêlé h nom populaire des martyrs de la fraternité au nom religieux^ de l'apôtr; Pierre, mort aussi de la main des riches de son temps pour sa foi dans l'affranchissement de l'humanité.
C'est en effet sous l'invocation de saint Pierre que dans le vi* siècle de notre ère on trouve une chapelle sur le lieu saint où a été élevée depuii l'église Saint-Merry. Cette chapelle, dont le fondateur est resté inconnu? était, comme la plupart de celles qui existaient alors, construite en bois, et n'offrait que juste assez d'espace pour contenir l'autel et le prêtre ; les fidèles se tenaient en dehors pendant l'office. Des miracles, opérés par le nom'de saint Pierre, avaient déjà étendu la renommée de cette chapelle j et ce fut là ce qui y attira saint Merry . Voici comment cela arriva :
Saint Médéric, ou saint Merry, comme l'appelait le peuple, qui nomme toujours ceux qu'il aime de manière à pouvoir plus facilement prononcer leur nom, naquit dans le vii« siècle, en la cité d'Autun, d'une famille noble de race. De bonne heure et tout enfant encore, il donna des signes d'une grande piété ,• et bien que ses parens cherchassent à le détourner de la voie où il semblait appelé, il ne se départit pas de sa pensée, et à l'âge de treize ans il quitta sa famille , et alla s'offrir comme novice au monastère de Saint-Martin , qui avait été fondé dans la ville d'Autun par la reine Brunehault. Dès qu'il y fut entré, le jeune Médéric se soumit à toutes les privations qui pouvaient, en éteignant ses besoins et ses désirs matériels, permettre à son esprit de s'appliquer mieux à la pratique de la morale divine. Ainsi il se condamna à une telle abstinence, qu'il parvint à ne prendre de nourriture que deux fois par semaine, encore n'était-ce que du pain d'orge , ou les alimens les plus grossiers et en petite quantité. Et pour s'endurcir à supporter, sans se plaindre, toute espèce de douleur et de fatigue, il s'entourait le corps d'un ciliée très rude et qu'il tenait caché soigneusement sous le vêtement qu'il portait comme tous ses frères ; car sa modestie et son humilité l'empêchaient de faire paraître toutes les mortifications qu'il s'imposait.
Cependant il ne put les tenir si secrètes qu'à la longue sa réputation de sainteté ne s'étendît dans le monastère, et l'abbé étant mort, il fut élu à l'unanimité par ses frères pour le remplacer. Il voulut d'abord refuser, se regardant comme indigne ; mais il fut obligé de céder aux sollicitations pressantes de la communauté; et il n'accepta qu'en regardant son titre d'abbé comme une charge et un devoir envers ses frères et non comme un honneur qui lui était rendu, Aussi devint-il le père de tous ceux qui lui
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étaient confies. Il ne cessait de les secourir dans leurs peines, et de réveiller leur foi quand elle s'endormait. Un des moines étant venu s'accusera lui des désirs impurs qui le tourmentaient, Médéric le fit revêtir de sa pro prc robe et le contact du vêtement d'un homme aussi saint que le vénérajble abbé, produisit une telle révolution dans ce moine, qu'à l'instant il lut délivré du démon et qu'il devint depuis l'exemple de la plus hauler piété pour tous ses frères.
Un autre moine était le jouet d'une si étrange illusion, qu'après avoir fini son oraison, jamais en sortant de l'église il ne fléchissait le genou ; souvent averti par l'abbé, il ne se corrigeait cependant pas , ce qui était un grand sujet de scandale pour tous. Mais Médéric ayant pris du pain le bénit, en récitant de saintes paroles, et l'ayant donné à mangeraumoine, il le délivra, en lui rendant sa foi et sa volonté, de l'obsession qui le poursuivait.
Ces fréquens et puissans effets de la sainteté de Médéric ne tardèrent pas à se répandre en dehors de son monastère ; et, de tous les pays voisins, de nombreux fidèles, attirés par sa renommée, vinrent lui demander de soutenir leur foi et de les secourir dans leurs nécessités.
Cependant le pieux abbé ne se croyait pas encore assez saint, et regardantla solitude comme un moyen d'arriver à la perfection, il résolut d'éviter ce concours de monde qui l'entourait sans cesse j et s'étant retiré dans un lieu désert, qui était situé à cinq quarts de lieue de la ville d'Aulun, il s'établit là dans un ermitage^ et y vécut tellement seul, qu'il préparait lui-même le peu d'alimens qu'il mangeait. C'est cet ermitage qui a conservé depuis le nom de Celle de Saint-Merry.
Les moines de Saint-Martin supportèrent d'abord avec résignation la retraite de leur abbé; mais ils s'aperçurent bientôt que ses pieux et saints conseils leur manquaient , et que sa favorable influence ne les entretenait plus dans la même ferveur. Ils se dirigèrent donc vers le lieu désert où il s'était réfugié, et après l'avoir cherché long-temps, ils le trouvèrent enfin dans sa retraite. Ils le supplièrent de revenir parmi eux j mais en vain employèrent-ils tousles moyens de changer sa résolution, ils ne purent y réussir. Ils revenaient donc tout contrits, lorsqu'ils eurent la pensée de recourir à l'influence de l'évéque pour ramener parmi eux leur père spirituel.
L'évèque consentit aussitôt à cette démarche et retourna avec eux vers le saint abbé. Là l'évéque lui fit sentir combien pouvait errer un homme d'une aussi fervente piété que la sienne, en se séparant du troupeau qui lui était confié, et en le privant del'exem'ple de sa sainteté ainsi que de sa direction pieuse. Il ajouta que s'il était bien de vaincre ses passions charnelles et de mortifier son corps, il était mieux encore de répandre sur
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ceux qui l'entouraient les trésors de sa piété. Enfin il lui déclara que s'il ne retournait pas au monastère, il pourrait encourir une sentence d'excommunication pour avoir quitté le poste qui lui était confié. Toutes ces raisons agirent sur l'esprit de Médéric, et il revint à la communauté.
Ici commence la seconde partie delà vie du saint, où il semble vouloir prouver combien il avait été touché des paroles de l'évêque, et combien il sentait que la solitude absolue ne convenait pas à celui qui devait se dévouer au salut de tous. Il résolut donc, pour mener une vie dure et en même temps conforme aux conseils de l'évêque, et malgré les nombreu .ses infirmités dont il était accablé, mais qu'il supportait avec une grande résignation, d'entreprendre un pèlerinage pieux pour chercher ceux qui souffraient, leur porter le secours de ses prières, et attirer sur eux les miracles de Dieu. Un de ses disciples les plus zélés , Frodulphe , que Médéric avait tenu tout enfant sur les fonts de baptême, et que depuis il avaitimbu de sa sainte doctrine, lui conseilla alors de diriger son voyage de dévotion vers Paris, où il pourrait prier sur le tombeau de saint Denis et sur celui de saint Germain, et lui demanda en même temps lapermission de l'accompagner. En effet le maître et le disciple se mirent en route. Mais la fatigue du voyage ayant beaucoup augmenté les infirmités de Médéric, ils furent obligés de s'arrêter à Melun, où ils furent reçus dans le monastère deChampeaux. Là le saint abbé apprit que de malheureux captifs étaient retenus injustement en prison ; et malgré sa maladie et son extrême faiblesse, il se leva à l'instant pour aller demander leur grâce au jugej mais ne l'ayant pas trouvé, il revint se mettre en prières devant leur prison, et il obtint, par cette intercession, que les portes de leur cachot s'ouvrissent et' que les prisonniers fussent sauvés.
Il pria ainsi pour beaucoup d'autres personnes de la ville, qui en reçurent du soulagement. Aussi quand on sut qu'il voulait continuer son pèlerinage, et qu'il avait demandé une litière pour le transporter, à cause de la grande faiblesse qu'il éprouvait toujours , un nombre très considérable de personnes vinrent lui offrir toutes sortes de présens j et lui les acceptant avec bienveillance, les distribua tous aux pauvres , sans garder rien pour lui. Sur toute la route, les habitans lui amenaient leurs bestiaux pour le tramer dans sa litière ; il arriva une fois qu'on lui amena une vache et un taureau indompté , ce qui prêta à rire à plusieurs j cependant ils ne furent pas plus tôt accouplés, qu'ils se dirigèrent volontairement et d'eux-mêmes vers Paris.
Chacun venait au devant de lui demander la guérison de quelque mal : un homme nommé Ursus fut guéri d'une fièvre dont il était fortement travaillé; une femme, appelée Benoite, fut délivrée d'un démon qui l'obsé-
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Hnil. Enfin le saint sauva encore des prisonniers en arrivant à Charenton.
î.orsqu'il lut arrivé, avec Frodulplic, à Paris, il alla s'établir dans un nioiiaslére qui était prés de la chapelle Saint- Pierre, dans le faubourg du nord de Paris. Il se rendait souvent dans cette chapelle pour prier, malgré ses infirmités qui allaient toujours fn augmentant, maisquMl souffrait avec patience et résignation. Il vécut ainsi, révéré de tous ceux qui venaient lui demander ses conseils et sa bénédiction, pendant deux ans et neuf mois, et alors sentant qu'il allait rejoindre le Seigneur, il appela à lui ses disciples, leur annonça le jour de sa mort, en les édifiant par de saintes paroles. Et il passa à Dieu en même temps qu'il priait, le 29 du mois d'août de l'an 700. Il fut enterré dans la chapelle Saint-Pierre, où il avait si long-temps demandé pour les autres les grâces du Seigneur. Et l'église Saint-Merry a encore aujourd'hui une crypte souterraine en souvenir du lieu de la sépulture de saint Médéric. ( Vincent de Beauvais, Spec. Hist. 1. 24. ch. 92. Bollandistes, 29 août. )
Frodulphe, après la mort de son maître, retourna en Bourgogne, où il mourut et fut enterré, et un oratoire fut élevé sur son tombeau, sousl'invocation deSaint-Frou, son nom populaire. Une partie de son corps fut ensuite apportée à Paris, pour être réunie à la sépulture de son maître , dans la chapelle Saint-Pierre , qui , devenue célèbre par les miracles opérés sur le tombeau de saint Médéric, reçut bientôt le nom de Saint- Merry, comme l'indique un diplôme de Louis-le-Débonnaire, daté de 820, où elle est indiquée sous cette dénomination.
Cette vie si pure et si dévouée de saint Merry^ dont l'exemple dominait la simple et étroite chapelle où il était enterré, ne cessa d'influer sur la plupart des événemensqui s'y passèrent depuis.
Le respect qu'un prêtre du nom de Théodebert, qui desservait cette cha pelle, portait au nom de saint Merry, lui fit remarquer avec regret que le corps du saint était déposé dans la terre contre un mur dans un lieu peu convenable. Il en conféra avec l'évêque, qui lui accorda la permission d'opérer la translation du saint dans un lieu mieux choisi de la chapelle^ et l'évêque ne pouvant y assister lui-même, y envoya les archidiacres.
La solennité qui fut donnée à cette cérémonie attira sur la chapelle l'attention des seigneurs riches d'alors; le comte Adalart et plusieurs autres nobles pensèrent ne pouvoir mieux prouver leur piété qu'en sacrifiant une partie de leurs richesses à relever l'éclat du tombeau d'un homme aussi saint. Us lui firent donc des. donations, qui furent approuvées par Eudes, fils de Robert-le-Fort, et comte de Paris, et par Carloman au temps duquel cela se passait. C'était en 884.
Il paraît que les libéralités des seigneurs furent excitées par ce premier
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exemple; car un Odon, fauconnier ( de quelque roi sans doute), et dont la richesse et la fonction militaire sont attestées par les bottes de cuir doré qu'on a trouvées flxéesà ses jambes, dans son tombeau, fonda, de ses deniers, une église sur l'emplacement delà chapelle. C'est ce qu'indique son épitaphe : hic jacft vir bon.e mëmorijs Odo falconnarius fundator hujus ECCLESiiE. Ici gît, homme de bonne mémoire, Odon, fauconnier, fondateur de cette église.
Il paraît que cette transformation donna une fort grande importance à ce lieu saint; car, en 1005 ou 1015, Renaut, évêque de Paris, donna cette église au chapitre de Paris, et elle devint par là une des quatre paroisses filles de Notre-Dame, qui étaient Saint-Étienne-des-Grés, Saint- Benoît, Saint-Sépulcre et Saint-Merry. De ce moment y furent envoyés sept bénéficiers du chapitre de Notre-Dame, sous le titre de chanoines, et qui administraient les sacremens chacun à leur tour par semaine.
Au commencement du xiii*" siècle, l'église fut rebâtie de nouveau , et vers cette époque, en 1219, l'organisation des chanoines fut modifiée parce qu'il arriva quun jour le chanoine qui était de semaine étant absent, un paroissien mourut sans avoir recules sacremens. Pour remédier à un aussi grave inconvénient , les chanoines nommèrent le plus ancien d'entre eux curé ou presbyter pUbanus, chanoine pléban ; celui qui préside au peuple, qui a soin du peuple. Ainsi se montre là, en particulier, dans cette institution de Saint-Merry, quelle était la valeur morale et sociale du curé; il étaii chargé de l'éducation et de la conduite du peuple, des classes non nobles, des hommes de ville; les corps de métiers étaient même fort en honneur dans cette paroisse, car les corroyeurs avaient seuls, de temps immémorial, le droit de porteries châsses de saint Merry, saint Frodulphe et saint Léger.
Des privilèges de justice et d'asile étaient aussi l'apanage de ce lieu sacré, car l'on voit qu'au moment où les rois de France voulurent centraliser les droits de justice, épars aux mains des seigneurs et du clergé. Philippe le-Hardi, en 1273, fut obligé de racheter, par un accord avec le chapitre de Saint-Merry, le droit de haute justice, que les chanoines contestaient aux gens du roi; mais tout en leur donnant des rentes et d'autres privilèges en échange de ce droit, il leur laissa encore le droit de basse justice, qu'ils continuèrent à exercer.
Quant au droit d'asile, on voit qu'il était tellement sacré qu'à la fin du xiv^ siècle, en 1377, trois huissiers duChàtelet, ayant enfreint l'immunité de l'église, en arrêtant sur son territoire un homme qu'ils conduisirent au Châtelet, le parlement ordonna que les huissiers reconduiraient cet hommeà Saint-Merry, s'il était encore en leur pouvoir, et s'ils ne l'avaient
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plus, qu'ils réintôefroraicnl celle éfjlisi^ dfins son inimunilé, par le signe d'une verge et en prononçant une formule expresse, en présence des députés du chapitre.
Mais si le chapitre défendait dans son droit l'accusé vivant, il n'abandonnait même pas l'innocent condamné à mort. Ainsi dans le même siècle, en 1323, Jourdain Delisle, seigneur de Casaubon, et mari d'une nièce du pape Jean XXII, défendant son droit seigneurial, avait frappé et expulsé de sa terre un huissier qui exploitait dans sou domaine, avec les signes de l'autorité royale. Charles IV, surnommé le Bel, fit prendre ce seigneur, le lit traîner sur la claie et pendre ensuite. Ce seigneur était cependant un homme pieux et juste sur lequel on trouva au moment de son exécution des reliques et des versets sacrés. A cette occasion saint Thomas, curé de Saint-Merry, ne fut pas arrêté par l'arrêt de condamnation porté contre celui qu'il croyait innocent; et ayant rassemblé le chapitre , il lui proposa de prouver leur attachement au pape, en allant chercher le corps de son neveu pour l'enterrer. Ainsi firent-ils ; ils s'en allèrent tous avec grand luminaire le chercher à la potence, et l'ayant fait porter à leur église, ils l'y enterrèrent sans aucune rétribution. ( Lettre de saint Thomas à Jean XXII. )
Parmi les personnages qui, vers cette époque, ont illustré la paroisse de Saint-Merry, on cite saint Edme, archevêque deCantorbéry, qui, en 1220, étant étudiant en théologie à Paris, assistait toutes les nuits aux matines des chanoines du chapitre.
Raoul de Presles, mort en 1382, maître des requêtes et l'un des plus savans hommes de son temps, habitait tout proche de l'église, dont il était un des paroissiens zélés.
Enfin on cite encore Guillemette, sainte femme, née à la Rochelle, qui recevait des révélations du ciel, et dont la réputation s'étendit bientôt jusqu'à Paris. Le roi Charles V, en nnant ouï parler, la fit mander, la voulut voir et lui parla long-temps ; puis après s'être recommandé à ses prières, il la confia à Gilles Mallet, un de tes officiers, pour qu'il en eût soin, en lui ordonnant de lui faire construire un oratoire en bois à Saint Merry sa paroisse. Elle s'y rendait souvent, et y restait long temps en ravissement et en contemplation, si bien qu'on la voyait quelquefois en l'air, à plus de deux pieds au dessus de la terre. Les plus grands seigneurs de la cour avaient une grande foi dans ses prières et allaient toujours la prier d'intercéder pour eux. ( Vie de Charles V. Chr. de Pisan, diss. sur l'hist. de Paris, t. 3, p. 259.)
Au commencement du xiv^ siècle, la dernière organisation du chapitre de Saint-Merry fiit encore changée. Les fidèles avaient beaucoup augmenté
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en nombre et un seul curé ne suffisait plus pour Tadministration des sacre mens, il demanda un coadjuteur qui lui fut accordé. Les deux curés reçu rent alors le nom de chefciers ou cheveciers, titre dont l'étymologie et la signification sont fort douteuses. Ils continuèrent ainsi la direction des fidèles jusqu'en 1 683. A cette époque il y avait déjà eu beaucoup de divisions et de scandales entre les deux desservans ; le clergé n'était plus ce qu'il avait été; l'intérêt personnel et les passions mesquines avaient remplacé le noble dévouement des premiers prêtres. Cependant il se trouva deux curés honnêtes, qui convinrent de faire cesser ces désordres , en réunissant les deux cures en une ; ils se nommaient Rollinet Blamjignon ; et une bulle d'Innocent XI confirma cette réunion, le 25 février 1683. Aujourd'hui le chapitre se compose d'un chefcier curé, de six chanoines de six chapelains en titre, et le droit de conférer ces bénéfices appartientà deux chanoines de Notre-Dame.
Nous avons indiqué plusieurs fois l'augmentation du nombre des fidèles comme cause déterminante des changemens apportés', soit dans le personnel du chapitre, soit dans le monument lui-même. Une dernière et complète reconstruction eut le même motif, au temps de François P"". Ce fut en 1520 qu'elle fut commencée, et eHe ne fut achevée qu'en 1612. C'est l'église qui existe encore aujourd'hui.
Elle est élevée sur le plan des églises de style catholique, improprement appelé gothique, et sa disposition générale ne manque ni de grandeur ni d'élévation. Elle se développe sur cinq nefs, composées de cinq ogives qui s'arrêtent à la croisée qui les coupe. La nef du milieu, au-delà de la croisée, se termine par l'hémicycle du chœur, formé de treize ogives. Les deux petites nefs latérales s'ouvrent dans les bas côtés de la nef, sur un certain nombre de chapelles, et se terminent derrière le chœur, en formant ellesmêmes, en 'dehors des deux grandes nefs latérales, un cordon semi-circulaire de treize chapelles, dont celle de la Vierge, qui occupe le milieu, répond à l'axe de l'église. Le style architectural est celui qui marque la dernière époque des monumens catholiques et qui précède immédiatement ce qu'on a appelé la renaissance, et qu'il est bien plus juste de nommer la décadence. La tour qui s'élève à gauche du portail offre même tous les caractères de ce dernier style ; elle est lourde, carrée, et lesornemens, encore inachevés, qui la décorent, contrastent d'une manière frappante avec l'élégance de la petite tourelle de droite et les clochetons, les gorges feuillées, qui courent le longdu portail à trois portes qui forme la façade du mooument. Ce portail, d'un très bon style, du xv® siècle, était couronné par un ^rand clocheton qui a été abattu, et portait douze statues et deux cordons ogivaux de saints et d'anges, qui ont été enlevés au tempsde la révolution ,