BOURSE
DEUXIÈME ÉDITION
PARIS
A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
Droits de reproduction et de traduction réservés.
INDEX ALPHABETIQUE
Pages.
Introduction i
Arc de triomphe de la porte Saint -Denis 21
Banque d’escompte 4
Bibliothèque nationale 5
Boulevard Saint-Denis » 21
Bourse 11
Caserne de la rue de la Banque 13
Cercle artistique et littéraire 2
— militaire 3
Chambre de commerce 25
Crédit foncier 1
— lyonnais ... 26
Eglise Notre-Dame de Bonne-Nouvelle 23
— Notre-Dame des Victoires 14
Foire aux journaux (la), rue du Croissant 24
Fontaine d’Antin 3
— Louvois 10
Galerie Colbert 14
Hôtel de l'enregistrement et du timbre 12
— du journal la France 25
Mairie du deuxième arrondissement 13
Maison rue Etienne-Marcel, n° 50 19
— Fontaine ... 3
— rue du Mail 17
Musée et bibliothèque pédagogiques de la ville de Paris... 19 Passage Bourg* l’Abbé 20
— Choiseul 4
— des Panoramas 21
— du Ponceau 21
— Vivienne.. 14
Pavillon de Hanovre 26
Place des Victoires 17
INDEX ALPHABÉTIQUE
Pages.
Quartier Bonne-Nouvelle 5
Quartier de la Bourse 1
— du Mail 1
— Gaillon 1
Hue de la Paix 2
Salle des Conférences . . 26
— Ventadour 3
Square Louvois 10
Statue de Louis XIV 19
Théâtre des Bouffes-Parisiens. 4
— Italien 4
— des Variétés 26
Tour de Jean sans Peur 20
APPENDICE
Délimitation des quartiers de l’arrondissement. — Nomenclature historique des rues, passages, places, boulevards, etc. 29
INTRODUCTION
Le deuxième arrondissement s’étend au nord du premier. Trois de ses quartiers : Bonne-Nouvelle, Mail et Vivienne — généralement appelé quartier de la Bourse — se partagent à peu près également un rectangle, dont les rues des Petits-Champs et Étienne- Marcel forment la base, le boulevard de Sébastopol le côté est, et que limite au nord la ligne des grands boulevards, depuis le boulevard Sébastopol jusqu’à la rue de Grammont. Ici, un îlot triangulaire, dont l’extrémité est au point de rencontre de la rue et du boulevard des Capucines, forme un quatrième quartier : le quartier Gaillon, dont la création fut proposée dès 1722, mais n’eut lieu que sous la Révolution.
Nous donnerons, avant de commencer notre promenade, un rapide aperçu des caractères distinctifs des divers quartiers de l’arrondissement; ici, nous allons nous livrer à une étude rétrospective et tenter de rappeler ce qu’ils étaient autrefois.
Nous ne remonterons pas pour cela aux premiers temps de l’histoire de Paris ; pendant de longs siècles, tout le territoire que nous allons parcourir fut en dehors de l’enceinte de la capitale. Il est certain qu’en
ces temps éloignés on ne voyait là que des marais, des h.
INTRODUCTION
champs en culture, une route allant vers Montmartre et une autre allant vers Clichy. En ces parages, vous rencontrerez maintenant la porte Saint-Denis, l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle,le théâtre des Variétés, la place où fut l’Opéra-Comique (place où il sera prochainement reconstruit), l’hôtel du Crédit lyonnais, le palais de la Bourse, la Bibliothèque nationale, l’hôtel du Timbre, l’église Notre-Dame-des-Victoires et le haut de l’avenue de l’Opéra.
C’est l’enceinte d’Étienne Marcel qui renferma la première une minime partie de l’arrondissement dans la ville. L’importance de cette adjonction demeure clairement indiquée encore : entre le boulevard Sébastopol et la rue Saint-Denis, par le tracé de la rue Sainte- Apolline, au bout de laquelle se trouvait une porte connue sous le nom de Bastille Saint- Denis ; entre la rue Saint-Denis et la rue Montmartre, parla rue d’Aboukir; à l’endroit où les deux voies se rencontrent, était une porte fortifiée : la porte Montmartre; la muraille suivait ensuite la première partie de la rue d’Aboukir (celle qui s’appelait autrefois rue des Fossés-Montmartre), et, traversant l’emplacement de la place des Victoires, se ralliait à l’enceinte qui clôturait le premier arrondissement, dont nous avons précédemment parlé.
Une des plus vieilles voies publiques de ce quartier est la partie de la rue Saint-Sauveur qui, de la rue Saint- Denis, s’étend à la rue Montorgueil. Cette rue devait son nom à une église dont le grand immeuble où sont établis les bains Saint-Sauveur occupe la place. Quant à la partie comprise entre les rues Montorgueil et
INTRODUCTION
Montmartre, elle étaitpresque entièrement bâtie en 1450 et s’appelait alors ruelle des Aigoux; en 1564, elle portait le nom bizarre, peu harmonieux, mais bien significatif de rue ou soûlaient être les égouts de la ville. Plus tard, elle s’appela rue du Bout-du-monde , et ne dut pas ce nom à sa situation au bout de la ville, mais bien à une enseigne où l’on avait représenté un os , un bouc, un duc (oiseau) et un globe figurant le monde, sorte de rébus, qu’avec un peu de complaisance, on arrivait à traduire par : Au bout du monde. Cette rue, au reste, paraissait destinée à devoir ses dénominations aux enseignes ; en 1806, elle prit le nom de rue du Cadran , que beaucoup de nos contemporains lui ont connu, parce qu’un serrurier qui l’habitait avait placé une grande horloge devant la porte de ses ateliers. A cette époque, l’égout coulait encore à ciel ouvert dans la rue ; c’est en 1815 seulement qu’il devint souterrain.
Dans le voisinage, au seizième siècle, était la rue Neuve-de-l’Ursine, qui s’appela plus tard rue des Filles-Dieu, et, non loin de là, cette cour des Miracles, repaire de mendiants, de vagabonds et aussi de gens assez dangereux à rencontrer le soir par la ville.
Nous avons vu quelles étaient les limites de l'arrondissement au quatorzième siècle; il nous reste à donner une idée de son aspect. Ouvrez une sorte d’éventail, que la rue Saint-Denis bornera à l’est et la rue Montmartre à l’ouest; figurez-vous sur cet espace une vingtaine d’îlots séparés par des voies étroites, parmi lesquelles, en regardant attentivement, vous reconnaîtrez plus d’un embryon de rues modernes. Au nord de cette agglomération, placez un vaste quadrilatère que
ji. *
INTRODUCTION
la muraille parisienne traverse et sépare en deux triangles égaux. Ceci s’appelle la culture des Filles- Dieu; elle touche, par son extrémité supérieure, à la bastille Saint-Denis et sa partie opposée est toute voisine de la porte Montmartre. Celui de ses triangles compris dans l’enceinte de la ville renferme le couvent des Filles-Dieu, à la porte duquel s’arrêtaient, pour recevoir des religieuses trois morceaux de pain et un verre de vin, les condamnés qu’on conduisait à Montfaucon.
Sur l’emplacement de cette maison et de son église, la rue et le passage du Caire ont été ouverts à la fin du dernier siècle.
Mais ce n’est pas là le seul monument qui mérite d’être signalé. Si vous descendez la rue Saint-Denis, vous rencontrerez d’abord à votre gauche, au coin de la rue Greneta, rhôpital de la Trinité; plus bas, à droite, avant d’arriver à Saint-Leu, l’hôpital Saint- Jacques, fondé en 1327, et, si vous tournez sur votre gauche, l’hôtel de Bourgogne et sa puissante tour carrée, debout encore.
Bien que la population augmente en ces quartiers, leur accroissement ne devient sensible que sous Louis XIII, alors que le mur d’enceinte est repoussé jusqu’à nos grands boulevards actuels. C’est à la même epoque aussi que nous voyons percer ses principales rues, s’élever des monuments nouveaux, et enfin commencer une ère d’embellissements qui ne laissera plus que bien peu de choses à désirer quand, dans un temps prochain, le tracé de la rue Réaumur sera un fait accompli.
INTRODUCTION
Nous noussommes transporté au temps de Louis XIII; un coin du deuxième arrondissement actuel fut alors témoin d’un fait, qu’en fidèle historien nous ne saurions passer sous silence.
Dès 1545, les confrères de la Passion, chassés de Photel de Flandre, qu’on démolissait (1), étaient venus s’établir dans une dépendance de Thotel de Bourgogne, rue Mauconseil, et, sous Louis XIII, attiraient encore la foule par la représentation de farces grotesques, satiriques et frondeuses. Quelques tentatives plus littéraires avaient bien été faites. Jean Prévôt et Alexandre Hardy, vieux alors, avaient donné un certain nombre de comédies et de tragédies; mais, malgré leurs efforts, notre théâtre, qui devait devenir si brillant un jour, n’était pas encore sorti de ses limbes, et les acteurs qui interprétaient les meilleures œuvres, Mondori, Deslauriers, Belleville, etc., étaient moins appréciés et moins populaires que ces verveux farceurs qui s’appelaient Turlupin, Gautier Garguille, Gros Guillaume, etc.
En 1629, et sans qu’on en prévît l’importance future, une transformation s’opérait au théâtre. Les comédiens représentaient la première pièce de Corneille, Mélite, et le succès était tel que la troupe ne tardait pas à se dédoubler. Le théâtre français était créé. Il a son temple dans le premier arrondissement ; mais le deuxième, il était juste de le faire remarquer, peut s’enorgueillir d’avoir été son berceau.
La halle aux cuirs, qu’on a vue longtemps dans la
(1) L’hôtel de Flandre était situé entre les rues Platrière, Coq- Héron, des Vieux-Augustins et Coquillière.
VI INTRODUCTION
rue Mauconseil, était un reste du théâtre de l’hôtel de Bourgogne.
Vers la même époque, en 1628, pour être précis, au lieu où avait été jadis une chapelle dédiée à saint Louis et à sainte Barbe, la reine Anne d’Autriche posait la première pierre de l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. En même temps, à l’autre extrémité de l’arrondissement, les augustins déchaussés commençaient l’édification de leur couvent ; l’église Notre-Dame-des- Victoires était la chapelle de cet établissement. Les percements furent nombreux alors; en 1629, sous le nom de rue Royale, s’ouvre, sur l’emplacement de la muraille d’Étienne Marcel, la partie de la rue de Richelieu qui va de la rue Saint-Honoré à la rue Feydeau; en 1633, se trace la rue Sainte-Anne; l’année suivante, les rues Neuve-Saint-Eustache, Neuve-des- Petits- Champs, du Mail et de Cléry (pendant un certain temps cette dernière, pour la partie comprise entre les rues Poissonnière et Saint-Denis, fut nommée rue Moufîetard).
Quelques années plus tard, en 1640, tandis que toutes ces voies nouvelles se bordaient, les unes de luxueux hôtels, les autres de modestes habitations, le chancelier Séguier faisait construire, à ses frais, la chapelle Saint-Joseph, dans le cimetière de laquelle on enterrait, au siècle suivant, deux de nos plus grands poètes : Molière et La Fontaine.
En 1671, Blondel édifiait la porte Saint-Denis; enfin, dans Jes dernières années du dix-septième siècle, de belles maisons se construisaient rue du Mail; en même temps les hôtels de la Ferté-Sénectère etd’Émery dis-
INTRODUCTION
paraissaient, et sur les terrains qu’ils avaient occupés Mansart construisait la place des Victoires. Maréchaux, nobles et financiers vinrent à l’envi en habiter les splendides demeures, et longtemps elle resta un centre aristocratique. Après 1830 seulement, le commerce s’en empara, et les enseignes en lettres d’or sur fond noir vinrent s’accrocher aux pilastres ioniques et briser les belles courbes des arcades.
Au début du dix-huitième siècle, la rue Neuve-Saint- Augustin était prolongée jusqu’au mur d’enceinte, la rue Louis-le-Grand était créée. De nombreux hôtels peuplaient alors le territoire de l'arrondissement : Chamillard avait le sien près de la rue de la Michodière; l'hotel d’Egmont s’élevait au milieu de la rue Louis-le-Grand, au bout de laquelle se construisait plus tard le pavillon de Hanovre; l’hotel de Nevers développait sa façade rue de Richelieu.
Arrêtons-nous un instant devant cet hôtel de Nevers. Nous l’avons constaté, le deuxième arrondissement peut revendiquer la gloire d’avoir vu naître le théâtre français; il peut être fier, à juste titre aussi, d’avoir recueilli dans son sein la plus belle collection de nos richesses littéraires, la Bibliothèque nationale.
On lira plus loin l’histoire de cette institution et nous en visiterons les salles. Bornons-nous à constater ici que la Bibliothèque fut installée à l’hôtel de Nevers en 1724, après avoir séjourné pendant quarante années déjà dans deux immeubles de la rue Vivienne, qui avant la Révolution était très aristocratiquement habitée, et où l’on eût en vain cherché les belles boutiques et les brillants magasins qu’on y voit maintenant.