NORD
Échelle de 1:7 5oo
ITINÉRAIRE
POUR LE IIIe ARRONDISSEMENT.,
Boulevard de Sébastopol, à l'angle de la rue de Rambuteau, rue Greneta, remisage des voitures de maraîchers, église Saint-Nicolas des Champs; rue Saint-Martin, Conservatoire des arts et métiers, square des Arts-et-Métiers, théâtre de la Gaîté, fontaine du Vert-bois; rue du Vert-bois, rue Montgolfier, École centrale des arts et manufactures; rue Borda, rue de Turbigo, École Turgot; rue Volta, rue Notre-Dame de Nazareth, temple isrâélite; rue du Temple, École municipale Germain-Pilon, église Sainte-Élisabeth, marché du Temple, square du Temple, statue de Béranger, mairie du troisième arrondissement; rue des Archives, place de la Corderie, rue Dupuis, rue Béranger, passage Vendôme; théâtre Déjazet ; boulevard du Temple, rue Chariot, maison mortuaire de Béranger ; rue de Turenne, maisons nos 116, 60, vierge de la rue Villehardouin, église Saint-Denis du Saint-Sacrement, fontaine Saint-Louis ; rue des Francs-Bourgeois, hôtel et musée Carnavalet; rue Payenne, rue du Parc-Royal, place de Tliorigny, rue de Thoriguy, hôtel de Juigné; rue des Coutures-Saint-Gervais, rue du Perche, église Saint-Jean-Saint-François ; rue Chariot, rue des Quatre- Fils, Imprimerie nationale ; rue Vieille-du-Temple, tourelle Barbette; rue des Francs-Bourgeois, Archives nationales, École des chartes, couvent de la Merci, porte de Clisson; rue de Braque, rue du Temple, maison n° 71 ; rue de Rambuteau, fontaine des Haudriettes, — une échelle patibulaire.
L’excursion que nous allons entreprendre sera longue, et nous partirons de bon matin, car certains coins de l’arrondissement sont particulièrement curieux à visiter au point du jour.
Par cette loi d’harmonie secrète dont nous avons vu déjà plusieurs exemples, chacun des quatre quartiers du troisième arrondissement a son caractère propre et sa physionomie particulière.
Le quartier des Arts-et-Métiers, actif, producteur, est habité tout à la fois par de grands industriels dont les ateliers occupent des immeubles entiers, et par de modestes fabricants dont les métiers tout spéciaux s’exercent au troisième ou au quatrième étage d’une haute et vieille bâtisse. Ne souriez pas dédaigneusement si vous apercevez sur les murs d’une étroite allée trois ou quatre noms superposés: X..., Y..., Z...; — X... est faiseur de visières pour casquettes et képis, et ne fait rien autre; Y... a pour spécialité la fabrication des outils en buis qu’on emploie dans la chapellerie; Z... occupe plusieurs ouvriers à la confection de ces étuis de papier bleu dont s’enveloppe en sortant du magasin, à Paris comme en province, tout chapeau de soie qui se respecte; celui-ci, artiste en son genre, grave des marques de fabrique; celui-là teint et frise des plumes, cet autre enfin faitle bourdalou, et tous expédient chaque jour, en province et à l’étranger, des douzaines, des centaines, des grosses de leurs produits. Découvrez-vous, vous qui passez par ici, il y a certainement quelque chose, sinon tout, dans votre coiffure qui vient de ce coin de Paris.
Passons-nous dans le quartier des Archives? les voies sont
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plus larges; aux maisons, anciennes pour la plupart, on accède par de hautes portes et les constructions se dressent autour de vastes cours. Jetez les yeux au fond de ces cours, vous y verrez des fabriques de jouets, véritables chefsd’œuvre, ici de naïveté, là de coquetterie, partout d’ingéniosité. Vous y verrez aussi de nombreux ateliers et magasins consacrés à la fabrication et à la vente du bronze; si vous vous arrêtez devant quelque vitrine, vous ne manquerez pas de remarquer que ces coupes, ces flambeaux, ces pendules, tous objets à destination industrielle, sont généralement empreints de ce cachet artistique dont les ouvriers parisiens ont le secret.
Si nous entrons dans le quartier des Enfants-Rouges, nous le trouverons calme, silencieux, bourgeois, à peine éveillé à huit heures du matin, endormi le soir avant dix heures.
Quel contraste avec le quartier Sainte-Avoye, remuant, populeux, plein de cabarets bruyants et d’obscures boutiques de fripiers, au fond desquelles on peut, moyennant quelques francs, échanger ses nippes hors d’usage contre des vêtements d’occasion... qui ne dureront guère.
Nous avons dit que cette fois nous nous mettions en route de bonne heure; c’est donc à l’aube que nous partirons du coin de la rue Rambuteau pour remonter le boulevard de Sébastopol dont les cafés et les magasins sont encore fermés. Nous suivrons maintenant notre droite et, la trouée de la rue de Turbigo, égayée par le coquet campanile de l'École Turgot, fraîche, brumeuse dans l’air matinal, une fois franchie, nous nous trouverons, ayant suivi un petit bout de la rue Greneta, dans une sorte de carrefour, à cette heure singulièrement animé et d’un fort pittoresque aspect.
C’est là que viennent remiser, chevaux dételés souvent, un grand nombre de voitures approvisionnant nos halles; c'est là que vous coudoierez de braves maraîchers en blouse bleue et coiffés de bonnets de coton; c’est là que vous verrez, bien portantes, hautes en couleur, rieuses sous leur marmotte, les jeunes et fraîches paysannes de nos en-
virons qui ont accompagné leurs hommes; au fond, terminant majestueusement le tableau, l’église Saint-Nicolas des Champs dresse son gracieux portail seizième siècle. Dans la variété infinie des spectacles parisiens, celui-ci n’est pas l’un des moins curieux qu’il nous sera donné de rencontrer. Ici, à cetle heure matinale, on se croirait volontiers sur la place de la cathédrale d’une ville de province.
Ainsi que la plupart des églises de Paris, Saint-Nicolas des Champs est d’origine assez ancienne. Chapelle d’abord, elle était destinée à la domesticité du prieuré royal de Saint- Martin; érigée en paroisse en 1176, on la rebâtit en 1420, puis on l’agrandit encore en 1575; c’est de cette dernière époque que datent le chœur, les chapelles du chevet et le portail, curieux à examiner, qui donne accès à l’église par la rue Saint-Martin. Le monument a beaucoup souffert pendant nos époques troublées; les restaurations qu’il a subies n’ont pas toujours été heureuses; l’intérieur est demeuré imposant quand même. Des chapelles, pour la plupart pavées de pierres tombales, entourent la nef; nous nous arrêterons devant les plus intéressantes.
La chapelle de Saint-Nicolas, où sont déposées les reliques du patron de l’église et dont le mur de droite est orné d’un superbe tableau de M. Albert Maignan, bien en lumière, robuste de couleur, d’un effet saisissant, et représentant le Christ appelant à lui les affligés .
Dans la chapelle de Saint-Martin, un curieux bas-relief placé au-dessus de l’autel nous montre le saint guérissant un lépreux en lui donnant un baiser; une inscription fait face à ce bas-relief et rappelle que le roi Henri Ier construisit l’église pour conserver la mémoire de ce miracle.
La chapelle delà Vierge, coquette, bien éclairée, est ornée de plusieurs peintures qui méritent d’être vues; une Adoration des bergers et deux fresques reproduisant des scènes de la vie de la Vierge.
Derrière le grand autel nous trouvons, dans la chapelle de Sainte-Cécile, une belle toile de M. Charles Landelle et enfin, de-ci de-là dans l’église, mais souvent placés dans une
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insuffisante lumière, une Descente de Croix , de Sébastien Bourdon, une Assomption , de Simon Vouet, un Martyre de saint Étienne , de Léon Cogniet, etc.
A Saint-Nicolas des Champs furent enterrés quelques personnages célèbres à divers titres : Guillaume Budé, prévôt des marchands (1540); Henri et Adrien de Valois, historiographes (1G76, 1682); M116 de Scudéry (1701), etc. Enfin, sur les registres de la paroisse, s’il vous est permis de les parcourir, vous trouverez, à la date du 15 janvier 1763, l’acte de baptême de Joseph Talma, né rue des Ménétriers (aujourd’hui rue Rambuteau). En sortant de l’église nous pouvons voir, sur la rue Cunin-Gridaine, de curieux restes de l’ancienne abbaye qui servent actuellement de sacristie à l’église (1).
Si le deuxième arrondissement possède la Bibliothèque, le troisième peut s’enorgueillir à bon droit de nous permettre la visite non seulement de l’Imprimerie nationale, mais encore du Conservatoire des arts et métiers. Bibliothèque, Imprimerie, Conservatoire ! ce sont là trois conceptions sœurs, trois institutions de premier ordre qui font honneur à ceux qui les ont fondées et à la capitale qui les renferme dans son sein. Si l’initiative des deux premières revient à la Royauté, la République peut revendiquer celle delà troisième.
C’est en effet en exécution d’un décret rendu le 19 vendémiaire an III (10 octobre 1794) que fut créé le Conservatoire des arts et métiers.
Une collection assez considérable de machines, outils et instruments existait déjà; elle avait été réunie, dès 1775, par Vaucanson, qui, en mourant sept ans plus tard, la légua au gouvernement. Les richesses de Vaucanson étaient placées à son domicile, rue de Charonne, dans l’hôtel de Mortagne; la nécessité de trouver un local approprié à la création nouvelle fit longtemps ajourner l’exécution du décret de l’an III. En 1798, le 15 avril (26 germinal an VI), l’abbé
(1) A l’heure où paraîtront ces lignes, une partie de ce monument sera, sans doute, enlevée par des nécessités d’alignement.