‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissements (volume 2)Chapitre 29 sur 56 · LE CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS · texte numérisé non relu

LE CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS

dessin de p. merwart.

Grégoire, auteur de la première proposition, revint à la charge devant le Conseil des Cinq-Cents et les locaux de l’ancienne abbaye de Saint-Martin des Champs, occupés alors par une fabrique d’armes, furent affectés au Conservatoire.

Ce fut un riche prieuré, celui de Saint-Martin des Champs! Succédant en 1079 à une abbaye dont l’origine remontait aux premiers temps de la monarchie, ses moines étaient maîtres et seigneurs dans leur enclos ; ils avaient un bailliage, une prison, un champ clos pour les duels judiciaires; le Parlement seul pouvait casser les arrêts rendus par leur justice.

Supprimé en 1790, le prieuré devint propriété nationale; les terrains qui en dépendaient et une partie des bâtiments furent l’objet de diverses ventes en 1791, 1793 et 1798. L’église et le réfectoire furent heureusement conservés : l’une est aujourd’hui la galerie des machines en mouvement, l’autre la bibliothèque; ces deux curieuses constructions ont été restaurées avec une rare habileté et un goût charmant par M. Vaudoyer.

Fort remarquable et d’une grande allure est la façade, avec son majestueux fronton et ses deux statues de Robert: l’Art et la Science; une cour spacieuse, limitée à droite par le bijou de la Bibliothèque, mène à l’escalier à double rampe conduisant aux galeries du premier étage, où sont exposés les modèles.

Il serait oiseux d’essayer ici une nomenclature de toutes tes curiosités rangées dans les galeries du Conservatoire; tout en nous bornant à citer les principales nous craignons encore, malgré d’inévitables omissions, d’être accusé de prolixité.

En premier lieu nous citerons le métier construit par Yaucanson pour la fabrication des étoffes façonnées; certes l’étonnante perfection du métier Jacquard n’est point atteinte ici, mais il faut reconnaître que le grand Lyonnais n’aurait point accompli son œuvre si celle de Yaucanson n’avait pu lui servir d’inspiratrice. Voici maintenant deux modèles de la célèbre machine arithmétique de Pascal, l’appareil dont

PROMENADES DANS PARIS

Lavoisier s’est servi pour établir la composition de l’eau, la première machine locomotive construite par Cugnot en 1770, les miroirs ardents de Buffon, diverses pièces du cabinet du physicien Charles, notamment la soupape de son ballon, enfin un tour ayant appartenu au roi Louis XVI.

Le fonds de la galerie d’horlogerie est formé en grande partie par les pièces composant le cabinet de Berthoud, et dont les plus curieuses sont décrites dans son grand ouvrage sur l’horlogerie; mais l’intérêt qui s’attache à ces œuvres ne saurait nous empêcher de remarquer celles des Leroy, des Bréguet, non plus que la magnifique horloge de Houdin.

Les spécialistes et même les simples curieux ne manqueront pas de s’arrêter dans la galerie consacrée aux modèles de géométrie; par une ingénieuse combinaison de fils aux couleurs diverses, toutes les surfaces génératrices et leurs intersections sont fidèlement représentées; les démonstrations si ardues et si compliquées dans les livres deviennent, grAce à ce procédé, dû au savant Olivier, claires et attrayantes, même pour les intelligences les moins portées vers les sciences.

Des modèles de machines modernes garnissent principalement la grande galerie du premier étage; ces modèles ont été exécutés pour la plupart de 1830 à 1819, alors que Pouillet était directeur du Conservatoire; réduits à une échelle où tous les détails du mécanisme sont appréciables, ces modèles, dont quelques-uns sont de véritables œuvres d’art, rendent d’incontestables services à toutes les personnes qui étudient la mécanique et forment un musée des plus complets où l’on peut se rendre compte des progrès réalisés. Les locomotives, les machines à vapeur pour bateaux, les métiers à tisser et à filer sont particulièrement remarquables.

La bibliothèque possède environ 20000 volumes, tous relatifs à l’industrie, aux arts et aux sciences; elle est ouverte au public tous les jours, excepté le lundi. Elle est installée, nous l’avons dit, dans l’ancien réfectoire du prieuré, une des plus jolies salles gothiques qu’il soit possible de ren-

contrer. La restauration a été ici particulièrement intelligente, les fines et gracieuses colonnes qui partagent la salle ont été peintes comme elles l’étaient au treizième siècle. Sur les murs M. Gérôme a représenté sous l’aspect moyen âge, la Peinture, le Dessin , la Chimie et la Physique ; cette dernière, par un anachronisme que sa valeur artistique fait facilement pardonner, tient à la main la bouteille de Leyde, qui ne fut inventée qu’en 1746.

La galerie du portefeuille contient une fort belle collection de dessins cotés à l’échelle, où les constructeurs et les ingénieurs trouvent pour leurs travaux ou leurs études les renseignements les plus précieux.

Dans les archives, on conserve plusieurs pièces d’un grand intérêt historique ; entre autres la lettre par laquelle Fulton proposait au gouvernement français de lui céder son invention de la navigation à vapeur, et quelques curieuses épures de Vaucanson.

Dans l’ancienne église vous verrez la galerie des machines en mouvement; des réservoirs installés dans la tour alimentent un coursier d’eau placé sur le côté droit de la salle et répondant aux besoins des machines hydrauliques ; sur la gauche sont placés les chaudières et les moteurs. Là, le public peut se rendre un compte exact du fonctionnement des machines employées dans nos usines. Là aussi, tout acquéreur d’une invention nouvelle peut la soumettre aux expériences des appareils dynamométriques et s’assurer de leur rendement exact ; la création de cette sorte d’essayage, très précieux pour l’industrie, est due au général Morin.

Avant de quitter le Conservatoire, dont le directeur est actuellement M. Laussedat, un érudit, dévoué à son œuvre, ne manquons pas de signaler les cours de géométrie, mécanique, chimie, physique, teinture, filature, etc., qui y sont établis, ils ont lieu le soir et le dimanche ; mis ainsi à la portée des travailleurs que leurs occupations absorbent tout le jour, ces cours, faits par les plus compétents de nos savants en chaque genre, suivis par des attentifs et des la-

PROMENADES DANS PARIS

borieux, constituent réellement, ainsi que l’avait rêvé le général Morin, une Sorbonne industrielle (1).

Dans l’axe de la façade du Conservatoire s’ouvre l’allée principale du square des Arts et Métiers, gentil jardinet ombragé de marronniers où, du matin au soir, les enfants du quartier prennent leurs ébats; nous ne savons si le bruyant petit peuple éprouve quelque admiration pour la colonnette de M. Davioud , supportant une Victoire de M. Crauk, monument élevé en souvenir de la campagne de Crimée ; nous ne savons s’ils admirent comme elles le méritent les fontaines décorées de statues de MM. Ottin et Gumery; mais nous pouvons affirmer qu’ils ne manquent pas d’assiéger les marchands de gâteaux, de sucre d’orge et de jouets installés dans d’élégants petits kiosques.

Tout en nous reposant un instant ici, nous pourrons contempler la façade du théâtre de la Gaîté, construit en 1862 par M. Cuzin; cette façade, haute de trois étages et surmontée d’une toiture à pans découpés, est élégante et bien réellement théâtrale.

Le rez-de-chaussée, surmonté d’un balcon à balustres, est encadré de deux pieds droits ornés de refends; les dés extrêmes du balcon supportent des statues de pierre: le Drame sous les traits d’IIamlet, la Comédie sous ceux de Scapin; la première est l'œuvre de M. Godin, la seconde celle de M. Doublemard ; un groupe : l'Art, la Poésie et la Comédie, décore la corniche du deuxième étage; c’est une composition bien ordonnée et d’une belle allure: elle est signée de M. Dubray.

Dans le foyer, entièrement décoré par M. Jobbé-Duval, vous verrez plusieurs belles compositions et divers portraits de grands auteurs.

La salle, qui contient environ 1 100 places, est brillamment décorée ; dans les voussures qui raccordent le cadre d’avant-scène à la coupole, deux allégories de M. Jobbé-

(t) Le général Morin a succédé à Pouillet, en 1852, comme directeur du Conservatoire.

Duval représentent la Comédie et le Drame ; sur la scène on joue l’opérette !

En remontant la rue Saint-Martin, nous trouverons, à l’angle de la rue (lu Vert-Bois, une tour qui faisait jadis partie de l’enceinte du prieuré de Saint-Martin ; on a bien fait de conserver et de restaurer ce joli monument du temps passé; la petite fontaine, édicule indépendant de la tour, a été construite en 1633, réédifiée en 1712; elle a pris sa place actuelle en 1882.

Nous suivrons la rue du Vert-Bois et, redescendant par la deuxième voie ouverte à notre droite, nous arriverons bientôt devant la façade, pierre et brique, de l’École centrale des arts et manufactures; un monument isolé entre les rues Montgolfier, Vaucanson, Conté et Ferdinand Berthoud.

L’École centrale, fondée en 1829 rue de Thorigny, déclarée d’utilité publique en 1857, admet au concours des élèves externes âgés de dix-sept ans au premier janvier de l’année où ils se présentent; elle forme des ingénieurs, des professeurs de sciences appliquées, des directeurs d’usines et de manufactures; moins scientifique qu’à l’École polytechnique, l’instruction qu’on reçoit à l’École centrale prépare ses élèves à la vie de travail et de production. Maintenus dans un état d’émulation constant par la fréquence des examens, ils quittent ses bancs bien armés pour la grande lutte industrielle qu’on ne saurait soutenir aujourd’hui, non seulement sans des aptitudes spéciales, mais encore sans une solide et forte préparation.

Les constructions de l’École, commencées en 1878 par M. Demimuid, ont été terminées en 1885 parM. Denfer.

L’École Turgot, un de nos établissements primaires d’où sortent les plus brillants élèves, était jadis modestement établie rue Neuve-Saint-Laurent (aujourd’hui rue du Vert- Bois), et s’appelait École primaire supérieure de la ville de Paris; elle avait été fondée en 1839. En 1847, dirigée par M. Pompée, elle prit le nom qu’elle porte aujourd’hui et sa prospérité alla toujours croissant. Elle est maintenant, depuis 1866, luxueusement installée; son entrée principale

PROMENADES DANS PARIS

est rue de Turbigo, par le centre d’une monumentale façade surmontée d’un campanile. M. Chat, architecte, a fourni les plans et conduit les travaux de construction.

La durée des études à l’École Turgot est de trois années, plus une année préparatoire; les élèves, tous externes, sont admis à douze ans accomplis et sortent capables d’embrasser et de suivre honorablement toutes les carrières pour lesquelles les brevets de bachelier ne sont pas exigibles.

A l’intérieur de l'École on peut parcourir des cours et des préaux spacieux, visiter des salles d’études, hautes, aérées, parfaitement aménagées, assister à l’un des cours qui se font dans ses clairs amphithéâtres, voir enfin un laboratoire de chimie, un cabinet de physique, des salles de dessin, etc., et sortir par le numéro 3 de la rue du Vert-Bois, porte qui fut jadis l’entrée de l’École et qui paraît bien mesquine aujourd’hui. On se trouvera alors à deux pas du temple israélite de la rue Notre-Dame-de-Nazareth, et on lui rendra certainement la visite dont il est digne.

La synagogue de la rue Notre-Darae-de-Nazareth a été bâtie en 1852, aux frais de la colonie israélite de Paris, sur les dessins de M. Thierry. L’extérieur est de style oriental et byzantin; les vitraux, coloriés d’une élégante rosace, éclairent la tribune des orgues placée au-dessus de la porte d’entrée. Le temple se compose d’une nef de belles proportions, entourée d’une triple rangée de tribunes réservées aux femmes. On sait que le rite israélite interdit la réunion des sexes pendant les offices; on sait aussi que les hommes doivent rester couverts dans le temple.

Le sanctuaire, placé derrière un autel en chêne et en marbre, d’une grande richesse, est décoré de marbres de diverses teintes et tapissé de velours cramoisi brodé d’or; faisant suite au sanctuaire, est une salle circulaire fermée par une lourde et riche portière, éclairée par une lampe qui ne s’éteint jamais; les livres sacrés, enveloppés dans la soie et le brocart, reposent là entre deux gigantesques candélabres d’argent massif.

Puisse le hasard vous conduire à la synagogue le jour

de la célébration d’un mariage! vous aurez l’occasion d’entendre alors, accompagné par un orgue puissant, un des plus beaux chœurs de musique religieuse qu’il vous soit donné de rencontrer.

En quittant le temple israélite, nous nous trouvons presque aussitôt devant un temple chrétien : c’est l’église Sainte- Elisabeth.

Avant de pénétrer dans cet édifice, nous signalerons à l’attention de nos lecteurs — non certes pour sa valeur architecturale, mais bien pour les services qu’elle rend aux arts — la modeste et peu connue École municipale de dessin Germain Pilon. Dirigée autrefois par M. Levasseur, il en est sorti quelques artistes qui font le plus grand honneur à leur maître : parmi eux, deux illustrateurs de ce livre, M. Victor Gilbert, dont les marchés si pittoresques et si vivants sont admirés à tous nos salons; M. Jean Geoffroy, dont le pinceau, tour à tour puissant et délicat, rend avec une égale intensité les horreurs profondes de la plus noire misère et les grâces souriantesde l’enfance heureuse ; et bien d’autres encore dont il serait fastidieux de tenter l’énumération.

Le père Mussard, réformateur du tiers ordre de Saint- François, avait, dès l’an 1604, fondé à Verceil un monastère de femmes qui, quatre ans plus tard, fut transféré à Salins; il voulut en créer un à Paris, et des lettres patentes du roi Louis XIII, datées du mois de janvier 1614, lui en accordèrent l’autorisation.

Marie de Médicis se déclara la fondatrice du nouveau couvent et posa la première pierre de l’édifice le 14 avril 1628; la chapelle, placée sous l’invocation de sainte Élisabeth de Hongrie et dénommée aussi Notre-Dame de Pitié, fut consacrée le 14 juillet 1646 par le coadjuteur Paul de Gondi.

Supprimé en 1790, le couvent disparut, et des voies publiques s’ouvrirent sur son emplacement. L’église, heureusement, fut conservée et rendue au culte en 1802, après avoir longtemps servi de magasin à farines. On entreprit, en 1829, son agrandissement et sa restauration. Plus tard, le percement de la rue de Turbigo nécessita la suppression de

PROMENADES DANS PARIS

la chapelle de la Vierge, qui occupait une construction rectangulaire derrière le chevet.

Le portail a deux étages dans sa partie centrale, qui correspond à la nef, et un seul dans ses parties extrêmes ; il est de belles proportions et d’un aspect assez imposant; un bas-relief et diverses statues le décorent.

La façade latérale de gauche est cachée par diverses constructions; celle de droite est visible et se compose de cinq travées, séparées par des contreforts. Dans l’axe du chevet, construction demi-circulaire, sont pratiquées trois baies plein cintre, limitées par des colonnes d’ordre ionique supportant un entablement dont la frise est ornée de fleurs et de croix grecques. Ces colonnes, à demi engagées dans la construction actuelle, décoraient autrefois l’entrée de la chapelle de la Vierge, démolie, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

L’intérieur de ce petit temple est simple et sévère; la lumière, sans avoir la crudité fâcheuse qui inonde certaines églises, n’atteint pas le degré d’harmonie, le chatoiement pittoresque, que nous avons rencontrés dans quelques autres.

Dans cet ensemble, un peu terne le jour, mais qui, le soir, aux lumières tremblantes des cierges, au doux éclat des lampes, atteint une certaine intensité mystique, on peut distinguer quelques œuvres d’art que l’église est à bon droit fière de posséder.

Dans la chapelle des catéchismes, à laquelle on accède par les arcades en plein cintre des deuxième et troisième travées du bas côté gauche, on remarquera une harmonieuse décoration composée de divers tableaux, dont quelques-uns sont fort remarquables. Si nous citons en première ligne le Sermon sur la montagne, une haute inspiration de M. Auguste Hesse, les visiteurs ne manqueront pas de s’arrêter devant les toiles de MM. Lafon, Biennoury, Roger, représentant : la première, Jésus parmi les docteurs ; la seconde, V Education de la Vierge ; la troisième, Jésus laissant venir à lui les petits enfants . Ce sont là des productions du dix-neuvième siècle; il est certain que le sentiment mystique n’atteint pas

chez elles l’intensité que les vieux maîtres répandaient sur leurs œuvres; il est certain que l’Art se fait ici plus sentir que la Foi, mais il est incontestable aussi que l’art moderne, comme science d’arrangement, de composition et de couleur, parvient, dans quelques-uns de ces tableaux, à donner sa plus complète expression.

Dans la chapelle de Sainte-Élisabeth, trois peintures sur lave de volvic émaillée : les Vertus théologales, d’Abel de Pujol, nous montreront encore une suave et coquette interprétation du sentiment chrétien modernisé. Là aussi, nous verrons une fort belle statue de saint François d’ Assise, une des meilleures productions de ce grand artiste, que les délicats seuls connaissent : Jean Duseigneur.

Dans le bas côté droit, nous nous arrêterons à la chapelle des fonts baptismaux, très curieuse avec sa grille peinte en bronze, aux jolies têtes d’anges dorées, et ses peintures murales de Bézard, de Royer, un peu écrasées par la magistrale composition de Pérignon, le Baptême du Christ, une des belles pages de la peinture religieuse moderne.

Dans les boiseries du chœur, exécutées sur les dessins de Baltard, l’architecte a fait encastrer cent panneaux flamands de la fin du quinzième siècle, œuvres de haute saveur réunies ici en 1845 et provenant de l’ancienne abbaye de Saint- Waast d’Arras; ce sont des scènes bibliques et évangéliques d’une conception très originale et d’une fort curieuse exécution.

Les vitraux qui décorent les fenêtres de l’église ont été pour la plupart exécutés par des peintres-verriers anglais, sur des cartons fournis par M. Abel de Pujol.

Presque en face l’église, nous apercevrons les spacieux pavillons du marché du Temple ; ils ont été édifiés de 1 863 à 1 865, par M. Mérindol, sur l’emplacement occupé alors par de hideux auvents et la fameuse rotonde construite en 1781 par Pérard de Montreuil. C’est au Temple que se fait en gros et en détail le commerce de la friperie parisienne, c’est là que viennent échouer et subir une incarnation dernière tous les objets jetés au rebut par les gens aisés. Vêtements, chaus-

sures, coiffures, linge de table ou de corps, châles, tapis, rideaux, y sont reprisés, rapiécés, reteints, remis à neuf et vendus à des prix relativement modiques.

C’est là que, déployant leurs grâces les plus coquettes, appelant à l’aide leurs sourires les plus engageants, les plus douces notes de leur voix, leurs gestes les plus séducteurs, les marchandes — jeunes et jolies parfois — attirent l’attention des passants sur la richesse de leur étalage ; c’est là, disons-le aussi, qu’il faut savoir marchander — une science essentiellement parisienne — et ne point craindre d’offrir 5 francs d’un objet dont la vendeuse vous demande un louis; vous emporterez plus que probablement l’objet ; la marchande y perd, elle vous le jurera sur la tête de sa mère, mais elle vous le livre quand même « pour avoir votre pratique » !

De modestes tailleurs, cordonniers, coffretiers, couturières, modistes, etc., alimentent certains comptoirs des produits* hâtifs de leur travail ; le Temple est, à leurs jours de gêne, une ressource précieuse ; tout s’y achète à bas prix, mais tout s’y paye comptant.

Si nous faisons une promenade à travers les nombreux couloirs, si nous visitons les pavillons du marché, dont quelques-uns ont des dénominations caractéristiques : Pavillon de Flore, Palais-Royal, Forêt-Noire, etc.; si nous montons au premier étage, si nous errons quelque temps autour du carreau , marché au rebut du rebut, nous serons heureux de respirer un peu d’air pur, et nous entrerons — il semble placé là exprès — dans le square qui avoisine le marché.

Le square du Temple, aux pelouses fleuries en été et ombragées par des ormes, des pins, des marronniers, des platanes, est certainement un des plus agréables de Paris; il a été ouvert en 1857, à l’endroit même où s’élevait le Temple, dont l’histoire est trop connue pour que nous la rééditions.

Sur la pelouse la plus rapprochée de la mairie, au pied d’un saule qui, selon la tradition, est âgé de plus de trois cents ans, on a construit un bassin où se déverse l’eau d’un rocher fait de grès emprunté à la forêt de Fontainebleau ;

Page 1