UNE RECEPTION A L HOTEL LAMBERT
une magistrale œuvre de Le Brun: un plafond représentant les Neuf Travaux dTIercule ; de belles peintures se retrouvent encore dans le cabinet des Bains et dans les salles de l’Amour.
L’hôtel Lambert, habitation particulière, nous pourrions dire princière, n’ouvre pas, on le comprend, ses portes à la curiosité banale; pourtant, il n’est pas impossible d’obtenir de son gracieux propriétaire la permission de le visiter.
Heureux ceux qui seront assez favorisés pour pouvoir assister à l’une des fêtes brillantes qui s’y donnent. A qui ne jouira pas de cette faveur, notre gravure, représentant la Réception de l’Œuf béni, donnera une idée exacte de ses splendeurs; sous ces plafonds, ornés du Combat des Centaures et d’Andromède , on pourra reconnaître, car, si petits qu’ils soient, les portraits sont ressemblants, quels butes aristocratiques se pressent dans les salons de l’hôtel Lambert.
Nous passons devant ce qui reste de l’hôtel Bretonvilliers; nous nous arrêtons un moment devant la charmante arcade du numéro 7, et nous arrivons à l’église Saint-Louis, dont le clocher en forme d’obélisque est percé à jour, et dont le cadran carré, doré et colorié, surplombe la rue.
L’église Saint-Louis est relativement jeune; elle remplace une chapelle qui ne remontait guère qu’au commencement du dix-septième siècle (1G16). Érigée en paroisse en 1623, elle prit le nom de Notre-Dame de l’Ile; vingt ans plus tard, elle devint Saint-Louis en l’Ile. En 1664, M. de Péréfixe, archevêque de Paris, posa la première pierre du chœur actuel; l’ancienne chapelle tombant en ruines et se reliant mal à la construction nouvelle, l’architecte Levau fournit les dessins de l’édifice que nous voyons aujourd’hui. Surpris par la mort, il laissa son œuvre inachevée; Gabriel Le Duc la termina, et l’église fut bénite le 14 juillet 1726. Vingt ans plus tard, on ajouta la flèche qui termine le clocher. Fermée lors de la Révolution, l’église fut rachetée en 1817.
Trop blanche, les murs trop rehaussés de dorure, inondée d’un jour trop criard, l’église manque de cet aspect re-
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Ilgieux qui impose le recueillement; ne la quittons point pourtant sans voir quelques-uns des tableaux qui Bornent : une Vierge, de Mignard, les Disciples d’Emmaüs , de Coypel, un saint Louis communiant , de Simon Vouet; et, à l’entrée, à gauche, un joli petit bénitier qui vient du couvent des Carmélites de Chaillot : c’est un souvenir, dit une inscription, de la pénitence de soeur Louise de la Miséricorde, 1675. Le poète Quinault fut enterré à Saint-Louis, en 10:28.
En quittant l’église, nous suivons la rue Saint-Louis jusqu’à celle des Deux-Ponts, et, par cette dernière, nous gagnons le quai d’Orléans.
Ce quai fait suite au quai de Béthune; il est, comme lui, bordé d’hôtels à l’aspect aristocratique; dans l’un d’eux s’est établie la Bibliothèque polonaise.
A l’endroit où le quai bifurque légèrement, nous rencontrons la rue Boutarel. Boutarel! Ce nom ne dit plus rien aux Parisiens d’aujourd’hui. Quelques vieillards vous raconteront pourtant qu’après 1830 Boutarel fut le zélé capitaine d’une compagnie de la garde nationale ; compagnie type, la compagnie Boutarel! Son chef l’équipait à ses frais et dessinait l'uniforme que ses hommes devaient porter. Ce furent les gardes nationaux de la compagnie Boutarel qui, les premiers, parurent sac au dos à une revue! Désirez-vous être mieux renseigné sur la compagnie Boutarel? Lisez-en l'histoire — un peu chargée peut-être, mais vraie au fond — dans Jérôme Paturot , de Louis Heybaud.
Le pont Saint-Louis remplace, depuis 1862, une ancienne passerelle nommée pont Rouge; nous le franchissons, laissant à notre gauche le triste bâtiment qu’on appelle la Morgue, aimant mieux réjouir nos yeux de la vue du paisible jardin qui verdoie au pied du chevet de Notre-Dame.
Notre-Dame! Ne regrettons pas le temps (pie nous passerons à faire le tour de l’édifice; dans la rue du Cloître, nous retrouverons quelques-uns de ces vieux porches donnant accès aux maisons où jadis logeaient les chanoines, quelques amorces de ces vieilles rues (pie des portes fermaient à la nuit tombante; passons devant la porte Rouge,
qui, autrefois, ne s’ouvrait que pour les membres du chapitre ; admirons les six groupes représentant divers épisodes de la vie de saint Marcel; à la porte du Cloître, que nous rencontrons quelques pas plus loin, ne manquons pas de saluer une sculpture ancienne représentant la Viwge twrassant le Dragon , œuvre pleine d’expression d’un artiste inconnu. Parvenu à la façade, après avoir passé la petite porte qui donne accès à l’escalier des tours, nous nous trouverons devant le splendide portail surmonté de la galerie des rois de France, aux fines colonnettes, flanqué de ses deux tours, éclairé de sa rose centrale et laissant voir au milieu du toit la flèche si heureusement ressuscitée par M. Viollet-le-Duc.
Autrefois, les portes, au lieu d’ètre au niveau du parvis, s’ouvraient au-dessus d’un perron de onze marches; il est certain que la suppression de ce perron, nécessitée par la surélévation du sol, est regrettable au point de vue du grandiose aspect de l’édifice.
Trois portes monumentales donnent ici accès à la cathédrale : au milieu, la porte du Jugement; sous la tour du nord, la porte de la Vierge; sous la tour du midi, la porte Sainte-Anne.
Le pilier trumeau de la porte centrale avait été détruit sous Louis XIV; il a été réédillé par M. Viollet-le-Duc. Le Christ enseignant la loi nouvelle et les sept médaillons du soubassement : la Géométrie, la Dialectique , la Médecine, etc., sont l’œuvre de M. Geoffroy de Chaume, auteur aussi de plusieurs remarquables sujets qui décorent la porte de la Vierge et la porte Sainte-Anne. Sur cette dernière, ne manquons pas de nous arrêter devant les pentures en fer forgé aux enroulements si heureusement disposés, aux feuillages gracieusement variés, animés d’oiseaux légers; c’est un travail du douzième siècle emprunté aux portes de l’ancienne église Saint-Étienne (1).
(1) Une légende que nous croyons inutile de rapporter ici attribue au démon l’exécution de ces ferrures ; une opinion
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Si nous examinons maintenant la façade méridionale, nous y rencontrerons, au milieu d’œuvres modernes, un grand nombre de sculptures datant du treizième siècle et nous saluerons la sacristie, un bijou architectural dû encore à M. Viollet-le-Duc.
Avant de pénétrer dans la cathédrale, il n’est peut-être pas inutile d’en raconter l’histoire.
Une petite église existait déjà sur l’emplacement de Notre-Dame à la fin du quatrième siècle; Childebert l’avait fait agrandir et l'avait placée sous l'invocation de saint Étienne.
C’est de cette dernière construction qu’on retrouva, en 1847, alors qu’on faisait des fouilles sur la place du Parvis, un chapiteau, des fragments de colonnes(l)et des vestiges de mosaïque polychrome.
Accostée d'une autre église nommée Sainte-Marie, l’église Saint-Étienne fut unifiée avec sa voisine de 1103 à 1:2:23, et devint la basilique actuelle. Le pape Alexandre III, alors réfugié en France, posa la première pierre de l’édiflce; le maître-autel fut consacré en 1182; trois ans plus tard, on officia pour la première fois dans le chœur; en 1190, Maurice de Sully légua à l’église 5000 livres pour la couverture en plomb du chœur; la grande façade occidentale était terminée en 1218, et le grand portail achevé jusqu’à la base des tours en 1223; celles-ci et la galerie qui les relie présentèrent un ensemble complet vers 1235.
Originairement, l’église ne comprenait qu’une nef, circonscrite par deux bas côtés; les chapelles latérales datent de 1290 à 1300; l’achèvement définitif peut donc être placé sans erreur au commencement du quatorzième siècle.
Au midi de l’église s’élevait l’archevêché, qui fut saccagé dans une émeute, en 1831.
plus répandue, mais aussi douteuse, en fait honneur à un serrurier nommé Biscornct.
(I) Le chapiteau et les fragments de colonnes sont au musée de Cluny.
La restauration de Notre-Dame, fort abîmée pendant la période révolutionnaire, alors que l’église était devenue le temple de la Raison (1), a été entreprise en 1845 par 3IM. Lassus et Viollet-le-Duc, qui ont mené à bonne fin cette gigantesque entreprise.
Pénétrés, par de longues études, du sens artistique des premiers architectes de la cathédrale, les restaurateurs se sont animés de leur esprit, et leur œuvre est une véritable œuvre de résurrection.
La porte franchie, le pied posé sur le sol, le regard plongeant dans les profondeurs des bas côtés ou suivant, en l’air, les hardies et gracieuses courbures des arceaux de la grande nef, l’impression est profondément religieuse, le sentiment de la foi qui animait les créateurs de cette œuvre merveilleuse se révèle à l’esprit du visiteur; l’âme est envahie par un respect profond, les ardentes croyances du moyen âge réapparaissent dans toute leur intensité. C’est à pas étouffés qu’on est tenté de marcher sur ces dalles sonores, c’est à voix basse qu’on parle sous ces voûtes dont l’écho semble porter vers Vau delà le bruit de la voix humaine.
Le premier sentiment qu’impose l’entrée à Notre-Dame est l’immobilité doublée d’admiration; il faut un certain temps pour oser, si touriste curieux qu’on soit, se mettre à commencer la visite du monument, depuis l’Ange sonnant de la trompette , qui est au-dessus de la tribune de l’orgue, depuis la pierre tombale d'Étienne Yver, si admirablement conservée, bien qu’elle date de 1467, jusqu’au banc d’œuvre et à la chaire, si richement sculptés, jusqu’aux huit lustres en bronze doré descendant de la voûte.
Mais si l’on veut faire le tour de l’église, que de jouissances pour le regard de l’artiste, que de surprises pour l’archéologue, que de joies pour le curieux !
Un volume comme celui-ci ne suffirait point à dresser le catalogue des richesses de la cathédrale; ceci dit, on com-
(1) L’église fat rendue au culte en 1802.
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prendra à quelle sobriété de détails nous sommes obligé de nous astreindre et l’on nous pardonnera la sécheresse forcée des lignes qui vont suivre.
Nous attirerons d’abord l’attention des visiteurs sur la chapelle des fonts baptismaux, dont la cuve en bronze ciselé et la vieille armoire rouge aux ferrures dorées sont particuliérement remarquables.
Les chapelles qui suivent sont décorées de vitraux en grisaille, d’autels en pierre, avec retables peints et dorés, et de peintures murales composées d’ornements du meilleur goût.
Dans la travée centrale du transept, vous pourrez voir une statue de saint Denis, de Nicolas Coustou,et une Vierge en pierre, curieuse sculpture du quatorzième siècle, qui provient de l’église Saint-Aignan.
Les belles grilles du chœur, en fer forgé et doré, composées d’enroulements de roses et de rinceaux, ont été exécutées par M. Dufner, sur les dessins de M. Viollet-Ie- Duc; quant aux boiseries, si admirablement conservées, qui l’entourent, elles sont connues et même célèbres sous le nom de vœu de Louis XIII.
Le vœu, qui date de 1G38, ne fut exécuté qu’en 1G99, sous la direction de Mansart et par des artistes dont les noms sont parvenus jusqu’à nous : Jean de Goulon, Louis Marteau et Jean Nel.
Deux chaires de la même époque, ornées de bas-reliefs, élevées de cinq marches, occupent la tète du double rang de stalles. Ne quittons pas le chœur sans nous arrêter devant le lutrin en bronze vert, au pupitre en fer doré, devant le maître-autel, si richement orné de roses et de feuillages, sans voir enfin les belles œuvres de Nicolas et Guillaume Coustou et de Coysevox, qui décorent le tabernacle : un groupe en marbre, la Descente de croix , et deux statues : Louis XIII et Louis XIV i\ genoux.
Dans les chapelles du collatéral de gauche, nous rencontrerons une suite de monuments commémoratifs, qui tous ont leur intérêt historique et leur attrait au point de vue de
QUATRIÈME ARRONDISSEMENT. — HOTEL-DE-VILLE. Il
l’art : voici d’abord, dans la chapelle de Saint-Martin, le monument de Jean de Budes, comte de Grébriant; dans la chapelle de Saint-Ferdinand, celui de Msr de Beaumont; plus loin, ceux dédiés à la mémoire de Msrs de Juigné et de Quélen; ceux des cardinaux de Belloy et de Noailles. Enfin, dans les chapelles de Saint-Denis et de Sainte-Madeleine, les tombeaux de Msrs Affre et Sihour, œuvres de MM. Dehay et Lescorné ; la chapelle de Saint-Guillaume renferme un fort beau mausolée de Pigalle, c’est celui de Claude-Henry d’Harcourt, érigé en 1776. Deux statues : l'une de Msr Darhoy, l’autre de MerMorlot, ornent la chapelle de Saint-Georges; la première est de M. Jean Bonnassieux, la seconde de M. Lescorné.
Nous n’avons pas tout vu, et cependant nous ne pouvons nous arrêter encore; outre toutes les chapelles qui nous restent à visiter, outre les peintures murales de MM. Perrodon et Steinheil, outre les verrières de MM. Maréchal, de Metz, Didron, outre la remarquable légende de saint Étienne, qui valut un premier prix à son auteur, M. Oudinot; outre les sculptures nombreuses qui personnifient ici l’art aux treizième et quatorzième siècles, que de magnificences le visiteur découvrira! Et pourtant, il lui reste à voir une des collections les plus riches et les plus curieuses que jamais basilique ait réunies : le trésor.
Pieusement reconstitué après la destruction à peu près totale qu’il a subie pendant la Révolution, le trésor offre aujourd’hui à la vénération des fidèles, aussi bien qu’à la curiosité purement artistique des profanes, une collection d’objets que leur rareté, leur valeur intrinsèque ou seulement, parfois, les souvenirs qu’ils rappellent, rendent d’un prix inestimable.
Dans le trésor sont renfermés en temps ordinaire, dans un lieu connu seulement des chanoines, la couronne d’épines, acquise par saint Louis et que Napoléon Ier fit transférer de la sainte Chapelle à Notre-Dame, et un morceau de la vraie croix. Ces reliques sont exposées tous les vendredis de carême à la vénération des fidèles.
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Sous un reliquaire enrichi de pierreries, vous verrez pourtant un des clous dont les mains de Jésus furent percées, et un petit, bien petit morceau de la vraie croix.
Puis, les yeux éblouis, les oreilles pleines de descriptions faites d’une voix douce par le guide, vous pourrez admirer une collection, impossible à énumérer ici, de châsses, de reliquaires, d’ostensoirs, de vases sacrés; des gants, des mules, des coffrets, des sceaux, des christs, souvenirs de saint Vincent de Paul, de Thomas Becket, de Benoît XIX, une suite de deux cent cinquante-huit camées, portraits des papes, don d’une demoiselle Gauthrey; les ornements donnés par Napoléon 1er pour la cérémonie de son sacre : son manteau, la chasuble de Pie VII, l’ostensoir orné de rubis que Louis XY11I offrit â la cathédrale à l’occasion du baptême du duc de Bordeaux; une Vierge en argent massif, souvenir du couronnement de Charles X; un missel offert à #Ur Sibour par Napoléon 111, lors de son mariage; et des chasubles et des mitres, et des soutanes et des croix pastorales ayant appartenu à divers prélats.
Nous sortons de la cathédrale par la porte qui s’ouvre sur son flanc méridional; nous suivons le quai de l’Archevêché, et tournant à droite, nous nous retrouvons sur la place du Parvis.
A l’endroit où s’ouvrait jadis, basse et mesquine, l’entrée de l’Hôtel-Dieu, nous rencontrons un jardinet au milieu duquel s’élève — provisoirement sans doute et sur des charpentes entourées de toiles peintes — le beau groupe de Charlemagne , de Louis Hochet, un artiste mort jeune. Quand se décidera-t-on â donner un piédestal et une place dignes d’elle â cette œuvre si monumentale dans son ensemble et si consciencieusement étudiée dans ses détails.
Nous passons assez indifféremment devant le nouvel Hôtel-Dieu, œuvre de M. Diet (1808-78); si bien compris qu'il soit, au point de vue hygiénique, cet asile de souffrances n’a pour le touriste qu’un intérêt relatif.
Nous en dirions autant de la caserne de la garde républicaine, qui occupe une grande partie du côté gauche de