‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissements (volume 2)Chapitre 40 sur 56 · PANTHÉON · texte numérisé non relu

PANTHÉON

DEUXIÈME ÉDITION

A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

Droits de reproduction et de traduction réservés.

INDEX ALPHABETIQUE

Pages.

Introduction 1

Académie (Cabaret de V) 22

Amphithéâtre d’anatomie 33

de médecine (premier) 7

Arènes de Lutèce (mon. hist.) 28

Asile de nuit (fondation municipale) 26

Bibliothèque de l’École normale 20

— Sainte-Geneviève 17

— du Yal-de-Grâce 27

Boulangerie des hôpitaux 33

Boulevard Saint-Michel 8

Caserne des sapeurs-pompiers, rue de Poissy (ancien couvent

des bernardins, mon. liist ).

Collège irlandais 32

— Sainte-Barbe 16

Couvent des carmélites 33

Distribution des prix du grand concours ... 13

École Lavoisier 32

— Normale 24

— Polytechnique 29

Église Saint-Étienne du Mont (mon. hist.) 18

— Saint-Jacques du Haut-Pas 23

— Saint-Julien le Pauvre (mon. hist.) 7

— Saint-Médard 27

Saint-Nicolas du Chardonnet (mon. hist.) 31

— Saint-Séverin (mon. hist.) . . 7

— de la Sorbonne (mon. hist.) 13

Fontaine Cuvier 4

— Poliveau 5

Entrepôt des vins 5

Halle aux cuirs 33

Hôpital de la Pitié . 28

— du Yal-de-Grâce (mou. hist.) 26

INDEX ALPHABÉTIQUE

Page».

Hôtel de Cluuy (mou. hist.) 9

lustitutiou des Sourds-muets 23

Jardiu des Plantes 2

Lycée Henri IV 20

‘ — Louis-le-Grand 15

Mairie du cinquième arrondissement 17

Maison mortuaire de Clievreul 4

Monôme (un) 8

Musée de Cluny 10

— pédagogique 26

Muséum d'histoire naturelle 2

Neuvaine de a tinte Geneviève (la) 20

Palais des Thermes (mon. liist.) 9

Panthéon 21

Pharmacie centrale 6

Place Maubert 30

— Monge 29

Ponts du cinquième arrondissement 33

Prison de Sainte-Pélagie 28

Société pour l’instruction élémentaire 32

Sorbonne lu) 11

Square Monge 29

Statue de Claude Bernard 14

— de Budé 14

— du Dante 14

— de Dolet 31

— de l’abbé de l’Épée 24

— de Larrey 27

— de Louis Blanc 29

— de Mouthyon 7

— de J. -J. Rousseau 17

— de Villon 29

— de Voltaire .... 29

ThéAtre Cluuy 32

Tour Sainte-Geneviève, réfectoires et cuisines de l'abbaye

(mou. liist.) 20

APPENDICE

Délimitation des quartiers de l'arrondissement. — Nomenclature historique des rues, passages, places, boulevards, etc. 37

INTRODUCTION

Sous la domination romaine, l'arrondissement dont nous allons raconter l’histoire n'était qu’une vaste campagne montueuse, étendant la verdeur de ses prairies au midi de Paris, alors tout entier contenu dans Tîle de la Cité. Cette campagne était coupée de quelques routes et arrosée par l’étroit ruisseau de la Bièvre, qui se partageait en deux bras et formait une île et un îlot au pied du mont Cetardus. Sous le sol courait l’aqueduc qui, d’Arcueil, amenait l’eau au palais des Thermes; quant à celui-ci, bien qu’il fut sur le territoire du cinquième arrondissement, ses immenses jardins, devenus plus tard le clos de Laas, s’étendaient en bordure du fleuve, dans notre quartier actuel de la Monnaie, jusqu’au canal de la Petite-Seine, dont la rue Bonaparte occupe l’emplacement. Un vieux bâtiment s’élevait au bord de l’eau, en regard de la pointe est de la Cité, tout auprès des carrières de Cliquait. Le mont Locutitius (montagne Sainte- Geneviève) était planté de vignes sur le versant qui regardait Paris et sur celui qui mourait dans les prairies et les marais, devenus le quartier Saint-Victor ; cette dernière partie était traversée par ia voie de Paris à Ivry.

Un seul pont, le Petit-Pont, mettait la Cité en com-

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inunication avec la campagne ; le promeneur, après l’avoir franchi, rencontrait, un peu au-dessus du palais des Thermes, un autel dédié au dieu Bacchus. A l’est de la voie de Paris, au mont Cetardus, il apercevait le vaste hippodrome des arènes; auprès de lui, dans un champ immense, il voyait des fabriques de poteries et leurs puits d’extraction (le Panthéon occupe la place de l’une d’elles). S’il s’acheminait vers le mont Cetardus, il se trouvait dans une plaine toute peuplée de sépultures.

Nous laissons à l’ouest la voie romaine qui reliait Paris à Orléans, et le camp romain, dont la place est à peu près indiquée maintenant par le jardin du Luxembourg et se trouve en dehors du périmètre de l'arrondissement, et, pour compléter notre exploration, nous signalons déjà, à l’extrémité méridionale de la campagne, une terre qui porte le nom de Lourcine.

Quelques siècles vont s’écouler maintenant; pendant ce temps, la ville se peuplera, s’agrandira et s’entourera de murs ; si nous voulons recommencer, sous Louis VII, une promenade semblable à celle que nous venons de faire, c’est par leurs grandes lignes seulement que nous reconnaîtrons les lieux déjà parcourus. Les quartiers qui font l’objet de cette étude ne sont pas encore tous compris dans la ville, mais soit dans l’enceinte, soit hors des murs, nous les trouverons déjà, parfois en état de formation, parfois à l’état de simple clos, mais portant des noms qui se sont perpétués à travers les âges et permettent de les reconnaître.

Si nous enti ons sur le territoire de l’arrondissement par le pont dont nous avons précédemment constaté l’existence, nous le trouverons construit en pierre main-

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tenant et bordé de maisons; puis nous rencontrerons aussitôt le Petit-Châtelet, forteresse en bois, construite sous Louis le Gros, que la grande inondation du 20 décembre 1196 emportera bientôt, mais qui sera réédifiée plus tard par Charles Y, et ne disparaîtra qu’au dix-huitième siècle.

Si nous nous engageons dans la grande voie royale, qui, depuis, est devenue la rue Saint-Jacques, nous laisserons à notre gauche le couvent de Saint -Julien le Pauvre, vieux de cinq cents ans déjà, et dont l’église, qui existe encore, vient alors d’être achevée. Là, dit-on, saint Grégoire de Tours a habité ; là, on recevait et on hébergeait les pèlerins et les voyageurs pauvres.

Dirigeons-nous vers l’est, passons par le clos Garlande, franchissons la Bièvre à peu près à la hauteur delà place Maubert actuelle, entrons dans le clos du Chardonnet et, en allant vers le midi, nous arriverons bientôt à une sorte de petit bourg dont les constructions sont dominées par la flèche d’une chapelle. Cette chapelle est ancienne; de temps immémorial elle est dédiée à saint Victor. En 1108, elle était déjà érigée en prieuré quand Guillaume de Champeaux s’y retira; en 1 112, un chapitre de chanoines réguliers se groupa autour de lui, et doté par Louis VI, encouragé par le pape Pascal II, l’établissement était devenu une abbaye et aussi une école, qui acquit bientôt une grande réputation, et que fréquenta le célèbre Abeilard. Gelduin, disciple de Guillaume de Champeaux, en avait été le premier abbé.

Nous aurons l’occasion de reparler de cette abbaye plus tard; poursuivons notre promenade.

1 M UÜDUCTION.

Laissant à notre gauche la coulée de la Bièvre, à notre droite la terre de Coppeaux, qu’un moulin domine et que borde au nord-est la terre d’Aletz, nous atteignons le sommet de ce mont Cetardus dont nous avons parlé déjà, et que nous trouvons maintenant occupé par un bourg groupé autour d’une église et de son cloître. Ce bourg est le bourg Saint-Marcel; son patron, ainsi que celui de l’église, est un évéque de Paris mort en 430 et inhumé en ce lieu. Sur le tombeau du saint s’élevait originairement un oratoire, qui fut agrandi et transformé en église sous le règne de Charlemagne ; une légende prétend que la construction fut alors faite aux frais de Roland, le fameux neveu de l’empereur. Quoi qu’il en soit, il demeure certain que l’édifice eut beaucoup à souffrir lors des invasions normandes, et que sa reconstruction s’imposait depuis longtemps quand elle fut entreprise vers 1 150, c’est-à-dire au milieu du siècle où nous nous sommes transporté.

Aussi est-ce devant des bâtiments tout neufs que nous nou- arrêtons un moment. Le cloître est vaste, l’église de belles proportions; les voûtes d’une crypte placée sous le chœur sont soutenues par de fortes colonnes ornées de chapiteaux sculptés ; au milieu du sanctuaire s’élève le tombeau du théologien Pierre Lombard, le Maître des sentences , mort en 1104 (1).

Retournons maintenant à la ville. A peu de distance de Saint-Marcel, nous rencontrerons la chapelle Saint-

(1) L'église Saiut-Marcel a été démolie en 1806, et sur le terrain qu’elle occupait on a créé la place Saint-Marcel, depuis nommée place de la Collégiale. Cette place était située rue des Francs- Bourgeois-Saint-Marcel et rue Pierre-Lombard. Ainsi que ces

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Martin, qui deviendra paroisse vers l'an 1220; à notre gauche, sur les bords de la Bièvre, l’église Saint- Iiippolyte; enfin, plus bas, quand nous aurons franchi la petite rivière par le pont aux Tripes, ayant sous les yeux un vaste champ couvert de vignes, nous apercevrons au bout, dans les dépendances de l’abbaye de Saint-Victor, le clos des Arènes, qui nous rappelle l’amphithéâtre disparu, dont il était réservé au dixneuvième siècle de retrouver les restes. Sur notre gauche, dans un clos encore, nous voyons l’ancienne abbaye Saint -Pierre -Saint- Paul , récemment reconstruite, placée sous l’invocation de sainte Geneviève, et dont les chanoines, ceci est bon à retenir, sont déjà des instituteurs. Non loin d’elle, et en dépendant, est une basse chapelle que l’on nomme la chapelle du Mont, et qui deviendra l’église Saint-Étienne.

Poursuivant notre route, nous passons successivement à gauche devant l'église Saint-Étienne des Grès, dont la fondation remonte au huitième siècle; à droite, dans les vignes, devant Saint-Hilaire, qui n’est qu’un oratoire encore, mais qui ne tardera pas à être érigé en paroisse ; presque vis-à-vis, où fut jadis un temple dédié à Bacchus, nous voyons l’église Saint-Benoît ; enfin, dans le clos Bruneau, voisin du clos de Garlande et du palais des Thermes, une communauté de soldats-moines est tout nouvellement établie; elle a pris pour patron saint Jean de Latran.

deux voies, elle a été supprimée en 1857. L’église, on le voit, était en réalité sur la limite du territoire du treizième arrondissement; mais comme elle a donné son nom au faubourg dont la plus grande partie est renfermée dans le cinquième, nous n’avons pas jugé opportun de la séparer de son histoire.

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Arrivé au palais des Thermes, dont l’enceinte de la ville borde les dépendances, nous voyons l’hôpital des Mathurins, qui deviendra un couvent au siècle suivant.

Nous sommes maintenant à quelques pas du Petit- Châtelet, et nous avons parcouru tout le territoire du cinquième arrondissement actuel.

Au treizième siècle, Paris s’accroît sensiblement, ses maisons se multiplient, quelques-unes de ses grandes rues se pavent. La muraille de Philippe-Auguste enferme dans la capitale la plupart des monuments que nous venons de voir; seuls parmi eux, l’abbaye de Saint-Victor et les églises Saint- 1 1 ippoly te et Saint- Marcel sont encore hors de la ville.

En ces quartiers, la muraille de Philippe- Auguste commençait sur le quai Saint-Bernard, à l’endroit où se trouvait la Tournelle; elle descendait en ligne droite vers le sud-ouest, atteignait la rue Bordet (aujourd’hui rue Descartes), contournait le clos Sainte-Geneviève, gagnait la rue Saint-Jacques, un peu au-dessus de la place du Panthéon; puis traversant diagonaleraent le clos des Jacobins, elle entrait en haut de la rue de la Harpe sur le territoire du sixième arrondissement et se dirigeait vers le quai, qu’elle rejoignait au pied de la tour de Nesle.

A la Tournelle était la porte Saint-Bernard; à côté du canal de la Bièvre, entre la censive de l’abbaye de Saint-Victor et le clos de Tyron, s’ouvrait la porte Saint-Victor; la porte Saint-Marcel venait ensuite et se trouvait au bout de la rue Bordet; à l’est du clos des Jacobins on voyait la porte Saint-Jacques; à l’ouest,

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vu

en haut de la rue de la Ilarpe, on pouvait quitter Paris par la porte Saint-Michel.

On connaît maintenant la configuration du quartier ; elle restera la même pendant plusieurs siècles, et c’est seulement sous Louis XIV que les murs de la ville, reculés vers le midi, enfermeront dans leur enceinte les bourgs Saint-Victor et Saint-Marcel.

Quant aux voies publiques, elles sont nombreuses et se multiplieront encore dans les siècles qui vont suivre ; la plupart d’entre elles sont déjà bordées de maisons, d’autres demeurent à l’état de chemins; toutes sont étroites, beaucoup sont malpropres. Les rues de la Harpe et Saint-Jacques traversent le quartier jusqu’au mur d’enceinte ; la place Maubert est créée ; les rues de la Montagne-Sainte-Geneviève et des Carmes gravissent la colline; les rues des Maçons et du Palais-des- Thermes sont percées (ce sont aujourd’hui les rues Champollion et du Sommerard). Au bas du quartier existent déjà les rues de la Huchette, Zacharie, Saint- Julien-le-Pauvre, Galande (souvenir du clos Garlande), Boutebrie, du Fouarre, des Écrivains (depuis rue de la Parcheminerie), des Anglais, du Plâtre, des Trois- Portes, Perdue (maintenant rue Maître -Albert), de Bièvre, etc.

A l’est de l’arrondissement court la rue Saint-Victor; vers l’ouest fuit la rue des Noyers; au sommet, sur le mont Saint-Hilaire, s’enchevêtrent une foule de voies obscures : rues Saint-Jean-de-Latran, Saint-Étiennedu-Mont, d’Écosse, Fromentel, des Sept-Voies, Saint- Hilaire; la rue Chartière, étroite impasse aujourd’hui, est en ces parages une des plus larges rues du temps.

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Hors des murs existent déjà les rues Mouffetard, Poliveau, du Fer-à-Moulin, etc., et en continuation de la rue de la Harpe, un chemin menant à Vanves et qui deviendra la rue d’Enfer.

Mais c’est assez nous occuper de topographie, revenons à l’histoire. Celle de ces quartiers de la rive gauche est particulièrement intéressante au treizième siècle. C’est à cette époque qu’ils prennent une physionomie particulière et aussi conquièrent une sorte de prépondérance morale.

On dit la Cité en parlant de File qui fut le berceau de Paris; on appelle la Ville son côté septentrional. Quant aux quartiers de la rive gauche, ils ont désormais, non seulement une dénomination locale, mais encore une réputation européenne; le nom qu’on leur a donné, on le prononce avec orgueil en France, avec respect à l'étranger : c’est l Université.

Nous l’avons fait remarquer plus haut, l’abbaye de Sainte-Geneviève était une école; celle de Saint- Victor en était une autre, le fameux Abeilard avait suivi scs cours. Autour de ces grands centres, d’autres foyers d’instruction s’étaient groupés, et Paris, avant toutes les autres capitales, était devenu la ville où tous les peuples envoyaient leur jeunesse studieuse.

En fondant FUniversité, Philippe-Auguste, ceci ne diminue point sa gloire, réglementait un état de choses existant ; il créait aussi une puissance avec laquelle rois et papes meme devaient compter un jour ; il organisait une sorte d’État dans l’État. Mais il augmentait sa prospérité; il faisait éclore une ville nouvelle dans la « apilale et au profit de sa prestigieuse attirance.

INTRODUCTION

C’est vers l'an 1200 que le roi de France paraît avoir eu l’idée de grouper les écoles parisiennes en une corporation dont, quelques années plus tard, Robert de Courçon rédigeâtes statuts.

A partir de ce moment, nul n’eut plus le droit d’enseigner sans avoir conquis sa licence. Quant aux écoliers, Philippe-Auguste leur accorda des privilèges dont ils abusèrent souvent dans la suite, et qui, reconnaissons-^, eussent pu être répartis avec plus d’équité. Hébergés gratuitement et même secourus quand ils étaient pauvres (ce n’est pointceci que nous blâmons), leurs demeures étaient inviolables et leurs personnes en quelque sorte sacrées ; il était enjoint aux bourgeois de dénoncer et même d’arrêter quiconque, même provoqué, se permettait de les frapper; devenaient-ils criminels ? ils échappaient à la justice séculière.

On comprend qu’ainsi protégée, cette jeunesse turbulente soit souvent devenue agressive et qu’elle ait tourmenté les moines, houspillé les bourgeois et rossé le guet. .Mais nous avons mieux à faire que de raconter ses escapades.

La création de l’Université fut le signal de celle d’une foule de collèges, il s’en ouvrit un peu partout à Paris; mais les quartiers dont nous nous occupons devaient être et furent les plus favorisés sous ce rapport. Du treizième au seizième siècle, de Philippe-Auguste à François Ier, il serait difficile de dresser la liste complète de ces institutions; bornons-nous à en rappeler quelques-unes.

Dès le commencement du treizième siècle s’ouvrait, dans l’impasse d’Amboise, près de la place Maubert, le

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collège de Constantinople ou collège grec; en 1244, Mathieu Paris fondait celui des Bernardins sur l’ancien clos du Chardonnet ; quelques années après, en 1218, s’établissait, rue Saint-Victor, celui des Bons- Enfants.

En ce temps, le roi Louis IX avait pour chapelain et pour confesseur Robert de Sorbon (i), chanoine de Cambrai, homme instruit, éloquent, charitable, et qui, parvenu à une haute situation, non seulement ne rougissait pas d’avoir connu la misère au temps où il était écolier, mais encore compatissait au malheur de ceux (jui, comme lui jadis, manquaient à peu près du nécessaire pendant le temps de leurs études.

Sous le titre de Pauvre- Maison, il fonda un collège destiné à recevoir des écoliers nécessiteux (2). Ce collège est devenu la Sorbonne; nous en parlerons au cours de notre promenade ; bornons-nous à rappeler ici qu’il lut d’abord établi dans une maison que Blanche de Castille céda à son fondateur.

Parmi les institutions disparues, et dont conséquemment nous n'aurons pas occasion de nous entretenir, citons les collèges de Clunv et du Cardinal-Lemoine; l’un fondé par l’abbé Yves, en 1269, et qui se trouvait sur la place de la Sorbonne, l’autre créé l'année sui-

(I) Sorbou, petit village des Ardeunes, est le lieu natal du fondateur de la Sorbonne.

(i) Le nom de Sorbonne est resté à la fondation du confesseur de Louis IX; mais s’il eu eut la première pensée, il est juste de rnpp 1er qu’il fut, pour son application, puissamment aidé par Guillaume de Bray, archidiacre de Reims, Robert de Douai, chanoine et médecin de la reine, Guillaume de Chartres, aumônier du roi, et Geoffroy de Bar qui devint cardinal.

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vante par le cardinal Jean Lemoine, et situé dans la rue qui porte encore son nom.

En ces temps, il semble que chaque nation, chaque province, chaque ville, doive en quelque sorte trouver son centre d’instruction dans le quartier de l’Université. En 1304, la femme de Philippe le Bel fonde le collège de Navarre, dont les bâtiments ont étéallectés à fÉcole polytechnique; en 1308, Guillaume Bonnet ouvre le collège de Bayeux, rue de la Harpe; cinq ans plus tard un chanoine de Laon nommé Guy, installe, rue de la Montagne-Sainte-Geneviôve, le collège de Laon et de Soissons ; vers la même époque, s’ouvre, rue des Sept- Voies, ce collège de Montaigu, célèbre par la sévérité de ses professeurs, qu’égalait seule la pauvreté de ses élèves, souvent réduits à mendier pour vivre.

Rue de la Harpe, on voyait encore le collège de Narbonne ; rue Jean-de-Beauvais, ceux de Lisieux et de Beauvais ; rue des Sept-Voies, celui de Reims ; place de Cambrai, celui des Trois-Évêques, ainsi nommé parce qu’il eut pour fondateurs, en 1348, les évêques de Langres, de Laon et de Cambrai. Rappelons encore le collège de Boncourt, établi, en 1333, rue Bordet, et comme celui de Navarre, absorbé par l’École polytechnique. Dans ce collège, comme dans ceux de Navarre, de Bourgogne, des Bons-Enfants, du Cardinal-Lemoine, les jeux scéniques furent en honneur jusqu’au milieu du seizième siècle ; en 1552, au collège de Boncourt, Jodelle fit représenter sa tragédie de Cléopâtre. Rue Bordet était encore le collège de Tournay, contemporain de Boncourt; enfin, car il faut se borner, on rencontrait encore dans le quartier le collège des Aile-

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mands, celui des Écossais, le collège d’Harcourt, devenu lycée Saint-Louis (sixième arrondissement), et le collège Sainte-Barbe. Le collège de France fut fondé sous François lür.

A côté de toutes ces institutions s’élevaient encore des couvents et des églises : les mathurins s’installaient, en 1200, dans un ancien hôpital, près du palais des Thermes; les jacobins de la rue Saint-Jacques ouvraient leur monastère en 1210 ; quoique toujours mendiants, ils devenaient riches sous Louis IX, qui les protégeait, et leur influence était assez grande pour contrebalancer, à l’occasion, celle de l’Université. Une chapelle, fondée en 1230 dans le clos du Chardonnet, devenait paroisse en 1245; en 1309, les carmes, protégés par Jeanne d’Évreux, femme de Charles le Bel, quittaient le port Saint-Paul et venaient habiter la maison des Lions, sur la montagne Sainte-Geneviève.

Ces religieux, que saint Louis avait ramenés de Palestine en 1254, portaient des vêtements moitié noirs et moitié blancs; on les avait surnommés les Barrés.

En 1318 se construisait, rue Saint-Jacques au coin de la rue des Noyers, une élégante chapelle dédiée, parles écoliers bretons résidant à Paris, à saint Yves, avocat des pauvres , et qui dès lors devint le patron des procureurs et autres gens de loi qui y avaient établi une confrérie. Le portail de cette jolie chapelle était décoré des statues de Jean VI, duc de Bretagne, et de Jeanne de France, sa femme.

Enfin, c’est en cet arrondissement que fut ouverte, en 1505, la première école de médecine; elle était située rue de la Bucherie ; nous en verrons les restes. Rappe-

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Ions seulement ici que c’est sous sa rotonde que Guy Patin fit la première opération de la pierre.

On le voit, pendant cette période de trois siècles et demi que nous venons d’embrasser rapidement, la population de l’arrondissement ne cessa de s’accroître ; mais ces quartiers studieux étaient habités par une jeunesse aussi ardente au plaisir qu’à l’étude. Si elle écoutait religieusement les leçons qu’Albert le Grand donnait en plein air sur la place Maubert, aucune salle n’étant alors assez grande pour contenir la foule que sa parole attirait ; si, peu soucieuse de bien-être, elle s’empilait sur la paille pour assister aux démonstrations des professeurs de la rue de la Bucherie, elle faisait aussi, et fréquemment, de longues et bruyantes stations dans les tavernes du quartier. Souvent aussi, fière de ses privilèges et sûre de l’impunité, elle envahissait les voies publiques aux jours de liesse, et son torrentueux cortège en rendait l’accès impossible aux bourgeois.

Parmi ces fêtes particulièrement chères aux écoliers, il faut citer celle de la Saint-Jean ; tous les habitants de l’Université passaient alors les ponts pour assister, sur la place de Grève, à cette cérémonie qu’on appelait le feu de la Saint-Jean , et que les rois, depuis Louis X jusqu a Louis XIII, honorèrent souvent de leur présence. A cette cérémonie, ainsi qu’à celle de la promenade du bœuf gras, la ville entière s’associait comme l’Université ; mais il en était d’autres en quelque sorte personnelles à cette dernière.

D’abord cette fête du couronnement de Vévèque des fous , qui avait lieu chaque année le 5 décembre, veille

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de la Saint-Nicolas. Ce jour-là, écoliers et professeurs se réunissaient pour élire le grotesque évêque, puis le revêtant d’habits pontificaux, ils le hissaient sur un brancard, mitre en tète, crosse en main, et armés d'épées et de bâtons, lui formaient un cortège qui, dévalant par les ruelles, envahissant les carrefours, bruyant, houleux, grossissant toujours, allait rendre une solennelle visite au recteur, non sans faire, crovezle bien, de fréquentes stations dans les tavernes, non sans allumer, au retour, de nombreuses torches, non sans accompagner sa marche de cris et de chansons.

Un jour, en 13G5, le cortège rencontra le guet; les quolibets partirent comme des fusées de la troupe des écoliers, les menaces succédèrent aux railleries, les défis aux menaces, et une bataille s’ensuivit. Moins nombreux, mais mieux armés que les écoliers, les gens d’armes mirent le cortège en déroute, en poursuivirent les débris jusqu'aux écoles de la rue de la Bucherie, et là firent plusieurs prisonniers qu’ils conduisirent dans les prisons du Châtelet.

Le lendemain, l’indignation fut grande à l'Université ; on avait attenté à ses privilèges, une réparation lui était due, on l’exigea, on l’obtint. Les sergents du guet furent emprisonnés à leur tour, obligés de faire amende honorable, et perdirent leurs charges. Les écoliers avaient été les provocateurs, mais ils ne furent pas punis.

Le couronnement de l'évêque des fous était la fête de l’hiver; l’été avait la sienne aussi. Celle ci se célébrait le 11 juin, jour de l'ouverture de la foire du Landit.

Ce jour-là, les écoles étaient fermées. Dès le matin,

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des bandes de musiciens improvisés, maîtres ès arts en tapage et peu soucieux de l’harmonie, réveillaient le quartier â l’éclat strident des trompettes, au roulement prolongé des tambours. Bientôt, de chaque maison, de chaque ruelle, de chaque carrefour, les écoliers sortaient en foule. Ils avaient revêtu leur pourpoint le plus neuf, coiffé leur plus frais bicoquet, chaussé leurs plus élégants brodequins. Ils s’étaient armés, on ne sait pourquoi, mais l’usage le voulait ainsi; les uns brandissaient une lance, d’autres avaient ceint l’épée, d’autres portaient un braquemart, une dague, une rapière; ceux qui n’avaient pu se procurer ces jolis accessoires, faisaient des moulinets avec un bâton. Les uns arrivaient à cheval, les autres à dos de mule, de plus modestes enfourchaient l'âne: les plus pauvres, et c’était lamajorité, marchaient à pied. Toutecette foule se rejoignait aux carrefours, se groupait, formait de longues files dans les rues, et les montant ou les descendant, se dirigeait vers un point unique : le sommet de la montagne Sainte-Geneviève. Là, écoles et nationalités se confondaient dans l’entraînement de la joie commune; les pauvres écoliers de Montaigu, les Capetles, fraternisaient avec ceux des plus riches collèges ; les Anglais montaient de la rue qu’ils habitaient près de la place Maubert, les Écossais descendaient de celle où ils logeaient en haut du mont Saint-Hilaire. Chaque collège formait un groupe, et tous les groupes déployaient leurs bannières à l’arrivée des dignitaires de l’Université. En tête de ceux-ci, à cheval, était le recteur; autour de lui les massiers, les régents, les chanceliers des collèges, les professeurs des quatre facultés, v. b

théologiens en surplis blancs, maîtres ès arts en chapes noires ou rouges, tous graves et solennels au milieu de la bruyante cohue.

Un signal partait on ne sait d’où, et le cortège se mettait en marche. Les musiciens prenaient la tête, souillant dans leurs cuivres et battant les peaux d’âne; les dignitaires venaient ensuite, puis tous les écoliers suivaient. Le soleil brillait sur les armes, l’air agitait doucement la soie des bannières ; le long défilé descendait la montagne. Aux fenêtres des grises maisons aux toits aigus, aux premiers étages rebondis comme des poitrines d’hommes joyeux, apparaissait une foule de spectateurs, bourgeois sous de lourds bonnets, jolies filles sous de hautes coiffes blanches. Et la tourbe bruyante et joyeuse descendait toujours, racolant ici quelques retardataires, s’augmentant là d’un groupe d’écrivains sorti de la rue Boutebrie, plus loin faisant place à messieurs les parcheminiers jurés, compagnons indispensables et présidents naturels du grand achat de parchemin que l'Université allait faire au Landit.

Le Ilot écoulé, le quartier devenait tranquille pour tout un jour. Ceci nous donne l’idée d’un monôme au quinzième siècle. Voici qui va nous faire songer aux brimades encore en honneur dans plus d’une grande institution.

Les étudiants nouveaux étaient appelés les Béjaunes. Ils étaient placés sous la direction d’un élève en théologie décoré du titre d abbé des Béjaunes et soumis à une sorte de cérémonie d’initiation qui avait lieu le jour des Saints Innocents. Réunis le matin par leur abbé, ils parcouraient processionnellement la ville ;

INTRODUCTION

rassembles une seconde fois l’après-dîner, ils recevaient, à grand renfort de seaux, une abondante aspersion, sorte de baptême qui les faisait membres du grand corps universitaire.

Nous l’avons fait observer, la forme du quartier ne se modifia pas entre le règne de Philippe-Auguste et celui de Louis XIV. Si vous voulez vous rendre compte de ce que l'agrandissement de la capitale en fit alors, tracez sur un plan moderne une ligne qui, partant de la place Valhubert, écornera légèrement le Jardin des Plantes pour gagner le milieu de la rue de Bufîon; elle suivra celle-ci jusqu’à son extrémité, et par la rue Censier, atteindra la rue Mouffetard, un peu au-dessus de l’église Saint-Médard ; de là, elle ira toucher l’angle sud-est des jardins du Val-de-Grâce, en longera les murs jusqu’à la rue Saint-Jacques, passera devant la Maternité, rejoindra la rue Denfert-Rochereau à son point de rencontre avec le boulevard du Montparnasse et enfin atteindra la Seine en descendant le boulevard Saint-Michel. C’est, vous le voyez, à peu de chose près, l’arrondissement tel que l’a refait la division administrative de 1860; il ne reste en dehors qu’un îlot quadrilatéral, dont un côté est bordé par les rues Cerisier et Buffon, les autres par les boulevards de l’Hôpital, Saint-Marcel et l’avenue des Gobelins.

Si la forme est restée stationnaire pendant cette longue suite d'années, les voies publiques se sont multipliées. Le quatorzième siècle a vu créer le quai de la Tournelle et s’ouvrir sur divers points plusieurs voies encore existantes, telles que les rues de l’Arbalète, des Boulangers, Lacépède, Laplace, etc.

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Le quinzième siècle, et cela suffit à sa gloire, a vu commencer l'édification de l’hôtel de Cluny, un des plus précieux joyaux de notre écrin architectural. Il serait puéril de rappeler ici les églises disparues et les collèges, dont il ne reste plus de traces, qui se sont élevés pendant ces temps; nous avons hâte d’arriver à l’époque où le quartier va s’enrichir d’une institution qu’il est permis de considérer comme impérissable : le Collège de France.

Sa fondation fut une des premières pensées de François lor quand il fut roi, et malgré l’inconstance et la versatilité de sa nature, ce fut une de celles qu’il n’abandonna pas. Dès 1517, il avait tenté d’attirer Érasme à Paris ; le savant n’accepta pas ses offres, et les guerres qui survinrent ne lui permirent pas de donner immédiatement suite à son projet. Il le reprit après le traité de Cambrai, vers 1529, et les bases sur lesquelles il voulait établir l’institution étaient véritablement grandioses.

Le collège devait être annuellement doté d’un revenu de cinquante mille écus destiné à la nourriture de six cents écoliers qu’il recevrait; quant aux douze professeurs, logés dans l’établissement, un traitement de deux cents écus d’or leur était alloué. François Ier était un de ces princes qui ne savaient pas imposer leurs volontés; de plus, vous connaissez ses goûts fastueux, et vous savez en quel état de pénurie constante était son trésor; le cardinal Duprat, opposé au projet, n’eut donc pas de peine à le faire à peu près abandonner. Les constructions ne furent pas entreprises; nous ne savons si les professeurs touchèrent leurs traitements,

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et quoique fondé, le pauvre collège, sans domicile fixe, mena jusque sous Henri II une vie errante. Il fallait que l’idée fût réellement viable pour n’avoir pas été étouffée sous la difficulté des débuts.

Ceci se passait à l’aurore du règne de François Ier ; voici maintenant ce qui se passa à son déclin. Le 3 août 154G, sur cette place Maubert où nous avons vu Albert le Grand donner ses leçons, un bûcher se dressait, et sa flamme, qui montait vers le ciel, brûlait vif un des hommes qui avait été une des grandes intelligences du temps, un ami de Budé, de Marot et de Rabelais, éditeur des œuvres de ces derniers : Étienne Dolet (1).

En 1537, cette meme place servait encore de lieu d’exécution; cette fois, c’étaient trois protestants, deux hommes et une femme, que l’on brûlait après leur avoir coupé la langue, et dont le crime était d’avoir assisté à un prêche dans une maison de la rue Saint-Jacques.

(1) Étienne Dolet était un imprimeur établi à Lyon ; grâce à la perfection de ses travaux, il arriva à une situation prospère qui lui créa des envieux. Il était facile alors de perdre un homme en faccusant d’hérésie; ses ennemis ne manquèrent pas d’employer ce moyen et, dès J 542, ils obtinrent contre lui une condamnation capitale. La protection de François Ier le sauva cette fois du bûcher, mais non sans peine, car le malheureux resta quinze mois en prison. L’envie ne désarma point, et en 1546 il fut dénoncé et poursuivi de nouveau. La Faculté de Paris le déclara hérétique, et le Parlement le condamna à être pendu et brûlé.

En allant au supplice, Dolet avait conservé toute sa liberté d’esprit; la foule s’apitoyait sur son sort, il murmura :

No?i Dolet ipse Dolet , sed pia turba dolet.

« Ce n’est pas Dolet qui s’afflige, mais la foule généreuse. »

11 était âgé de trente-sept ans.

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Sous Charles IX, non sans avoir longtemps lutté contre l’Université, qui redoutait une puissante concurrence, nous voyons les jésuites créer, rue Saint-Jacques, ce fameux collège de Clermont, qui deviendra plus tard collège puis lycée Louis-Ie-Grand.

Jetons maintenant un coup d’œil sur les changements survenus et les constructions élevées au cours du dix-septième siècle. Le temps fut encore favorable aux communautés religieuses et particulièrement aux séminaires.

Parmi ces derniers, nous citerons celui de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, établi au commencement du siècle, puis l'original séminaire des Trente-Trois; celui-ci était situé rue de la .Montagne-Sainte-Geneviève ; il ouvrit ses portes en l’an 1633 et reçut d’abord cinq élèves en l’honneur des cinq plaies; il en admit douze ensuite, nombre des apôtres, puis enfin trentetrois, en commémoration du nombre d’années que le Chri-st a vécu. La reine Anne d’Autriche lui assurait trente-trois livres de pain par jour. Vinrent ensuite, en 1665, le séminaire des Écossais, puis, en 1675, celui des Irlandais.

Quant aux congrégations, nous craindrions de fatiguer la patience de nos lecteurs si nous en dressions la liste. Nous nous bornerons à rappeler les plus célèbres.

Voici d'abord, en 1605, les carmélites qui, protégées par Mmo de Longueville, s’installent rue d’Enfer. Dans ce monastère, qui existe encore, la duchesse de la Vallière se retira en 1076 et mourut en 1710. Voici maintenant la communauté des ursulines, installée en 1611

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rue Saint- Jacques, par sa fondatrice, Madeleine Lhuillier; ses bâtiments, modestes à l’origine, sont agrandis en 1(320, et la reine Anne d’Autriche pose la première pierre de la construction nouvelle. Un peu plus tard, en 1023, les filles de la congrégation de Notre- Dame s’établissent rue Neuve-Saint-Étienne, près du Jardin des Plantes. A la môme époque, les filles de la Visitation de Sainte-Marie prennent possession d’une maison de la rue Saint Jacques. L’année 1630 voit poser la première pierre de l’église Saint-Jacques-du-Haut- Pas; l’année 1645, celle du Val-de-Grâce ; deux ans plus tard, les filles de la Providence s’installent rue de l’Arbalète; en 1652, les hospitalières de la Miséricorde deviennent leurs voisines, rue Mouffetard.

Nous parlerons, en passantauprès, de Sainte-Pélagie et de l’hôpital de la Pitié; rappelons ici une fondation particulière, l’hôpital de Notre-Dame de la Miséricorde ou des Cent-Filles, créé en 1624 par Antoine Séguier, président au Parlement. On y recevait, à six ou sept ans, des orphelines qui en sortaient à vingt-cinq sachant un métier, et qu’on dotait quand elles se mariaient. La maisonfut suppriméep endant la Révolution.

A côté de ces établissements, le même siècle en voyait, en 1626, créer un autre, qui, lui, ne devait pas disparaître : le Jardin des Plantes, qui porta d’abord le nom de Jardin royal des plantes médicinales. Seize ans après, le marché aux chevaux, établi en 1578 sur l’emplacement de l’hôtel des Tournelles, et qui, sous Henri IV, se tenait sur le boulevard des Capucines, vint s’installera l’extrémité du quartier; il est maintenant sur le territoire du treizième arrondissement.

INTHODUCTION.

En 1656, le pont de la Tournelle, que l’eau avait emporté, fut reconstruit, assez solidement cette fois; l’année suivante, le pont Saint-Michel, détruit à son tour, fut rétabli; il était alors bordé de trente deux maisons, dont la démolition ne fut commencée qu’en 1808.

D’assez importants travaux de voirie s’exécutèrent au courant de l’année 107:2. C’est à cette époque que les rues Galande, des Mathurins et des Noyers furent élargies, non sans atteindre toutefois, vous le pensez, les belles proportions de nos voies modernes. Dix ans plus tard, & l’extrémité de la rue de la Harpe, on érigea, sur les dessins de Bullet, cette fontaine Saint-Michel, que plus d’un Parisien se souvient encore d’avoir vue, et qu’assiégeaient de longues files de porteurs d’eau. C’était une vaste niche accompagnée de deux colonnes doriques supportant un entablement et un fronton.

Enfin, c’est au milieu du dix-septième siècle que Richelieu fit construire les bâtiments de la Sorbonne, si noirs et si tristes hier, démolis aujourd’hui, et aussi l’église qui, elle, demeure encore un des intéressants monuments du quartier.

De grands changements et des embellissements nombreux se sont effectués dans l’arrondissement au dixhuitième siècle. Le boulevard de l’Hôpital fut créé et la rue de Buffon percée, l’état des quais amélioré, le Petit-Pont reconstruit, le Petit-Châtelet démoli, la halle aux vins créée, la halle aux veaux établie; sur le point culminant de la montagne s’éleva cette église Sainte-Geneviève, si peu faite pour un temple chrétien, si bien comprise pour un panthéon, que l'on serait

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tenté de supposer que l'architecte avait prévu la destinée de son œuvre.

En ce même temps, le Collège de France vit enfin édifier des bâtiments dignes de lui; l’École de droit, mal à l’aise depuis le quatorzième siècle, put prendre, en 1783, possession d’un local vaste et commode.

Dans le plan conçu lors de la création de la place qui se développe entre le Panthéon et la rue Soufflot, un bâtiment semblable à celui de l’École de droit devait lui faire pendant et renfermer l’École de médecine. Ce plan ne fut exécuté que beaucoup plus tard; la construction projetée changea de destination et devint la mairie de l’arrondissement, alors douzième de Paris.

La Révolution passa sur ces quartiers comme une trombe; séminaires et couvents furent fermés, la plupart pour ne rouvrir jamais; les églises se transformèrent en temples de vertus civiques; quelques-unes furent rendues au culte, d’autres devinrent propriétés particulières et furent démolies.

Les tanneries établies sur les bords de la Bièvre, les brasseries delà rue Mouffetard, et aussi le prix généralement modique des loyers, avaient amené dans ces quartiers une population ouvrière, qui adopta les idées nouvelles avec un enthousiasme égal à celui qu’elles provoquèrent dans le quartier Saint-Antoine; néanmoins dans ces jours troublés, et quoiqu’il se soit souvent mêlé aux mouvements populaires, le faubourg Saint-Marceau ne réussit jamais à conquérir une influence égale à celle qu’exerçait le faubourg Saint- Antoine.

Par contre, grâce au décret du 4 avril 1791, qui

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