‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissements (volume 2)Chapitre 41 sur 56 · K XIV · texte numérisé non relu

K XIV

INTRODUCTION

érigeait l’église Sainte-Geneviève en Panthéon français, le quartier eut ses journées de grandes cérémonies: les funérailles de Mirabeau d’abord, la translation des cendres de Voltaire et de Rousseau ensuite, puis encore les funérailles de Le Peletier-Saint-Fargeau et de Marat, entourées toutes deux d’une pompe extraordinaire. La dernière cérémonie eut sa contre-partie quand, en 1705, les restes de l'Ami du peuple furent arrachés de leur asile et jetés à l’égout.

La Révolution n’oublia pas que ce quartier était, depuis un temps immémorial, celui des hautes études, et quand elle fonda l’École polytechnique, c’est dans deux de ses vieux collèges qu'elle l'installa.

Le respect de cette tradition, au reste, n’était pas près de s’éteindre; dès la fin du siècle, la vieille Saintelîarbe s’était reconstituée ; en 1802, l’antique abbaye de Sainte-Geneviève devenait le lycée Napoléon (aujourd’hui Henri IV). Sous le premier Empire, le marché des Carmes fut construit. Les rues Clovis et d’UIm s’ouvrirent; à l’extrémité de l’arrondissement on créa la place Valhubert.

La Restauration fil peu de chose pour ces quartiers et se borna à replacer le Panthéon sous le patronage de Sainte- Geneviève; nous dirons, en visitant le monument, combien de fois sa destination a été changée.

A Louis-Philippe on doit l’installation du musée de Cluny, celle de l’École normale rue d’Ulm, et l'ouverture des rues de l’École-Polylechnique et de Jussieu.

La révolution de février 1848 partit, en quelque sorte, de cette même place où jadis les écoliers se réunissaient pour aller à la foire du Landit; il s’agissait, on

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le sait, de banquets réformistes interdits par le gouvernement, et dont les adhérents s’étaient donné rendezvous devant le Panthéon. La foule descendit vers le centre, l’émeute commença, elle était calmée le 23 février au soir; quelques heures après, la fusillade du boulevard des Capucines en avait fait une révolution.

Le quartier fut à peu près calme pendant ces journées ; il n’en fut pas de môme lors de l’insurrection de juin 1848. Il passa alors quatre journées hérissé de barricades, mitraillé, incendié; seul le faubourg Saint- Antoine présenta un spectacle aussi désolant. De la Seine à la barrière, l’arrondissement n'était qu’un vaste champ de bataille, et dans ces rues tortueuses et étroites, la lutte fut particulièrement meurtrière. Un magasin de nouveautés faisait l’angle de la rue du Petit-Pont et de la rue de la Huchette ; il avait pour enseigne Aux Deux Pierrots ; après le combat il était aussi criblé de balles que les premières maisons du faubourg Saint-Antoine.

Sous le dernier Empire, l’arrondissement ne fut pas oublié dans les projets de transformation parisienne. À travers ses vieilles rues, la pioche fit de larges percées; le marché aux veaux fut supprimé; concurremment s’ouvrirent les rues des Écoles, Monge, Gay-Lussac, Claude-Bernard, les boulevards Saint-Germain, de Port-Royal, Saint-Marcel et l’avenue des Gobelins; la bibliothèque Sainte-Geneviève s’installa dans un bâtiment nouveau ; enfin les arènes dont nous avons parlé au début de ces lignes furent retrouvées en partie.

Le bombardement de 1871 fut terrible pour l’arrondissement; dès le 5 janvier, le Val-de-Grâce, habile-

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ment visé, reçut les premiers obus. Là, comme partout dans Paris, la population supporta héroïquement les douleurs du siège.

La République a continué l’œuvre d’assainissement et d’embellissement commencée sous l’Empire : des squares so sont créés, les places se sont ornées de statues; sur les restes précieux des vieilles arènes romaines, mais sans les détruire, on a planté un jardin ; on a agrandi l'École polytechnique, le collège Sainte- Barbe et l'École de droit; on a transformé les rues avoisinant la place Maubert; la nouvelle Sorbonne a été construite, de nouveaux bâtiments ont remplacé les vieilles constructions noires de vétusté du lycée Louis le-Grand; la bibliothèque de l'École de droit a été réunie à l’École, qui s’est agrandie de corps de logis nouveaux, ayant leur façade sur la rue Saint- Jacques; la nouvelle galerie du Muséum a été construite et le musée d’anatomie sera prochainement transporté dans le bâtiment qui s’élève en ce moment à l'entrée du Jardin des Plantes, en bordure de la rue deBuflon; à la place Cambrai, étroite et noire, s’est substituée la place du Collège de France, de belle forme, ornée de parterres et formant une sorte de magistral vestibule à l'antique institution.

Enfin nous allons entrer dans un quartier qui, malgré les grands et antiques souvenirs qu’il rappelle, pourra nous paraître, en certaines parties, vivant et gai comme une ville neuve.

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