DESSIN DE F. LIX
les étudiants de se réunir en certaines circonstances et de parcourir processionnelleraent le quartier. Sur la rive gauche, tout s’écarte respectueusement devant un monôme; les voitures s’arrêtent pour ne point couper la file, et les passants qui ont du temps à dépenser suivent souvent le joyeux cortège jusqu’à la place de l’École. Là, défilant toujours, il passe devant le comptoir de la mère Moreaux et se livre à la consommation des prunes légendaires.
On rit, on chante, on joue, on discute, au quartier latin ; mais, nous le répétons, on y travaille sérieusement aussi, et toute cette jeunesse, turbulente un peu, se transformera en hommes qui, dans quelques années, seront les grands médecins, les grands jurisconsultes, et, qui sait? même peut-être les grands poètes du vingtième siècle.
A l’angle du boulevard Saint-Germain, au fond d’un jardin qu’un éparpillement de vieilles sculptures rend très pittoresque, nous voyons la façade postérieure de l’hotel de Cluny. Si nous faisons quelques pas encore, nous nous trouvons en présence des merveilleux restes de l’antique palais des Thermes.
Le palais des Thermes, au dire des archéologues, a dû être construit sous Constance-Chlore, alors que Paris était une ville gallo-romaine, entreles années 292 et 306 de notre ère. Julien y fut nommé empereur vers 360, et y séjourna quelque temps. Le palais servit d’habitation à nos rois jusqu’à la fin du dixième siècle.
La partie épargnée par le temps est le frigidarium , ou salle de bains du palais; on y peut voir encore la place que la piscine occupait et les restes des canaux qui amenaient l’eau dans les baignoires. Mais, ce qu’on ne saurait assez admirer, c’est l’aspect grandiose, les proportions harmonieuses et sévères de cette salle. Quelle idée concevoir du palais, quand on songe que ceci n’en était que les thermes?
A côté du vieux palais, s’est élevée, au quinzième siècle, cette merveille architecturale qui s’appelle l’hôtel de Cluny. Un certain Pierre de Chalus s’étant, en 1360, rendu acquéreur du palais des Thermes et des vastes terrains qui l’en-
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touraient, conçut le premier la pensée d’élever, en ce lieu, un hôtel où les abbés de Cluny, fréquemment appelés à Paris, pourraient trouver un logis. 11 paraît certain, pourtant, que ce ne fut que sous le règne de Charles VIII, en 1490, que Jean de Bourbon entreprit la construction de l’hôtel, et que Jacques d’Amboise, évêque de Clermont, la termina.
Dans une forte muraille crénelée, limitant la cour, s’ouvre une porte en arc surbaissé, ornée de riches sculptures. Le bâtiment central, percé de fenêtres à meneaux, est flanqué de deux ailes; une tour pentagonale forme saillie sur la façade et contient un escalier de pierre qui dessert les deux étages de l’hôtel, et conduit jusqu’à la terrasse qui le couronne. Une Irise délicatement ouvragée, un comble élevé, coupé par des fenêtres enrichies de sculptures, des clochetons, des cartouches, des gargouilles, des tourelles d’angle complètent un ensemble charmant à l’œil et rappelant bien cette époque de renaissance où, sans renoncer entièrement aux sévérités du temps passé, les artistes se préoccupaient de les adoucir par de gracieuses innovations.
A l’intérieur, la chapelle, un bijou, a conservé son caractère primitif. Un vitrail : Portement de croix , est du temps de Jacques d’Amboise. L’abside garde encore ses décorations en ronde bosse franco-italiennes, représentant les deux Marie pleurant le Christ. On la quitte pour descendre au jardin, par un ravissant escalier enfermé dans une jolie tourelle à jour.
Depuis 1844, l’hôtel de Cluny, qui fut longtemps propriété particulière, est devenu le siège d’un de nos plus curieux musées parisiens.
Le noyau de ces collections, d’un prix inappréciable, est dû à un amateur passionné des choses du passé, M. du Somme rard, propriétaire de l’hôtel. Il commença, en 1833, à grouper dans ses appartements les meubles, les tapisseries, les armes, qu’il recueillait patiemment,
Depuis l’époque de sa fondation, le musée s’est considérablement enrichi ; tableaux, faïences, émaux, vitraux, bijoux,
ivoires, terres cuites, fers forgés, horloges, montres, couvrent ses murs, remplissent ses vitrines, enfin jaillissent de tous côtés à vos yeux ravis. L’historien et l’archéologue trouvent là une source inépuisable de documents des temps passés; l’amateur, l’histoire de l’art depuis le seizième siècle, jusqu’à nos jours; le simple curieux, cette instruction salutaire qui se fait par les yeux plus solidement que par les livres.
Il nous faut, à regret, quitter le musée de Cluny; notre promenade n’est point achevée. Bien des monuments nous restent à voir, bien des institutions, sans rivales au monde, attendent notre visite. Nous sommes ici dans le centre intellectuel de notre grand Paris; la Sorbonne le domine de son dôme; les lycées, l’École de droit, l’École normale, l’École polytechnique, le Collège de France se groupent autour d’elle. C’est la vieille et toujours féconde Université! C’est là qu’on arrive lycéen gauche et timide; c’est là qu’on obtient à force de travail les inoubliables succès du grand concours. C’est de là qu’on sort, jeune encore, docteur en théologie ou en droit, ingénieur civil ou militaire, professeur, philosophe, homme de lettres. C’est là qu’on rédige ses premières thèses; c’est là qu’on écrit sa première comédie pour l’Odéon. C’est de là qu’on part pour devenir Prnnan, Freppel, Augier, Carnot.
L’origine du collège de la Sorbonne remonte à l’an 1250; sa fondation est due à Pierre de Sorbon, chapelain de saint Louis. Ce fut d’abord un très modeste établissement où quelques prêtres séculiers, docteurs en théologie, enseignaient leur science à des étudiants pauvres. L’institution devint rapidement florissante,, et dès 1260, sous la direction des Guillaume Saint-Amour, Laurent l’Anglais, Eudes de Douai, elle était une pépinière de bacheliers, de licenciés et de docteurs. Au milieu du quatorzième siècle, elle était la grande autorité théologique et imposait impérieusement ses décisions aux papes.
En ce temps-là, pourtant, il est certain que le monument n’avait pas l’importance qu’il acquit au commencement du
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dix-septième siècle, quand Richelieu fit construire par Remercier les lourds bâtiments, aujourd’hui disparus, autour desquels M. Nénot vient d’édifier le magnifique palais que nous allons visiter.
Remarquable en toutes ses parties, l’édifice se recommande surtout par la monumentale façade dont nous donnons la vue et qui, sur 83 mètres de longueur, s’étend en bordure de la rue des Écoles. Au centre, cinq grandes arcades donnent accès à une sorte d'atrium ou salle des Pas perdus précédant un immense amphithéâtre qui peut contenir trois mille auditeurs; sur les côtés, deux portes latérales sont réservées au service de l’Académie.
Les cinq grandes fenêtres centrales du premier étage éclairent la vaste salle du conseil de l’Académie; elles sont séparées par des colonnes d’ordre corinthien. L’attique est décoré de statues «allégoriques, toutes fort intelligemment conçues et d’une magistrale exécution; ce sont : 1rs Mathématiques, par Suchetet ; ta Physique , par Lefeuvre; i Histoire naturelle , par Cartier; la Chimie, par Injalbert. Ces quatre statues personnifient les sciences; quant aux lettres, elles sont représentées dans le même esprit par l’Archéologie , de Paris; la Philosophie , de Longepied ; la Géographie, de Marqueste, et l’Histoire , de Cordonnier; aux frontons courent des sculptures : Lettres et Sciences , dues aux ciseaux de MM. Chapu et Mercié. Les écussons de nos seize villes académiques décorent les tympans des arcades du rez-dechaussée.
Les splendeurs extérieures se continuent au dedans du monument. Pour ne point fatiguer nos lecteurs par de longues énumérations, nous nous contenterons de leur signaler dans le grand escalier, d’une évolution superbe, deux compositions hors ligne, l’une de M. François Flameng, l’autre de M. Chartran : l 'Histoire des lettres et des arts , V Histoire des sciences. On a vu certainement ces belles pages lorsqu’elles furent exposées à nos derniers Salons ; mais, on le sait, les peintures décoratives ne peuvent véritablement être appréciées que lorsqu’elles sont mises en place. Celles dont nous
a m Mon u os annaAnoM
parlons justifient, et au delà, les éloges qu’elles ont déjà valus à leurs auteurs. Le grand amphithéâtre est orné, dans l’hémicycle, d’une immense fresque de M. Puvis de Chavannes, dont le carton a figuré au Salon de 1887 ; au plalond, M. Galland a symbolisé l’Université de Paris et les quatre facultés; sur les côtés, six statues assises représentent Pierre de Sorbon, Descartes, Lavoisier, Rollin, Pascal et Richelieu; leurs auteurs sont Crauck, Goutan, Dalou, Chaplain, Barrias et Lanson. Les salons adjacents ont été décorés l’un par Wencker qui a représenté la Pose de la première pierre de la Sorbonne , l’autre par Le Roi le qui y montre Albert le Grand au milieu de ses élèves. Raphaël Collin, Cazin et Lhermitte sont les auteurs des peintures qui ornent les salles voisines.
C’est au mois d’août, le jour de la distribution des prix du grand concours, que nous serions désireux que vous puissiez pénétrer dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne; vous assisteriez alors à l’une de ces solennités parisiennes qui ont conservé tout le caractère du temps passé.
Le coup d’œil est vraiment original et imposant. Le ministre de l’instruction publique, entouré de tous les professeurs revêtus de leurs costumes universitaires, prononce le discours d’ouverture; un professeur lui répond. Puis, la lecture du palmarès commence et les élèves viennent recevoir leurs récompenses.
La première pierre de l’église a été posée par le cardinal de Richelieu, le 16 mai 1635; mais la construction ne fut terminée qu’en 1653. Désaffectée pendant la Révolution et abandonnée aux artistes, elle tut longtemps un atelier. En 1825, on la rendit au culte.
Outre les peintures de Ph. de Champaigne qui décorent la coupole, outre quelques statues et groupes signés : Barrias, Ramey, Cugnot, vous verrez dans l’église le tombeau du cardinal de Richelieu; c’est un magnifique groupe de Girardon, dont on prétend que Lesueur a fourni les dessins. Au-dessus est un chapeau qui passe pour avoir appartenu au cardinal; nous ne vous garantissons pas l’authenticité de
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la relique. Tout à l’entrée, à gauche, vous remarquerez une grande composition : Pierre de Sorbon présentant ses élèves à saint Louis. C’est une des premières œuvres de Hesse; elle date de 18-27.
Nous voici maintenant devant le Collège de France; il faut remonter à François Ier pour retrouver l’origine de ce grand centre de haut enseignement.
Ce fut d’abord le College des trois langues , puis bientôt après le Collège royal ; pendant longtemps aucun local ne lui fut spécialement affecté. Henri II autorisa les professeurs à faire leurs cours dans les collèges deTréguier et de Cambrai. Henri IV, l'année même de sa mort, ordonna la construction de bâtiments nouveaux; les troubles qui suivirent ne permirent pas (pie le projet fût mis à exécution, et bien longtemps après, en 1744, l’architecte Chalgrin commença rédiücation du collège. Modestes alors, les bâtiments furent considérablement agrandis en 1831, sous la direction de Letaroully.
La façade de la place du Collège-de-France et les pavillons de la rue Saint-Jacques datent de cette dernière époque.
Avec le temps aussi, l’enseignement, qui ne comportait (pie trois chaires à l'origine, s’est considérablement accru. Histoire, philosophie, morale, sciences, langues et littératures françaises et étrangères sont professées ici par les plus éminents de nos savants modernes, et les cours, tous gratuits, sont suivis avec assiduité non seulement par la travailleuse jeunesse du quartier, mais encore par les gens du monde, curieux de larges aperçus et amateurs de beau langage.
La façade principale du Collège de France se développe sur la rue des Écoles, au sommet de ce qu’on appelait autrefois le mont Saint-Hilaire. La statue de Claude Bernard, de M. Eugène Guillaume, se dresse entre deux tertres gazonnés, dont l’un est orné d'un Dante , de M. Aubé. La petite cour qui s’ouvre sur la rue Saint-Jacques est décorée d'une statue de Budé dont M. Bourgeois est l'auteur.
Des lycées et collèges, justement célèbres, se groupent,
nous l’avons dit, autour de la Sorbonne et du Collège de France : Louis-le-Grand, Sainte-Barbe, Henri IV et enfin le lycée Saint-Louis qui appartient au sixième arrondissement.
Le lycée Louis-le-Grand, entièrement reconstruit par M. Le Cœur, occupait les batiments démolis à la fin de l’année 1893 et où les jésuites avaient établi, en 1563, le fameux collège de Clermont, ainsi nommé en l’honneur de Duprat, évêque de Clermont et protecteur de l’institution. Expulsés en 1594, rappelés quelques années après, les pères rouvrirent leur institution en 1618. Plus tard, en 1674, Louis XIV honora de sa présence la représentation d’une tragédie jouée par les élèves ; il témoigna sa satisfaction à un seigneur qui lui parlait du succès obtenu, en lui disant : « Pourquoi s’étonner? C’est mon collège ! » La parole ne fut pas perdue et pendant la nuit suivante l’inscription Collegium Claramontanum Societatis Jesu, qui surmontait la grande porte, fut remplacée par une table de marbre où l’on grava en grandes lettres d’or : Collegium .Ludovici Magni.
Collège de V Égalité en 1792, Prytanée en 1800, lycée Descartes en 1848, l’institution a repris, en 1849, le vieux nom sous lequel elle s’est illustrée.
De tout temps l’institution fit de brillants élèves, et l’on pourrait dresser une longue liste des hommes illustres qui sont sortis de ses classes.
Molière y fit en cinq ans des études complètes. Il avait pour condisciples le prince de Conti, Chapelle et Cyrano de Bergerac; le premier le protégea plus tard, le second demeura son ami. Quant à Cyrano, notre grand comique lui doit l’idée première de la plus célèbre scène des Fourberies de Scapin.
Là, nous trouvons encore Gresset, l’auteur du Méchant, et plus tard, vers 1771, Robespierre et Camille Desmoulins.
Enfin, dans les mêmes classes ont passé le célèbre chirurgien Dupuytren, le géologue Élie de Beaumont, Eugène Delacroix, le premier peintre du siècle, et des littérateurs, des philosophes, des charmeurs, Jules Janin, Littré, Villemain, Deschanel, etc.
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Tout auprès du lycée Louis-le-Grand sont les bâtiments du collège Sainte-llarbe, dont les élèves, qu’on peut rencontrer en belles places dans toutes les carrières, conservent entre eux un sentiment confraternel qui rappelle et continue les familiarités du jeune âge. Être barbiste est un titre dont on s’enorgueillit; c’est aussi une certitude de ne point manquer d’aide aux heures difficiles de la vie.
Nous avons ici peu d’observations architecturales à faire; nous nous bornerons à constater que les principaux bâtiments ont été construits en 1 840 par M. Th. Labrouste et que d'importants agrandissements, datant de 1851, ont été faits sous la direction de M. Lheureux.
Quant à l'institution, son origine est fort ancienne; elle remonte à l’an 1460. C’est un prêtre, professeur de grammaire au collège de Navarre, nommé Geoffroy Lenormant, et non le professeur Jean Hubert comme on l’a cru longtemps, qui acheta aux génovéfains les terrains où fut installé le collège Sainte-Barbe.
L'institution fit peu parler d’elle pendant un temps assez long; mais, en 1550, le roi Henri II la prit sous sa protection directe. L’ère de prospérité commença alors et ne s'interrompit que pendant quelques années., lors de la Révolution.
Le 4 décembre 1798, le nouveau collège rouvrit ses portes sous la direction de Victor de Lanneau. Dans le commencement de ce siècle, une école rivale fut créée rue des Postes et prit le titre de Sainte-Barbe-Nicole, du nom de l’abbé Nicole, l’un de ses fondateurs. Le gouvernement de la restauration favorisa la nouvelle entreprise, et ce ne fut qu’après 1830 que la propriété exclusive du nom de Sainte-Barbe fut rendue à l’ancienne institution.
Depuis ce temps, le collège, toujours prospérant, a été dirigé par des hommes d’une haute compétence et d’un dévouement à toute épreuve.
Une succursale de Sainte-Barbe, un « petit collège » s’est annexé â la grande institution ; c’est la Sainte-Barbe des Champs, de Fontenay-aux-Roses. Elle reçoit les très jeunes enfants.
Nous voici sur la place du Panthéon, que la rue Soufflot réunit au jardin du Luxembourg; elle s’évase largement devant l’édifice, laissant l’air circuler autour et la vue l’embrasser dans tout son grandiose ensemble. Deux bâtiments similaires, l’École de droit et la mairie de l’arrondissement, en limitent l’entrée. Le regard, arreté à gauche par le vaste rectangle de la bibliothèque Sainte-Geneviève, s’égare à droite sur le plein air du faubourg voisin.
La mairie est de construction relativement récente. Alors que l’arrondissement était le douzième de Paris, elle occupait des bâtiments bas et dégradés au numéro 262 de la rue Saint-Jacques. En 1851, elle fut transférée dans l’éditice actuel ; elle complète fort heureusement l’harmonieuse disposition de la place. La construction, commencée en 1845, par M. Guénepin, a été achevée par M. Ilittortf.
Les sculpteurs Etex et Maindron ont décoré la salle du conseil, le premier du buste de Cochin, ancien maire, le second de ceux de la sœur Rosalie, une célébrité charitable du quartier, de Rollin et de Simonin-Lallemand, fondateur de trente-trois lits aux Incurables.
Presque en face de la façade, sur la droite du Panthéon, on a érigé en 1889 la statue de Jean-Jacques Rousseau, œuvre de M. Rerlhet.
L’École de droit, dont il serait superflu de faire l’éloge au point de vue de l’enseignement, a été construite en 1771 par Soufflot, l’architecte du Panthéon; la bibliothèque a été ajoutée en 1876 par M. Lheureux.
A gauche de la place, ce long monument rectangulaire que vous apercevez est la bibliothèque Sainte-Geneviève, terminée en 1850 par M. Labrouste, architecte. Si l’ensemble extérieur de l’édifice est un peu lourd, si l’heureuse idée de graver dans la pierre les noms illustres des poètes et des savants de tous les temps est exécutée d’une façon un peu naïve, il faut reconnaître pourtant — et ceci n’est point un mince mérite — que la vue du monument indique bien sa destination.
A l’intérieur, la bibliothèque est admirablement disposée.
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Le monumental escalier qui mène à la grande salle de travail et semble à ciel ouvert, grâce au ton doucement bleuté de son plafond, est décoré avec un grand goût de peintures de Desgoffes et des frères Balze.
La vaste salle de travail, construite en fonte ouvragée, est à la fois élégante et solide, entourée de rayons chargés de livres, sous une lumière douce, avec ses larges tables, ses fauteuils commodes; elle respire le calme et invite à l’étude.
La bibliothèque Sainte-Geneviève, riche en ouvrages de droit et de médecine, est très fréquentée ; c’est la seule à Paris dont la salle de lecture soit ouverte le soir. L’habile architecte a su organiser l’éclairage et le chauffage sans que les collections soient exposées à aucun danger, sans que les travailleurs puissent redouter la moindre incommodité.
Dans les salles du rez-de-chaussée sont réunis les estampes, les livres rares ; une collection sans prix d’aides et d’elzévirs, des volumes habillés de splendides reliures et enfin quelques manuscrits, dont le plus remarquable est une traduction de la Cité de Dieu, de saint Augustin, exécutée par Raoul de Presles, une merveille calligraphique du quatorzième siècle tellement fraîche et bien conservée qu’on la croirait faite d’hier si les ravissantes miniatures dont ses pages sont ornées ne révélaient l’ancienneté de sa confection.
Avant d’occuper le local actuel, la bibliothèque était établie dans les bâtiments de l’abbaye qui font partie maintenant du lycée Henri IV ; elle avait été fondée en 1624 par le cardinal de La Rochefoucauld. Plusieurs donateurs l’ont successivement enrichie, entre autres Maurice Letellier, archevêque de Reims.
Une chapelle dépendant de la puissante abbaye de Sainte- Geneviève fut le berceau de l’église Saint-Étienne du Mont; elle existait depuis l’an 1220. Au commencement du seizième siècle (1517), Philippe de Luzarche commença la construction du monument actuel; les travaux durèrent de longues années et, bien que les autels fussent bénits de-
puis 1541, la première pierre du portail ne fut posée que le 2 août 1610 par la reine Marguerite, veuve de Henri II.
Bien qu’au point de vue de l’unité architecturale la façade de Saint-Étienne du Mont puisse prêter à quelques critiques; bien qu’une pensée première ne semble pas avoir présidé à son ordonnance et que la profusion des détails nuise un peu à la grandeur de l’ensemble, cet ensemble conserve quand même un charme très réel pour le regard. La tour carrée, surmontée d’un campanile cylindrique, forme avec la pointe du toit triangulaire une ligne qui se brise fort heureusement. La façade composée de trois parties bien distinctes: portail, couronnement et pignon, demeure agréable aussi malgré la diversité des styles que l’architecte a superposés.
A l’intérieur, plusieurs curiosités arrêteront longtemps votre regard. D’abord ce merveilleux jubé, monument unique en ce genre à Paris, qui sépare le chœur de la nef et des collatéraux. Rien de plus gracieux que sa grande arcature, rien de plus finement sculpté que les arabesques de sa balustrade et les rampes de ses escaliers. C’est une œuvre du commencement du dix-septième siècle, dont Pierre Biard est l’auteur.
Dans le cours du dix-huitième siècle, un architecte nommé Hivert fit quelques restaurations au chœur de l’église et conçut le projet de supprimer le jubé; heureusement on ne lui laissa pas commettre cet acte de vandalisme.
La chaire, exécutée vers 1640 par Claude Lestocart sur les dessins de Laurent de La Hyre, est un chef-d’œuvre de sculpture ; sa décoration traduit cette idée mère, admirablement placée ici : Le développement de la parole de Dieu.
L’église renferme quelques belles toiles : un Saint Vincent de Paul , de Sébastien Bourdon ; une Mort de saint Louis , de Fragonard; une Peste, de Jouvenet; une sainte Geneviève , de Jeaural; une sainte Famille , deLenain; parmi eux, des peintres modernes ont enrichi sa décoration, il faut citer Th. Aligny, Giaccomotti, Biennoury, Candnade, etc.
Saint-Étienne possède aussi de vieux vitraux peints par
Pinagrier, Enguerrand Leprince et Jean Cousin ; des verrières modernes sont dues à MM. Steinheil et Filon.
Plusieurs personnages célèbres ont été enterrés dans cette église: Eustache Lesueur, Biaise Pascal, Jean Racine, Lemaistre de Sacy, etc.
Elle conserve aussi le tombeau et des relkiues de sainte Geneviève, patronne de Paris; la neuvaine qui commence le 3 Janvier de chaque année est tout à la fuis une solennité pour les croyants et un attrait pour les curieux, grâce à la petite foire qui s’installe alors aux abords de l’église.
La, sous de frêles auvents, sur des planches soutenues par dos tréteaux, simplement offerts à la main par des enfants parfois, se débitent médailles, chapelets, images de sainteté, croix et rosaires, tout cela garanti bénit.
C’est le jour de l’ouverture d’une de ces neuvaines, en 1857, que l’archevêque Sibour fut assassiné à Saint-Étienne par un jeune prêtre nommé Verger.
Le lycée Henri IV est établi sur l’emplacement de l’ancienne abbaye de Sainte-Geneviève, dont quelques vestiges intéressants subsistent encore : la jolie tour, seul reste de l’église démolie en 1807, les réfectoires et cuisines des abbés, le grand escalier construit par le père De Creil, en 1701.
La fondation de l’abbaye, dédiée originairement à saint Pierre et saint Paul, remonte à l’an 510. Clovis et plusieurs membres de sa famille furent enterrés sous les dalles de l église primitive. Dévastée par les Normands, l’abbaye se releva au douzième siècle et fut alors placée sous l’invocation de la patronne de Paris.
La fondation du lycée date de l’an 1804 ; il porta successivement les noms de Lycée Napoléon, de Collège royal Henri IV et, en 1848. de Lycée Corneille.
Les nouveaux bâtiments sur la rue Clovis ont été érigés en 188G par M. Ruprich-Robert.
Henri IV s’honore d’avoir vu sur ses bancs, outre les fds du roi Louis-Philippe, un grand nombre d’hommes qui sont devenus célèbres: Casimir Delavigne, Alfred de Musset,
Saint-Marc Girardin, Scribe, Augier, Hervé, Sainte-Beuve, Viollet-le-Duc, etc.
On sait que ce fut pour remplacer l’église Sainte-Geneviève, qui menaçait ruine dès le milieu du siècle dernier, que fut résolue l’édification d’une basilique nouvelle.
Soufflot, chargé de la construction, rompit brusquement avec les traditions du temps passé. Ici, point de portail gothique, de tours, d’arceaux; point de demi-jour mystérieux. Sous cette hardie coupole, dans ce vaste vaisseau inondé de lumière, l’àme saisie par l’admiration se refuse au recueillement. Devant ce grandiose péristyle, ce dôme, ces colonnades, aussi bien qu’au milieu des larges nefs, l’esprit cherche vainement un souvenir de l’humble bergère que l’église a choisie pour patronne.
Aussi, en tant que lieu de prière, le monument, toutes les fois qu’il fut consacré au culte, demeura-t-il un peu délaissé.
La Révolution, en le transformant en Panthéon, semble lui avoir trouvé sa destination véritable.
C’est en 1791, lors de la mort de Mirabeau, que l’église, désaffectée pour la première fois et destinée à recevoir les cendres des grands hommes, reçut sa dénomination nouvelle.
Le culte en reprit possession à diverses reprises : une première fois, de 1806 à 1830 ; une seconde fois, de 1851 à 1885. Cette année-là, le 26 mai, Victor Hugo étant mort, un décret transforma encore une fois l’église Sainte-Geneviève en Panthéon.
Il est certain que tous les étrangers qui viennent à Paris visitent le Panthéon. Tous admirent le magistral fronton de David d’Angers représentant la Patrie, la Liberté et l’Histoire distribuant des couronnes aux grands hommes. Tous descendent dans la crypte, s’arrêtent devant les tombeaux, écoutent le surprenant écho qui se produit si puissamment dans l’un de ses angles. Les plus hardis montent au sommet de l’édifice pour jouir d’une vue magnifique sur Paris et les vertes campagnes qui l’environnent.
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Le péristyle est orné de groupes en marbre de Maindron; les premiers artistes de notre temps ont concouru à la décoration intérieure; vous verrez là des statues et des groupes dus à Perraud, Cavelier, Frémiet, Iliolle, Falguière et Cabot. Quant aux peintures, toutes relatives à l’histoire du christianisme et à celle de sainte Geneviève, elles sont signées Puvis de Chavannes, J. -P. Laurens, Hébert, J. Blanc, Th. Maillot, IL Lévy, Humbert, Baudry, Cabanel, Galland, Delaunay; elles forment une sorte de musée que complète splendidement l’apothéose de sainte Geneviève, œuvre de Gros, qui se développe sur la coupole.
Le gardien qui vous servira de guide dans la crypte ne manquera pas de vous nommer tous les grands hommes dont rédilice renferme les sépultures, depuis Voltaire jusqu’à Victor Hugo, depuis La Tour d’Auvergne jusqu’à Carnot, en passant par une foule de sénateurs et de dignitaires du premier empire plus ou moins oubliés.
En quittant le Panthéon, nous rentrons dans la rue Saint- Jacques, étroite en cet endroit. Si nous apercevons à gauche la jolie façade Louis XIV du numéro 151 bis qui nous rappelle le temps passé, nous trouvons à droite une chose absolument moderne : i Académie, boutique de liquoriste, aux bocaux et aux bouteilles étagés, aux parois garnies de quarante tonneaux superposés; c’est à ce chiffre de quarante que l’établissement doit son nom. Calme le jour, l’académie devient singulièrement animée dès que le gaz est allumé, dès que l’heure de l’absinthe a sonné. Au cours d’une de nos précédentes promenades, nous vous avons parlé du cabaret du Chat noir . L’académie eu est, à l’autre bout de Paris, la vivante antithèse. Au Chat noir, vous avez vu la jeunesse insoucieuse; à l’académie, calme, solennelle, déclamant des vers de forme surannée sur une mélopée antique, vous trouverez, dignes encore, tous les désillusionnés des trente dernières années, toutes les victimes d’une malchance qui ne leur a point permis d’être de grands poètes, et qui parfois, avouons-le, lancent au public qui les écoute des strophes qui mériteraient mieux que l’audi-
l'académie de la kue saint- Jacques.
toire restreint qu’elles charment pendant quelques instants.
En continuant notre route, nous rencontrerons, à l’angle de la rue de l’Abbé-de-l’Épée, le portail bien simple et la tour carrée de l’église Saint-Jacques du Haut-Pas.
La première pierre de ce modeste édifice fut posée en 1G30 par Monsieur, frère du roi Louis XIII; mais, faute de fonds, les travaux s’exécutèrent lentement et furent môme abandonnés pendant de longues années. En 1G75, ils furent repris avec une certaine activité sous la direction de Gittard, un des membres fondateurs de l’Académie d’architecture. La duchesse de Longueville posa alors la première pierre de la nef et paya presque tous les frais de la construction nouvelle, ainsi que le constate une pierre lumulaire placée dans la chapelle de Saint-Joseph.
L’église, dont le culte théophilanthropique fit, en 1797, le temple de la Bienfaisance, renferme quelques œuvres d’art qui méritent d’être signalées. Dans la chapelle de Saint- Pierre, une Descente de croix, bas-relief de Jean Goujon,, et un Saint Pierre , toile ovale signée Restout; dans la chapelle de la Vierge, plusieurs remarquables peintures murales de Glaize; dans la chapelle des catéchismes, le Mariage de sainte Félicité, de Sébastien Bourdon ; enfin quelques beaux vitraux dus à MM. Maréchal (de Metz), Oudinot et Laurent Gsell.
Jean du Verger de Ilauranne, abbé de Saint-Cyran, Cochin, curé de la paroisse, fondateur de l’hospice qui porte son nom, et l’astronome Cassini sont enterrés à Saint-Jacques du Ilaut-Pas.
A deux pas de l’église s’ouvre, ombragée par le feuillage d’un orme trois fois centenaire, la porte de l’Institution des Sourds-Muets; elle est installée dans les bâtiments fort agrandis de l’ancien séminaire Saint-Magloire.
Bien qu’un moine espagnol nommé Ponce de Léon se soit préoccupé, à la fin du seizième siècle, de l’instruction des sourds-muets, c’est à la France que revient l’honneur d’avoir vu naître le véritable fondateur d’un enseignement sagement coordonné à l’usage de ces déshérités.
En 1760, à ses frais, sans secours, sans encouragement,
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au milieu de l’indifférence à peu près générale, l'abbé de l’Épée fonda son institution rue Thérèse et parvint à réunir jusqu’à soixante-douze élèves. En 1772, le roi accorda à l’abbé une pension de GOGO livres sur sa cassette ; de plus, l’établissement des céiestins, dans le quartier de l’Arsenal, lui fut cédé pour loger ses intéressants élèves.
Après la mort de l'abbé (décembre 1789), le gouvernement, reconnaissant l’excellence de l’œuvre entreprise, songea à lui donner un caractère national et à nommer un successeur à l’abbé de l’Épée.
Vers ce temps, et placée alors sous la direction de l’abbé Sicard, l’institution s’installa où nous la voyons aujourd'hui ; le nouveau directeur perfectionna les procédés du maître et introduisit dans l’école l’enseignement de quelques métiers et de quelques arts industriels, l’exercice de ces métiers et de ces arts permet aux élèves sortants de figurer honorablement dans la vie, sans trop souffrir de leur double infirmité.
Depuis, adoptant tous les progrès, essayant toutes les méthodes nouvelles, ne reculant devant aucun sacrifice pour assurer le succès de ses efforts, l’institution a toujours été en prospérant; elle est la première qui ait été fondée en Europe et garde le premier rang parmi les établissements similaires dont elle a inspiré la création. Ajoutons que l’établissement est parfaitement placé et aménagé.
La cour d’honneur est ornée d’une statue en bronze de l’abbé de l’Épée; c’est l’œuvre d’un arliste sourd et muet, M. Félix Martin. Parlons maintenant de l’École normale élablie rue d’Ulm depuis 1847.
Cette école sans rivale, dont le programme peut se résurner en trois mots : Apprendre à enseigner, dont tous les professeurs ont été des gens de talent, quelquefois même des hommes de génie, a été fondée en vertu d’un décret de la Convention du 30 octobre 1794. Moins de trois mois après, le 20 janvier 1795, quatorze cents élèves envoyés par tous les départements assistaient, dans l’amphithéâtre du Muséum, à la séance d’ouverture que présidait Lakanal.
L’inauguration fut faite simplement, sans apparat, sans
musique, sans discours; la cérémonie se borna, pour toute solennité, à la lecture du décret qui fondait l'école, et les cours, alors publics et même accessibles aux femmes, furent immédiatement ouverts et se prolongèrent jusqu’à la fin du mois de mai.
Ces cours, ou mieux ces conférences, étaient, aux termes du décret, rigoureusement improvisés. Les questions, les discussions même étaient permises aux auditeurs. La sténographie recueillait les paroles des professeurs, et les leçons imprimées étaient données aux élèves, envoyées dans les districts départementaux, à l’étranger même, à tous les représentants de la République.
La collection de ces leçons forme treize volumes; elle indique exactement le point d’arrivée de toutes les sciences à l’époque. Des noms glorieux encore aujourd’hui ont signé ces pages ; tout ce qu’il y avait alors de savants hors ligne a été appelé à concourir à ce grandiose mouvement scientifique. Monge, Lagrange, Laplace ont professé les mathématiques; Berthollet, Daubenton, Thouin se sont occupés des sciences physiques. La grammaire, les lettres, l’histoire, la philosophie ont été enseignées par des hommes qui s’appelaient l’abbé Sicard, Garat,La Harpe, Bernardin de Saint- Pierre et Volney.
Le succès de la première année fut grand ; mais néanmoins, pour des raisons où la politique de ces temps troublés joua un grand rôle, la tentative ne fut point renouvelée.
En 1808, l’École normale fut fondée de nouveau — on pourrait dire rétablie — mais le plan libéral primitif fut entièrement abandonné. Les cours ne furent pas publics ou, pour mieux dire, n’existèrent plus ; les élèves, condamnés à un internat rigoureux, à un uniforme minutieusement spécifié, durent suivre les leçons du Collège de France, du Muséum, de l’École polytechnique. A l’école, ils trouvaient seulement des maîtres répétiteurs. Par bonheur pour l’avenir de l’institution, ceux-ci furent pour la plupart des hommes jeunes encore, mais d’un grand mérite : Villemain, Cousin, Joufïïoy, Dulong, Pouillet, ont rempli ces fonctions.
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L’école néanmoins ne jouit pendant l’empire et la restauration que d’une mince popularité; quand elle fut supprimée en 182G, elle ne comptait plus (pie cinquante-huit élèves.
Le gouvernement de Louis-Philippe la rétablit sur des bases mieux en rapport avec les idées modernes; elle cessa d’errer, comme par le passé, de vieux bâtiments en vieux bâtiments et s'installa rue d’Ulm, dans une construction édifiée par Gisors. L’enseignement y prit un caractère plus large; la direction fut confiée à des hommes qui avaient été jadis les élèves de l’école et savaient comprendre les aspirations d’une génération nouvelle.
L’école possède une magnifique bibliothèque dont les livres de G. Cuvier ont fourni le fonds; de nombreux dons l’ont enrichie; elle répond à tous les besoins du grand enseignement dont l’institution est le foyer.
Tout auprès, rue Gay-Lussac, numéro 41, modeste d’allures, mais rendant aussi de signalés services, est le Musée pédagogique, fondation (pii remonte à l’année 1879, où l’administration a réuni dans un ordre parfait tout ce (pii sert à l’enseignement primaire, et aussi installé une bibliothèque ouverte au public où les lecteurs trouvent, outre tous les livres classiques, les ouvrages susceptibles de populariser l’instruction sans entraîner l’esprit vers les hauteurs scientifiques qui ne s’atteignent point sans de longues années d’études.
Continuant à monter la rue Saint-Jacques, laissant derrière nous le couvent des dames Saint-Michel, qui fait l’angle de la rue Gay-Lussac, après avoir constaté au numéro 253 la présence d’un asile de nuit (création municipale) exclusivement réservé aux femmes et aux enfants, nous arriverons au Val-de-Grâce.
Avec sa vaste cour fermée d’une grille, la façade monumentale de son église, l’aspect grandiose de ses bâtiments, l'étendue de ses jardins, on prendrait plutôt ce monument pour un palais royal que pour le simple hôpital militaire qu’il est devenu depuis 1814. La vérité est (pie le Val-de-
Grâce fut d’abord un couvent placé sous la haute protection de la reine Anne d’Autriche qui, en 1645, accompagnée de son fils alors âgé de six ans et demi, posa la première pierre de l’église.
François Mansart avait fourni les plans; les travaux, interrompus pendant la minorité du jeune roi, repris activement en 1655, arrivèrent, dix ans plus lard, à complet achèvement.
Jacques Lemercier, Pierre Le Muet et Gabriel Leduc modifièrent en certaines parties les données originales; mais, admirateurs du temps passé, ils conservèrent à l’édifice le caractère architectural des monuments édifiés sous LouisXIlI.
Cependantles tendances artistiques du temps se firent sentir dans la décoration intérieure de l’église. Mignard peignit la coupole, célèbre sous le nom de Gloire du Val-de-Gràce, et les frères Anguier l’ornèrent de magistrales sculptures.
Dans les temps modernes, en 1840, une niche de la deuxième cour a été décorée d’une fort belle statue du médecin Broussais, sculptée par Bra; dix ans plus tard, on a placé dans la cour d’honneur, sur un piédestal orné de beaux bas-reliefs, la statue un peu lourde du baron Larrey, le tout œuvre de David d’Angers.
Dans la bibliothèque, vous pourrez voir un beau portrait du baron Desgenettes, signé Horace Vernet.
La petite église Saint-Médard, dont un square minuscule flanque le côté droit, est peut-être la plus pauvre de Paris ; elle est vieille pourtant et, dès le douzième siècle, elle relevait de l’abbaye de Sainte-Geneviève. Les protestants et les catholiques se livrèrent sous ses murs un combat sanglant en 1561. Son cimetière, aujourd’hui disparu, fut célèbre au dix-huitième siècle par les miracles qui s’opéraient, disaiton, sur la tombe du diacre Pâris, miracles qui donnèrent naissance à cette secte des convulsionnaires , dont les excentricités forcèrent le pouvoir à intervenir et à fermer le cimetière. De là ce distique bien connu :
De par le Roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
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En fait d’objets d’art, nous ne Irouvons guère à signalera Saint-Médard qu’un Saint Denis prêchant , de Louis Boulanger, un Mariage de la Vierge, de Caminade, enfin la décoration picturale de la chapelle Saint-Fiacre, décoration due à Félix Leullier, un peintre bien oublié maintenant.
Quelques vitraux du seizième siècle, malheureusement j fort dégradés, décorent les fenêtres de l’église.
A quelques pas de là, les fouilles ont fait découvrir, en 1870, ! les restes curieux d’immenses arènes, construction romaine qui remonte au troisième siècle de notre ère et dont la restauration vient d'être achevée.
Dans ces ruines, on peut voir l’emplacement d’un vomitoire de grandes dimensions, quelques rangs de gradins, une partie de l’arène et de profonds caveaux ayant sans doute servi de loges aux fauves; le reste demeure enfoui sous les constructions voisines. Les ruines, maintenant entourées d’une grille, émergent au milieu d’un jardin dont l’inauguration a eu lieu le ± l septembre 1892.
La Pitié nous retiendra peu. La visite d’un hôpital, si bonnes que soient ses conditions d’installation et de salubrité, n’offre toujours qu’un mince intérêt. Racontons son histoire.
Ce fut d’abord, en 1G12, une sorte de refuge ouvert aux nombreux mendiants qui infestaient la capitale. Plus tard, en 1615, la reine Marie de Médicis en changea la destination; on y reçut les jeunes filles pauvres et on les mit à même d’exercer une profession; un quartier spécial fut ouvert plus tard pour les jeunes garçons. Pendant la Révolution, la maison prit le titre pompeux d’Hospice des Enfants de la Patrie. En 1800 enfin, la Pitié devint l’hôpital que vous voyez aujourd’hui et dont les salles peuvent recevoir environ six cents malades.
Triste d’aspect, ainsi qu’il convient à une prison, mais pittoresque quand même avec son factionnaire émergeant de sa guérite au sommet du monument, est Sainte-Pélagie. Ce fut, de 1665 à 1790, un refuge pour les filles et les femmes déclassées. La Révolution transforma le refuge en maison de détention; M“© de Beauharnais, plus tard impératrice, y
fut incarcérée; le poète Béranger y passa dix mois sous la Restauration. De nombreux personnages politiques y ont été enfermés depuis. La vieille prison disparaîtra dès que rétablissement pénitencier de Fresnes sera construit.
La place Monge, dont une caserne de la garde républicaine d’un ogréable aspect occupe le fond à gauche, est décorée à son centre d’une statue de Louis Blanc, œuvre de M. Delhomme. Le square Monge, que nous rencontrons ensuite, a donné asile à la statue de Voltaire, reproduction de l’œuvre de Houdon, qui fut autrefois devant la mairie du onzième arrondissement et à celle de Villon par Etclieto.
Ici nous nous arrêterons un moment; nous sommes devant l’École polytechnique. Absolument contemporaine de l’École normale, ledécretqui la fonda estdaté du 1 1 mars 1794 (21 ventôse au II). Composée d’une jeunesse studieuse, active, vaillante, c’est la plus populaire, la plus aimée, la plus respectée de nos grandes écoles.
Pépinière féconde, ruche constamment en travail, institution sans modèle et sans rivale, l’École polytechnique fournit des officiers instruits à l’armée, des ingénieurs aux mines, aux ponts et chaussées, à l’hydrographie, des employés aux manufactures des tabacs et à l’administration des télégraphes.
Nous l’avons dit, cette studieuse jeunesse est particulièrement chère aux Parisiens; ils l’ont toujours trouvée à leurs côtés, prête à se dévouer aux jours de grande lutte, en 1814, 1815 et 1870 contre l’étranger; en 1830, en 1848 contre le pouvoir devenu impopulaire.
Bien que la création de l’école remonte, ainsi que nous l’avons dit, à l’an 1794; bien que, dès lors, Monge, Berlhollet, Carnot, Prieur, Fourcroy en fussent les professeurs, l’École ne fut réellement et militairement organisée qu’en 1804, époque où elle s’installa dans les anciens bâtiments des collèges de Boncourt et de Navarre. Des agrandissements successifs en ont fait le vaste établissement que nous voyons aujourd’hui. Il serait injuste de ne pas nommer l’artiste à qui sont dus les bâtiments qui dominant le square Monge, et
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ceux, spécialement réservés au service de la physique, établis en bordure de la rue du Cardinal-Lemoine : c’est M. Henry, architecte.
La rue Monge nous ramène à l’antique place Haubert que nos grands-pères et môme nos pères ne reconnaîtraient plus. Étroite, fangeuse, bordée jadis de maisons aux pignons vermoulus, elle s’est élargie, aérée et assainie. Le marché des Carmes, construit en 1813 par Vaudoyer, en occupe toujours le fond. 11 paraît lourd et écrasé quand on le compare à nos halles modernes, mais il a conservé, nous n’oserions dire un parfum, mais tout au moins une saveur du temps passé. Vous retrouverez là la débitante de café à deux sous la tasse; à l’ombre de ses murs, se fait aussi un petit commerce inconnu que sa bizarrerie nous oblige à signaler, mais auquel une dénomination précise est bien difficile à donner.
Nous allons expliquer brièvement ce dont il s’agit.
Au cours des longues promenades que nous avons déjà faites ensemble, vous n’avez pas été sans remarquer — bien que nous n’ayons pas jugé à propos de vous les signaler — quelques pauvres diables ramassant avec soin, sur les trottoirs et sous les tables des cafés, les bouts de cigares que vous avez négligemment jetés à terre.
Vous ne vous ôtes point demandé, certes, ce que ces gens pouvaient faire de ces détritus. Apprenez-le : ils en font un commerce.
A Paris, tout se vend; ces restes humides que vous avez vu ramasser sont l’objet d’un travail multiple; ceux qui les ont recueillis les effeuillent, les font sécher, les hachent menu, les mettent en paquets et finalement les vendent à très bas prix. C’est un tabac à fumer dont nous ne vous conseillons pas d’user, mais qui satisfait la passion de bien des malheureux qu’effrayent les hauts prix de la régie.
Commerce très fructueux en somme: mise de fonds, zéro; travail, se baisser et prendre; outillage, le rayon de soleil égaré au bord de la mansarde; bénéfice net, le prix de vente.
A deux pas du marché des Carmes, pénétrez, si vous en avez le loisir, dans la jolie chapelle de l’ancien couvent, convertie depuis 1888 en église roumaine; la toute petite église où l’on dit les offices et qui ne peut guère contenir plus d’une centaine de fidèles est ornée de jolies peintures sur fond d’or. Quant au vaisseau vide de l’ancienne église des Carmes, iL reste curieux, grâce aux fort belles verrières dont ses fenêtres sont garnies.
La place Maubert (originairement place Aubert) est un de ces coins parisiens qui ont leur histoire. Elle fut, aux journées de juin 1848, le théâtre d’un combat sanglant; elle avait vu déjà, le 12 mai 1588, élever la première barricade des ligueurs; le bûcher d’Étienne Dolet s’y dressa en 1546, à l’endroit même où, réparation tardive, le sculpteur Guilbert et l’architecte Blondel ont élevé à la mémoire de l’érudit un des plus gracieux monuments qui décorent nos places publiques.
Un léger crochet à droite par la vieille rue Saint-Victor nous conduira devant l’entrée borgne de l’église Saint-Nicolas du Chardonnet; elle est ainsi nommée à cause des chardons qui poussaient jadis sur les terrains qu’elle occupe.
Elle a été élevée, en 1656, sur les ruines d’une ancienne église datant du treizième siècle, dont la tour, ajoutée en 1625 par un maître ès œuvres de maçonnerie nommé Charles Comtesse, a seule été conservée.
Ce fut Le Brun, premier peintre du roi et paroissien de l’église, qui fournit les dessins des constructions nouvelles. Bien que Blondel ait fortement critiqué l’œuvre du peintre, elle a trouvé grâce devant M. César Daly, qui n’a pas jugé le portail de la rue des Bernardins indigne de figurer dans ses Motifs historiques d’architecture .
Abstraction faite des remaniements qu’a subis l’abside en 1862, lors de l’ouverture du boulevard Saint-Germain, l’église est encore au point où l’ont laissée, en 1763, ses derniers architectes; la façade reste à faire.
Parmi les œuvres d’art qui la décorent, il faut citer un assez beau plafond de Le Brun dans la chapelle de Saint-
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Charles-Borromée, le tombeau du peintre, et celui de sa mère, dû à Coysevox, deux tableaux de Jean Restout : le Baptême du Christ et Saint Bruno en prière , enfin un Christ au tombeau , par Mignard.
Suivons maintenant la rue Lagrange, percée en 1887, elle est bordée déjà de belles et hautes constructions aux rezde-chaussée occupés par des boutiques luxueuses; elle nous conduit à cette vieille rue du Fouarre devant une simple mais coquette construction ornée de médaillons en faïence et d’un buste en bronze de Lazare Carnot. Cette maison est le siège de la Société pour l’instruction élémentaire des jeunes filles et des femmes que le fameux conventionnel a fondée en 1815. qu’une ordonnance du 29 avril 1831 a reconnue d’utilité publique et qui a obtenu un grand prix à l’Exposition universelle de 1889.
Depuis 1865, le programme primitif de cette institution s’est élargi; on y fait maintenant, toujours pour les dames, des cours normaux, professionnels et commerciaux; on y enseigne même le modelage, la peinture sur porcelaine, sur émaux et sur éventails, la composition et la décoration à l'aquarelle et enfin l’astronomie. Ajoutons que ces cours sont absolument gratuits.
Ceux de nos lecteurs pour lesquels ie plaisir a quelques attraits, pourront peut-être nous reprocher de ne leur avoir point parlé du théâtre de Cluny dont ils ont vu la façade sur le boulevard Saint-Germain. Originairement il ne fut qu’un café-concert, puis il eut d’intelligents directeurs, Larochelle entre autres, et le souvenir de quelques succès qu'il obtint n’est point encore oublié Les Sceptiques , de Mallefille, le Juif polonais , d’Erckmann-Chatrian, les Inutiles . de Cadol ont tour à tour amené la foule dans cette petite salle. Depuis, le théâtre est devenu moins littéraire, mais le genre gai qu'il a adopté lui a conservé la faveur du public.
Enfin et sans sortir du caractère essentiellement scolaire de l’arrondissement, nous signalerons l'École Lavoisier, établie rue d’Enfer en 1872, et dont le but et les cours sont les mêmes que ceux des écoles Turgot, Arago, Colbert; le col-
lôge irlandais, établissement ecclésiastique dirigé par un prêtre français et un prêtre anglais; l’école municipale de physique et de chimie industrielles, installée depuis 18 82 dans les bâtiments occupés jadis par le collège Rollin.
Nos lecteurs ne nous en voudront pas de ne les avoir point conduits à la halle aux cuirs, à la boulangerie des hôpitaux, à l’amphithéâtre d'anatomie de la rue du Fer-à-Moulin, vulgairement appelé Clamart, à la fourrière de la préfecture de police de la rue Pontoise, Sainte-Pélagie des fiacres en maraude, Montfaucon des chiens errants; à la salle des ventes des domaines, rue des Écoles, 2, où viennent échouer les mobiliers réformés de nos administrations et aussi les objets provenant des greffes des assises et de la correctionnelle. Mais ils ne nous pardonneraient pas de ne point leur rappeler que la caserne des sapeurs-papiers de la rue de Poissy est installée dans les restes du couvent des bernardins, fondé vers 1244 par Étienne Lexington, abbé de Clairvaux.
Ceci nous ramène aux vieux souvenirs monastiques de l’arrondissement et nous permet de constater que le couvent des carmélites, dont nous avons parlé plus haut, existe toujours; il est situé rue Denfert-Rochereau à l’angle de la rue du Val-de-Gràce, franchissez-en la porte et entrez dans la chapelle. Elle mérite d’être visitée.
Sept ponts relient le cinquième arrondissement au premier et au quatrième :1e pont d’Austerlitz, construit en 1802, élargi et entièrement refait en 1854; le pont de Sully, achevé en 1876; le pont de la Tournelle, qui existait au quatorzième siècle, fut, en 1614, rétabli en regard du pont Marie et reconstruit sous Louis-Philippe; le pont de l’ Archevêché, qui traverse le petit bras de la Seine à la pointe est de la Cité; le pont au Double, jeté aussi sur le petit bras et aboutissant au parvis Notre-Dame; le Petit-Pont, qui existait sous la domination romaine et dont la dernière reconstruction date de 1853; enfin le pont Saint-Michel, plusieurs fois rebâti depuis le seizième siècle et qui tel quel a été achevé en 1857.
APPENDICE
DÉLIMITATION DES QUARTIERS DE L’ARRONDISSEMENT. NOMENCLATURE HISTORIQUE DES RUES, PASSAGES, PLACES,