‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissements (volume 2)Chapitre 44 sur 56 · A GEORGES CUVIER · texte numérisé non relu

A GEORGES CUVIER

Dans l’entre-colonnement, une niche voûtée en cul-de-four abrite un beau groupe symbolisant l'Histoire naturelle. Elle est représentée sous les traits d’une femme jeune de physionomie, gracieuse de pose, assise les pieds placés sur une mappemonde et tenant à la main des tablettes sur lesquelles on lit cette fin d’un vers de Virgile : rerum cognoscere causas. Un lion est placé derrière la figure principale et des animaux amphibies se roulent à ses pieds. Cette composition est de Feuchères; les sculptures d’ornement ont été exécutées par Pomateau.

Un peu plus loin, en haut de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, à son point de rencontre avec la rue du Fer-à-Moulin, une autre fontaine, la fontaine Poliveau, construite sous le premier Empire, occupe le fond d’un terre-plein triangulaire placé au centre du carrefour ou se tint longtemps le Marché aux chevaux. C’est une borne monumentale en pierre de taille, qui est, depuis quelques années, surmontée d’un buste de la République.

La rue Cuvier sépare le Jardin des Plantes d’un quadrilatère entouré de grilles qui n’a pas moins de 134000 mètres de superficie : c’est l’Entrepôt des vins, la bourse des liquides. Ses immenses magasins, aux voûtes pleurant des stalactites, sont séparés par des rues droites portant les noms de nos grands crus français. Sous l’ombre des vieux marronniers, piquée çà et là de la verdeur tendre des acacias, vous verrez, sans pouvoir les compter, des petites baraques aux toits pointus, diversement peintes, laissant invariablement échapper un maigre tuyau de poêle de leur sommet : ce sont les bureaux des négociants en vins, étroits espaces où se traitent des millions d’affaires.

A l’horizon, de hautes pyramides de tonneaux empilés; dans l’air, une pénétrante senteur d’alcool ; dans les rues et dans les préaux, un va-et-vient continuel de courtiers, la

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tasse d’argent à la main, le foret au poing, piquant de-ci delà, goûtant partout; des camions lourdement chargés, descendant les pentes, sortant par les grilles et s’en allant doucement vers Paris par le quai de la Tournelle : voici le tableau que vous aurez sous les yeux en parcourant l’Entrepôt. Causons maintenant de son histoire.

Un premier établissement de ce genre avait été créé en 1GG4 ; il était situé à l’angle du quai et de la rue des Fossés- Saint-Bernard. Reconnu insuffisant sous le premier Empire, Napoléon ordonna sa reconstruction sur remplacement autrefois occupé par les bâtiments de la célèbre abbaye de Saint-Victor, et comme toujours désira qu’elle fût exécutée sur un plan grandiose. Dans sa pensée, l’Entrepôt devait avoir sur le quai uue façade de 1500 mètres et toucher par ses points extrêmes, d'un côté à la rue de Seine (aujourd'hui rue Cuvier), de l'autre à la place Maubert.

Ce projet, à propos duquel des décrets furent rendus au cours des années 1808 et 1811, ne reçut son exécution qu’après la chute de l’Empire et dans des proportions sensiblement réduites.

Néanmoins, on compte à l’Entrepôt, et rien que pour les vins, 183 caves au niveau du sol, 2 magasins subdivisés en 52 parties, UG celliers et 93 caves souterraines. Ajoutez à cela G9 celliers dans les bâtiments réservés aux eaux-de-vie et 20 caves spéciales pour les huiles, et vous vous rendrez compte de l'importance des approvisionnements que l'Entrepôt peut contenir.

Le quai de la Tournelle, avec sa bordure de vieux hôtels qui sont devenus la Pharmacie centrale ou de grandes distilleries, ses jolies perspectives sur l’ile Saint-Louis et la pointe de la Cité, est un coin charmant; il nous conduit au quai de Montebello, où notre vue est captivée par la cathédrale, dont le flanc droit domine tout le petit bras de la Seine. C’est presque à regret que nous le quittons avant de passer devant les vieux bâtiments de rilôtel-Dieu, debout encore, pour pénétrer dans l’intérieur de l'arrondissement par la rue de la Bucherie; là nous nous trouverons tout d'abord en pré-

senced’un de ces vieux souvenirs parisiens devant lesquels il ne faut point passer indifférent.

A l’angle de la rue de l’Hôtel-Colbert, vous remarquerez une rotonde terminée en coupole ; si vous pénétrez dans la cour de la maison, vous apercevrez à votre gauche, ornée de colonnes doriques, de frontons, de sculptures, d’inscriptions latines, l’entrée du monument; ce fut, au quinzième siècle, le premier amphithéâtre de médecine de Paris.

Quelques pas plus loin, au fond d’une cour encore, nous trouvons la petite, mais bien curieuse église Saint-Julien le Pauvre.

Il est certain qu’un oratoire existait en ce lieu dès les premiers temps de l’ère chrétienne. Quant à l’édifice actuel, moins le portail qui date du treizième siècle, il a été bâti vers 1170. Ses jolis détails, aussi bien que l’aspect grandiose qu’il affecte dans son espace restreint, font de l’église Saint- Julien un des spécimens les plus précieux du style architectural de cette belle époque. Il faut visiter Notre-Dame et voir l’abside de Saint-Germain des Prés, pour en retrouver, à Paris, d’aussi pures manifestations.

La statue de Monthyon, sculptée par Bosio, qui décorait le porche de l’ancien Hôtel-Dieu, a été, lors delà démolition de l’hôpital, transférée à Saint-Julien.

Après avoir servi de magasin à sel, depuis 1792 jusqu’en 1805, puis de chapelle à l’IIôtel-Dieu jusqu’en 1878, époque où elle fut désaffectée, l’église, dès lors abandonnée et se dégradant, vient enfin de trouver une destination.

Elle appartient, depuis le 29 mars 1889, au culte catholique grec. Le révérend père Alexis Kateb, qui en a obtenu la cession, et l’abbé Homsy, son successeur, l’ont fait intelligemment réparer. Le public est admis à la visiter tous les jours depuis le matin jusqu’à six heures.

Qui le croirait? l’église de Saint-Séverin ne fut originairement, au temps de Childebert Ier, qu’un modeste oratoire qui servait de baptistère à l’église Saint- Julien le Pauvre. Successivement agrandi, l’oratoire était devenu, au onzième siècle, une basilique où les femmes des rois de France,

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qui habitaient les Thermes, venaient faire leurs dévotions.

Détruite par les Normands, puis reconstruite, vers la fin du onzième siècle, l’église devint la paroisse de tout le côté méridional de Paris, et, dans les temps qui suivirent, fut agrandie et subit plusieurs remaniements.

Telle qu’elle est, avec son clocher gracieux, avec son joli portail qui provient de l’ancienne église de Saint-Pierre aux Bœufs, démolie en 1839, avec ses vitraux blasonnés qui remontent aux quinzième et seizième siècles, avec ses nombreuses chapelles qui semblent accroître l’étendue de l’édifice, l’église Saint-Séverin est une de celles, à Paris, que les touristes ne manqueront pas de visiter.

De nombreux tableaux, intéressants à voir, leur feront paraître courts les moments qu’ils passeront dans l’édifice.

Disposant de trop peu de place pour les énumérer tous, nous nous bornerons à signaler les principaux. A tout seigneur, tout honneur. Vous retrouverez, tout d’abord, dans la chapelle de Saint-Jean l’Évangéliste, de magistrales décorations inspirées par le même sentiment que celles de Saint- Vincent de Paul, et, comme elles, signées du grand peintre Ilippolyte Flandrin. Dans la chapelle de Saint-Charles Borromée, plusieurs belles compositions de Jobbé-Duval, un grand artiste mort en avril 1889. Dans la chapelle de Sainte- Anne, une suite d’épisodes de la vie de la sainte, magistralement rendus par M. Hesse; enfin, dans la chapelle de Saint- Joseph, des peintures murales de Signol, ou l’artiste a su donner une preuve de plus de sa science de composition et de son admirable entente de la couleur.

Après avoir suivi le court tronçon qui reste de la vieille rue de La Harpe, nous arrivons sur le boulevard Saint- Michel — le bouVMich , comme on dit au quartier — voie large, joyeuse, où les cafés et les librairies font bon voisinage, où les tramways, montant péniblement la côte, s’arrêtent quelquefois, le soir, pour laisser passer le long défilé d’un monôme d’étudiants.

Le mot que nous soulignons, bien qu’emprunté au langage algébrique, s’applique ici à l'antique habitude qu'ont

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