‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissements (volume 2)Chapitre 5 sur 56 · MONTROUGE · texte numérisé non relu

MONTROUGE

Les Étapes dun touriste Paris.

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INTRODUCTION

Paris a de tout lemps été divisé en quartiers ; on en comptait quatre au dixième siècle, huit sous Philippe- Auguste, seize sous Charles V, dix-sept sous Henri III et vingt sous Louis XIV; cette division subsista jusqu’en 1789.

Lorsqu'il fallut nommer les électeurs pour les états généraux, le bureau delà ville divisa Paris en soixante districts ; en 1790, quarante-huit sections furent substituées aux districts; puis, le 11 octobre 1795, un décret de la Convention créa douze arrondissements et quarante huit quartiers. Cette subdivision existait encore quand la loi du 10 juin 1859, applicable le 1er janvier 1860, décréta l’annexion à la ville des communes suburbaines comprises dans l'enceinte fortifiée. C’est alors que fut adoptée la division actuelle en vingt arrondissements et quatre-vingts quartiers ; c’est celle que nous adopterons pour les études qui vont suivre, racontant l’histoire des arrondissements et les visitant tels qu’ils sont aujourd’hui classés et dénommés, en tenant compte des divisions passées quand elles présenteront un intérêt historique.

Le premier arrondissement, qui fut le quatrième de 1795 à 1860, englobe dans sa partie méridionale la

INTRODUCTION

pointe extrême de cette cité qui fut le berceau de Paris; il se rattache donc par là aux plus anciens temps de notre histoire.

Par là, disons-nous, mais ce n’est pas par là seulement, car dès le quatrième siècle la partie de l’arrondissement qui s’étend de la rue des Lavandières-Sainte- Opportune à la place du même nom et à celle du Châtelet était comprise dans la première enceinte de la ville. Quant au reste du territoire de l’arrondissement, ce n’était qu’une campagne où l’on ne rencontrait guère autour d’un oratoire, qui devint plus tard l’église Saint-Germain l’Auxerrois, que quelques masures formant un petit bourg, et de loin en loin un établissement hospitalier ou religieux.

Sous Louis VII, sans que Penceinte se modifiât, le bourg s’était agrandi, les habitations s’étaient multipliées, les voies qui devaient devenir plus tard les grandes artères du quartier avaient été tracées, l'église et le cimetière des Innocents occupaient à peu près la place de nos Halles centrales.

C’est seulement sous Philippe-Auguste, notre premier roi parisien, que bourgeois, commerçants et artisans commencèrent à grouper leurs habitations dans les quartiers que nous allons parcourir; une nouvelle enceinte s’édifiait, mais les parties les plus importantes du nord et de l’ouest de l’arrondissement restaient en dehors de la cité.

Cette enceinte commençait à peu près au point septentrional du pont des Arts. Flanquée d’une haute tour ronde faisant vis-à-vis à la tour de Nesle, bâtie sur l’autre rive, et qu’on appelait la Tour qui fait le coin ,

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une première porte s’ouvrait en cet endroit. La muraille traversait ensuite l’emplacement occupé par la cour du Louvre et s’interrompait au lieu où se trouve le temple de l’Oratoire. Là était la porte Saint-Honoré; par une ligne droite inclinant vers l’est, l’enceinte gagnait la porte du Coquillier située à peu près au point où se rencontrent maintenant les rues Jean-Jacques- Rousseau et Coquillière; puis elle atteignait, au bas de la rue Montmartre, la porte du même nom.

A l’ouest, hors des murs, s’élevaient le château du Louvre et l’église Saint-Honoré ; à l’est, dans l’enceinte, vis-à-vis le pont aux Changeurs, on voyait le grand Châtelet ; un peu plus loin, les halles, anciennes déjà, étaient closes de murs par Philippe-Auguste; autour d’elles on rencontrait, outre l’église et le cimetière des Innocents, l’église Saint-Magloire, le vieil hôpital Saint-Josse, fondé dès le septième siècle, l’église Saint- Eustache et un pe*tit îlot de six rues où demeuraient les juifs.

Si nous jetons les yeux sur le Paris de Charles V, l’arrondissement nous présentera la même configuration, mais avec un accroissement sensible. L’enceinte d’Étienne Marcel a reculé les limites que celle de Philippe-Auguste imposait à la ville ; le Louvre est maintenant dans Paris, et à l'ouest deux églises l’avoisinent : Saint-Thomas et Saint-Nicolas ; le cimetière des Innocents est clos de murs ; l'église Saint-Leu- Saint-Gilles est bâtie, et, nous le remarquerons, les constructions se sont considérablement augmentées et les voies publiques se sont multipliées dans de grandes proportions. Le roi s’est fait bâtir un palais, un sé-

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jour près de Saint-Eustache ; la rue du Jour actuelle doit son nom à cette demeure et en indique la place.

Jetez les yeux sur la gravure qui accompagne ces lignes et vous aurez une idée de ce qu’était Paris au moment où l’on commençait la construction du pont Neuf; vous verrez en germe et plus pittoresque peutêtre quùl ne l’est aujourd’hui, le séduisant tableau qu’on ne se lasse pas d’admirer quand on traverse les ponts qui mènent de la rive gauche au premier arron* dissement.

Sous Louis XIII, l’enceinte s’élargit encore, le château des Tuileries est construit, le jardin est tracé et touche, à l’ouest, aux limites de la ville ; une grande voie traverse tout le territoire de l’arrondissement : c’est la rue Saint-Honoré. Non loin de l’endroit où se construit le palais Cardinal, la butte Saint- Roch dresse en l’air son mamelon couronné de moulins; quanti l’église Saint-Roch , non encore telle que nous la voyons, elle remplace déjà l’ancienne chapelle des Cinq-Plaies qui elle-même, au seizième siècle, avait été substituée à la chapelle Sainte-Suzanne.

Sous Louis XIV, deux belles places sont créées ; l’une aux confins de l’arrondissement, par le marquis de La Feuillade, la place des Victoires ; l’autre, à l’ouest, sur l’ordre du roi, la place Vendôme.

Enfin, dans les temps modernes, le premier arrondissement voyait accomplir à son centre la réunion du palais du Louvre à celui des Tuileries ; en même temps la prolongation de la rue de Rivoli, le percement du boulevard de Sébastopol, de l’avenue de l’Opéra et de la rue du Louvre, la modification de la place du Théâtre-

Français, la disparition d’un dédale de rues occupant l’emplacement de la butte Saint-Roch, celle des piliers des Halles pour l’ouverture de la rue du Pont-Neuf» jetaient à profusion l’air et la lumière dans des quartiers longtemps étouffés et obscurs.

Qui se souvient maintenant de la rue Traînée, longeant le flanc méridional deSaint-Eustaohe? Quel vieux Parisien retrouve dans ses souvenirs la rue du Chevalier-du-Guet avec ses marchands de rouenneries et ses hautes portes rondes? Qui se rappelle les rues de la Yieille-Harangerie ou Perrin-Gasselin, ruisseaux bordés de masures ; qui se souvient de la rue de Bôthisy, où logeait Coligny? Qui sait que cette basse maison blanche qu’on voit en venant, du quai, à droite de la rue du Pont-Neuf, un peu au-dessus de la rue Saint- Honoré, est le seul reste de la rue Tirechappe? Qui songe à évoquer le souvenir du vieux marché des Innocents, obscur et saturé d’odeurs nauséabondes devant la longue suite des hauts et lumineux pavillons de nos Halles centrales ? Qui retrouve en sa mémoire les sombres boutiques du quartier des Bourdonnais et du bas de la rue Saint-Denis ; qui revoit par la pensée les modestes installations commerciales de la rue Saint- Honoré et les marchands de gravures de la rue du Coq? Qui se rappelle tout cela devant les luxueux magasins qui se sont créés partout; ici Révillon frères, là la Belle- Jardinière, ailleurs les Magasins du Louvre ?

Ajoutons que si l’arrondissement s’est embelli et assaini, il s’est aussi enrichi : la mairie du Louvre et le campanile de Saint-Germain l’Auxerrois ont été construits ; une statue de Jeanne d’Arc s’est élevée au

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centre de la place de Rivoli ; au chevet du temple de l’Oratoire un monument a été édifié à la mémoire de l’amiral Goligny; un autre, sur la place du Carrousel, rappelle celle de Gambetta ; de nouveaux bâtiments se sont ajoutés au vieux Palais de Justice ; la Sainte- Chapelle a été splendidement restaurée et sa flèche refaite ; un magnifique hôtel des Postes, une Bourse du commerce ont transformé tout un quartier; le Nouveau Cirque a remplacé l’ancienne salle Yalentino; le Panorama du Centenaire s’est ouvert dans le jardin des Tuileries ; le théâtre du Châtelet a fait disparaître l’antique restaurant du Veau qui telle ; le Tribunal de commerce, à l’étroit jadis au premier étage de la Bourse, a maintenant à lui son immeuble qu’on voit des fenêtres de la Chambre des notaires.

Nous croyons en avoir dit assez sur le passé de l’arrondissement pour justifier l’intérêt qu’il inspire. Au début de notre promenade, nous étudierons en quelques lignes sa physionomie et son caractère actuels.

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