LOUVRE
QUARTIERS
SAINT-GERMAIN-L’aUXERROIS. — HALLES. — PALAIS-ROYAL. PLAGE VENDÔME.
DÉLIMITATION
Une ligne partant du milieu de la Seine et suivant le mur ouest du jardin des Tuileries, l’axe des rues Saint-Florentin, Ricliepance et Duphot jusqu’au boulevard de la Madeleine; Taxe de ce boulevard et ceux des rues des Capucines, des Petits- Champs, de la Feuillade, de la place des Victoires, de la rue Étienne-Marcel, du boulevard de Sébastopol, du pont au Change et du boulevard du Palais jusqu'au milieu du pont Saint-Michel, et le milieu de la Seine jusqu'au point de départ.
-R » EDITEUR . Dresse par E.-Morueu
ITINÉRAIRE
POUIl LE Ier ARRONDISSEMENT.
Place du Châtelet, théâtre du Châtelet; pont au Change, palais de justice; quai de l'Horloge, place Dauphine, quai des Orfèvres, boulevard du Palais, Sainte-Chapelle; Pont-Neuf, statue de Henri IV; quai du Louvre, rue du Louvre, église Saint-Germain l’Auxerrois, mairie du premier arrondissement, campanile de Saint-Germain l’Auxerrois, palais du Louvre, ministère des finances, musées du Louvre ; place du Carrousel, monument de Gambetta, arc de triomphe ; jardin des Tuileries, statue de Jeanne d’Arc, panorama du Centenaire; place de la Concorde, rue Saint-Florentin, rue Saint-Honoré, église de l’Assomption, Nouveau Cirque; rue de Castiglioue, place Vendôme, colonne de la Grande Armée, ministère de la justice, étatmajor de la place de Paris ; rue Saint-Honoré, église Saint- Roch ; passage Saint-Roch, rue des Pyramides, avenue de l’Opéra, rue Thérèse, rue Richelieu, fontaine Molière, maison mortuaire de Molière ; place du Théâtre-Français, Théâtre- Français, Palais-Royal, conseil d’État, Cour des comptes; jardin du Palais-Royal, théâtre du Palais-Royal; rue de Valois, passage Radziwill, rue des Bons-Enfants, maison Sylvestre, Banque de France; rue Croix-des-Petits-Champs, passage Véro- Dodat; rue Saint-Honoré, temple de l’Oratoire, monument de l’amiral Coligny; rue du Louvre, Bourse du commerce, cercle commercial, Hôtel des Postes; rue Jean-Jacques-Rousseau, rue de Viarmes, rue Sauvai, pavillon des Singes ; rue Saint-Honoré, fontaine de l’Arbre-Sec; rue de l’Àrbre-Sec, maisons rue de l’Arbre-Sec; rue de Rivoli, rue du Pont-Neuf, maison n° 51, église Saint-Eustache, messe de la Sainte-Cécile, messe de minuit, Halles centrales, marchands au petit tas, marchandes de soupe ; rue Pierre-Lescot, rue du Cygne, église Saint-Leu ; rue Saint-Denis, un poteau cornier, square des Innocents, fontaine des Nymphes; rue Saint-Denis, place du Châtelet.
DANS LE PREMIER ARRONDISSEMENT
Si l’on jette un coup d’œil sur un plan de Paris, on s’apercevra sans peine que le premier arrondissement, bien qu’il soit l’un des plus exigus et actuellement l’un des moins peuplés de la capitale, est un de ceux, pourtant, où l’intérêt des curieux peut être le plus vivement excité.
Grâce aux transformations que la Ville a subies depuis trente ans, l’air et la lumière, chichement distribués jadis dans les quartiers que nous allons parcourir, y circulent à présent, l’un salubre, l’autre éclatante.
Dans le premier arrondissement, la vie parisienne se révèle sous toutes ses faces, exhibe toutes ses tendances, trouve un écho à toutes ses aspirations.
L’Art a groupé aux musées du Louvre les plus éclatantes manifestations des génies de tous les temps ; le Théâtre, littérature essentiellement française, a son temple, unique en Europe, dans une modeste bâtisse à l’angle du Palais- Royal et de la rue de Richelieu ; l’Architecture, livre de pierre où l’histoire d’un peuple s’écrit en caractères indélébiles, offre aux regards des spécimens qui s’appellent : le Palais de justice, la Sainte-Chapelle, le Louvre et bien d’autres monuments encore, devant lesquels une curiosité bien justifiée nous retiendra longtemps.
. Le Négoce, tel qu’on le comprenait autrefois, calme, laborieux, ignorant des ambitions excessives, a quelques représentants encore dans le petit îlot des Bourdonnais ; ailleurs, les splendides magasins du Louvre permettent d’apprécier la prodigieuse activité du commerce moderne, les immenses ressources dont il dispose et les séductions sans nombre qu’il sait appeler à son aide.
PROMENADES DANS PARIS
La Promenade sous les arbres, rêverie pour les uns, flânerie pour les autres, délices pour tous, s’abrite heureuse, souriante, sur les terrasses et sous les marronniers du jardin des Tuileries; le papotage politique a conservé ques adeptes : ceux-ci devisent, en réglant leur montre sur l’explosion du canon, dans le jardin du Palais-Royal. L’amour de la gloire, vivace toujours chez les Parisiens, malgré l’épithète de « chauvinisme » dont on le décore, se satisfait en contemplant la colonne de la Grande Armée.
Les Halles, enfin, emmagasinent chaque nuit et distribuent chaque jour, non seulement Y alimentation du quartier qui les enserre, mais approvisionnent aussi les nombreux marchés que nous rencontrerons çà et là dans la grande cité.
De larges perspectives traversent le premier arrondissement; d’autres, et celles-là ne sont pas les moins intéressantes, forment autour de lui une sorte de ceinturede plein air, de grand soleil et de points de vue pittoresques. Ici, la ligne droite de la rue de Rivoli si* tond en la brunit* avec les toits gris de l’Hôtel de ville; là, s’ouvrent h - percées larges el claires des rues Étienne-Marcel ou du Louvre; ailleurs, c’est le boulevard Saint-Michel, tout ombragé de grands arbres frémissants au vent; au long des quais, cVst la gaie coulée de la Seine, inoubliable pour qui l’a vue; voici l’avenue des Champs-Elysées, si magistralement close par l’arc triomphal de l’Étoile; la rue d«* Castiglione, puis l’avenue de l’Opéra; enfin, le boulevard de Sébastopol, avec son lointain égayé par les vives arêtes de la gare de l’Est.
On le voit, le premier arrondissement pourrait à lui seul former une petite ville, gaie, saine, commerçante, artistique, agréablement située et fort pittoresquement entourée.
Si nous prenons pour point de départ de cette première promenade la place du Châtelet, nous remarquerons d’abord le théâtre du Châtelet.
Construit par M. Davioud et inauguré le I'.» août 1862, ce théâtre occupe une superficie de 3564 mètres carrés. C’est une des salles de spectacle les mieux aménagées de Paris;
les abords en sont faciles, les places bien distribuées, les dégagements commodes et nombreux; voilà pour le public. Quant au service du lliéàtre, il est assuré par une scène large, profonde, haute, claire, où les masses se groupent et évoluent avec facilité.
La façade principale, qui seule retiendra notre attention, est de style renaissance italienne; elle se compose de deux étages d’arcades épaulées par deux avant-corps formant pavillons extrêmes ; une terrasse surmonte celte double galerie ; sur les dés de sa balustrade se dressent quatre statues de pierre, œuvres de MM. Robert, Chevalier, Aizelin et Cbalrousse, qui représentent allégoriquement le Drame , Ici/ Musique, la Danse et la Comédie. L’ensemble du monument a été gâté en ces derniers temps par l’adjonction des escaliers de fer, établis sur l’ordre de la préfecture après l’incendie de l’Opéra-Comique.
L’utilité, contestable pourtant, de ces escaliers ne nous permet pas de les critiquer.
Traversons le Pont-au-Cliange, originairement Grand- Pont; il prit son nom actuel en 1141, quand le roi Louis Vil ordonna que les changeurs s’établissent dans les maisons qui le bordaient ; les dernières de ces constructions ont disparu en 17G9, et le pont actuel a été complètement refait en 1800.
Nous voici arrivé au Palais de justice, vaste édifice composé de constructions disparates, chaque époque ayant en quelque sorte apporté sa pierre au monument.
Nous ne saurions, dans le court espace dont nous disposons, retracer l'histoire complète du Palais; qu’il nous suffise de constater qu’il existait déjà avant que les Gaules fussent envahies par les Francs.
Sous la domination romaine, il était habité par les défenseurs de la Cité, magistrats aux fonctions multiples que les Nautes parisiens choisissaient à l’élection parmi les plus notables d’entre eux. Forteresse sous les Carlovingiens, il devint château sous Robert-le-Pieux; saint Louis en fit un palais, Philippe-le-Bel l’agrandit, Louis XIV le fit splendidement restaurer.
PROMENADES DANS PARIS
Beaucoup d’événements de notre histoire se sont accomplis dans les murs du Palais; pour n’en citer que quelquesuns, nous rappellerons : Louis-le-Gros y proclamant la Pragmatique-Sanction, Philippe-Auguste s’y mariant avec la malheureuse reine Ingeburge, François Ier recevant dans la Grand’Salle le cartel de Charles-Quint, le Parlement y proclamant la majorité de Louis XIV, Marie-Antoinette exhalant ses dernières pensées dans l’un de ses cachots.
Avant de pénétrer dans le Palais, nous allons en faire le tour. Notre arrivée par le Pont-au-Change nous a conduit au pied de la tour de l’Horloge, donjon de l'ancien Palais.
Cette tour, carrée, sévère, aux murs épais de six mètres, est couronnée d’un beffroi dont la cage déborde en encorbellement; sa cloche donna le signal de la Saint-Barthélemy. Elle doit son nom à l’horloge qui la décore et qui fut primitivement installée sous Gharh - V par un horloger nommé De Vie. Sous Henri III, le grand cadran original fut remplacé et décoré par Germain Pilon des figures de la Piété et de la Justice ; sur le fond du tableau, abrité par un auvent en bois sculpté, s’étalait le manteau royal parsemé de fleurs de lis d’or. Les restaurateurs modernes ont aussi religieusement que possible respecté ce chef-d’œui re : le cadran a été refait, les sculptures actuelles sont deM. Toussaint, le mouvement de l’horloge sort des ateliers de Lepaute. Les inscriptions latines, deux vers de Passerai, ont été rétablies sur une table de marbre noir.
En suivant le quai nous rencontrons, après avoir passé devant la porte eu ogive qui donne accès à la Conciergerie, trois autres tours, rondes celles-ci, la première, connue sous le nom de Tour d’argent, a longtemps gardé le trésor des rois de France; la seconde, reliée à la Tour d’argent par une étroite courtine, est la tour Bon bec ; là s’est longtemps appliquée la torture ; là aussi étaient les fameuses oubliettes, aujourd’hui transformées en aqueduc, où tant de malheureux ont été engloutis ; la troisième enfin, couronnée de créneaux, élevée sur les fondations d'un fort bâti par les Romains, a pris le nom de tour de César.
Nous sommes maintenant devant les constructions modernes: nous rencontrons la monumentale entrée de la .Cour de cassation, et, tournant à gauche, nous nous trouvons devant la grande façade qui regarde le Pont-Neuf; la démolition d’une partie de la place Dauphine permet d’admirer les belles proportions du monument et son magistral aspect.
Cette façade se compose de huit colonnes engagées d’ordre composite et supportant un riche entablement couronné par un chéneau. Aux angles supérieurs, un aigle gigantesque étend ses ailes et semble prendre son essor.
Un vaste perron donne accès aux entrées ; les portes sont décorées de slatues allégoriques : la Prudence, la Vérité , le Châtiment, la Protection, la Force, la Justice. Les sculpteurs Dumont, Jouffroy et Jaley en sont les auteurs. Les constructions ont été dirigées par M. Duc, architecte.
Après avoir longé et contourné les monuments de la Préfecture sur le quai des Orfèvres et sur une partie du boulevard du Palais, nous arrivons devant la grande grille, merveille de serrurerie qui date^eulementde 1787, et nous pénétrons dans la cour d’honneur.
Un large escalier mène au perron, dominé par un avantcorps orné de quatre colonnes d’ordre dorique ; l’entablement est couronné d’une balustrade dont les piédestaux principaux supportent quatre statues : la Force, V Abondance, la Prudence et la Justice ; le drapeau national flotte au sommet d’un dôme quadrangulaire couronnant l’édifice ; deux ailes perpendiculaires à la façade forment les côtés de la cour et présentent sur le boulevard du Palais leurs décorations d’ordre dorique.
Si, tournant à gauche, nous entrons dans la cour de la Sainte-Chapelle, nous pourrons visiter ce curieux édifice du treizième siècle.
C’est en 1245, sur l’ordre de Louis IX et sous la direction de Pierre de Montereau que fut commencée la Sainte-Chapelle ; elle était destinée à recevoir un morceau de la vraie croix et la couronne d’épines que le roi avait achetés quelques années auparavant à l’empereur Baudouin IL
PROMENADES DANS PARIS
Les travaux furent conduits avec une rapidité qui paraît vertigineuse pour le temps ; en effet, la consécration du monument put avoir lieu le 25 avril 1248.
Précédée d’un porche élégant, ornée sur sa façade d'une rosace du plus pur gothique, la Sainte-Chapelle a deux étages : la chapelle basse, la chapelle haute; l’une est placée sous l’invocation de la Vierge, l’autre, autrefois réservée au roi et à la reine, est la chapelle des Saintes Reliques.
La construction en pierre de liais du plus beau grain est un chef-d’œuvre de solidité; les deux étages sont voûtés en arcs d’ogive d’un dessin hardi, d’une élégance inimitable; les vitraux, restaurés par M. Lusson sur les cartons de M. Steinheil, représentent les principaux épisodes de la rie de saint Louis ; ils jettent dans toute l'église une lumière doucement colorée d’un charme puissant.
La flèche qui surmonte l'édifice a été reconstruite en 1854. C’est une œuvre de charpenterie d'une grâce et d’une légè reté incomparables. Les piliers, les voûtes, l’arcature de la chapelle sont couverts de peintures. Au fond, brille un grand tabernacle d’or semblable à celui qui renfermait les Saintes Reliques (1). Des pierres tombales forment presque tout le pavage de la chapelle basse; elles recouvraient les cercueils des grands dignitaires de l’église et entre autres celui de Jacques Boileau, frère du poète satirique, qui mourut chanoine en 1716.
La Révolution avait fait de la Sainte-Chapelle un club, le premier Empire en fit un dépôt d’archives; en 1 8 î 8 seulement on songea à lui rendre son aspect primitif.
La messe y est célébrée une fois l’an, à la rentrée des tribunaux, après les vacances. C’est la messe du Saint-Esprit, autrement dit Messe rouge.
Dans le bâtiment neuf, ou sont établis les tribunaux correctionnels, nous remarquerons le grand escalier de pierre, divisé en deux rampes parallèles, qui mène au palier sur lequel s’ouvrent les sixième et septième chambres. Au rez-
(1) L’ancien reliquaire a etc fondu sous la Révolution.