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pavé du boulevard Malesherbes). Cette église remontait à une assez haute antiquité ; construite sous Charles VIII, elle avait été réédifiée en 1659. Non loin d’elle, on se trouvait devant la vieille maison de plaisance des évêques de Paris ; quelques habitations, quelques fermes l'entouraient, et le tout formait une sorte de bourg connu sous le nom de la Vil le-V Évêque. Tout auprès, où se trouve maintenant la place de la Madeleine, était le prieuré de Notre-Dame de Grâce . Catherine et Marguerite d’Orléans-Longueville l’avaient fondé en 1613 ; il était habité par des religieuses soumises à la règle de saint Benoît. Propriété nationale en 1790, les bâtiments furent vendus en 1798.
Quant au quartier des Champs-Élysées, il commençait à peine à se créer ; un chemin devenu depuis la rue Boissy-d’Anglas y conduisait, et, à l’époque dont nous parlons, la grande avenue, qu’on appelait alors allée du Roule , était seule tracée, ayant été ouverte en 1670. Elle était déjà coupée à son centre par le rond-point que nous connaissons, et s’arrêtait à celui de l’Étoile. Au midi, le Cours da-Reine, dont les arbres avaient été plantés en 1616, formait une promenade qui eût mérité d’être plus fréquentée par le beau monde, mais qu’affectionnaient seulement alors les joueurs de boules et de cochonnet. Au bout de l’allée du Roule, à droite, était le village de Chaillot, en partie englobé aujourd’hui dans l’arrondissement, et, à gauche, celui du Roule qui, en 1722, devint un faubourg de Paris. Dans les côtés couraient quelques chemins marécageux où l’on rencontrait par-ci par-là des buvettes à demi enterrées dans le sol, assez mal fré-
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quentées, et dont quelques-unes existaient encore dans les premières années du règne de Louis-Philippe.
C’est au temps dont nous parlons que commence à se dessiner, pour la capitale, ce mouvement d’extension vers l’ouest qui s’est si puissamment affirmé de nos jours. Dès le début du dix-huitième siècle, le faubourg Saint-Honoré voit s’élever de nombreuses constructions. En 1718, le comte d’Évreux fait bâtir un hôtel dont il ne prévoyait certes pas les destinées et qui, modifié, agrandi, considérablement embelli, s’est appelé tour à tour Élysée Bourbon, Élysée Napoléon, et est aujourd’hui la demeure du président de la République.
Un peu moins haut, dans le faubourg, au fond d’une place impraticable pour les piétons quand la pluie la transforme en un lac bourbeux, l’architecte Camus de Mézières édifie, pour le prince de Beauveau, la demeure qui est devenue l’hôtel du ministère de l’intérieur. Dans le voisinage s’élèvent, au cours du même siècle, les hôtels de Montbazon, de Marbeuf, de Charost, de . «Brunoy, le marché d’Aguesseau, et aussi cette fameuse Chartreuse du financier Beaujon qui fut une des plus curieuses folies de l’époque. Bienfaisant et même dévot à ses heures, ce même Beaujon fit construire l’hôpital qui porte son nom, et aussi cette jolie chapelle Saint- Nicolas dont on voit encore le dôme au coin de la rue Balzac. La fondation de Beaujon était originairement destinée à recevoir vingt-quatre orphelins ; un décret de la Convention fit de l’hospice un hôpital pour les malades ; il prit le nom d 'hôpital du Roule.
C’est au milieu du dix-huitième siècle que le perce-
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ment de la rue Royale forma une sorte de trait d’union entre le quartier de la Madeleine et celui des Champs- Élysées. En même temps on créa la place Louis XY qui rendit facile l’accès de l’allée du Roule.
Les lettres patentes du 12 juin 1757 ordonnant l’ouverture de la rue Royale imposaient aux constructeurs de cette voie l’obligation de donner le même aspect à toutes les façades. Ces conditions n’ont été remplies qu’entre la place de la Concorde et la rue du faubourg Saint-Honoré.
Enfin, en 1769, tandis qu’on travaillait à l’ouverture du quai de la Conférence, on commençait l’édification du Colisée et la plantation de ses jardins. Là, on devait donner et l’on donna fêtes, spectacles et réjouissances de toutes sortes ; mais soit que les frais fussent trop élevés, soit que les représentations ne tinssent pas les promesses des programmes, soit que la foule, enfin, se décidât difficilement à faire le voyage, l’entreprise n’eut qu’une existence tourmentée, des succès contestables, et périclita en 1780. Plusieurs rues ont été ouvertes sur les terrains du Colisée, terrains dont le comte d’Artois était devenu propriétaire.
En 1770, encore, était ouverte et plantée de beaux arbres l'allée des Veuves ; très peu fréquentée, non construite encore en 1790, elle dut son nom à l’agréable et silencieuse promenade qu’elle offrait aux veuves qui, selon l’usage, devaient alors se montrer le moins possible en public.
Dans ce même temps (en 1778 pour être exact), Philippe d’Orléans plantait, au nord de l’arrondissement, » ce parc de Monceau devenu maintenant Lune des plus
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belles promenades de Paris et qu’alors on ne désignait guère que sous le nom de folie de Chartres .
Nous rappellerons en passant sur la place de la Concorde la néfaste soirée du 30 mai 1770; nous parlerons aussi de la foire Saint-Ovide qui s'y tint pendant quelques années ; nous allons nous entretenir un moment ici d’une réelle amélioration apportée au quartier en 1787, la création du beau pont qui relie le huitième arrondissement au septième.
Pour aller du faubourg Saint-Honoré au faubourg Saint-Germain, on traversait alors la Seine en bac. Depuis fort longtemps on s’était ému en haut lieu de cette situation pénible, et des lettres patentes de 1722 avaient autorisé la ville de Paris à contracter un emprunt pour édifier un pont en cet endroit. La ville emprunta-t-elle, employa-t-elle l’argent à d’autres travaux? nous ne savons; toujours est-il que rien n’avait été fait quand, en 1786, Louis XVI reprit le projet de son prédécesseur et, sur un emprunt de 30 millions dont une partie devait servir aux embellissements de Paris, il affecta 1 200000 francs à la construction du pont qui, originairement, porta son nom.
Perronnet fut chargé de dresser les plans et de conduire les travaux ; il s’acquitta de cette double tâche avec sa compétence et son zèle accoutumés, et l’œuvre, commencée le 10 juin 1787, était terminée à la lin de l’année 1790. Ajoutons, pour les curieux deces détails, qu’une partie des matériaux employés pour l’achèvement du pont provinrent des démolitions de la Bastille. Rappelons encore que, sous la Restauration, le pont fut
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orné de douze statues de grands hommes français (1); jugées trop monumentales, elles furent, sous Louis- Philippe, transportées dans la cour d’honneur du palais de Versailles.
Ne quittons pas le dix-huitième siècle sans signaler la construction, ou mieux la reconstruction de l’église Saint-Philippe du Roule.
Sur remplacement qu’elle occupe existait, depuis Fan 1217, une chapelle qui avait appartenu à une léproserie, fondée spécialement pour recevoir les ouvriers monnayeurs. Cet établissement existait encore à la fin du seizième siècle, mais les malades auxquels il était destiné devenant de plus en plus rares, ses bâtiments abandonnés tombaient en ruines.
Dès 1699, les habitants du Roule et de la Villel’Évêque obtinrent que leur chapelle fût transformée en paroisse. Pourtant, ce ne fut qu’en 1769 et en présence de l’augmentation constante de la population qu’on posa les fondements d’une nouvelle église. Consacré à saint Jacques et à saint Philippe, le monument fut terminé en 1784.
Dans les années qui suivirent et jusqu’à la fin du siècle, plusieurs rues nouvelles furent percées dans l’arrondissement, et d’anciens chemins furent convertis en voies publiques. Telles sont, au nord-ouest, les rues aujourd’hui connues sous les noms de Berri et Washington ; au centre du quartier des Champs-Élysées, la rue du Colisée, remplaçant le chemin des
(t) Ces statues représentent Sully, l’abbé Suger, Duguesclin, Colbert, Turenne, Ûuguay-Trouin, Suffren, Bayard, Condé, Duquesne, Tourville et Richelieu.
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Gourdes ; sur sa limite, la rue des Champs-Élysées (aujourd’hui rue Boissy-d’Anglas) ; de l’autre côté, la rue de la Bienfaisance.
On l’a vu parce qui précède, l’arrondissement, vers 1800, était loin d’être ce qu’il est maintenant. L’empereur, en choisissant pour lieux de fêtes publiques la place de la Concorde et les Champs-Élysées, commença à les faire aimer aux Parisiens. D’élégantes constructions s’élevèrent, les chemins se tracèrent, les cafés s’embellirent, les jeux se multiplièrent; les cours et la grande avenue virent passer chaque dimanche l’interminable défilé de coucous et de tapissières transportant les citadins à Saint-Cloud; le faubourg Saint- Honoré devint un centre aristocratique. Le prince Murat acheta l’Élysée et, de 1803 à 1808, y tint une sorte de cour. En 1806, Napoléon posa la première pierre de l’arc de triomphe de l’Étoile. L’année suivante, il fît commencer l’édification du temple de la Gloire, aujourd’hui église de la Madeleine. L’empire était alors à l’apogée de sa fortune. Huit ans plus tard, les Cosaques bivouaquaient dans les Champs-Élysées, et leurs chevaux mangeaient l’écorce des jeunes arbres. L’ère des désastres commençait ; l’arrondissement, qui avait vu toutes les grandes fêtes de l’Empire, revues aux jours de triomphe, entrée solennelle de Marie- Louise à Paris, réjouissances lors de la naissance du roi de Rome, l’arrondissement devait voir le dernier acte de la tragédie impériale, entendre le dernier chant de la grande épopée moderne. Le 25 juin 1815, Napoléon signait son abdication dans un salon de l’Élysée. Les Anglais campaient où les Russes avaient dressé
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leurs tentes Tannée précédente, et les hôtels du faubourg se décoraient de drapeaux blancs.
Sous Napoléon s’étaient construits les abattoirs du Roule et quelques voies nouvelles avaient été ouvertes, telles les rues Duphot et Richepance, l’avenue Percier, la rue de Téhéran, etc.
À la Restauration revient la gloire d’avoir créé tout un quartier. Faire converger vers une place centrale de larges voies portant les noms des grandes capitales européennes, bonne pensée édilitaire, n’était au demeurant qu’une copie du projet conçu par Henri IV qui, on s’en souvient, avait rêvé la création d’une place de France dans le troisième arrondissement. Les desseins du Béarnais ne furent pas suivis d’exécution; plus heureux, ses petits-fils, bien secondés par la compagnie Hagerman et Mignon, virent réaliser les leurs, et en 1816, la place de l’Europe et toutes les rues du quartier furent, sinon construites, tout au moins tracées.
Là ne se bornèrent pas les améliorations, ce que le gouvernement exécutait au nord, il voulait le faire au sud, et la rue François Ier, les rues Jean-Goujon et Bayard étaient ouvertes et rendaient habitable un quartier jusqu’alors désert. En même temps, on amenait de Moretet on reconstruisait sur le Cours-la-Reine cette jolie maisor^ dont les sculptures sont de Jean Goujon et qu’ornent les médaillons de la reine Marguerite, d’Anne de Bretagne, de Diane de Poitiers et des rois Louis XII, Henri II et François II.
Sous la Restauration furent repris encore les travaux de construction de la Madeleine ; en même temps on
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perça la belle rue Tronchet, tandis que, dans l’ancien cimetière de la Madeleine, Percier et Fontaine construisaient la chapelle expiatoire. De cette même époque date encore la construction du pont des Invalides, non tel que nous le verrons tout à l'heure, mais suspendu en chaînes de fer, large de 8 mètres, long de 118, et n’ayant que deux piles en rivière. Tel quel, ce pont fut livré à la circulation en 1829 ; il fut remplacé par l’ouvrage actuel en 1854; il avait été bâti sous la direction de Vergez et Bayard.
Nous voici arrivé au règne de Louis-Philippe. Le huitième arrondissement fut alors l’un des plus favorisés de la capitale ; il vit enfin achever l’arc de triomphe de l’Étoile et l’église de la Madeleine ; il vit construire le cirque d’Été, ouvrir le jardin Mabille et le château des Fleurs, tous deux disparus; il vit presque féeriquement un jour, le 25 octobre 1836, se dresser l’obélisque de Louqsor au milieu de la place de la Concorde, récemment alors enrichie des huit pavillons supportant les statues de nos grandes villes et égayée par le jaillissement de deux fontaines monumentales.
Mais l’événement capital du temps, celui dont l’arrondissement peut s’enorgueillir d’avoir été le témoin, l’événement qui, le croira-t-on ? — et cela est vrai pourtant— passa presque inaperçu alors, fut l’inauguration du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, aujourd’hui tête du réseau de l’Ouest.
En réalité, les chemins de fer français sont nés dans le huitième arrondissement, il est donc de toute équité de consacrer quelques lignes à leur histoire.
Une loi du 9 juillet 1835 autorisa l’ouverture de la
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ligne de Paris à Saint-Germain. Dans l’esprit du temps, ceci passa pour une concession faite par les gens sensés à d’aventureux novateurs. Quant à prendre la chose au sérieux, nul n’y songeait. Il ne fallait point parler d’avenir en présence d’une pareille entreprise ; les coucous et les pataches n’avaient rien à redouter d’une aussi inoffensive concurrence. On irait une fois en chemin de fer par curiosité ; on reviendrait, heureux de n’avoir point été étouffé sous un tunnel, puis on n’y retournerait jamais et, lasse de promener des wagons vides sur ses rails, la compagnie fermerait ses gares avant qu’il soit deux ans! •
C’est à M. Émile Pereire que la loi du 9 juillet 1835 accordait la concession du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, à la condition qu’il fît exécuter les travaux à ses risques et périls; que ces travaux fussent commencés dans le courant de l’année qui suivait la promulgation de la loi et terminés au plus tard en 1839.
Le gouvernement imposait, on le voit, de dures obligations, et le concessionnaire encourait la déchéance s’il ne se soumettait à chacune d’elles.
Emile Pereire avait la foi; il ne s’effraya ni des difficultés à vaincre, ni du temps relativement court qui lui était accordé pour mener son entreprise à bonne fin. Il constitua immédiatement sa compagnie, et James de Rothschild, Sanson-Davillier, Adolphe d’Eichthal, Auguste Thurnesson, se groupèrent autour de lui, l’appuyant de leur valeur morale, le soutenant de leurs capitaux. En même temps, une armée de travailleurs, obéissant aux ordres des ingénieurs Clapeyron, Mony,
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Lamé, Michel Chevalier et Henri Fauvel, traçaient la voie, perçaient des tunnels, élevaient des remblais et posaient des rails. Tandis que dans les ateliers de construction se confectionnaient les machines et les voitures, Eugène Flachat construisait sur la place de l’Europe le pavillon simple, mais coquet pourtant, qui devait être le premier embarcadère parisien.
Le 25 août 1 837, environ deux ans avant l’expiration du délai fixé, la petite gare de la place de l’Europe était pavoisée de drapeaux aux trois couleurs, ses salles ornées de fleurs, son sol couvert de tapis et sur le seuil, les administrateurs et les ingénieurs recevaient la reine et ses fils, les ducs d’Orléans, d’Aumale, de Montpensier, les princesses de la famille royale et une foule de notabilités. Quelques instants plus tard, à deux heures précises, après s’être un instant reposée dans un salon que le sculpteur Feuchères avait décoré, la société descendait sur la voie et prenait place dans les wagons; l’ingénieur Clapeyron, assis sur une banquette d’impériale entre les ducs d’Orléans et d’Aumale, donnait le signal du départ; un coup de trompette lui répondait et le train filait à toute vapeur. Vingt- cinq minutes après, une salve d’artillerie saluait son arrivée au Pecq.
Les chemins de fer français étaient créés.
Dès le mois d’octobre suivant, une ordonnance autorisait la construction d’une gare plus spacieuse dans la rue Saint-Lazare, à l’extrémité de la rue Tronchet. On sait l’extension que le Chemin de fer de l’Ouest a prise ; il est superflu de faire observer que la présence de sa gare au sein de l’arrondissement fut une source
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de prospérité pour le commerce jusqu’alors peu actif en ces quartiers.
La publication des ordonnances de juillet 1830 avait amené la chute de Charles X, la résistance du gouvernement de Louis-Philippe à la réforme électorale réclamée par lopinion, et aussi surtout l’inexplicable coup de feu du boulevard des Capucines, le 23 février 1848, causèrent le renversement de la branche cadette.
Cette fois, comme l’autre, comme dans toutes les commotions populaires, le huitième arrondissement fut témoin et non acteur. Il avait vu la guillotine en permanence sur la place Louis XV pendant la Révolution; il avait vu les troupes de Bonaparte se rendant à Saint- Cloud le 18 brumaire; il avait vu, nous l’avons dit, toutes les fêtes impériales ; le duc d’Angoulême l’avait traversé triomphant à son retour d’Espagne; Louis- Philippe venant de Neuilly pour aller recevoir la lieutenance générale du royaume, avait passé par l’avenue des Champs-Élysées ; le 24 février 1848, il prenait sur le seuil de l’arrondissement l’humble fiacre qui l’emmenait en exil. Les rares passants qui saluèrent ce roi détrôné se ressouvinrent-ils alors que pendant les dix-huit années de son règne, deux inoubliables journées avaient attiré sur l’arrondissement et la curiosité parisienne et l’attention de toute l’Europe? La première de ces journées fut le 25 octobre 1836 : l’obélisque de Louqsor, le lourd monolithe égyptien, se posa ce jour-là presque féeriquement sur le piédestal qui l’attendait. Le 15 décembre 1840, par ce froid sibérien qui lui avait été si fatal, Napoléon, ou mieux ses cendres, ramenées de Sainte-Hélène par un fils du roi,
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le prince de Joinville, rentrait solennellement à Paris. Enfin, et ceci sera le dernier souvenir que nous évoquerons, c’était comme spectateur encore, bien qu’il dût partir de son sein, que l’arrondissement devait assister au coup d’Etat de 1851.
A peu près trois ans avant, le 20 décembre 1848, le palais de l'Élysée était devenu la demeure de Louis Bonaparte, élu président de la République ; de là partaient, le 2 décembre, le décret qui dissolvait l’Assemblée nationale et les proclamations adressées au peuple et à l’armée. C’est dans les salons de l'Élysée que les résolutions relatives au coup d’État avaient été prises; c’est à l’Élysée que d’heure en heure, et tandis qu’en prévision d’un échec les voitures tout attelées et postillons en selle attendaient dans une cour, que revenaient les familiers apportant des nouvelles. L’histoire de ces journées est connue, nous ne la recommencerons point. Bien que l’arrondissement fut le centre de l’action, il eut le bonheur de n’être pas ensanglanté.
Le second Empire fut une ère prospère pour tous les quartiers que nous allons parcourir. Assainis d’un côté par la suppression de l’abattoir du Roule, ils furent embellis par l’ouverture du parc de Monceau et du square Louis XVI, par la création des boulevards Haussmann et Malesherbes, par les tracés des avenues de l’Alma, Marceau, Hoche, du Trocadéro, Friedland, de Messine et de nombreuses rues dont l’énumération serait trop longue, mais parmi lesquelles il faut citer la jolie rue de l’Elysée si particulièrement intéressante grâce à sa bordure de coquets hôtels.
Aux monuments qu’il possédait déjà, l’arrondisse-
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ment vit ajouter le temple du Saint-Esprit de la rue Roquépine, l’église Saint-Augustin, l’église russe de la rue Daru, l’église d’Angleterre de la rue d’Aguesseau, conçue dans le style ogival et décorée à l’intérieur de tableaux d’Annibal Carrache, le palais de l’Industrie, le Diorama, la maison pompéienne du prince Napoléon, récemment démolie, etc.
Tous ces embellissements, tous ces enrichissements se sont continués depuis la guerre. Au nord du quartier de l’Europe se sont élevés le collège Chaptal, où nous nous arrêterons au cours de notre promenade, et le petit lycée Condorcet, construit en 1882 par M. Le Cœur, à l’angle des rues de Hambourg et d’Amsterdam; rue du Rocher s’est établi le lycée Racine, qui, récemment agrandi, a maintenant une façade rue de Rome ; rue de Miromesnil s’est créé le dispensaire de l’Œuvre des Enfants tuberculeux ; une statue de Shakspeare, due au ciseau de M. Fournier et offerte à la ville de Paris par M. William Knigton, a été érigée sur l’avenue de Messine ; rue de Beaujon s’est ouvert le Tattersall, qui est un marché spécialement affecté aux ventes de chevaux et de voitures de luxe ; enfin, la gare du chemin de fer de l’Ouest a été remaniée de fond en comble et développe sa monumentale façade, malheureusement en partie cachée par l’hôtel Terminus, entre les rues d’Amsterdam et de Rome.
Une mission espagnole a fondé, sur l’avenue Friedland, la chapelle du Corpus Christi. Si la nef en pierre de cet oratoire est d’une grande simplicité, le chœur, en revanche, a reçu une profusion de riches ornements dont quelques-uns sont intéressants.
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Elles sont nombreuses encore les églises et les chapelles que vous rencontrerez dans l’arrondissement; nous vous ferons visiter la jolie église russe de la rue Daru et nous vous en parlerons alors. Ici, nous allons vous signaler quelques autres édifices religieux appartenant à diverses confessions.
Voici d’abord l’église épiscopale américaine, vaste monument de style gothique, que vous verrez au numéro 19 de l’avenue de l’Alma ; une autre chapelle américaine est située rue de Berri, 21. Le rite écossais a son église rue Bayard.
Quant aux somptueux hôtels que renferment ces quartiers, nous n’entreprendrons pas de les dénombrer ; bornons-nous à citer l’hôtel Pourtalès, bâti par Duban, au numéro 7 de la rue Tronchet ; l’hôtel Pontalba, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 41. Il a été construit par Visconti, passe pour un des plus beaux de la capitale, appartient maintenant à M. Edmond de Rothschild, et a pour voisin l’ancien hôtel Borghèse, occupé par l’ambassade d’Angleterre.
Signalons encore, c’est une des gloires de l’arrondissement, l’hôtel qui fait l’angle de la place de la Concorde et de l’avenue Gabriel ; il est le siège du cercle artistique, connu sous les sobriquets des Mirlitons et de /’ Épatant; là se font parfois d’intéressantes expositions et se donnent aussi des représentations dramatiques auxquelles concourent les artistes de nos premiers théâtres, et qui sont très appréciées du public choisi qui peut y assister.
Quand nous vous aurons fait remarquer le tir Gastine Renette de l’avenue d’Antin, bien connu des pre-
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miers tireurs du monde, salle où se mouchettent les plus étonnants cartons, nous vous aurons à peu près parlé de tout ce qui, dans l’arrondissement, peut présenter un intérêt, et nous pourrons en entreprendre l’exploration.
C’est une promenade où l’attention sera constamment tenue en éveil, mais aussi où les distractions seront nombreuses, le repos facile, les aspects variés ; c’est, dans la grande capitale, une sorte de ville active, commerçante en quelques endroits, riche et aristocratique en d’autres, luxueuse partout.