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CHAMPS-ELYSÉES. — FAUBOURG-DU-ROULE. — MADELEINE. EUROPE

DÉLIMITATION

Une ligne partant du milieu du pont de l’Alma, suivant son axe et ceux de la place de l’Alma, de l’avenue du Trocadéro, de l’avenue Marceau, de la place de l’Étoile, de l’avenue Wagram, des boulevards de Courcelles et des Batignolles, de la place de Glichy, des rues d’Amsterdam, du Havre, Tronchet, Vignon, du boulevard de la Madeleine, des rues Duphot, Richepance, Saint- Florentin, le mur ouest du jardin des Tuileries et le milieu de la Seine jusqu’au point de départ.

ITINÉRAIRE

POUR LE VIIIe ARRONDISSEMENT.

Place de l’Étoile, avenue Marceau, place de l'Alma, Hippodrome, pont de l’Alma; cours la Reine, quartier François Ie*, pont des Invalides, pont de la Concorde, place de la Concorde, obélisque de Luxor, fontaines, Garde-meuble, ministère de la marine ; rue Royale, église de la Madeleine, marché aux fleurs ; boulevard Malesherbes, temple du Saint-Esprit ; rue des Mathurins, chapelle expiatoire; boulevard Haussmann, église Saint-Augustin, caserne de la Pépinière ; square Delà- # borde, rue de Vienne, place de l’Europe, gare du chemin de fer de l’Ouest; rue de Constantinople, rue de Rome, collège Chaptal ; boulevard des Batignolles, boulevard de Courceiles, parc Monceau; avenue V'an-Dick, rue de Courceiles, rue Daru, église russe; faubourg Saint-Honoré, hôpital Beaujon, église Saint-Philippe du Roule ; place Beauvau, ministère de l’intérieur, palais de l’Élysée, ambassade d’Angleterre ; rue d’Anjou, mairie du huitième arrondissement ; rue de Surène, rue Boissy-d’Anglas, avenue des Champs-Elysées, palais de l’Industrie, Diorama, cirque d’Été, panorama de Jérusalem, arc de triomphe de l’Étoile.

Le huitième arrondissement est non seulement un des plus beaux de Paris, mais il est encore un de ceux qui sont le plus heureusement avoisinés ; presque partout, ses grandes voies le relient à des quartiers continuant ses splendeurs. Au sud, la Seine mire à ses pieds le feuillage du cours la Reine; à l’ouest, le Trocadéro le couronne de ses hauteurs eLPassy lui forme une bordure de gaies villas; au nord, le quartier neuf de Monceau l’entoure de riches hôtels modernes; à l’est, le neuvième arrondissement le rejoint par le boulevard Haussmann; enfin, le jardin des Tuileries raccorde sa grande allée à la magnifique avenue des Champs- Elysées.

Deux places, sans rivales en Europe, marquent ses points extrêmes : à l’est, la place de la Concorde; à l’ouest, la place de l’Étoile.

La place de l’Étoile, avec les douze avenues rayonnant autour d’elle, les splendides hôtels qui la bordent, le monument imposant placé à son centre, ses perspectives sur l’avenue de la Grande-Armée, sur le bois de Boulogne, sur les Champs-Élysées, sur Paris par les avenues Hoche, Wagram et Friedland, est certainement le point de Paris qui donne la plus haute idée de sa richesse, de sa grandeur et aussi de ses gloires.

C’est de la place de l’Étoile que nous partirons, gagnant la place de l’Alma par l’avenue Montaigne, et saluant au passage le vaste Hippodrome, où dix mille spectateurs pavent s’entasser au frais, l’été, grâce au plafond mobile qui le recouvre, sous une douce clarté le soir, grâce à la lumière électrique qui l’inonde.

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Quant au spectacle, il est toujours à peu près le même et toujours couru. Le Parisien ne s’est pas encore lassé de voir arriver les artistes au milieu de la piste sur de grotesques chars romains, les sauts de barrières et d’écharpes, les passages au travers des cerceaux, les exercices des gymnastes, les cabrioles des clowns et leurs cris intraduisibles, toutes ces choses surannées, vues cent fois, ont conservé l’attrait de la nouveauté.

Les goûts littéraires et artistiques du Parisien changent à chaque éclosion d’une génération nouvelle, le goût du cirque reste immuable.

Le pont de l’Alma, long de 153 mètres, large de 20, relie cet arrondissement au septième. C’est, en ce genre, une des belles constructions des temps modernes; il repose sur trois arches de 43 mètres d’ouverture, dont les courbes sont à la fois hardies, gracieuses et admirablement comprises au. point de vue, si important ici, de la solidité. Ses piles sont extérieurement décorées de statues engagées, d’une fort martiale allure, personnifiant bien l’armée française, en l’honneur de laquelle elles ont été érigées; le grenadier et le zouave sont de M. Diebolt, le chasseur et l’artilleur, de M. Arnaud. Le pont a été livré à la circulation le 15 août 1855.

Le quartier François pr, de construction récente, forme un triangle, dont le frais cours la Reine, que nous suivons maintenant, est la base; les avenues Montaigne et d’Anfin, les côtés, et dont la pointe extrême touche à la place de l’Étoile. Vous ne trouverez là, autour d’une place centrale, que trois rues et une impasse : les rues François Ier, Bayard et Jean-Goujon, et l’impasse d’Antin. Les rues méritent d’être visitées; vous y verrez une suite non interrompue d’hôtels qui sont presque des châteaux, de jardins qui sont presque des parcs. Ici l’apparence est sévère, c’est la demeure de quelque grand financier; à côté, l’aspect est riant et coquet, c’est la maison de quelque célébrité du monde... où l’on s’amuse.

Le pont des Invalides traverse le fleuve entre le quai de la Conférence et le quai d’Orsay; c’était jadis un pont sus-

pendu dont l’édification datait de 1825; sa reconstruction en pierre fut décidée en 1854 et immédiatement exécutée; il a quatre arches de 30 mètres d’ouverture; la pile centrale est ornée, en amont et en aval, de deux statues : la Victoire terrestre, la Victoire maritime, œuvres de MM. Diébolt et Villain.

Un troisième pont, celui de la Concorde, nous arrête encore. Large de 20 mètres, long de 150, il sert de trait d’union entre les septième et huitième arrondissements, et laisse voir à son extrémité le large perron et la majestueuse façade du palais législatif; à gauche, la vue s’égare sur la longue perspective du quai d’Orsay, bordé de grands hôtels, de palais, de casernes, suite intéressante de constructions curieuses, malheureusement interrompues par les ruines effritées du palais de la Cour des comptes; à droite, l’œil s’arrête sur l’hôtel du ministère des affaires étrangères, et l’horizon aéré n’a pour limites que les pavillons aux dômes brillants des palais du Champ-de-Mars.

Nous voici sur l’emplacement qu’elle occupe, cette magnifique place de la Concorde; c’était encore, en 1740, un terrain marécageux que les débordements de la Seine rendaient souvent difficile à traverser.

En 1748, Louis XV, alors le Bien- Aimé, fut retenu quelque temps à Metz par une maladie qui faillit l’emporter. Grande fut la douleur du peuple; universelles, les prières adressées au ciel pour le rétablissement du souverain.

Quand la guérison fut un fait accompli, la joie et l’enthousiasme ne connurent plus de bornes. Le Conseil de la ville de Paris décida qu’une statue équestre serait érigée au jeune roi, et celui-ci, prenant en considération le bon vouloir de son peuple, fit don à la ville des terrains dont nous parlions tout à l’heure; il chargea l’architecte Gabriel de la disposition générale de la place et de l’érection des bâtiments en bordure.

Gabriel fit preuve de goût, au moins dans une partie de sa mission; les deux élégantes façades du ministère de la marine et du garde-meuble sont encore debout pour en témoigner.

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Il disposa moins heureusement la place et commit la faute de faire creuser des fossés, qui, en plusieurs circonstances, occasionnèrent de graves accidents.

Quant à la statue équestre du roi, commencée par Bouchardon, achevée par Pigalle, elle ne fut découverte qu’en 1763. C’était, au dire des écrivains du temps, une œuvre assez médiocre; le roi, affublé d’un costume romain, couronné de lauriers, caracolait sur un cheval remarquable, lui, par l’élégance de ses formes. Quatre figures symbolisant la Justice , la Paix, la Prudence et la Force , décoraient le piédestal. Mais la statue venait trop tard; la marquise de Pompadour était en haute faveur, l’amour du peuple pour le roi dégénérait en mésestime, et les épigrammes ne furent point ménagées au monument nouveau.

O la belle statue ! ô le beau piédestal !

Les vertus sont à pied, le vice est à cheval,

est la plus concise et la plus cruelle des épigrammes qui nous revienne à la mémoire.

Le 30 mai 1770, le jour du mariage du dauphin, alors que s’éteignait la dernière fusée d’un magnifique feu d’artifice, une horrible bagarre se produisit entre les curieux qui venaient des boulevards et ceux qui tentaient de quitter la place. Étouffées, écrasées entre ces deux poussées contraires, un grand nombre de personnes trouvèrent la mort. Cent trente-trois cadavres furent, dit-on, retrouvés le lendemain sur la place. Mercier, dans le Tableau de Paris , évalue à plus de douze cents les victimes de cette journée, si brillamment commencée.

Quelque temps après, la foire Saint-Ovide s’établit sur la place Louis XY ; avaleurs de sabres, dompteurs de serpents, danseurs de corde, saltimbanques de toutes sortes enfin, l’emplirent de leurs bruils discordants, au grand dam des propriétaires voisins, qui n’y pouvaient mais. Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1777, un incendie détruisit les baraques ; la foire Saint-Ovide avait vécu.

Quelques années plus tard, la place Louis XV était devenue

la place de la Révolution; une colossale statue de la Liberté, coiffée du bonnet phrygien, remplaçait la statue du roi; la guillotine, en exécution d’un décret de la Commune de Paris, du 23 août 1792, y demeurait en permanence. Passons.

Le Directoire changea le nom de la place de la Révolution en celui de place de la Concorde; la Restauration l’appela successivement place Louis XV et place Louis XVI; il fut même, en 1826, question de la décorer d’un monument à la mémoire de ce dernier, le projet ne fut pas mis à exécution, et jusqu’en 1836 aucuns travaux d’embellissement ne furent entrepris. A cette époque, et sous la direction deM. Hittorff, on construisit les huit pavillons que surmontent les statues des principales villes de France, les monumentales fontaines aux figures de tritons et de naïades, d’un si charmant effet; enfin, le 25 octobre de cette même année, une solennité imposante attira tout Paris sur la place de la Concorde.

Nous voulons parler de l’érection de l’obélisque de Luxor.

Les négociations pour obtenir du vice-roi d’Égypte la cession de l’obélisque remontent au règne de Charles X; le Luxor , vaisseau construit exprès pour amener le monolithe en France, fut mis à l’eau en rade de Toulon le 26 juillet 1830; le 27, alors que la révolution commençait à gronder dans Paris, le ministre de la marine expédia l’ordre de presser l’armement et le départ du navire; ce fut peut-être le dernier de ses actes.

Le 11 mai 1833, le Luxor rentrait en rade de Toulon, et le 23 décembre de la même année, il s’amarrait au quai de la Concorde.

Le piédestal en granit des carrières de Luber-Ildut ne fut terminé qu’en 1836. On prépara un viaduc de maçonnerie, des chèvres, des cabestans, et, par un plan incliné, la base de l’obélisque, enveloppée d’une chemise de charpente, fut amenée jusqu’au sommet du piédestal.

Il ne restait plus qu’à mettre debout cette masse de 250 000 kilogrammes.

Grâce aux ingénieux appareils construits par M. Lebas, dont vous pouvez voir la reproduction sur le piédestal et dont

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vous avez parfaitement compris le jeu lors de votre visite au Conservatoire des arts et métiers; grâce à la précision des calculs, à l’admirable entente qui ne cessa de régner entre les ingénieurs qui commandaient et les ouvriers travaillant sous leurs ordres, moins de trois heures suffirent pour amener l’aiguille à la position verticale.

Deux cent mille personnes au moins, les yeux fixes, la poitrine palpitante, suivaient le progressif redressement de l’obélisque; au balcon du ministère de la marine, la famille royale avait pris place dès midi. A deux heures et quelques minutes, la base de l’aiguille adhéra au sommet du piédestal, vacilla une seconde, puis demeura immobile, clouée là par sa pesanteur ;lafoule éclata en applaudissements frénétiques. Debout, auprès d’un fossé, depuis le commencement de l’opération, un vieillard se découvrit: c’était M. de Chateaubriand.

Une description de l’obélisque serait superflue; chacun sait que les hiéroglyphes qui le décorent sont des inscriptions à la louange des dieux égyptiens et des rois Rhamsès II et Sésostris, qui vivaient seize siècles avant Jésus-Christ.

A l’entrée de l’avenue des Champs-Élysées se cabrent sur leurs piédestaux les deux groupes en marbre de Coustou, connus sous le nom de Chevaux de Marty; commandés à l’artiste pour la décoration de l’abreuvoir du château de Marly, transportés à Paris pendant la période révolutionnaire, ces deux magnifiques œuvres ont été heureusement conservées et s’encadrent fort bien dans la décoration grandiose de la place.

Du côté opposé, à l’entrée du jardin des Tuileries, deux groupes font pendant à ceux dont nous venons de parler : un Mercure et une Renommée montés sur un cheval ailé, l’un portant son caducée, l’autre embouchant sa trompette; ces deux admirables compositions sont de Coysevox.

Quant aux fontaines qui sont placées de chaque côté de l’obélisque, dans l’axe de la rue Royale et du pont de la Concorde, elles ont été construites sur les dessins de M. Hittorff ; l’une d’elles, placée au nord de la place, est dédiée aux

fleuves; l’autre, dédiée aux mers, s’élève à l’endroit où se dressait l’échafaud, en 1793.

Avec son majestueux aspect de temple antique, l’église de la Madeleine, encadrée par les monuments du garde-meuble et du ministère de la marine, termine d’une façon grandiose la perspective de la large et luxueuse rue Royale.

Bien que ce ne soit pas là, à proprement parler, une construction chrétienne, la beauté des proportions, la richesse harmonieuse du décor, permettent au culte de déployer ses pompes dans toute leur imposante grandeur. Il faut dire que, depuis la pose de sa première pierre (3 août 1764), le monument aplusieurs fois changé de destination. Commencé pour remplacer une église édifiée sous Charles VIII, déjà reconstruite en 1659 et enfin devenue insuffisante, l’architecte Coûtant d’Ivry, qui avait fourni les plans primitifs, mourut avant l’achèvement de son œuvre. Couture, qui lui succéda, jeta bas les constructions ébauchées, et recommença tout le travail sur des données nouvelles. Survint la Révolution et le chantier fut abandonné ; les murs sortaient à peine de terre.

Étant au camp dePosen,le2 décembre 1806, Napoléon Rr décréta qu’un temple de la Gloire serait érigé sur cette place; le fronton devait porter cette inscription : L’empereur Napoléon aux soldats de la Gh'ande Armée! Les plans furent mis au concours, et, bien que ceux de M. de Beaumont eussent remporté leprix décernépar l’Académie, l’empereur leur préféra les projets de Pierre Yignon ; du quartier impérial de Finkeinstein, le 30 mai 1807, il ordonna qu’ils fussent immédiatement mis à exécution. L’empereur accordait un maximum de cinq années pour la construction du temple de la Gloire, et prévoyait une dépense de cinq à six millions; il ne vit pas achever l’œuvre, qui, lorsqu’elle fut terminée, avait coûté 14 253 000 francs.

La Restauration écarta naturellement l’idée conçue par Napoléon et les travaux furent encore une fois interrompus; on les reprit seulement en 1825, mais ce fut après la Révolution de 1830 qu’ils furent poussés avec une réelle activité.

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L’architecte Huvé termina l’église, et elle fut livrée au culte en 1846.

Contrairement à ce que nous avons pu remarquer dans bien des édifices religieux ou civils, rien ici n’accuse au dehors les dispositions intérieures, et l’étranger non averti pourrait être à bon droit surpris de rencontrer, derrière ces murs droits, une nef, un chœur, une abside, un sanctuaire.

Paroisse èlxm quartier riche, l’église, par son ornementation, est en tout point digne des goûts luxueux et artistiques des fidèles qui la fréquentent. Quand vous aurez, avant de gravir le perron, admiré la colonnade dans tout son développement grandiose, vous ne manquerez pas de contempler longtemps le bas-relief de M. Lemaire, qui décore le tympan du fronton. C’est là un des chefs-d’œuvre de la sculpture moderne, une composition magistrale pleine de mouvement et dont toutes les figures, prises séparément, demeurent remarquables.

Le Christ placé au centre et pardonnant à la Madeleine repentante, anges, vertus théologales, vices personnifiés, âme du juste sortant du tombeau, âme de l’impie précipitée dans l’abîme, tout cela est admirablement conçu, savamment groupé, et, pour tout dire, animé d’un souffle de foi, bien rare à rencontrer dans les œuvres sculpturales de notre temps.

La grande porte de bronze et son imposte, œuvre de Henri de Tiquetti, sont décorées de dix bas-reliefs, intelligentes interprétations des commandements de Dieu.

Nous n’entreprendrons pas de décrire ni même de cataloguer les œuvres qui décorent l’intérieur de la Madeleine ; vous êtes ici, comme cela vous est arrivé plusieurs fois déjà, en présence d’un véritable musée chrétien. Nous nous bornerons à citer les compositions les plus saillantes de ce bel ensemble, en rappelant les noms, illustres pour la plupart, des artistes qui les ont signées.

Nommons les sculpteurs d’abord : Voici, de Rude, un Baptême du Christ; de Pradier, le Mariage de la Vierge; d’Étex, un saint Augustin; de Barye, une sainte Clotilde; de Duret, un Christ ; de Bra, une sainte Amélie; de Seurre, une Vierge;

de Raggi, un saint Vincent de Paul , et enfin de fort jolis bénitiers, dus à ce délicat artiste qui s’appelait Antonin Moyne.

Les peintures ne sont pas moins remarquables, quelquesunes malheureusement mal éclairées, telle par exemple YHistoire du christianisme , de Ziégler, élève d’Ingres, qui décore la voûte hémisphérique de l’abside, composition un peu confuse, mais qui ne laisse pas pourtant d’avoir un très réel mérite. Vous pourrez mieux voir la Madeleine apprenant la résurrection , de Léon Cogniet ; la Mort de Madeleine , de Signol; une Madeleine en prière, d’Abel de Pujol; une Madeleine au pied de la croix, de Bouchot; enfin un Repas chez Simon , de Couderc.

En sortant, si vous faites le tour de la colonnade, vous verrez, dans les niches ménagées dans la muraille, une suite de statues dont quelques-unes sont signées de noms célèbres : sainte Agnès , de Jean Duseigneur, V Archange Raphaël, de Dantan aîné, saint Grégoire , de Maindron, saint Gharles-Borr ornée, de Jouffroy^ etc.

Puisse le hasard vous mener à la Madeleine un mardi ou un vendredi ! vous verrez alors, sur les trottoirs longeant l’édifice, le plus aristocratique et le plus brillant marché aux fleurs de Paris.

Bouquets à la main aux couleurs artistement mêlées, plantes rares au bizarre feuillage, jeunes arbustes aux bourgeons pleins de promesses, tout cela s’étale, éclate, rutile, se vend, s’emporte, au milieu d’un mouvement dont la coquette agitation reste de bonne compagnie.

Le sourire engageant des marchandes répond aux regards pleins de convoitise des jolies acheteuses; les commissionnaires et les valets transportent avec soin les fleurs acquises; un composé de toutes les senteurs, un mélange de tous les arômes, un parfum indéfinissable emplit l’air et fait éclore la joie en l’âme et les pensées printanières dans l’esprit.

Près de là est l’entrée d’un escalier qui descend dans les égouts. Laissons-le derrière nous et suivons le boulevard Malesherbes; il se dirige en ligne droite vers l’église

Saint-Augustin, encadrant pour la vue le dôme caressé par les rayons du soleil et la façade de l’édifice.

Il est ici planté de beaux arbres, comme presque toutes nos grandes voies parisiennes, bordé de maisons de rapport et animé par le commerce de luxe. Tapissiers, fleuristes, porcelainiers, marchands de curiosités occupent la plupart de ses boutiques.

En parcourant le boulevard, nous rencontrons, à notre gauche, la rue Roquépine, avec son joli temple du Saint- Esprit, construit en 1862, par M. Th. Ballu; sur notre droite, dans la rue des Mathurins, le square qui entoure la chapelle expiatoire. C’est sur les indications de l’acteur Seveste que furent retrouvés, dans l’ancien cimetière de la Madeleine, les restes qu’on suppose être ceux du roi Louis XVI et de la reine Marie- Antoinette. La construction de la chapelle expiatoire fut confiée aux architectes Percier et Fontaine. Le monument, commencé en 1816 et terminé en 1828, est peu remarquable au point de vue de l’art; il a beaucoup perdu de sa tristesse imposante depuis que le square qui l’entoure a remplacé le jardin sombre où il était enfoui. Dans la chapelle, où jadis une messe solennelle était célébrée tous les ans, le 21 janvier, on peut voir deux beaux groupes en marbre : Louis XVI et Marie- Antoinette, œuvres de Bosio et Cortot.

Le dernier aumônier, décédé il y a quelques années, n’a pas été remplacé; les messes commémoratives se disent maintenant dans diverses églises de Paris.

M. Baltard, à qui la construction de l’église Saint-Augustin a été confiée, a dû être fort gêné par la configuration bizarre du terrain sur lequel il devait l’élever; l’ensemble manque d’unité, le style général rappelle celui de la renaissance italienne, mais des souvenirs byzantins en altèrent la pureté.

Grâce à sa situation dans ce quartier, sinon neuf, du moins entièrement renouvelé, Saint-Augustin est devenu une des églises les plus aristocratiques de Paris; les cérémonies fort pompeuses y sont suivies par une foule élégante.

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