EDITEUR
ITINÉRAIRE
POUR LE VIIe ARRONDISSEMENT.
Boulevard Saint-Germain, rue des Saints-Pères; École des ponts et chaussées, École des langues orientales vivantes; quai Voltaire, quai d’Orsay, Caisse des dépôts et consignations, caserne d’Orsay, ruines de la Cour des comptes, chancellerie de la Légion d’honneur, pont de Solférino, ambassade d’Allemagne, Chambre des députés ; rue de Bourgogne, palais Bourbon ; rue de Constantine, ministère des affaires étrangères; esplanade des Invalides, manufacture des tabacs : Magasin central des hôpitaux militaires; avenue Bosquet, église Saint- Pierre du Gros-Caillou, hôpital militaire du Gros-Caillou ; avenue de La Bourdonnais, Champ-de-Mars, tour Eiffel, palais des Machines, Dôme central, panorama de la Compagnie Trans atlantique, École militaire, hôtel des Invalides, église Saint- Louis des Invalides, église du Dôme, tombeau de Napoléon Ier, musée d’artillerie, monument de la Défense nationale; boulevard des Invalides, palais archiépiscopal, collège arménien, couvent des Oiseaux, église Saint-François-Xavier, Institution des Jeunes Aveugles ; rue de Sèvres, maison mère des Frères de Saint-Jean de Dieu, hôpital Laënnec; rue du Bac, magasins du Bon Marché ; rue de Grenelle, fontaine de larue de Grenelle, église Saint-Thomas-d’ Aquin; boulevard Saint Germain, ministère de la guerre, église Sainte-Clotilde; place Bellechasse, l’Éducation maternelle, groupe, mairie du septième arrondissement, temple du Panthemont, caserne de Bellechasse, chapelle baptiste, Missions étrangères, Abbaye aux Bois, square des Ménages, statue du Sommeil, caserne de Babylone.
DANS LE SEPTIÈME ARRONDISSEMENT
Prenant pour pivot la place de Breteuil, développez un éventail immense; donnez-lui pour limites : à l’ouest l’avenue deSuffren, à l’est les rues de Sèvres et des Saints-Pères, au nord la gracieuse courbe de la Seine, et vous aurez l’exacte conformation du septième arrondissement, le seul à Paris qui, sans souffrir de la comparaison, puisse être mis en parallèle avec le huitième. Si dans l’un nous trouvons le palais du chef de l’État, le ministère de l’intérieur, l’ambassade d’Angleterre, nous rencontrons dans l’autre le palais législatif, les ministères des affaires étrangères, de l’instruction publique, de la guerre, du commerce, des travaux publics, les ambassades de Russie, d’Autriche et d’Allemagne, la Légion d’honneur, l’École militaire, les Invalides, leChampde-Mars.
Quelle vie, quelle animation, quel incessant mouvement ! diront ceux de nos lecteurs qui n’ont point encore vu Paris. Quel calme, quelle solennité, quelle grandeur imposante, répondront les Parisiens qui savent que ce quartier est le vieux et aristocratique faubourg Saint-Germain ; qu’il n’est pas une de ses rues où ne se dresse un antique hôtel abritant les descendants d’une famille qui ne compte plus ses quartiers de noblesse; hôtels silencieux, retirés au fond de vastes cours, clos par des portes monumentales ne tournant sur leurs gonds lourds qu’à l’énonciation d’un nom illustre; salons où le vieil esprit français a conservé toutes ses finesses et toutes ses franchises , où l’art et la littérature ont leurs entrées.
Le moins favorisé des quatre quartiers de l’arrondissement est le quartier du Gros-Caillou. Plus animé que ses voisins, il est bien loin aussi d’en avoir le grandiose aspect ;
I PROMENADES DANS PARIS
c’est presque un village. Le commerce ne comprend guère que les objets d’alimentation et de première nécessité, et se fait sur une petite échelle, dans des boutiques ignorantes du luxe moderne.
Nous partirons de l’angle formé par le boulevard Saint- Germain et la rue des Saints-Pères; immédiatement à notre gauche, nous trouverons l’École des ponts et chaussées.
Elle occupe les bâtiments de l’hôtel Fleury, construit par Antoine en 1768; le ministère des cultes s’y installa sous la Restauration. De 1868 à 1879, les bâtiments ont été agrandis et les aménagements modifiés sous la direction des architectes Garrez, Godebœufet Faure-Dujarric.
L’École des ponts et chaussées a été fondée en 1747, supprimée en 1790, rouverte l’année suivante et définitivement réorganisée en 1801, elle a d’abord habité une maison de la rue de la Chaussée-d’Antin, puis l’hôtel Carnavalet, un immeuble de la rue de Bellechasse el enfin, en 1847, s’est installée où nous la voyons.
L’École forme des ingénieurs pour les ponts et chaussées; ses élèves sortent tous de l’École polytechnique ; ses cours et ses travaux sont, sous de certaines conditions, accessibles aux étrangers ; mais sa bibliothèque et ses galeries de modèles ne sont ouvertes qu’aux ingénieurs et aux élèves.
Un peu plus bas, à l’angle de la rue de Lille, est l’École des langues orientales vivantes.
Sa fondation est due à la première République ; ses cours s’ouvrirent en vertu d’un décret du 2 avril 1795. Elle fut d’abord, et jusqu’en 1834, assez incommodément logée à la Bibliothèque nationale; en 1869, elle a été transportée au Collège de France et, depuis, elle a pris possession de l’immeuble qu’elle occupe actuellement.
L’école, qui originairement ne comptait que trois chaires, en a quatorze maintenant. L’arabe littéral et vulgaire, le grec moderne, l’arménien, le turc, le persan, le malais, le javanais, Phindoustani, le chinois et le japonais y sont enseignés; en 1887, une section commerciale y a été ajoutée.
D’illustres orientalistes ont fait des cours à cette école, et
malheureusement souvent en présence d’un nombre d’auditeurs fort restreint. Le grand savoir qu’on peut acquérir ici ale tort de n’ouvrir aucune carrière, ce qui explique le peu d’empr,essement du public. D’éminents professeurs ont occupé les chaires : Sylvestre de Sacy, qui enseigna l’arabe, eÆ dont le buste, œuvre de Rochet, orne la cour d’honneur; Langlet, qui occupa la première chaire de persan ; Venture, qui professa le tartare, enfin Jaubert, de Ghézy, Hase, Reinaud, Quatremère, Dulaurier, Caussin de Perceval, etc.
Nous voici maintenant sur le quai Voltaire ; il commence à la rue des Saints-Pères et finit à la rue du Bac. Les marchands d’estampes, de livres, de curiosités, occupent à peu près toutes ses boutiques; les boîtes à bouquins et les médaillers modestes s’alignent sur ses parapets, à l’ombre des antiques peupliers de la berge. Néanmoins, les vieux hôtels et les vieux souvenirs abondent ici. Une porte reste encore de l’ancien couvent des théatins, moines qui vivaient d’aumônes et se consacraient à visiter les malades, les prisonniers et les condamnés à mort. Le marquis de Bacqueville qui, muni de grandes ailes, tenta de s’élever dans les airs, occupait, à l’angle de la rue des Saints-Pères, un hôtel qui devint plus tard l’hotel de Tessé. DesChoiseul, des Baufîfemont, des Grammontont demeuré là. En 1778, le marquis de Villette, qui restait à l’angle de la rue de Beaune, avait offert l’hospitalité à Voltaire. Le grand écrivain mourut dans une des chambres de l’hôtel. Au numéro 31, le Journal officiel a ses bureaux et son imprimerie.
Le quai d’Orsay, qui commence ensuite et se prolonge jusqu’au pont de Passy, a, lui, son aspect particulier. Le commerce en est entièrement banni ; il est silencieux, un peu solennel même. Casernes, palais, ambassades, ministères le bordent de leurs façades et l’égaient de leurs jardins ; la belle esplanade des Invalides le coupe à peu près au milieu, puis il se prolonge, moins officiel, abritant encore la Manufacture des tabacs et le Magasin central des hôpitaux militaires.
Ce vaste espace était autrefois le quai de la Grenouillère ;
PROMENADES DANS PARIS
il faisait, au dire d’un arrêt du conseil d’État daté du 18 octobre 1704, « un très désagréable objet à l’aspect du Louvre et des Thuilleries », et sa transformation fut résolue. Mais les constructions s’élevèrent lentement. Sous le Consulat et le premier Empire seulement le quai d’Orsay devint ce que nous le voyons aujourd’hui.
La Caisse des dépôts et consignations, que nous rencontrons tout d’abord, est installée dans ce qui reste d’une des plus anciennes constructions du quai ; c’était l’hôtel de Belle-Isle, il avait été bâti par François Bruand en 1720. Partiellement incendiés en 1871, les bâtiments ont été très intelligemment réparés par M. Émile Eudes.
Tout auprès de la Caisse des dépôts est une vaste caserne de cavalerie ; elle occupe en partie les terrains de l’ancien hôtel d’Egmont, devenu, en 1740, le siège de l’entreprise des coches. La première transformation en caserne remonte à 1795; il ne s’agissait alors que de loger la légion de police. En 1800, elle abrita les chasseurs de la garde consulaire; de 1805 à 1810, elle fut l’objet d’importants travaux d’agran- i dissement.
Entre les rues de Poitiers et de Bellechasse se dressent, désolées, s’elfrittant de plus en plus chaque jour, imposantes dans leur ensemble, les ruines du palais du Conseil d’État et de la Cour des comptes, incendié en 1871.
Bien que le souvenir rappelé par ces ruines soit pénible, il est impossible de ne point s’arrêter devant elles. Le feu a fait impitoyablement son œuvre : la toiture s’est écroulée, la pierre est rougie et rongée, ce qui reste de fer est tordu, pas une vitre ne subsiste, et, singulier caprice du sinistre, on a vu, pendant dix-huit ans, un débris de store frémir au vent à l’une des plus hautes fenêtres d’une façade latérale.
A l’intérieur, c’est un indescriptible amas de décombres; les plafonds sont effondrés, les escaliers ne sont plus qu’une suite de degrés chancelants; sur les murs, ou mieux sur ce qui subsiste des murs, se décolorent et se dégradent les belles peintures de Chasseriau ; dans les cours, * au milieu des débris entassés au hasard de l’écroule-
rient, la flore la plus bizarre a poussé, vivace, luxuriante; attirant la gent volatile, bruyante et joyeuse ; elle fait de ce coin désolé une sorte de petite forêt vierge en plein Paris, et présente aux visiteurs le plus inattendu des spectacles.
Séparée de ces ruines par la largeur de la rue de Bellechasse, la chancellerie de la Légion d’honneur développe sur le quai sa gracieuse façade. Plus heureux que son voisin, moins sérieusement endommagé aussi par l’incendie de 1871, le palais de la Légion d’honneur a repris son ancien aspect.
La construction de ce charmant édifice remonte à 1786. Bâti par l’architecte Bousseau pour le prince de Salm, qui l’habita peu d’années ; il devint, sous le consulat, la résidence de Mrae de Staël ; en 1802, lors de la création de l’ordre, il fut affecté à la chancellerie de la Légion d’honneur.
Quand on aura vu, sur le quai d’Orsay, l’élégante rotonde qui occupe le centre du monument, il faudra prendre la peine d’en faire le tour pour admirer, après la jolie suite de bas-reliefs qui le décore, l’arcade richement ornée qui, rue de Lille, donne accès à la cour d’honneur, la majestueuse ordonnance de celle-ci, l’heureuse et pittoresque disposition des portiques qui l’entourent et le pavillon central, d’une réelle majesté.
Parmi les décorations qui ornent les appartements, nous citerons, dans la salle à manger, un fort intéressant plafond de M. Émile Bin, l'Harmonie , où les musiques de tous les âges et de tous les caractères sont très habilement groupées autour d’un Apollon qui semble présider ce concert aérien.
Laissant à notre droite le large pont de Solférino, qui, depuis 1860, relie le septième arrondissement au premier, nous arriverons, après avoir passé devant l’ambassade d’Allemagne, dont l’entrée principale est rue de Lille, au point où le boulevard Saint-Germain rejoint le quai d’Orsay, et nous aurons devant les yeux, bordée à gauche par l’imposante façade et le large perron delà Chambre des députés, la vue du fleuVe coulant au pied du cours la Beine, celle de la place de la Concorde, égayée de points blancs
PROMENADES DANS PARIS
et noirs qui sont les pavillons et les fontaines, bordée à l’ouest par les verdures des Champs-Élysées, le toit du palais de l’Industrie, l’arc de triomphe de l’Étoile découpant sa courbe hardie sur la campagne ; devant nous, au loin, se dressent les hôtels du garde-meuble et du ministère de la marine et au dernier plan la façade de la Madeleine ; à l’est, les terrasses des Tuileries. Si nous avançons jusqu’au milieu du pont de la Concorde, si nous nous retournons un instant, notre regard suivra la Seine jusqu’à la pointe de la Cité. Si du seuil de l’arrondissement nos yeux plongent vers son centre, ils verront la longue perspective du boulevard Saint- Germain, planté d’arbres, bordé de riches hôtels.
La façade du quai d’Orsay et les dépendances qu’elle précède forment la partie la plus moderne du palais Bourbon; les plus anciennes, dont nous parlerons tout à l’heure, ont leur principale entrée sur la place située à la rencontre des rues de Bourgogne et de l’Université.
Les bâtiments du quai d’Orsay ont été édifiés en 1807 et n’ont subi depuis que des changements de peu d’importance. La volonté impériale en inspira le caractère ; l’architecte Poyet, tout en s’inclinant devant un désir qui n’admettait ni contradiction ni résistance, a su respecter les règles de l’art et faire une construction à la fois majestueuse, sévère, décorative et donnant bien l’idée d’un palais destiné aux réunions des législateurs.
Un perron de vingt-cinq marches donne accès au portique dont les colonnes corinthiennes soutiennent le fronton triangulaire orné d*un bas-relief de Cortot qui, depuis 1842, remplace la décoration originale de Fragonard.
Sur les socles limitant le perron, deux statues colossales représentent Minerve et Thémis ; la première est de Bolland, la seconde de Houdon. Au bas du perron, la décoration est complétée par les grandes figures de Sully, Colbert, L’Hospital et d’Aguesseau. Pouvait-on mieux choisir; et ces laborieux, ces intègres des temps passés ne sont-ils pas bien réellement à leur place au seuil du palais législatif ?
Au lieu de pénétrer dans le palais par la grille qui s’ouvre
LE PALAIS DU CORPS LÉGISLATIF, VUE PRISE DU QUAI EN AVAL DU PONT DE LA CONCORDE.
DESSIN DE F. HOFFBAUER.
à droite de la façade, nous en suivrons, si vous le voulez bien, le côté latéral par la rue de Bourgogne et, parvenus à la place du Palais-Bourbon, nous nous trouverons devant la grande grille qui permet de voir la cour d’honneur en son ensemble.
Nous voyons là les plus anciennes constructions du palais. Rien ne rappelle ce que nous avons contemplé sur le quai; on le sent, Pédifice est composé de parties juxtaposées. Mais si, d’un côté, la majesté grecque nous a imposé l’impression de sa grandeur, de l’autre, nous retrouvons la coquetterie souriante, la richesse décorative du dix-huitième siècle alliées à une véritable entente de l’effet architectural.
Une porte monumentale donne accès à la cour ; des bâtiments bordent les côtés de celle-ci ; un corps de logis en occupe le fond. Tout cela en harmonie parfaite, très heureusement distribué et d’un aspect à la fois élégant et riche.
C’était là, en 1722, la demeure de la duchesse de Bourbon, La plus grande partie des constructions est due à Girardini. Le péristyle a été ajouté, en 1794, par de Gisors et Lecomte, qui construisirent aussi, dans le palais, la première salle des Cinq-cents. La salle actuelle des séances est encore, sans modifications importantes, telle que l’architecte Joly la termina en 1833.
La salle a la forme d’un hémicycle ; elle est entourée de colonnes en marbre terminées par des chapiteaux de bronze doré. Des statues la décorent; elles représentent : la Raison,, la Justice, la Prudence , VI Éloquence, et sont dues à Desprez, Dumont, Allier et Foyatier. Les caissons ont été ornés de peintures par Adam et Gosse; Pradier est l’auteur des statues de la Liberté et de V Ordre public, qui se dressent à droite et à gauche du bureau.
Après la salle des séances, d’autres parties du palais méritent encore d'être visitées : le salon de la Paix, dont la décoration due à Horace Yernet nous montre les Divinités de la mer fuyant devant la navigation à vapeur et, dans une autre composition allégorique, les Progrès scientifiques et industriels; la salle Casimir-Périer, ornée de sculptures de Triqueti : la
PROMENADES DANS PARIS
Loi vengeresse et la Loi protectrice, et aussi de ce magnifique haut-relief de Dalou qui produisit une si grande sensation au salon de 1883 et représente, on sait avec quelle dramatique intensité, la séance des états généraux du 23 juin 1789. D’autres statues décorent encore cette salle ; ce sont celles de Mirabeau, de Bailly, de Casimir Périer et du général Foy ; elles ont pour auteurs, les deux premières, Jaley, les dernières, Duret et Desprez.
A cette salle que la sculpture orne en succède une autre dite des Conférences et que décorent plusieurs grandes compositions peintes par Heim, un peu lourdement, il faut le reconnaître, tout en rendant justice à cette science d’arrangement qui n’a jamais fait défaut à l’artiste. Elles représentent, et, vous le voyez, le choix des sujets est heureux : Charlemagne dictant ses Capitulaires , Louis VI affranchissant les communes, Louis IX donnant ses Établissements et Louis XII présidant la Chambre des comptes. Eugène Delacroix apparaît dans la salle du Trône avec quatre caissons du plafond, figures symboliques de la Justice , de la Guerre , de Y Agriculture et de Y Industrie, conçues avec sa fougue et son brio accoutumés. Abel de Pujol triomphe dans la salle des Distributions, ornée par lui de magnifiques grisailles : la Loi salique , les Capitulaires de Charlemagne, Y Édit de Nantes et la Charte de 1830. Il ne nous reste plus à voir que la bibliothèque, riche de cent cinquante mille volumes, et où nous séjournerions longtemps si nous tentions de détailler toutes les beautés des magistrales toiles de Delacroix que nous trouvons ici. Bornons-nous à en donner les titres ; ils suffiront pour faire comprendre l’ampleur de la conception. Ici, Attila suivi de ses hordes barbares foule à ses pieds V Italie conquise et ses monuments; là, Orphée enseigne aux Grecs encore sauvages les arts de la paix .
Dans les dépendances du palais est logé le président de la Chambre des députés.
Si nous regagnons le quai parla rue de Constantine,nous contournerons l’hôtel du ministère des affaires étrangères, vaste construction de belle et aristocratique allure, digne
SEPTIÈME ARRONDISSEMENT. — PALAIS-BOURBON. y
de l'importance du département qu'elle représente. Élevée en 1856 sur les plans de M. Lacornée, elle est agrémentée d’un beau jardin dont le feuillage dépasse le mur de clôture et projette son ombre sur le côté est de l'esplanade des Invalides.
L’esplanade des Invalides, qui s'étend du quai à Tkôtel, plantée d'arbres, bordée de quinconces, est une belle et agréable promenade. Elle occupe une partie du rempart exécuté en 1704- et des terrains appartenant autrefois au Gros-Caillou. Propriété de l'État jusqu'en 1853, elle appartient maintenant à la ville de Paris.
En suivant le quai d’Orsay, nous arrivons à la Manufacture des tabacs, qu'on ne visite que le jeudi, et avec l'autorisation du directeur.
Établie dans des bâtiments anciens déjà — ils ont été construits dans les premières années du règne de Charles X— obligée de satisfaire à la fois aux progrès de la fabrication et aux exigences des consommateurs, dont le nombre s'accroît de jour en jour, l'usine du quai d'Orsay, bien qu'elle soit en son genre l'établissement le plus considérable du monde entier, n'est point aménagée dans un ordre suffisamment logique pour permettre de la parcourir avec fruit quand un intérêt tout particulier n'y conduit pas.
Il serait pourtant curieux à suivre, le travail qui s'opère ici sur le tabac, depuis le moment où il arrive en feuilles de tous les points du monde, jusqu'à celui où il sort en tonneaux de poudre à priser, en paquets de caporal, en caisses de cigares, etc. Nous allons essayer de donner à nos lecteurs une idée de ce qui se passe à la manufacture.
La première opération que subissent les feuilles de tabac à leur arrivée à l'usine est la mise en manoques ; ce mot tout spécial ne vous apprend rien. La manoque est la réunion d’un certain nombre de feuilles retenues à leur base par un lien. L 'époulardage, qui vient ensuite, consiste à délier les manoques, à les secouer pour en chasser toute poussière, à en isoler les feuilles et à les entasser dans de grandes mannes qu'on transporte aux ateliers de triage ; le triage
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est une opération fort délicate, car c’est d’elle que dépend l’emploi qu’on fera de la feuille, et ce travail ne peut se faire utilement que par des gens versés dans les connaissances chimiques.
Supposons maintenant que l’on veuille fabriquer du tabac à priser ; on mélangera, dans des proportions rigoureusement indiquées, des feuilles d’origines diverses, tabac du Kentucky, de la Virginie, tabacs français provenant du Nord, du Lot, de l’Ille-et-Vilaine, débris de feuilles impropres à la fabrication des cigares et du scaferlati. Ce mélange terminé passera au mouillage à l’eau salée; ce mouillage se fait dans des compartiments dont le sol est revêtu de pierres. Ainsi humidifié, le tabac passe aux hachoirs, instruments mus par une force motrice et dont le nom indique clairement le but. Haché, mis en meule, le tabac est alors abandonné à la fermentation pendant environ quatre mois et demi, mais sans cesser d’être l’objet d’une surveillance constante, car la fermentation n’est pas sans danger; poussée trop loin, elle peut entraîner la carbonisation de la meule et sa réduction en une sorte de terreau impropre à tout usage. Lorsque la fermentation est arrivée au point voulue, la matière a pris une teinte uniforme et peut passer dans les moulins qui la réduisent en poudre; soigneusement tamisée, elle retourne à ces moulins jusqu’à ce que le degré de finesse exigible soit exactement atteint. Le tabac est alors mis en case pendant soixante jours; mouillé, mélangé, transvasé, il fermente de nouveau et arrive enfin à l’état exigé par la consommation. On l’empile alors dans des tonneaux fabriqués à la manufacture même, et il est envoyé aux entrepositaires.
Le tabac, depuis son arrivée en feuilles jusqu’à sa sortie en poudre, a séjourné près de vingt mois à la manufacture.
A quelques différences près, nous nous répéterions si nous voulions entreprendre la description du travail quand il s’agit de tabac à fumer, de cigares et de rôles ou tabac à mâcher. Nous pensons en avoir dit assez pour satisfaire la curiosité de nos lecteurs sans émousser leur intérêt. Ajoutons, pour les rassurer sur la valeur des produits de la