‹ Paris protestant. Ses églises, ses pasteurs, ses corps constitués, ses lieux de culte, ses diaconats, ses écoles, ses institutions de charité, ses sociétés religieuses, ses journaux. Renseignements historiques et statistiques completsChapitre 43 sur 120 · L'ÉGLISE TAITBOUT · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE TAITBOUT

§ 1er. Notice historique.

Le premier dimanche d'octobre 1830, plusieurs amis de l'Évangile, profitant de la liberté religieuse que venait de garantir le gouvernement sorti de la révolution de Juillet, ouvrirent un lieu de culte, 4, rue Taitbout, dans une petite salle occupée durant la semaine par un maître d'école. Leur but était d'annoncer la bonne nouvelle du salut, dans sa divine simplicité, à ceux de leurs concitoyens que l'indifférence, l'esprit de doute ou les préjugés nourris par le catholicisme tenaient éloignés des sanctuaires. Ils appelèrent, pour diriger l'œuvre nouvelle, M. le pasteur Audebez de Nérac, qui fut secondé bientôt par M. GrandPierre, alors directeur de la maison des missions. Bientôt l'affluence toujours grandissante des auditeurs qu'attirait ce culte, si intime et si puissant, contraignit les promoteurs de l'œuvre

de chercher un local plus grand. Ils louèrent, dans la même rue, une salle de concerts qui venait d'être abandonnée par les saint-simoniens, ses derniers occupants : elle pouvait contenir plusieurs centaines de personnes. Préoccupé surtout de l'évangélisation, le comité directeur renvoya à un autre temps les questions d'organisation particulière qui demandaient à être étudiées, mûries et résolues, selon la marche, des événements et les indications de la Providence. Le seul point sur lequel il n'y eut point d'hésitation, ce fut l'entretien du culte par des contributions volontaires et la complète indépendance de l'Église vis-à-vis de l'État. Les écrits de Vinet comptaient, dans la salle Taitbout, presque autant de partisans qu'il y avait de membres , et, parmi eux, des défenseurs énergiques et persévérants. Il semble qu'après la propagande évangélique, Dieu ait donné à ces chrétiens la mission spéciale de répandre, par leur parole et leur exemple, l'idée féconde de l'indépendance de l'Église.

L'extension continuelle de l'entreprise missionnaire nécessita la construction d'un local définitif. Un terrain fut acheté par M. Lutteroth et une chapelle s'éleva, non loin de la salle Taitbout, 42, rue de Provence. Elle fut inaugurée le 3 mai 1840. Incendiée le 4 août 1854, elle fut reconstruite et réouverte, dans sa forme actuelle, le 12 avril 1855. Dès le 19 mars 1839, le comité de direction s'était agrandi et avait rédigé un règlement dans lequel il était arrêté que nul ne pouvait devenir membre

du comité d'administration ou remplir les fonctions de pasteur, s'il n'adhérait aux doctrines contenues dans la confession de foi des Églises réformées de France de 1559, h l'exclusion de l'article 39 qui attribue au magistrat le droit de réprimer et de punir les infractions à la première table, et à une partie de la seconde table du Décalogue. Le règlement porte aussi que, provisoirement, la nomination des pasteurs et des membres du Comité serait faite par le Comité lui-même. Peu de temps après la sainte Cène fut célébrée dans la chapelle Taitbout, sur la proposition de M. le pasteur GrandPierre. Dès l'origine, des bénédictions nuptiales y avaient été données, et des enfants avaient été présentés au saint baptême; des classes d'instruction religieuse avaient été ouvertes et une école du dimanche réunissait un nombre variable d'élèves : elle fut successivement dirigée par Mademoiselle de Chabaud- Latour, MM. J. Delaborde, V. de Pressensé et divers pasteurs adjoints. Outre le service principal de midi, des réunions d'édification avaient eu lieu le dimanche et le jeudi soir, et des conférences apologétiques sur les doctrines essentielles du christianisme, ses applications pratiques et ses principaux héros attiraient, pendant les mois d'hiver, de nombreux auditeurs.

En 1842, M. le pasteur GrandPierre donna sa démission et fut remplacé par M. Louis Bridel, ministre du canton de Vaud, qui avait succédé, dèpuis 1840, à M. Lagier comme pasteur adjoint. > M. Bridel exerça les fonctions de pasteur de Tait-

bout jusqu'en janvier 1855 où il retourna dane a* patrie, et fut remplacé par M. George Fi&cb, pasteur de l'Église libre de Lyon. PrécédemmeuV M, Paul Buruier avait été appelé comme pasteur adjoint et remplacé eu 1647 par M. Edmond de Presseusé, qui revenait alors h Paris d'un voyage qu'il avait fait eu Allemagne pour compléter ses études théologiques. Il fut élevé peu de temps après au rang de pasteur titulaire et consacra toutes ses forces & l'œuvre évangéiique de Tait' bout, A partir de 1855, il fut secondé par M. le pasteur Bersier qui avait été, pendant quelques années, employé par la Société évangéiique à l'œuvre du faubourg Saint-Antoine.

Les événements de 1870 causèrent un ébranlement profond à l'Église Taitbout. M. de Prèssensé, élu député à l'Assemblée nationale par le département de la Seine, dut borner son activité aux seules fonctions de prédicateur. M. Bersier, suivant le courant qui portait le plus grand nombre de ses auditeurs à se fixer dans les quartiers de l'ouest, y avait fondé une œuvre nouvelle qui absorbait la majeure partie de son temps et de ses forces : il donna en 1874 sa démission de pasteur de Taitbout. D'autres lieux de culte, d'ailleurs, s'étaient élevés en grand nombre sur divers points de Paris, la plupart fort rapprochés de la chapelle de la rue de Provence. Les temps n'étaient plus où le peuple chrétien de la capitale trouvait à Taitbout la nourriture qu'il cherchait en vain ailleurs : tous les dimanches, l'Évangile de Jésus-Christ était annoncé aux fidèles dans le

temple du Saint-Esprit et dans l'église de la Kédemption, ainsi que dans la chapelle wesleyenne de la rue Roquépine.

L'Église Taitbout, après les événements qui ont menacé gravement son existence, s'est reconstituée sous la direction de M. Lichtenberger, professeur à la faculté de théologie à Strasbourg, privé de sa chaire par l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne, et appelé en juillet 1873 aux fonctions de pasteur de Taitbout. Il est assisté dans cette œuvre par M. Audebez, pasteur honoraire, vaillant encore malgré ses quatre-vingt-six ans, par M. E. de Pressensé, qui a conservé son tour habituel de prédication, et par M. George Fisch, chargé spécialement de la direction de la section du Centre.

La paroisse de Taitbout se compose actuellement de 141 membres. Elle en comptait 90 la première année de son existence. Depuis son origine, elle en a compté un millier environ.

Le Conseil des anciens, chargé de l'administration de l'Église, se compose de onze membres, y compris les quatre pasteurs.

§ 2. Constitution de l'Église Taitbout.

Article Ier. Cette Église se rattache par sa foi à l'Église apostolique et à toutes les Églises qui ont professé la doctrine de Jésus-Christ.

Avec ces Églises, elle proclame l'inspiration divine, l'autorité et l'entière suffisance des saintes Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament. Elle professe la foi

en un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Elle reconnaît que dans l'état de chute, de péché et de condamnation de Thomme, il n'y a pour lui qu'un seul moyen de salut, savoir la foi en Jésus-Christ, Dieu manifesté en chair, seul médiateur entre Dieu et les hommes, mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification et élevé à la droite de Dieu, d'où il communique aux siens, élus selon la prescience de Dieu le Père, pour être sanctifiés par l'Esprit, pour obéir à Jésus-Christ et pour avoir part à l'aspersion de son sang, toutes les grâces nécessaires à la repentance, à la régénération et à la persévérance dans la foi et dans les bonnes œuvres, en attendant qu'il revienne pour ressusciter les morts, juger le monde avec justice et mettre les siens en possession de la vie éternelle.

Telle est la foi que cette Église professe dans son culte, et en particulier par l'enseignement de ses pasteurs et par * l'administration du baptême et de la Cène.

Art. II. Cette Église ne reconnaît en matière religieuse aucune autre autorité que celle de Jésus-Christ, l'unique et souverain chef de l'Église, qu'il gouverne par son Esprit et par sa Parole; et voulant assurer la complète indépendance dont elle a besoin pour obéir à son divin Maître, elle s'interdit de compromettre cette indépendance en recevant aucune subvention de l'État, à quelque titre et sous quelque forme que ce puisse être, et ne pourvoit à ses dépenses que par des contributions volontaires.

Art. III. Tout en travaillant à resserrer entre ses membres les liens de la communion fraternelle, cette Église considère comme l'un de ses principaux devoirs et de ses plus grands privilèges de concourir activement, et d'après les principes énoncés dans les articles précédents, à la propagation de l'Évangile et à l'extension du règne de Dieu.

Art. IV. Cette Église ne devant se composer que de personnes croyant véritablement en Jésus-Christ, ceux qui désireront en devenir membres sont invités à s'examiner sérieusement eux-mêmes pourvoir s'ils sont dans la foi. Dans le cas où ils jugeraient pouvoir se rendre ce témoignage, ils auront à faire connaître à l'un des pasteurs

le désir qu'ils éprouvent de se joindre à l'Église, et à déclarer en même temps qu'ils adhèrent à la profession de sa foi exprimée en l'article 1er! et qu'ils sont résolus, avec le secours de Dieu, à conformer leur vie à l'Évangile. Cette déclaration sera transmise au Conseil de l'Église.

On cesse de faire partie de cette Église soit quand on déclare s'en retirer, soit quand on s'en retire de fait en ne participant plus à son culte ou en menant une vie condamnée par l'Évangile. Dans ce dernier cas, c'est au Conseil de l'Église qu'il appartient de prononcer.

Art. Y. Les hommes, membres de l'Église depuis un an au moins, participent seuls à la nomination des pasteurs et des anciens.

Art. VI. Le nombre des pasteurs est déterminé, suivant les besoins de l'Église, par l'Assemblée mentionnée à l'article 8, et sur le préavis du Conseil de l'Église.

Leurs fonctions ne cessent que par démission ou révocation.

Le nombre des anciens est déterminé de la même manière que celui des pasteurs ; toutefois, autant que possible, leur nombre sera de douze ; il ne pourra dépasser ce chiffre. Les anciens, nommés pour six ans, sont renouvelés tous les ans par sixième; ils sont rééligibles.

L'élection aux fonctions de pasteur ou d'ancien n'a son effet qu'après que celui qui a été nommé a pris devant l'Église l'engagement de veiller à ce que la profession de la foi exprimée en l'article lep soit la base de la prédication et de l'enseignement. Le refus d'un pasteur ou d'un ancien de confirmer cet engagement, si cela lui est de* mandé par trois de ses collègues, équivaut à une démission de sa part;

Les fonctions des pasteurs consistent essentiellement dans la prédication de la Parole de Dieu, la direction du culte public, l'instruction religieuse de la jeunesse, la visite des personnes qui fréquentent le culte de l'Église, et en particulier des malades et des affligés.

Les anciens concourent avec les pasteurs à l'édification de l'Église et à la bonne administration de ses divers intérêts.

Art. VII. Les pasteurs et les anciens réunis forment le

Conseil de l'Église.

Ce Conseil , présidé par le pasteur le plus anciennement en fonction, est chargé de la direction et de la sur* vaillance de l'Église.

Il dresse, complète et rectifie, conformément aux articles 4 et 5, la liste des membres de l'Église, et spéciale» ment celle des membres appelés à participer à l'élection des pasteurs et des anciens.

Il nomme et révoque les personnes auxquelles sont confiés des emplois rétribués, sauf ce qui est statué, à l'ar* ticle 8, pour la nomination des pasteurs.

Il arrête tout ce qui se rapporte à la répartition des fonctions pastorales.

11 peut, lorsqu'il le juge convenable, appeler des ministres de l'Evangile à remplir des fonctions temporaires.

Il pourvoit à la distribution des aumônes.

Les dons volontaires destinés à subvenir aux dépenses de TÉglise'sont recueillis et administrés par une Commis* sion de finances ^ composée des seuls anciens.

Art. YIII. Indépendamment des réunions qui pourront avoir lieu pour implorer la bénédiction de Dieu sur l'Église et sur les œuvres dont elle s'occupe, le Conseil convoquera les membres de l'Église réunissant les conditions mentionnées à l'article 5, au commencement de chaque année, et plus souvent s'il le juge nécessaire ou si la demande lui en est faite par vingt de ces membres.

Les attributions de cette assemblée comprennent les objets suivants :

1° Procéder à la nomination des anciens, en cas de va- * cances ou d'expiration de fonctions. — Cette nomination se fera au scrutin secret et à la majorité des trois quarts des suffrages.

2° Nommer les pasteurs, lorsqu'il y aura lieu. Cette nomination se fera au scrutin secret et sur la présentation du Conseil de l'Eglise. Elle ne sera valable qu'autant que le pasteur obtiendra les voix des trois quarts des membres présents.

3° Discuter les propositions qui seront présentées par le Conseil de l'Église et voter sur ced propositions.

4° Appeler l'attention du Conseil sur les améliorations qui seraient jugées utiles.

5° Recevoir communication des comptes.de recettes et dépenses arrêtés par le Conseil.

Dans toutes les décisions à prendre, les membres du Conseil ont voix délibérative comme les autres membres de l'Eglise réunissant les conditions indiquées à l'article 5.

Art. IX. Cette Église se conduit, quant à l'administration de la cène, d'après les principes suivants :

Regardant la table autour de laquelle ses membres participent à la cène comme la table du Seigneur, elle se réjouit d'y voir tous ceux qui croient sincèrement en Jésus- Christ, à quelque Église qu'ils appartiennent. • S'il arrivait que la table du Seigneur fût profanée par une personne menant une vie notoirement opposée à l'Évangile, le Conseil de l'Église prendrait les mesures nécessaires pour empêcher le renouvellement de ce scandale.

Art. X. Cette Église se sentant en communion avec tous les vrais chrétiens et les aimant comme des membres du corps de Christ, à quelque dénomination qu'ils appartiennent, leur tend à tous une main fraternelle. Elle s'efforcera, en outre, d'établir des relations entre elle et les Églises dont la foi et les principes sont en harmonie avec ceux qu'elle professe.

Art. XI. AucfUn changement ne pourra être apporté à la présente Constitution que sur la proposition du Conseil de l'Eglise, et avec l'assentiment des trois quarts des membres remplissant les conditions indiquées à l'article 5, présenta la séance où il sera délibéré sur ces changements*

§ 3. Services divers, Diaconat et budget de l'Église Taitbout

(Eue de Provence, 42).

Culte public, à midi.

École du dimanche (80 enfants), à dix heures, dirigée par M. le pasteur Lichtenberger,

Diaconat Composé de huit membres, il dépense environ 2,000 francs par an, en pensions, subventions de loyers et secours temporaires.

Un Comité de dames, chargé d'assister les ouvrières pauvres ; une Réunion charitable de couture et une Société pour le perfectionnement du chant sacré se rattachent à l'Œuvre de Taitbout.

La sainte Cène est célébrée tous les premiers dimanches du mois, ainsi que les grands jours de fête.

Des assemblées mensuelles d'Église, ayant pour but de rapprocher les membres les uns des autres, ont également lieu les premiers dimanches du mois. On y discute fraternellement les questions proposées par la réunion ellemême.]

Indépendamment des cours d'instruction religieuse, des Conférences sur l'histoire de l'Eglise sont données aux adultes en hiver tous les jeudis soir.

Le budget de l'Église Taitbout, pour l'année 1876, s'élève à la somme de 20,000 francs.

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