DYNAMITE
pour remplacer Paul Niquet et l’Azart de la fourchette , la Californie , et autres décors dont la disparition faisait un vide dans Paris.
Si nous voulons frémir, cherchons ailleurs.
Pan ! ! ! Un bruit formidable a retenti. Le sol a tremblé, mille carreaux ont volé en miettes.
Explosion de gaz? Hélas! non; il s’agit de quelque chose de plus imprévu et nouveau. La dynamite vient de consommer une maison.
Paris a été stupéfait, consterné. 11 a fait un vrai pèlerinage à la maison dynamitée. Pendant huit jours les concierges ont exercé sur l’entrée des immeubles une surveillance à peu près réelle, et des gardiens de la paix ont été placés aux portes des logements de magistrats.
Après quoi Paris a commencé à se reprendre, disant qu’après tout il n’y a pas eu mort d’homme, et il a pensé à d’autres choses et à des choses gaies, par cet instinct qu’on appellerait à tort de la légèreté et qui n’est heureusement qu’un vigoureux besoin de réagir.
Peu après, dans un dîner « en têtes » donné par un de nos peintres, les convives trouvèrent devant leur
assiette ce menu en forme de bombe, qui témoignera
pour la postérité que, la première terreur passée, on pouvait encore sinon danser, du moins consommer avec esprit sur un volcan :
FESTIN B OMBOÏDA L
Souciens-toi que tu es poudre et qu’en poudre tu retourneras.
Potage à la nitro-glycérine.
Hors-d’œuvre avariés.
Cuissot de mascotte à la panclastite.
Glandes de veau mélinite.
Canetons au sang de Beaurepaire.
Langouste explosible.
Bombe Ravachol ( dans V escalier de service).
Fromage de Soisy-sous-Etiolles.
Vins sulfureux.
Vins de Chaumartin pour dames. — Bourgogne grisou.
Toast à l’anarchie envers et contre tous.
Café et liqueurs aux compagnons.
Cognac de la Révolte.