‹ Paris qui consommeChapitre 95 sur 114 · LE RESTAURANT OU L’ON SAUTE · texte numérisé non relu

LE RESTAURANT OU L’ON SAUTE

d’un gardien de la paix en faction, le chand-de-vin-restaurant qui était tenu par le beau-frère de l’homme qui avait averti le commissaire qui avait arrêté le dynamiteur qui avait fait exploser une maison qui logeait un magistrat qui avait pris part au jugement qui avait condamné un anarchiste.

Pan! ! ! Explosion. Le restaurant est réduit en miettes; cette fois, par malheur, quelques-uns des clients curieux sont très fortement ou même mortellement avariés; le patron est horriblement blessé, — il ne reste plus à la chirurgie qu’à l’achever, en longueur.

Pour le coup, nous le tenons, l’émouvant et l’horrible. C’est le « dernier cri » : le restaurant où l’on badaude est devenu le restaurant où l’on saute!

Assez d’excentricités, de curiosités, d’exceptions, et de Paris horrible. Assez de cette mise en scène archaïque, anachronique, gynécologique, dynamique, et qui sent l’artificiel, le forcé et le misérable. Rentrons dans ce qui est le Paris véritable et dans la vie courante.

Revenons au Roulevard que nous avions quitté après l’heure de l’apéritif. — Par deux fois dans la soirée la consommation y redouble d’intensité.

La première, immédiatement après le dîner : c’est l’heure du café et des liqueurs.

C’est aussi l’heure du tabac, l’heure de la cigarette et du cigare, voire de la pipe : consommations que le génie de l’homme est arrivé à diversifier par d’infinies modalités de fabrication.

Les tabacs à fumer d’abord, le tabac de France : Caporal ou Scaferlati cantine, ou Supérieur : paquets à cinquante centimes ou à seize sous. Tabac venu du Lot, chargé en nicotine ; d’Agen, ou de Bordeaux.

Les tabacs étrangers : Levant, Levant supérieur, Lataquieh, Dubèque aromatique , Guibeck, Phéresli très fort, Sultan doux, Vizir, Maryland, Virginie, et même les tabacs anglais tels que le Bird’s Eye.

Les cigarettes en boîtes : Odalisques, Espagnoles , Entr actes, Guatemala, Dames, Petits Canons, Petits Pages, Hongroises, Amazones, Élégantes, Favorites, Grenades, Egyptiennes , Militaires, Polonaises , Boyards, Busses, Ambassadors, Gros Canons.

Les cigarettes de la Havane sans papier : Damitas, Sehoritas, Nihas.

Les cigares de France : un sou ( Petit Bordeaux ou Tonneins ); deux pour trois sous; puis les dix centimes, les quinze centimes, opéras ou demi-londrès ; à vingt centimes il y a déjà mélange de tabac étranger.

Notons en passant que, pour s’illusionner sur la valeur

Page 1