MARGUERITE
(Acrosticfie,)
gS a plume heureuse et fière en chantant vos louanges >• vec un doux plaisir vous transmet tous mes vœux. 5d ecevez-les, de grâce, et, sous l'aile des anges, Çi uidez toujours vos pas dans les sentiers heureux. d n époux va bientôt partager votre vie : ts n lui mettez toujours votre âme et votre cœur; 50 ien n'est si doux qu'aimer et tout vous y convie. •-1 1 faut que cet hymen vous donne le bonheur; H enez, en me lisant, n'en soyez pas moqueuse, ^ h bien t je vous prédis que vous serez heureuse.
DâsiRÉ 6.
Le soir, quand mademoiselle Marguerite X...
recevra ses amis au restaurant Lemardelay ou à l'hôtel du Louvre, on lui fera passer la carte de visite du poète complimenteur, qui viendra réclamer son aumône. On est au moment du Champagne, tout le monde est gai; les danses vont commencer, et vous croyez que la fiancée refusera une obole à un malheureux poète qui cache ses pleursy et qui lui prédit qu*elle sera heureuse? Ce serait compter sans le respect humain, sans la superstition : « Mon cher ami, dit la fiancée à son futur époux, il faut donner quelque. chose à ce malheureux qui, peut-être, a faim, ^el& notis portera bonheur. On donne dix francs au poète qui... remontant dans son fiacre, coui't au restaurant voisin, où il a une Joséphine ou une Adélaïde à complimenter.
Je connais un poète complimenteur dont le bureau ressemble à une pharmacie homœopathique. De tous les côtés, contre les murs, de petits tiroirs, et, sur le tiroir, au lieu du nom du médicament, le nom d'une sainte quelconque. Dans chaque tiroir une petite provision d'acrostiches tout prêts à être servis.
« Voyez-vous, monsieur, me disait un jour ce mendiant, dans notre métier il y a de l'imprévu; il faut toujours être prêt d'avance.
Sans doute il y a des noms, comme Marie, Marguerite, qui viennent plus souvent que les autres. Mais tous les noms finissent par sortir, et, si je n'avais pas des Cunégonde, des Perpétue, des Monique et des Pétronille rédigées d'avance, je risquerais à certains moments de presse, comme le samedi, de perdre ma recette. » En ayant soin de conserver son stock d'acrostiches toujours au complet, notre homme ne manque jamais sa recette.
Mais il n*y a pas que les fiancés qui croient que donner au mendiant cela porte bonheur.
Tous ceux qui sont sous le coup d'une vive émotion obéissent à la même superstition.
Les mendiants' le savent bien. Allez à la Sorbonne, les jours de baccalauréat, au moment où les jeunes lycéens, le dictionnaire sous le bras, vont faire la fameuse version latine, de la réussite de laquelle dépend tout leur avenir. Une nuée de mendiants s^abat sur eux : « Un petit sou, monsieur, un morceau de pain, ça vous portera bonheur. » Le lycéen passe-t-il sans rien donner : « Vous serez blakboulé, monsieur. » Cette prédiction sinistre nroduit toujours son effftt; le collégien tire un àou de sa poche et le donne au mendiant.
A i'Hôtel-de-Ville, les jours d'examen pour le
brevet de capacité^ môme répétition. Ici la recette est toujours bonne; les braves mères de famille sont si émues 1
— Et quand il n'y a pas d'examens» que font ces mendiants, me direz-vous?
Ils vont aux courses et exploitent les joueurs : « Un petit sou, ça vous portera bonheur, monsieur. » Le joueur est encore plus superstitieux que Tenfant, et, pour avoir de la veine, il fait l'aumône.
Pour vous apitoyer, tous les moyens sont bons ; il existe des mendiants qui^ pendant les épidémies de variole, de croup ou de coqueluche, frappent à la porte des maisons où ils savent qu'il y a de petits enfants, et vous disent : tf Je demeure tout à côté^ mon enfant vient de mourir du croup, donnez-moi un drap de lit pour l'ensevelir. » Il est bien certain que la mère de famille qui, à ce seul mot de croup, tremble pour ses enfauts, n'ira pas voir si le mendiant dit bien la vérité. Elle s'empressera de donner un vieux drap et refermera sa porte.
Pour trouver tous ces moyens de duper le bourgeois, il n'y a qu'à consulter la grand jeu qui, je le répète, ne coûte que six francs, et qui est toujours au courant, car l'homme de génie qui a inventé ce Bottin original a compris qu'il
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importait de le tenir à jour, et il a confié ce travail aux mendiants eux-mêmes. Chaque fois qu'un mendiant a déniché l'adresse d'une personne charitable faisant l'aumône et ne figurant pas au grand jeu^ il l'apporte à Vadministration du Bottin des mendiants, qui s'empresse de l'inscrire à ce répertoire et donne 50 centimes à Vinventeur. Et voilà comment, dans Ja bonne ville de Paris, les mendiants sur le sort des* quels on s'apitoie, savent vivre à nos dépens.