‹ Paris qui mendie: mal et remèdeChapitre 20 sur 27 · PAR DES BONS PERSONNELS · texte numérisé non relu

PAR DES BONS PERSONNELS

Ce remède consiste à remplacer la pièce de deux sous OU même le morceau de pain par des bons spéciaux. Ici encore une explication est nécessaire.

Les bons dont je demande la création n'ont rien de commun avec les bons de pain, de viande ou de légumes qui sont distribués par les fourneaux économiques.

L'idée de ces derniers bons a certainement constitué un progrès, mais il ne faut pas oublier qu'en matière de charité, chaque fois qu'un progrès est accompli, le mendiant profes-

sionnel en accomplit un autre de son côté ayant pour but de rendre illusoires les précautions adoptées par les personnes charitables.

On s'était dit que, puisque le mendiant transforme souvent en vin ou en absinthe les deux sous qu'on lui donne pour s'acheter du pain ou de la viande, il était pdua* sage de remplacer l'argent par des bons de pain ou de viande.

Malheureusement, les mendiants qui veulent de l'argent et non pas du parn et de ta vian(te, en ont été quittes pour vendre leurs bons. Vous n'avez qu'à aller place Maubert ou ^ur les quais de la Seine, dans tous les endroits où les ramasseurs d'orp^eZ2ns(l) vendent les produits de leur récolte, et vous y trouverez un véritable marché de bons de pain, de soupe, de viande, de charbon, etc. Les bons qv:e vous avez payés deux sous sont revendus quatre ou cinq centimes suivant le cours, dételle sorte qu'avetrce système on n'empêche pas le mal qu^on a voulu supprimer.

Vous n'avez, d'ailleurs, qu'à voir avec quel' mépris le mendiant accepte votre bon, pour vous convaincre de la vérité de mes affirmations, et ce mépris, vous vous l'expliquer aîsé^

(1) On appelle orphelins les bouts de cigares ou de cigarettes ramassés à la terrasse des cafés.

ment, à présent que vous savez que votre bout de cacrton ne représente réellement que quatre centimes pour le mendiant.

Le système que je voudrais' voir organiser est tout différent, car il a potir effet de donner au mendiant un bon qui est personnel ^t qui ne p#ut être veaidu. C'est le système qui a été inauguré par V Union d'assistance daXVI^ arrondissement. Cette association charitable qui a pour président M. Léon Say et qui est administrée par un conseil à la tête duquel se trouve M. de Crisenoy, ancien conseiller d'État, a vaincu d'Orne manière bien simple la difficulté qu'il s'agit de SOTmonter.

Toutes les personnes qui désireint pouvoir donoieï un secours immédiat à des malheureux qu'ils rencontrent dans la rue, achètent à V Union d'assistance des bons de pain, de viande ou de soupe au prix de dix centimes. Un Eîendiant se présente à. vous, il vous dit qull a faim, vous Ini remettez un ou deux de vos bons, h^ mendiant, nanti de ce petit bout de carton, se rend aussitôt à la mairie de l'arrondissement, où se tient en permanence le délégué de la société charitable. Il présente son ticket qu'on lui retire, et en échange, on lui remet un bon gui n'est valable que pour le jour

même. En face de la mairie se trouvent le boulanger et le restaurateur qui délivreront immédiatement le pain et la soupe qu'il faudra con^ sommer sur place. Avec ce système, le mendiant qui vraiment a faim n'a qu'une très petite course à faire pour se rendre à l'endroit où il pourra manger son pain ou sa souper mais avant de manger, il défilera devant le délégué de la société, qui, au bout de quelques jours, connaîtra la figure de tous ses clients.

Supposez qu'un homme se soit procuré vingt*^ cinq ou trente bons. Il ne pourra en échanger que quatre ou cinq par jour, et par conséquent, pour consommer ses trente bons, il devra se présenter six fois devant le môme employé qui, s'il s'aperçoit qu'il a affaire à un professionnel, lui refusera l'estampille sans laquelle le bon n'a aucune valeur.

Si, ce qui vous arrivera plus d'une fois, le malheureux qui a imploré votre charité n'est qu'un mendiant professionnel, il se gardera bien de se présenter à la mairie où il est connu. Dans ce cas, le bon est perdu pour lui, mais il ne sera pas perdu pour la société qui aura ainsi réalisé une recette de 10 centimes qu'elle emploiera à aider les vrais malheureux.

U Union d'assistance du XVP arrondisse-

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ment a eu les résultats les plus heureux. Toutes les personnes intelligentes de Passy sont affiliées à cette œuvre et aux portes des églises aussi bien que dans la rue, la pièce de deux sous est remplacée par le bon personnel. Aussi les mendiants professionnels quittent-ils Passy. où désormais il n'y a plus rien à faire. Mendier toute la journée pour se procurer un inorceau de pain et une assiette de soupe, cela n'en vaut vraiment pas la peine.

Il n'y a que Thomme réellement malheureux qui accepte cette aumône, et celui-là Paccepte avec d'autant plus de bonheur qu'il sait que V Union d'assistance du XVI* arrondissement a d'autres moyens dé venir au secours des gens dignes d'intérêt.

Que dans chaque quartier de Paris il se fonde une œuvre analogue à celle de passy, et les personnes charitables qui ne peuvent disposer que d'une aumône de deux sous auront la satisfaction de savoir que cette pièce de deux sous représentera réellement un morceau de pain ou une assiette de soupe, et qu'en aucun cas elle ne pourra être transformée en absinthe ou en tabacr

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