CHAPITRE VI
RÉFORMES DU DOMAINE DES SOCIÉTÉS DE CHARITÉ PfilVÉE.
Création d'une caisse centrale des sociétés de charité privées
Enfin j'arrive h la dernière réforme que je propose, à celle qui est à la fois la plus aisée à accomplir et la plus féconde en résultats pratiques.
Dans le cours de cet ouvrage, examinant le remède au mal que nous voulons tous corriger, je me suis tour à tour adressé au public, à l'administration, au législateur.
Au public, j*ai dit : <( Ne faites plus Vauw^ue dans la rue. » Sans doute beaucoup de personnes suivront mon conseil, mais il faudra du temps avant de réussir à faire comprendre
aux masses que raumône inconsciente, loin de soulager la misère, provoque la mendicité.
A Tadministration, j'ai montré la nécessité de modifier ses ils et coutumes. Mais l'administratioR n'est pas très réformatrice. Elle est habituée aux critiques. Tiendra-t-elle compte de celles que très humblement j'ai pris la liberté de lui adresser?
Au législateur, je demande la révision de plusieurs articles du Code Pénal. Je sais par expérience, puisque depuis vingt-deux ans j'ai l'honneur, en qualité de secrétaire-rédacteur, d'assislei à toutes les séances de la Chambre des députés, combien est lente la procédure parlementaire et combien la modification d'un article du Code Pénal a de peine à aboutir, surtout lorsque cette modification émane de • l'initiative d'un profane.
Pour réaliser la dernière réforme que je propose et qui a pour but d*empêcher le cumul dans l'allocation des secours, je n'ai besoin ni du législateur, ni de Tadministration, ni du public. Il me suffit du concours d'une trentaine de personnes compétentes entre toutes, du concAurs des présidents ou présidentes des principales œuvres charitables de Paris.
Les nombreuses anecdotes que j'ai racont^^es
dans ce volume, les expériences que j'ai faites, prouvent de la façon la plus évidente qu'à Paris il existe des milliers d'individus qui vivent largement, je devrais dire grassement, de la charité publique.
Pour se procurer les subsides, soit de l'administration, soit des particuliers, il ne s'agit pas d'être avant tout malheureux, il faut surtout être habile.
J*ai montré comment un fainéant peut toucher 30 francs par mois du bureau de bieiiiLiisance, se faire payer son loyer et par M. de Rothschild et par l'Œuvre des loyers, se faire secourir par trois Églises différentes en se disant en même temps catholique, protestant et israélite, recevoir des subsides de vingt sociétés charitables, approvisionner son ménage do viande, de lait, de chocolat, de linge, do meubles, de médicaments, de livres, de fleurs î voyager aux frais de l'État, vivre largement sans travailler et doter convenablement s 03 filles par l'accumulation des aumônes extorquct^a à la charité des braves gens.
Il n'y a pas un ministre du culte, il n'y a pas un commissaire de police, pas un administrateur de bureau de bienfaisance, pas un président de société charitable qui ne puisse, aanti
cet ordre d'idées, citer maints exemples concluants.
Comment empêcher ce mal que tout le monde reconnaît ? A côté des mendiants auxquels désormais on offrira l'assistance par le travail, il y a les malheureux qui 'ne peuvent pas ou qui ne pourront jamais travailler, il y aies pères de famille chargés d'enfants, il y a les vieillards, il y a les malades, il y a en un mot les déshérités de la vie fatalement condamnés à être complètement ou en partie à la charge de la société.
C'est pour ces malheureux qu'ont été créées toutes ces œuvres d'assistance dont Paris a le droit, avec raison, d'être fier.
Il s'agit de permettre à ces sociétés de faire le plus de bien possible, en empêchant que les secours qu'elles distribuent ne fassent double emploi avec des secours alloués par d'autres sociétés.
Comment empêcher ce cumul? Divers systèmes ont été tentés.
M. Mamoz, dont Toeuvre est bien connue, a réahsé un grand progrès. Il a organisé un vaste bureau de renseignements sur tous les mendiants de la capitale. L'idée serait excellente, si elle poi^vait être complètement réalisée.
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Mais faire une enquête sur un mendiant, c'est une œuvre des plus difficiles qui exio;e de la part du commissaire enquêteur des qualités nombreuses et presque impossibles à réunir chez une même personne.
Le commissaire enquêteur doit être d'une honnêteté et d'une impartialité absolue, cela va sans dire. Il doit être intelligent, jeune, actif, infatigable. Il doit savoir surmonter tous les dégoûts, car il aura à pénétrer dans les milieux les plus sales, les plus ignobles et parfois les plus dangereux. Le commissaire enquêteur a besoin de connaître à fond la vie du mendiant parisien. [1 faut que pour lui l'asile de nuit, l'hôpital, le bouge, la prison mémo n'aient pas de mystère. Il faut qu'il possède par cœur le manuel des œuvres charitables, afin de deviner, des qu'il se trouve^ en présence d'un mendiant professionnel, la provenance des divers objets qu'il aperçoit dans le ménage. Il faut que, rien qu'à l'inspection du logement du mendiant, il puisse dire : Voilà un berceau qui vous a été donné par la Société protectrice de l'enfance. Voilà une couverture qui vient d'une œ.uvre charitable. Voilà un flacon de laiL stérilisé que vous n'avez pas acheté et qui voua a été donné par tel dispensaire. Voilà un bon.
un bulletin, une lettre qui me prouvent que vous êtes déjà assisté par la société de Saint- Vincent de Paul, par le curé ou le bureau de bienfaisance.
Il faut en un mot que le commissaire enquêteur puisse d*un seul coup d'œil démasquer toutes les ruses, deviner toutes les supercheries.
Où est le commissaire enquêteur idéal? Il n'existe pas et ne peut pas exister, car s'il est possible de trouver quelques hommes qui, par dévouement ou par amour de l'étude, se livrent à ces enquêtes minutieuses, il sera impossible d'avoir un corps de fonctionnaires ou d'employés apportant dans leur métier ce dévouement, ce goût, cette passion sans lesquels, en pareille matière, on n'arrive à aucun résultat.
Et les commissaires enquêteurs de M. Mamoz, 9fléï que soit le soin qui préside à leur choix, ne peuvent être que des fonctionnaires, des employés rétribués.
Vous demandez à un de ces commissaires de faire une enquête sur un mendiant demeurant à tel endroit. Comment procédera-t-il? Il se rendra à l'adresse indiquée, il interrogera le concierge, les voisins, les fournisseurs, puis il pénétrera dans l'appartement du mendiant,
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verra que la cheminée est sans feu, que les enfants sont à moitié nus, que tout respire la misère et le malheur. Mais comment fera-t-i!
pour savoir si ce tableau est l'expression de la vérité ou s'il ne constitue qu'une mise en scène? L'opinion du concierge, des voisins, des fournisseurs ? Quelle valeur peut-on leur accorder ? Vous savez bien que tout ce monde-là est intéressé à ce que le mendiant reçoive le plus possible. Il n'y a à Paris que deux catégories de concierges dont l'amabilité soit proverbiale. Ce sont les concierges des mendiants et ceux dés femmes galantes. Pourquoi? parce qu'ils sont intéressés aux affaires de leurs locataires.
Aussi y a-t-il beaucoup de chances pour que le rapport du commissaire-enquêteur soit inexact. Mais je vais plus loin, et je suppose que ce rapport soit absolument conforme à la vérité. Il m'assure que le mendiant au sujet duquel j'ai demandé des renseignements est digne d'intérêt. C'est par exemple un père de famille chargé d'enfants. Fort bien ; j'enverrai mon obole à ce père de famille, je lui payerai son terme et je parlerai de sa misère à plusieurs de mes amis. Mais si, à la suite de ces recommandations, le mendiant reçoit plus de secours qu'il
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ne sertit juste de lui en accorder ; si quatre, cinq, si c personnes lui payent le terme que j'ai moi-môme déjà payé, comment le saurai-je?
Il y a quelques semaines, un voisin est venu me recommander une femme qui sans être précisément dans la misère avait cependant besoin de vieux linge pour panser ses plaies. La maladie dont cette femme est atteinte Toblige à faire une grande consommation de linge.
J'ai signalé cette situation à diverses personnes et à plusieurs œuvres, et* moi-môme, un dimanche, j'ai apporté au domicile de la malade un paquet de vieilles chemises, a Nous vous remercions mille fois, m'a-t-on répondu, mais sur votre recommandation tant de personnes se sont occupées de nous, que nous n'avons plus besoin de rien. Nous avons des monceaux de linge. »
J'étais chez d'honnôtes gens, chez de très honnêtes gens, et c'est pour cela qu'on m'a répondu comme on l'a fait. Mais si ma charité s'était adressée à un mendiant professionnel, soyez bien persuadé que ce mendiant ne m'aurait jamais dit que chez lui il y avait des monceaux de lingej car de ce linge il aurait fait argent.
Donc le renseignement constitue un progrès,
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mais il ne suffit pas à résoudre le problème qui - se formule. ainsi : « trouver un moyen pratique d'empêcher les mendiants d'abuser des secours qu'on leur donne. »
M. Lefébure, lui, a créé VOffiçe central des œuvres charitables. Qu'est-ce que l'office central des œuvres charitables ? Est-ce une œuvre d'assistance directe? Non. «C'est une institution destinée à servir de lien entre toutes les œuvres charitables et le public. Centre d'études, d'informations et de renseignements, elle s'ofTre à être l'intermédiaire entre la misère qui cherche le secours efficace et la charité qui cherche à bien placer son assistance. Son ambition serait de décupler les forces de la charité en donnant un centre commun à cet admirable réseau d'œuvres qui couvre la capitale, un cœur dont les impulsions porteraient partout l'activité et la vie (1). »
Ici encore, nous nous trouvons en présence d'un grand progrès. L'office central, non sTeulement renseigne le public sur l'existence et le fonctionnement des diverses œuvres charitables, mais il a réussi à susciter de nouvelles œuvres, grâce à la générosité de divers sous-
(i) Marquis de Vogué, membie de rinstitut. Digcours k rassemblée générale de l'OBuTre^ le %i mai 92.
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cripteurs et notamment de M. le comte de Lanbespin.
Mais empéchera-t-il le cmnul des secours?
Encore une fois non, et nous sommes de ceux qui pensent que si tant de malheureux ne peuvent être secourus, ce n'est pas parce que les fonds manquent, mais parce qu'ils soùt mal distribués,
Est^il possible d'arriver à connatoe exacte* ment les secours que chaque malheureux reçoit de Tensemble des sociétés de charité? Non seulement c'est possible, mais c'est même facile. Il suffit de créer une caisse centrale des fBUvres de charité privée.
Je m'explique.
Il ne s'agit pas, dans ma pensée, de toucher aux sociétés privées, dont je veux au contraire respecter scrupuleusement l'autonomie et l'indépendance absolue qui sont la condition essentielle de leur succès. Chaque société continuera à fcctionner comme elle le fait aujourd'hui ; celle-ci s'occupant des catholiques, celle-là des protestants^ des Israélites ou des francs-maçons, cette autre des malades, des vieillards, des enfants ou des mutilés. Ses administrateurs géreront son budget comme ils l'ont fait jusqi^'à ce jour ; ils continueront à être
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seuls juges des motifs pour lesquels ils alloueront un secours quelconque à celui qui se sera adressé à eux. Mais lorsqu'ils auront voté ce secours, au lieu de donner aux malheureux la somme ou Tobjet qu'ils lui destinent, ils lui remettront un bon payable à la caisse ceU'tr&le.
Cette caisse centrale fonctionnera absolument comme une maison de banque. Le pauvre se présentera à son guichet muni de son chèque ou de son bon, et recevra immédiate* ment ce qui lui est dû. Seulement la caisse, avant de payer, fera deux choses : elle s*assurera de l^identité du quémandeur, et inscrira à son nom la somme ou l'objet qu'elle lui remettra. De cette façon chaque malheureux aura son compte, tenu constamment à jour, et sur lequel à tout moment on pourra relever l'ensemble des sommes qui lui auront été payées de la part de n'importe quelle société.
Comment fera la caisse pour s'assurer de ridentité du mendiant? Elle exigera une carte d'assisté qu'elle délivrera elle-même, comme l'Assistance publique délivre des cartes de secours. Sur cette carte il y aura la photographie et peut-être même le signalement anthropométrique du porteur afin d'empêcher tout abus.
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« Comment I me dira-t-on, vous voulez traiter les malheureux comme les prisonniers? »
Je réponds que je ne vois vraiment pas ce que le système Bertillon peut avoir de blessant pour qui que ce soit. Est-ce que dans le passe-port ou dans le permis de chasse on ne donne pas le signalement du voyageur, et quelqu'un s'est-il jamais plaint qu'on attentât à sa dignité par ce qu'on relevait la forme de son nez ou la couleur de ses yeux ?
M. Bertillon ne fait pas autre chose. Au lieu d'indiquer la forme du nez, il en note la longueur ; à un portrait souvent peu ressemblant il substitue une photographie ; à la place d'une expression qui peut être blessante, il met un chiffre qui a Tavantage d'être d'une exacti>* tude mathématique.
Donc le malheureux ne saurait se plaindre qu'avant de le secourir on exige son signale* ment.
Lorsqu'un homme désire se faire non pas donner y mais prêter une somme quelconque et qu'il offre en garantie une hypothèque sur sa maison, n'est-il pas obligé de prouver que la maison est à lui, de montrer ses papiers de famille, son contrat de mariage, et par là môme
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de faire connaître parfois des détails qu'il aurait mieux aimé ne révéler à personne ? et ce môme homme, lorsqu'il demande une somme en prévenant à Tavance qu'il ne la remboursera pas, se sentirait humilié parce qu'on lui àemande de prouver qu'il est bien la personne à laquelle la somme est destinée î En vérité, une pareille objection n'est pas sérieuse.
Supposons maintenant que ma caisse cen* traie fonctionne.
Me voilà chargé de payer les chèques et les bons tirés sur moi, soit par les sociétés d'assistance, soit par les personnes charitables. Il est bien entendu que, moi, je ne joue ni le rôle de M. Mamoz, ni celui de M, L^fébure, ni celui des directeurs. des œuvres d'assistance par le travail. — Je ne fais aucune enquête, je ne prends aucun renseignement, je ne donne aucun conseil, je ne fournis aucun travail, je me contente de payer pour le compte de mes cor- ^ respondants. — Mais, qui ne voit immédiatement que mon livre de caisse va constituer le meilleur, le plus sûr, le plus sincère, le plus complot de tous les renseignements?
Un homme se présente à ma caisse avec un bon de 20 francs qui lui a été donné par l'œuvre des loyers. — Je le paye, et sur sa fiche qui
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reste entre mes mains» j^nscris cette somme de 20 francs. Il revient le lendemain avec un chèque de 20 francs de madame Carnot ou de de M. de Rothschild, avec un bon de layette de M. Jules Simon, avec un chèque de 30 franco du baron Schickler, — Je paye encore à moins que madame Carnot, que MM. Schickler, Jules Simon ou Rothschild, se rendant compte du fonctionnement de ma caisse, ne muaient donné Tordre de payer soies condition^ et cette condition on devine en quoi elle consiste; elle peat se formuler ainsi : « Payez, à moins que l'état de compte du mendiant ne vous prouve que j'ai été trompé. »
Mon système, on le voit, est des plus simples, et son efficacité est absolue, si toutes les sociétés viennent à moi* Et pourquoi nô viendraient-elles pas? Est-ce que la proposition que je leur présente constitue pour elles une charge? Non ; elle leur permet, au contraire, dQ réaliser une économie sensible en s'associant toutes ensemble pour n'avoir qu'un seul caissier.
Cette économie deviendrait considérable si, après s'être associé pour n'avoir qu'un caissier, on s^associait pour n'avoir qu'un seul local, situé au centre de Paris, et offrant les conditions
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désirables pour une installation de ce genre. Depuis dix ans que j'étudie cette question, j'ai examiné le problème sous toutes ses faces et dans s^s moindres détails. — Je rêve la création, à Paris, de quelque chose d'analogue à l'hôtel des sociétéà savantes. Dans cet hôtel, chaque société charitable aurait son bureau et son employé, mais tous les services qui pour* raient être mis en commun seraient centralisés. La caisse centrale, qui payerait les dépenses, pourrait effectuer les recettes ; la bibliothèque et les archives serviraient à toutes les sociétés qui, au lieu de convoquer à grands frais leurs adhérents, tantôt à l'hôtel Continental et tantôt à l'îxôtel du Louvre, les recevraient désormais à Vhdtel central des œuvres de charité.
Prenez le budget des sociétés privées qui fonctionnent à Paris, cherchez-y la somme que chacune d'elles est obligée de dépenser pour son loyer, son chauffage, son éclairage, ses frais de bureau, ses réunions générales, son secrétariat, et vous vous convaincrez bien vite qu'en adoptant mon système, on pourrait, à beaucoup moins de frais, créer l'œuvre à la fois grandiose et pratique que j'ai entrevue dans mes rêves, et qui, je Tespère, sera demain une réalité.
Je fais appel, pour m^aider, à toutes les bonnes volontés, je fais appel aux œuvres charitables de Paris, qu'il s'agisse d'œuvres confessionnelles ou d'œuvres laïques. En s'associant ensemble, aucune d'elles ne perdra un atome de son indépendance, et toutes réaliseront une économie considérable et empêcheront, par le fonctionnement de la caisse centrale, ce cumul des secours qui les ruine.
Enfin, je fais appel aux femmes qui, en matière de charité, savent allier le cœur au sens pratique.
Lamartine a dit, qu'au principe de toutes les grandes actions, il y avait une femme. L'œuvre, telle que je la conçois, est grande; j'appelle à son secours les femmes françaises.
Je suis persuadé que cet appel sera entendu, et alors, grâce à la réunion de tous nos efiforts, chacun de nous pourra se vanter d'avoir travaillé à la réalisation de cette grande œuvre humanitaire que déjà, il y a deux siècles, Louis XIV rêvait d'accomplir, lorsqu'il écrivrait dans ses Instructions au Dauphin :
« Si Dieu me fait la grâce d'exécuter tout ce que j'ai dans l'esprit^ je tacherai de faire en sorte, non pas à la vérité qu'il n'y ait plus
dans tout le royaume ni pauvre ni riche {car la fortune, V industrie et l'esprit laisseront étetnellement cette distinction entre les hommes), mais au moins qu'on n'y voie plus ni indigence, ni mendicité, je veux dire une personne, quelque misérable qu'elle puisse être, qui ne soit assurée de sa subsistance ou par son travail^ ou par un secours ordinaire et réglé, »