‹ Paris qui souffre. Les prisons de Paris et les prisonniersChapitre 15 sur 32 · CHAPITRE Xïl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xïl

LES CONDAMNÉS

Sainte-Pélagie. — Maison de correction. — M. Porral, directeur. — Le Pavillon de la presse. — Condamnés de droit commun. — Les deitiers. — Prison corruptrice. — La Santé. — Maison d'arrêt et de correction. — M. Laguesse, directeur. — Quartier commun et cellulaire. — L'infirmerie. — Relations formées en prison. — La Conciergerie. — M, Fabre, directeur. — Maison de justice. — Les accusés. — Les jeunes filîes détenues. — Destruction d'une relique. — Le Cherche-Midi. — Le capitaine Maîtrot, directeur. — Détenus militaires.

AisTE-PÉLAGiE. — La Vieille prison de Sainte-Pélagie est restée debout et ceux qui l'habitaient au siècle der nier h reconnaîtraient aisément ; tant d'écrivains célè bres, tant de conspirateurs devenus hommes d'État, ont passé dans ses murs, que cela lui a donné un lustre particulier aux yeux du public et on oublie que, prison aussi vulgaire que les autres, elle renferme en m<^me temps toute une population de malfaiteurs. I Elle se divise en trois quartiers : celui des condamnés, pour délits de droit commun, à un an et au-dessous, subissant leur peine ; celui des détenus pour dettes, et celui des condamnés politiques ; elle peut loger 700 déîenus, elle en renfermait 629 le 31 août dernier. Située dans la région la plus calme de Paris, derrière l'hôpital ïe la Pitié et le labyrinthe du Jardin des Plantes, dans des rues où l'herbe pousse entre les pavés, et où existent encore les pensions

bourgeoises, la prison de la Santé est un lieu de retraite, calme et silencieux, qui convient admirablement aux travailleurs, ei à ceux qui, de temps à autre, éprouvent le besoin de venir, loin des agitations de la ville, retremper leur talent dans la solitude.

Les vrais écrivains y deviennent de plus en plus rares ; plus souvent on voit à leur place de pauvres diables de gérants de journaux> qui font de la prison comme on fait un métier, et paraissent enchantés d*être nourris pendant quelque temps aux frais du gouvernement, sans qu'on puisse apercevoir bien nettement le profit que celui-ci peut en tirer; si encore cette prison était un lieu de torture, si on y coupait la main des hommes de lettre ou si on leur perçait la langue avec un fer rouge, elle pourrait intimider ceux qui n'ont pas dégoût pour les souffrances du martyre; mais telle qu'elle existe depuis bien des années, et malgré de récentes aggravations apportées à son régime, il ne semble pas qu'elle ait jamais effrayé personne.

Le bâtiment, connu sous le nom de Pavillon, réservé aux condamnés pour délits politiques et de presse, est absolument séparé des autres ; son escalier est même celui qui conduit aux appartements privés du directeur; quand on visite Sainte-Pélagie, on n'entre pas dans les chambres des condamnés politiques, mais en revanche on les rencontre à chaque instant dans les couloirs; on se croirait dans un de ces vieux hôtels meublés du quartier Lann où la simplicité de la mansarde, toujours ouverte aux aimables voisins, se prêtait à la gaîté mieux encore qu'au travail.

Les politiques, bien qu'ils aient donné à leurs chambres les poms légendaires de grand et petit tombeau, petite et grande Sibérie, boite aux lettres, etc., ont toujours été traités avec des Égards particuliers où se mêlait à des sentiments d'humanité une

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certaine préoccupadoa de ne pas trop irriter les puissants du lendemain. « Par le temps qui court, disait, il y a quelques mois, M. Anatole de la Forge, à ses collègues de l'Assemblée, nous pouvons les uns ou les autres être envoyés à Sainte-Pélagie; par conséquent, en demandant au ministre de revenir à un régime plus doux, je crois lui adresser une réclamation juste, sensée et sage, a

Comme la prison de Clichy, comme la prison de la Garde Nationale, Sainte-Pélagie était une sorte d'hôtellerie obligatoire où l'on pouvait recevoir ses amis ; correspondre avec le dehors, donner des petites fêtes, et tout faire en un mot, à la condition de ne pas sortir, et encore M. Ranc, dont le témoignage ne me paraît pas suspect, raconte que, sous le second Empire, M. Cartier, préfet de police, accordait sans la moindre difficulté des permissions de sortie en toute liberté, sans agents ; il suiHsaic que l'on lui donnât un prétexte quelconque et qu'on prît l'engagement d'honneur de rentrer au bercail ; Proudhon allait ainsi se promener un jour chaque semaine.

Dans ses « Lundis de prison », M, Macé raconte que de même Vermorel et Vallcs sortaient tous les jours jusqu'à minuit et allaient au spectacle ; M. Marei se souvient d*y avoir lait des parties de colinmaillard dans les escaliers avec MM. Yves Guyot et Sigismond Lacroix; et j'ai lu dans un curieux récit de M. Lockroy, qu'il y fut un jour avec ses co-détenus, Ranc, Clemenceau et Raoul Rigault, condamné à mort pour jacobinisme; c'était Delescluze qui avait trouvé plaisant de se constituer en tribunal révolutionnaire; peu de temps après, le 23 mars 1871, un disciple de Proudhon, l'avocat Gustave Chaudey y était fusillé pour tout de bon, dans le chemin de ronde, par les ordres de Rigault; le drame suivait de près la comédie.

Sauf de très rares exceptions, Tisolement n'a jamaisété appliqué aux détenus politiques, et je me borne à enregistrer celte réflexion mélancolique que faisait en 1846 un inspecteur général des prisons:

«c Si la séparation individuelle eut été appliquée à tous les détenus sans distinction, de grands malheurs eussent été épargnés à la France; car telle est du moins ma conviction intime, tous les crimes politiques qui ont ensanglanté les rues de la capitale, tous les attentats qui out été commis contre la vie du roi, toutes les transformations qu'ont subies les sociétés secrètes, tous les pactes d'alliances qui ont relié entre eux les divers partis depuis 1S30 ont été fabriqués et concertés dans les conciliabules de Sainte-Pélagie. »

Au mois de juin 1889, certains articles et des caricatures irrévérencieuses étant sortis de la prison où se trouvaient alors le député Numa Gilly et le dessinateur Alfred Le Petit, qui s'était amusé à demander la permission d'enlever la porte de sa chambre sur laquelle il avait peint sa propre charge, l'administration remit en vigueur le règlement de droit commun de 1867, tombé en désuétude, et entre autres choses, exigea que les visites fussent reçues dans un parloir et non plus dans la chambre du détenu lui-même. Ces mesures, que je rappelle à titre d'historien impartial, soulevèrent une vive émotion dans la presse et donnèrent lieu à une interpeOation à la Chambre des députés ; h tenue de la maison devint plus réglementaire, et, sauf exceptions, qui peu à peu redeviendront la r^le, les détenus ne reçoivent plus dans l'intimité de leurs chambres.

On a installé un parloir commun, je dirais volontiers le salon de réception, si des chaises de paille rangées le long des murs, n'en étaient l'unique ornement, dans la chambre la plus belle, la plus enviée de toute la maison; elle fut la demeure de Proudhon pendant trois ans; à la veille de devenir membre du

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gouvernement de la Défense nationale, Rochefort harangua, par ses larges fenêtres, la foule rassemblée dans la rue; les détenus donnèrent à cette pièce le nom de Laurent Pichat, en souvenir d'un vieux fauteuil à la Voltaire que par une aimable] attention, le poète

Sainte-Pélagie. — Cour Jes détenus politiques.

journaliste, qui devait bientôt avoir un meilleur fauteuil au Sénat, avait laissé i l'intention de ses successeurs moins favorisés. ^ Je ne crois pas qu'en réunissant dans la même prison, les délinquants en matière de presse, parmi lesquels les grands moralistes ne se rencontrent pas tous les jours, et les malfaiteurs de droit commun, l'administration ait obéi à une idée philosophique et voulu établir un lien entre la littérature et la criminalité; sans doute les crimes procèdent parfois d'idées et de doctrines imprudemment lancées dans ïses ignorantes. N'est-ce point Victor Hugo qui dans sa pré-

Éice du Dernier jour d'un condamné allait jusqu'à attribuer à Voltaire et à Pigault Lebrun la perversion des âmes des jeunes criminels ? Sans méconnaître le mal que produit la vulgarisation de certaines œuvres, je les considère comme des adjuvants plutôt que comme des causes «premières; elles répondent aux instincts mauvais et leur procurent un aliment plutôt qu'ils ne les font naître.

Dans une de ses charmantes causeries parisiennes, M. Jules Claretie raconte qu'un jour à la Cour d'assises, pendant une suspension d'audience, il eut l'idée de demander à un jeune assassin ; « Vous avez dû souvent lire Ponson du Terrail ?

— Moi, répondit le jeune gredin, à quoi bon; nous travaillons tous les deux dans les coups de couteau et je suis joliment plus fore que lui. »

Sans chercher, je le crois du moins, à établir le moindre rapprochement entre les idées et les faits, le ministre de l'intérieur a réuni dans les mêmes murs les délits de presse et les délits de droit commun, par cette seule raison qu'on n'avait pas d'autre prison pour les séparer ; mais pour être logés .\ la même enseigne, ils n'en sont pas moins soumis à des régimes absolument différents.

Je ne connais rien de plus épouvantable que le quartier descondamnés; le mal que cette prison lait aux coupables que la justice remet à l'administration à la charge de les rendre meilleurs, est incalculable; sans doute on doit la démolir ; mais elle est sous cette menace depuis si longtemps qu'elle ne doit plus s'en effrayer beaucoup; en attendant, elle est une école de vice en pleine prospérité, et les statistiques criminelles enregistrent chaque année ses succès.

Il est du devoir de tous ceux, qui savent ce qu'elle est, de le dire bien haut, dansl'e&poir de favoriser les projetsde radministr.ition en soulevant un mouvement de légitime indignation; l'opinion, si elle

était éclairée, réclamerait la fermeture de cette geôle avec une telle énergie qu'il ^udrait bien trouver les fonds nécessaires pour en débarrasser Paris ; c'est contre Sainte-Pélagie bien plutôt que contre Saim-Lazare, qu'il eût été utile d'organiser une canîpague, c'est bien cette prison dont on peut dire qu'il faut la brûler au plus vite.

« Ce que la moralité souffre dans de pareils cloaques, où Végout social semble avoir dégorgé toutes ses immondices, ne peut être soupçonné »; il y a plus de dix ans que M. Maxime Ducamp tenait ce langage; s'il avait eu le pouvoir, la prison à coup sûr ne serait pas restée longtemps debout, er c'est un regret de plus pour Paris que l'événement qui allait en faire son Préfet de police ne se soit pas réalisé. C'est au public, à quiconque songe à Tlime des condamnés, ou s'eftVaie de l'accroissement des crimes, qu'il appartient de prendre, par ses protestations, la pioche des démolisseurs et de frapper ferme sur ces vieilles murailles, toutes dégoûtantes d'immoralité et de vice. Je puis tenir ce langage sans méconnaître le zèle du directeur et de ses agents; leur dévouement est à la hauteur des difficultés que leur impose une si détestable installation.

Dans cette prison étroite et resserrée, sept cents hommes environ, de tout âge à partir de seize ans, sont entassés les uns sur les autres ; leurs coudes se touchent, les haleines se mêlent, les corruptions se confondent et il semble qu'un même sang vicié coule dans toutes ces veines ; à l'atelier, qu'ils appellent le turbin, ils sont si près les uns des autres que leurs mouvements en sont gênés; dans les cours, lorsqu'il n'y a pas de travail, ils se rassemblent le long des murs ou sur les bancs, comme attachés les uns aux autres ; mais ce qui est véritablement odieuxj c'est de les voir réunis dans une salle basse, dont le badigeon jaune et noir, recouvre de temps à autre les ignobles inscriptions tracées cha-

que jour sur les murs; les piliers massifs et de forme carrée qui portent le plafond ne permettent pas à l'œil de toat voir à h fois et forment des coins d'ombre favorables aux entretiens suspects; cette salle sert de promenoir quand il pleut, et de réfectoire où les détenus sont obligés de manger debout ; comme elle n'est pas assez vaste pour les contenir tous, le plus fon se fait de k place au détriment du plus faible ; il y a là d'horribles poussées où les haines mystérieuses de la prison peuvent se satisfaire sans résistance possible.

Loin d'apporter un remède à des maux si cruels pour celui qu'une première faute amène dans cet enfer, la nuit les rend plus épouvantables encore ; le détenu ne peut pas se dire : ce soir, je serai seul, je m'appartiendrai, je n'aurai plus sous les yeux le spectacle de tous ces vices; non, dès que la nuit arrive, il monte dans des petite dortoirs de cinq mètres carrés, contenant de cinq à dix lits qui se touchent ; on ferme la porte et Ih, dans l'obscurité la plus complète, il reste jusqu'au lendemain matin avec les compagnons que le hasard lui a donnés.

Sans doute un gardien circule dans le couloir et vient de temps en temps, s'il croit entendre un bruit suspect, mettre son œil i un petit judas ménagé dans la porte; seulement il ne voit absolument rien, son regard ne pouvant se porter dans les angles et la chambre n'étant pas éclairée ; pourrait-on mieux faire si l'on se proposait d'organiser l'enseignement mutuel de la corruption.

Ce qui ajoute encore au danger de cette promiscuité et rend la surveillance presque impossible, c'est l'étroîtesse de tous les dégagements ; ce ne sont que recoins obscurs, petits escaliers, réduits ténébreux, passages voûtés, où il est facile de se cacher, de causer sans être vu et de préparer quelque mauvais coup.

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lî serait à souhaiter au moins qu'en attendant la destruction de cette maison on n'y envoyât que les récidivistes, malheureusement on y met aussi bien ceux qui en sont à leur première faute et peuvent être encore relativement honnêtes ; ainsi, elle reçoit en même temps que la prison delà Santé les individus jugés en flagrant dôlit, c'est-à-dire pour des faits peu graves ; Tenvoi dans Tune ou l'autre des deux prisons dépend non pas comme on pourrait le supposer de la nature du délit ou de la condition du condamné, mais tout simplement du jour de la condamnation ; les premiers jours de la semaine sont réservés à la Santé, les autres à Sainte- Pélagie, c'est une sorte de loterie ; si vous avez la chance d'être jugé le lundi, vous bénéficiez du régime cellulaire de la Santé, si ous êtes jugé le jeudi, vous allez subir le régime odieux de Sainte- Pélagie.

U y a un troisième quartier dans cette prison, celui de la Dette ; il est le moins nombreux de tous ; il ne compte en ce moment que dix-sept détenus ; la contrainte par corps abolie en 1867 pour les dettes civiles a été maintenue par les lois des 22 juillet 1867 et 9 décembre 1871, pour le paiement des amendes et frais de justice et des dommages-intérêts accordés à des particuliers à la suite d'une condamnation criminelle ou correctionnelle.

On met aussi dans ce quartier les fraudeurs en matière de régie ; ce qui fournit le plus à cette division, ce sont les marchands d'allumettes de contrebande ; il y en a presque toujours quatre ou cinq sous les verrous ; ce sont en général de fort mauvais sujets, comme ils sont plusieurs dans k même cellule, et que Tliiver ils se réunissent dans un chauffoir, la prison n'ayant pas de calorifère comme à Mazas, il leur est facile d'achever leur éducation. Je me souviens de l'impression pénible que j'ai éprouvée en trouvant

dans une cellule étroite à ne pouvoir se remuer, un garçon de dix-sept ans à côté d'un vieillard de soixante-dix ans, portant tous deux sur leur visage les stigmates du vice, et passant là des journées entières, sans travail et sans la moindre surveillance.

D existe bien à Sainte-Pélagie quelques cellules où» moyennant la fameuse pistole, on peut être seul ou avec trois ou quatre détenus seulement; mais elles sont en si petit nombre qu'elles ne peuvent remédier aux inconvénients de la maison.

La Santé. — A peu de distance de l'Observatoire, rue de la Santé, rarcliiiecte Vandremer a construit la prison portant le nom de cette rue; elle fut ouverte en 1867, pour remplacer les Magdelonnettes ; comme Mazas, elle forme un vaste îlot, enfermé dans un grand mur, ce qui lui donne l'aspect d'un immense réservoir. Elle a déjà été mêlée aux événements politiques ; on y logea pendant le siège les prisonniers allemands et la Commune y enferma quelques jours le général Chanzy. Elle peut contenir 1,000 détenus; au 16 août 1889, elle en comptait 1,130.

Après avoir traversé la cour d'entrée, on pénètre dans le vestibule; on a devant soi deux grandes grilles auxquelles aboutissent deux couloirs séparés; Tune est l'entrée du quartier commun, l'autre celle du quartier cellulaire. On applique dans cette maison les deux formes de l'emprisonnement ; d'une part, l'isolement absolu de jour et de nuit, tel qu'il est pratiqué à Mazas, dans des corps de bAtiment rayonnant autour d'un pavillon central ; et d'autre part ce régime mixte auquel on a donné le nom de système auburnien çt qui consiste dans la vie en commun pendant le jour et la cellule la nuit.

Chaque cellule est de j^'jéo de longueur, sur 2 mètres de large

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et 3 mètres de hauteur ; elle est éclairée sur les cours par une croisée vitrée, dont la partie supérieure ne s'ouvre qu'à une distance réglementaire ; elle est pourvue d'un lit de fer fixé au mur et dont la partie mobile peut se relever le long du mur pendant le jour; l'appareil d'éclairage est placé dans le mur sur le côté de la porte; le chauflFage a lieu au moyen d'une bouche de chaleur.

Les détenus qui sont soumis au régime cellulaire sont les forçats et les condamnés à la réclusion qui attendent leur départ pour la Nouvelle- dlédonie ou la maison centrale, et les condamnés correctionnels à un an et au-dessous, qui n'ont pas d'antécédents.

Le régime en commun est appliqué aux condamnés correctionnels ayant déjà subi une ou plusieurs condamnations; en un mot, comme la prison ne renferme que cinq cents cellules, on est obligé de faire la part du feu, on isole ceux qu'on suppose guérissables, parce qu'ils n'ont été condamnés qu'une fois, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont commis qu'une faute» et on abandonne les autres à la contagion.

Les deux quartiers sont installés dans des bâtiments séparés et disposés de façon à éviter les communications que les règlements interdisent de la façon la plus absolue. Mais les règlements les plus prévoyants, les précautions les mieux prises, ne peuvent rien contre la force des choses et les ruses des détenus ; dans toute prison où il y aura des cellulaires i côté d'un quartier en commun, on peut être sûr que des communications ne tarderont pas à s'établir entre les deux sections ; sans doute, elles sont rapides, incomplètes ; elles consistent dans un signe échangé, un mot murmuré à l'oreille, un avis passé en courant, mais souvent il n'en faut pas davantage entre gens faisant partie des mêmes bandes et se comprenant pas un simple clignement d'yeux.

Je demandais un jour à un détenu qui, ayant été au quartier commun, prétendait avoir su qu'un de ses camarades était au quartier cellulaire, comment il avait pu en être informé; il parut surpris de ma naïveté et m'expliqua que par les auxiliaires, c'est-àdire les détenus qu'on emploie à aider le personnel, par les gardiens eux-mêmes quelquefois,' par des rencontres fortuites, quand on va chez le médecin, au greffe, chez le directeur, on parvient facilement h avoir des nouvelles les uns des autres ; cela peut paraître extraordinaire à première vue, mais l'expérience du monde des prisons fait cesser ces surprises; plus la séquestration est sévère, plus elle développe chez l'homme la finesse des sens en vue de s'en affranchir et de satisfaire ses besoins de sociabilité; semblable au sauvage pour qui le moindre signe est une révélation, lorsqu'il est sur la piste de guerre, le prisonnier par une attention soutenue, par une observation perpétuellement en éveil, par une attraction, en quelque sorte magnétique traversant les murailles, arrive à un degré de sensibilisation telle que le plus mince rayon de lumière, filtrant à travers ses barreaux, laisse sur lui une empreinte; il observe les choses les plus insignifiantes; s'il trouve par terre un bout de fil, une épingle, un morceau de papier, il les ramasse précieusement ; son oreille perçoit le moindre son, son œil est toujours ouvert, et, avant même d'entrer en prison, il connaît par ses camarades tous les moyens imaginés, avec une merveilleuse puissance d'invention, pour établir des relations entre tous ces hommes servant la même cause, ressentant les mêmes appétits et se considérant comme en état de légitime défense vis-à-vis de la société qui les tient captifs.

Si des communications parviennent à s'établir même entre des quartiers absolument séparés, on comprend combien elles doivent

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liter la surveillance, procurer à des esprits méditatifs quelques heures de recueillement, mais elle laisse subsister tous les dangers de la communauté, puisque dans la journée, à l'atelier, au réfectoire, dans les promenades, les détenus se voient et ont, malgré la déft:nsc qui leur est faite, mille occasions de se parler.

Or, dans une prison de Paris, comme la Santé, ce danger est infiniment plus considérable que dans une maison centrale où Ton reste plus longtemps et, où, venantde pays différents, on est étranger les uns aux autres. A la Santé, au contraire, les condamnés font un court séjour puisqu'on n'y subit que les peines inférieures à un an; ils ont en perspective une liberté prochaine; pour la plupart d'entre eux liberté signifie reprise de la vie coupable, nouvelles expéditions à organiser, nouvelles entreprises à tenter; tous ces détenus ont la même origine et se connaissent; ce sont des Parisiens condamnés par le tribunal de la Seine et en admettant même qu'ils n'aient pas été en relations antérieures ils se trouvent dès leur entrée en pays de connaissance; ils rencontrent tout de suite quelqu'un de leur quar^ rier, de la Villette ou de Montmartre, pour, leur servir de chaperons; la Santé, quoi qu'on dise, est donc à ce point de vue un des foyers où se propage la contagion du mal; il est à regretter que le système cellulaire n'y soit pas pratiqué dans tome sa rigueur et que l'on mette précisément en commun ceux qu'on aurait le plus d'intérêt à isoler parce qu'ils sont les plus dangereux, c'est-à-dire les récidivistes.

Il est vrai que par une attentive sélection entre eux on cherche autant que possible à grouper les bons éléments, s'il en existe, et à les séparer des plus mauvais; mais malgré tout que de méfaits, que de crimes ont été projetés, que d'enrôlements dans les bandes de voleurs ont été préparés dans les ateliers et dans les préaux de

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cette prison, sans doute plus facilement surveillés que ceux d Sain te - Pélagie, mais encore trop favorables à la corruption des dctenus et à renseignement mutuel qu'ils se donnent.

Gterai-je, par exemple, les deux auteurs de cet assassinat commis au Palais-Royal, dont j'ai déjà parlé? Ce fut dans la prison de la Santé où chacun d'eux subissait une peine correctionnelle que les deux criminels firent connaissance ; à leur sortie de prison ils continuèrent à se fréquenter et leur intimité devint telle qu'ils habitèrent ensemble ; ils renoncèrent bientôt atout travail pour ne plus vivre que du produit des vols qu'ils commettaient.

Jamais on ne vii une preuve plus manifeste des dangers de lu vie commune que dans l'assassinat commis par une bande de malfaiteurs dans une villa d'Auteuiî; c'est parce que trois condamnés à de petites peines, trois, six et huit mois de prison pour coups et vol, se rencontrèrent à la Santé, que trois mois après un malheureux homme était tué dans les circonstances les plus atroces. Les juges correctionnels, par la condamnation antérieure qu'ils avaient prononcée contre ces hommes les avaient remis à l'administration et en quelques mois ils devenaient des assassins. L'un d'eux à écrit cette triste histoire et son témoignage est trop instructif pour que je ne le rapporte pas en entier :

M Enqiiaiité de récidiviste, dit-il, on me mit dans le quartier commun, où je fis la connaissance d'Allorto, Catelain et tant d'autres. Nous étions dans le même atelier sauf Catelain qui était auxiliaire à la 5" division sur lequel notre atelier était. J'étais aux sacs en papier comme 2" emballeur, Catelain comme i", et Allorto était balayeur, de sorte qu'on lia connaissance; ils connaissaient l'emplacement de mes parents, ils savaient que je les avais volés et avaient même vu des montres que j'avais données îi des femmes,

de sor:e qu'une liaison s'établit bien vite entre nous. On parla du il4?hors, cfiacun rnconta ses exploits à sa manière; Catelain fut libéré le premier, Allorto le deuxième et moi le dernier; je devais aller les chercher :\ leur sortie; je les rencontrai peu de jours après» avec plusieurs femmes, on s'attabla, on but plusieurs tournées; je commis l'imprudence de leur donner l'adresse du restaurant où je mnngeais d'habitude et h partir de ce moment on se vit tous les jours, jusqu'au moment où ils vinrent me chercher pour entreprendre cette terrible affaire. »

Voilà, ce qui sort du quartier commun de la Santé, par la faute da système; voili les inconvénients que ne peuvent éviter ni la direction, malgré tous les soins qu'elle apporte à classer le mieux possible les condamnés confiés i sa garde, ni les surveillants trop peu nombreux.

Dans un des bâtiments de la prison on a installé une infirmerie généralej véritable hôpital, où sont envoyés indistinctement les malades des différentes prisons de Paris, soit lorsque la maladie est grave, soit lorsqu'ils sont l'objet d'une faveur particulière; on est en effet beaucoup mieux, dans une grande salle éclairée par de larges fenêtres que dans une étroite cellule; sans compter les autres avantages de nourriture, de coucher, de distraction; mais si cette infirmerie est convoitée par les détenus, ce n'est pas seulement parce que le régime est plus doux, c'est surtout parce qu'elle substitue la vie commune au régime cellulaire; or, c'est précisément par là qu'elle devient dangereuse; toutes les garanties que présentait la cellule au point de vue de la préservation du prévenu disparaissent complètement, les malades vrais ou faux, sont pour ainsi dire livrés à eux-mêmes, et c'est là le plus souvent que se font les mauvaises connaissances, des communications s'établissent

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avec le dehors et les épidémies morales exercent librement leurs ravages.

Après ces tristes constatations, qui appellent un remède énergique et prompt : la cellule sans exception, les chambres isolées et surveillées pour les malades, je ne crois pas que le lecteur trouve beaucoup d'intérêt à apprendre que la Santé occupe unesuperficie de trois hectares, qu'elle est réputée comme un modède; que l'aspect de ses bâtiments est plutôt riant que triste; qu'elle ressemble un peu à une vaste cité ouvrière, que l'air y circule largement; que les ateliers sont plus vastes et plus beaux que ceux d'aucune usine; les cellules plus grandes, les lits plus confortables, les planchers mieux parquetés, les lavabos mieux installés cu'ailleurs; que les cours des communs sont plantées d'arbres et chinées de massifs de fleurs, de telle sorte que les condamnés que le remords ne trouble point, n'y passent pas d'une façon trop pénible, les quelques mois de repos relatif que le tribunal à cru devoir leur octroyer.

La Conciergerie. — Lorsque b porte toute cuirassée de fer, qui se trouve sur le quai de l'Horloge, s'ouvre pour la première fois devant un accusé, celui-ci doit se demander si ses gardiens ne se sont pas trompés et ne l'ont pas amené dans un palais au Heu de le conduire dans une prison ; après avoir traversé une cour d'un aspect très décoratif, dominée par les hautes murailles de la salle des Pas-Perdus et les poivrières des tours, après avoir franchi les grilles qui se développent au bas de quelques marches sous l'arc élégant d'une porte gotiiique, il se trouve dans une merveilleuse salle dite des Gardes, dont les voûtes ogivales reposent sur de gracieux piliers aux chapiteaux délicatement fouillés ; quelque grossier et ignorant qu'il puisse être, il ne peut se défendre d'une certaine émotion ou

tout au moins d'un seruimeni de surprise j il a entendu vaguement parler des événements qui se sont passés dans ces lieux in\posants, ri n'ignore pas que les rois l'ont habile au temps de leur puissance, et que les reines y ont demeuré au temps de leur infortune; alors de singulières, réflexions viennent troubler son esprit; il se croit le jouet de quelque rûvc ; son imagination , toute épaisse qu'elle soit, est frappée par l'aspect grandiose de ces murailles, de ces escaliers, de ces hautes cberainées, de ces longues files de piliers, les .uns fins comme de jeunes arbres, les autres majestueux comme de vieux chênes; il se dit : est-ce bien pour moi, habitué à vivre dans des bouges, est-ce bien pour mes misères et mes crimes, qu'on a préparé une telle demeure, est-ce bien pour moi, souillé par tous les vices qu'on a relevé le palais de saint Louis, est-ce pour me conduire à la Cour d'assises qu'on a rouvert le chemin, qui, à iravers ces sjjperbçs galeries, conduisit une reine à l'échafaud ?

Je sais bien qu'on ne lui laisse pas trop le temps de se livrer à ces réflexions, et que bientôt il entre dans le quartier plus vulgaire qui lui est réservé ; dans un vaste rectangle, on a planté, en ménageant une galerie qui en fait le tour, une sorte de boîte comprenant soixante-seize cellules disposées comme celles de Mazas.

Elles sont destinées aux appelants devant la Gourdes jugements de police correctionnelle, et aux accusés qui viennent y attendre leur comparution devant la Cour d'assises dès qu'ils ont reçu à Mazas la notification de l'arrêt de renvoi de la chambre des mises en accusation ; les femmes n'y sont pas envoyées, elles restent à Saint-Lazare jusqu'à la dernière heure.

Le nombre des accusés dépassant presque toujours d'une trentaine celui des cellules, on est obligé de les doubler, ce qui oflfre les

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plus graves înconvénîems ; les repris de justice donnent des consultations aux jeunes, leur apprennent comment il faut se détendre devant le jury. Le passage des accusés dans cette maison, d*où Ton sort acquitté ou d'où l'on retourne soit à la Santé soit à la grande Roquette, ne dépasse guère un mois ; il ne saurait être prolongé sans dommage pour l'accusé ; une humidité glaciale règne dans ces souterrains qui sont presque au niveau de la Seine, l'air est épais et ne s'y renouvelle pas, et il faut tenir le gaz allumé dans le jour. Les cours sont étroites comme celles du Dépôt, et lorsque les gardes républicains auxquels revient ce périlleux service, conduisent les accusés à la Cour d'assises, il faut qu'ils aient l'œil bien ouvert et la poigne solide pour ne pas être terrassés dans les escaliers obscurs par les bandits qu'ils sont chargés d'escorter.

Je n'oserais atfirmer que tous les accusés éprouvent en entrant dans cette prison les impressions que je leur prête, mais je ne doute pas qu'elles ne viennent à l'esprit des visiteurs ayant tant soit peu le sentiment du beau et le respect des souvenirs; si l'on tenait à l'entrée un registre pour recueillir les protestations contre la profanation parle séjour des criminels de ces lieux vraiment augustes, il se couvrirait de milliers de signatures ; bien des gens diraient sans doute que si on a eu raison de dépenser des millions pour conserver à l'art et à l'histoire les restes du palais de saint Louis, il ne fallait pas en faire le vestibule de la prison des voleurs et des assassins.

« Le cœur saigne, écrivait Balzac en 1858, à voir comment on a taillé des geôles, des réduits, des corridors, des logements, des salles sans jour ni air, dans cette magnitique composition où le byzantin, le rom.nn, le gothique, ces trois hces de Tart ancien, ont été raccordées p.u l'aichitccLure du iia* siccle-«

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Depuis, d'importantes restaurations ont été faites, et la prison a été un peu refoulée, mais elle est toujours là ; il semble même, qu'elle veuille reconquérir le terrain perdu et reprendre son œuvre de vandalisme ; son utilité ne justifie pourtant pas ses filcheuscs ambitions, il semble même qu*au point de vue de l'isolement, il serait bien préférable de laisser les accusés attendre dans leur cellule de Mazas le jour de l'audience.

Il y a, dans la partie de la Conciergerie à laquelle on n'a pas encore touché, des lieux bien souvent décrits et que les nobles infortunes dont ils ont été les témoins ont rendus vénérables.

C'est la cour et son promenoir, semblable aux arcades de la place Royale; la belle salle, transformée en chapelle aujourd'hui déserte, où les Girondins, victimes à leur tour des lois inexorables des révolutions, attendirent la mort sinon autour de la table du banquet légendaire, au moins avec une stoïque indifférence.

C'est surtout, ce qui est comme la relique de la maison, la petite chambre oii Marie-Antoinette eut tant à souffrir, et d'où elle sortit, portant si haut et si fièrement la tête comme îl convient aux martyrs, qu'elle se heurta le front contre la porte. Sans doute ce qu'on a appelé le vandalisme respectueux, presque aussi à redouter que le vandalisme haineux, a orné ce cachot d'une façon maladroite et comme le dit Victor Hugo dans <« Les choses vues et inoubliables »! « C'eût été une émotion profonde et une impression inexprimable, si Ton voyait encore le pavé nu, la muraille nue, les barreaux au soupirail; » jamais trône d'or ni de diamants n'aurait eu un rayonnement semblable à celui qui se serait dégagé de la misère de cette cellule, et le gardien, qui cumule les fonctions de surveillant des accusés et de guide des étrangers, peut attester avec quel attendrissement et quelle respectueuse curiosité des mul

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lîtnîfes de visiteurs pénètreni dans ce sanctuaire devenu lieu de pèlerinage.

^ Or, on dit que les architectes veulent raser tout cela pour

Hgrandir la prison ; il y a des choses auxquelles il ne faut pas toucher à moins d'être du parti des iconoclastes; ces monuments sont

^bmrne les feuillets de notre histoire; si chacun, sous le prétexte d'effacer de douloureux souvenirs, détache la page qui lui déplaît, le livre sera bientôt vide; les souvenirs glorieux réjouissent, l,es autres servent de leçon ; le cachot de Marie- Antoinette a plus contribué à faire détester la Terreur que tous les livres du monde; un peuple gagne autant à considérer ses fautes qu'à s'enorgueillir de ses succès, ce sont les monuments, témoins irrécusables, qui sauvent la vérité historique contre ceux qui cherchent dans l'erreur, dans la destruction des preuves, la réhabilitation des actes ks plus criminels.

Il faut donc que la prison des Girondins, le cachot de Marie- Antoinette demeurent ; il le faut dans rintérêt de Thistoire, de la morale et de l'art; et si vraiment il a pu entrer dans Tesprit de quelqu'un de renverser cts pierres devant lesquelles l'incendie de la Commune s'était lui-même arrêté, il faut que Topinion publique avertie à temps, proteste par tous les moyens qui sont à sa disposition contre un pareil sacrilège et le rende impossible.

I Le Cherche-Midi. — L* armée a toujours eu le privilège d'avoir son code pénal, ses conseils de guerre et ses prisons; la suppression des divers tribunaux, qui sous des titres quelconques introduisent dans la loi des exceptions presque toujours fatales au principe de TégaUté devant la justice, peut être souhaitée par les esprits vraiment libéraux; mais les fautes militaires sont d'un ordre tellement

particulier qu'il serait difficile sans affaiblir la discipline de les soumettre ;iux juridictions de droit commun.

Les prisons militaires sont le complément nécessaire des tribunaux spéciaux institués par les lois des 13 brumaire an V, 18 vendémiaire et 27 fructidor an VI. La maison militaire d*arrêt et de correction située rue du Cherche-Midi, 38, en fiice d'un vieil hôtel où siègent les conseils de guerre et de revision, a été ouverte le 30 décembre 1851,

Elle reçoit des prévenus, des passagers, des condamnés de un h cinq ans et des soldats punis disciplinairement. Le nombre des détenus de ces différentes catégories est de 240 environ; les prévenus et les disciplinaires sont en cellule et les condamnés en commun.

Comme dans les prisons civiles les condamnés sont astreints au travail, qui est à l'entreprise, ils peuvent, sur k prix de leur saLiire, se procurer des vivres supplémentaires iusqu':\ concurrence de 3 fr. 50 cent, par semaine.

Le régime est plus doux; les déienus qui travaillent et les disciplinaires reçoivent une soupe grasse le matin avec 150 grammes de viande, et le soir une soupe maigre ;\ l'exception des jeudis et des dimanches où on leur donne le plat bien connu de tous les troupiers sous le nom de rata au mouton.

Pendant la saison des chaleurs ils reçoivent des distributions journalières d'eau-de-vie pour assainir leur eau, à raison d'un trente-deuxième de litre par homme; lorsqu'ils sont malades on les transporte dans une voiture du train des équipages au Val-de- Grâce, dans une salle spéciale dite des consignés.

Le directeur de la prison est un che[ de bataillon ou capitaine, placé hors cadre et ayant le titre de commandant des prisons; les surveillants nommés par le ministre Je la guerre, se rcrutont parmi

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les sous-ofHciers de rarmée active, et la surveillance appartient, comme celles des régiments, à l'Intendance miliuire; enfin, il y a une chapelle et un aumônier.

La prison du Cherche-Midi, avec sa façade donnant directement sur la rue, a l'aspect d'une caserne ; elle ne relève en aucune façon de l'administration pénitentiaire. Tout s'y passe avec un ordre tout militaire et l'homme y est traité comme un soldat plutôt que comme un détenu.

L'avocat est le seul qui représente l'élément civil; les portes do parloir lui sont largemient ouvertes. Les conseils de guerre aiment à l'entendre, ils laissent à sa parole la liberté la plus grande et, plus souvent peut-être que les juges civils, les militaires se laissent vo- 'lontiers toucher par les chaleureux appels adressés à leur cœur.

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