CHAPITRE Xill
PAUVRETÉ ET VICE
Le Dépôt. — Le bon et le mauvais pauvre. — Bienfaisance et répression. - L'hospitalité de nuit. — Le délit de mendicité et de vagabondage. — Villcrs- Cottrcts c: S.ilnt Denis. — Le dépôt de Nanterre. — M. Caplui, directeur. Hospiialisés et condamnés. — Le quartier cellulaire. — Contact malfaisant, La question de la mendicité. — Rôle des autorités locales. — Assistance par les communes. — Pénalité sévère. — Transportation. — Prison luxueuse, L'Âme oubliée.
E système des prisons du départemeni de la Seine se complète par la maison de Nanterre, destinée principalement à la répression de la mendicicc. La îîiendiciié ei le vagabondage, qui se confond toujours avec elle, sont des plaies sociales qui attendent leur guèrison de la cliariié privée et de l'assistance publique; lorsque ces deux forces s'entendent le mal diminue, quand elles sont en lutte, il augmente.
La charité a toujours eu pitié de ceux que les maladies ou une misère involontaire ont réduits à Thumiliante nécessité de tendre la main à leurs frères plus heureux ; pour honorer et soulager cette pauvreté sans reproches, des saints se sont même réduits euxniûmes à une mendicité volontaire. Ce n'était pas à coup sûr à la mendicité, née de la paresse ce du vagabondage, qu'ils vouLiient rendre hommage ; ils étaient les premiers à la condamner avec
vèrîté; mnîs ils se gardaient bien en mânic temps d'englober tous les mendiants dans une réprobation si générale qu'elle aurait rendu méprisable le pauvre lui-même.
Sans doute, la race des paresseux, des rôdeurs effrontés et insolents, des truands et des malandrins, n'est pas éteinte ; on ne peut parcourir nos rues sans en rencontrer quelques échantillons ; parmi ces gens, les uns vous attendrissent par leurs larmes, les autres exagèrent leurs infirmités; on a raconté bien souvent qu'ils replient leurs jambes et leurs bras, au point d'avoir l'air de culs-de-jalte et de manchots ; qu'avec un morceau de savon ils simulent la bave del'épilepsie; et qu'on voit sur leurs genoux des entants éternellement à la mamelle; ces mendiants-là, on les connaît, on sait leur nom ; on peut désigner tel endroit de nos boulevards et de nos rues où ils vont tous les jours, avec la régularité de l'em-
I ployé se rendant à son bureau ; ils semblent si tranquilles dans l'exercice de leur métier, qu'on se demande, en vérité, si l'Etat ne leur fait pas payer patente, ou ne reçoit pas d'eux quelque service lecrei en échange de la tolérance dont on use à leur égard. I Ce sont des exceptions que la police et l'Assistance publique supprimeront le jour où elles le voudront ; mais à côté il y a la vraie misère, qui se cache dans les mansardes, dans les bouges, dans les repaires, où sommeille la question sociale comme le fauve dans L^sa tanière, en attendant l'heure des terribles réveils; la comédie ^Pâe l'indigence avec ses accessoires d'infirmités simulées, ne se joue pas aussi facilement qu'on aime à le dire ; il suffit d*allcr à la porte toujours encombrée du Dépôt, des hôpitaux, des hospitalités nocturnes, pour voir qu'en refusant une aumône, on s'expose plus souvent h laisser une souffrance sans soulagement qu'à être dupe de quelque escroc, et comme le disait très justement le vicomte d'Haiis-
sonville dans ses belles études sur le combat contre la vie, « lorsqu'on voit défiler sous la prévention de mendicité ou de vagabondage, des vieillards ou des vieilles femmes incapables d'un travail sérieux, des in6rmes hors d*état de subvenir à leurs besoins, des malades repousses des hôpitaux comme incxirables; en un mot, tous les vaincus du combat de la vie^ qui devraient être recueillis comme on recueille les blessés sur le champ de bataille et qu'on laisse au contraire étaler au grand soleil leurs misères et leurs plaies, la première conclusion à laquelle conduit l'étude de la mendicité et du vagabondage à Paris, est l'insuffisance des secours publics, qu*il s'agisse des malades à soulager ou des indigents ï secourir, et malheureusement cette insuffisance ne fait que s'accroître ».
Que serait-ce donc si la bienfaisance privée n'intervenait ; si tant d'oeuvres, d'associations, de communautés n'avaient résisté aux tempêtes où elles ont failli sombrer ; notre siècle a inspiré des prodiges de charité; dans cette lutto contre la souffrance, il a vu des hommes de dévouement ouvrir des asiles pour ceux qui n'ont ni pain ni abri ; il a vu les hommes de toutes les opinions, en dehors de toute propagande d'Église ou de parti, répondre aux appels de la soufirance ; il a vu, par exemple, de ses propres yeux, cette oeuvre de l'hospitalité de nuit qui depuis onze ans a abrité, dans ses asiles de la rue Tocqueville, de la rue Laghouat et des boulevards de Vaugirard et de Charonne, plus de quatre cent mille pensionnaires; « œuvre de miséricorde et de salut, comme à l'une de ses assemblées générales le disaitsi bien M. Rousse, dans son beau langage, œuvre se renouvelant chaque soir sans relâche, sans repos et sans bruit, avec la régularité tranquille et silencieuse de la nuit, qui revient à son heure pour faire oublier aux hommes les soucis et les fatigues du jour ».
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Le présent se rattache au passé par un commun effort au profit de ceux dont la prison deviendrait le refuge si la charité ne cherchait à les abriter ; c'est ainsi que la bienfaisance doit précéder la répression. Dès le XIV* siècle, l'hospitalité de nuit existait déjà à Paris dans des conditions pour ainsi dire identiques à celles où nous la voyons
I fonctionner aujourd'hui.
Parmi les maisons qui pratiquèrent le mieux cette belle ceuvre, qui évite à tant de malheureux d'être conduits au Dépôt,
Mil faut citer celle du Saint- Esprit-en- Grève, près de l'Hôtel de Ville, fondée en 1361 par une réunion de bourgeois parisiens. Comme aujourd'hui la réception des pauvres se faisait sans qu'on
^s'inquiétât de leurs antécédents, sans faveur ni acception de per-
B sonne; comme aujourd'hui la prière précédait le sommeil j les nouveaux arrivants étaient astreints à certains soins de propreté ; chaque soir on tirait de l'eau plein un cuvier, pour faire laver les pieds et jambes des « dictes pôvres »; le directeur de la maison
^Lassignait à chacun son lit « ahnque les pôvres femmes et les plus impotents, auxquelles doibt être pourvu en premier lieu, ne soient défraudés » ; comme aujourd'hui on ne voulait pas que cette hospitalité devint un encouragement à la paresse et que l'on pût en bénéficier éternellement : « Si auculnes fortes femmes et jeunes, taillées et habituées à gagner leur pain à aulcun labeur, voulaient
^s'accoutumer à venir gésir ù l'hôpital continuellement, portait le règlement, l'hospiralière leur pourra dire que ne seront plus receus ni hébergés et qu'elles fuient oisyveté. »
^L C'est là le vrai principe dont la charité éclairée et soucieuse de la dignité de ceux qu'elle soulage, s'est toujours inspiré; Fassistance privée et publique doivent commencer par intervenir; c'est seulement dans le cas où le pauvre reiuse leur secours, préfère le vaga-
bondage à rhospitalité qu'on lui offre, l'oisiveté nu travail qu'on lui propose, que la loi pénale à le droit de le frapper.
« Pour ôter la mendicité, a dit Bossuet dans sa politique sacrée, il faut trouver des remèdes contre l'indigence; le pauvre qui n'a plus la force de travailler et que la charité ne va pas trouver dans sa mansarde, a le droit d'aller lui-même solliciter le secours; la société ne serait en droit de lui reprocher sa mendicité que s'il refusait l'asile qui lui serait offert. » C est ainsi que le pauvre qui méconnaît la grande loi du travail et qui aime mieux tendre la main et errer par les chemins a toujours été considéré comme un homme dangereux qui entretient le désordre et favorise le développement du crime ; mais la paresse et l'attrait du vagabondage ont toujours été les plus forts et, de même que nos pénalités modernes ne peuvent en triompher, l'ancien régime avait vainement épuisé contre eux les chikimentsles plus sévères : le pilori, les verges, la marque au fer rouge, les galères, le bannissement, les rigueurs de Bicêtre, de Saint- Denis et de la Salpôtrière. « Malgré tout, comme a dit M. Taine, l'ulcère grandissait par le remède et les centres de répression devenaient des foyers de corruption. »
La Convention nationale eut la prétention de supprimer la misère par ses décrets. « La mendicité, disait-elle par la bouche de Barrère, était une accusation vivante contre le gouvernement elle est incompatible avec le gouvernement populaire ; ce mot honteux de mendicité ne fut jamais écrit dans le dictionnaire du républicain, et le tableau de la mendicité n'a été jusqu'à présent sur la terre que l'histoire de la conspiration des grands propriétaires contre les hommes qui n'ont rien. »
La grande propriété fut détruite, la loi des successions amena un morcellement excessif des héritages et bien qu'aujourd'hui il
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n*y aît guère de pnys.in qui ne possède un lopin de terre, le vagabondage et la mendicité n'en ont pas moins progressé; en cinquante ans, il s'est produit sur ces deux délits une augmentation de plus des quatre cinquièmes.
Que de fois n'a-t-on pas cité les récits des désordres causés par I le vagabondage à la fin du xvii' siècle; Mercier comptant avec effroi ^t en France une armée de plus de 10,000 vagabonds et mendiants ;
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Maison de répressioo de Nanterre, — Grande galerie (est).
Letrosne disant : « Les vagabonds sont pour la campagne le fléau le plus terrible... Ils rôdent continuellement, ils examinent les approches des maisons, et s'informent des personnes qui les habitent et des facultés du maître. Combien de vols de grand chemin et de vols avec effr.iction. »
Sommes-nous donc si loin de cette situation que nous ayons le droit de nous enorgueillir beaucoup; si nous ouvrons le dernier compte général de la justice (1887), qu'y voyons^nous en effet?
36,451 condamnations pour vol, 17,626 pour vagabondige, 12,462 pour mendicité; et dernièrement, à la Chambre, un député, M. Belle, signalait au gouvernement le trouble répandu dans les campagnes par l'audace et le nombre des vagabonds. »
L'histoire du délit de mendicité et de vagabondage qui marchent toujours ensemble, serait longue à écrire.
Toutes les lois depuis Charlemagne se sont toujours appliquées 'à rappeler aux paresseux Tobligation sociale du travail, et à faire une distinction entre la mendicité, à laquelle le pauvre est quelquefois contraint, et la mendicité illégitime des gens sans aveu, a les oiseux et les truands », comme on les appelait ; plus d'une fois aussi, les Académies ont mis au concours public la recherche des moyens propres à détruire ce fléau et à rendre les mendiants utiles à l'Eut.
Le seul mode de répression et d'extinction de la mendicité qu'en ait trouvé jusqu'à présent, c'est le Dépôt de mendicité, institué par Napoléon en 1807, et dont l'idée première, comme le rappelle une savante étude d'un avocat général de Rouen, M. Chanoine d'Avranches, se trouve dans les « Renfermeries » instituées par Marie de Médicis « pour favoriser les vrais pauvres et punir les mauvais ».
Le Dépôt, dans la pensée de son fondateur, ne devait pas être une prison, mais un établissement d'assistance publique destiné à assurer un asile aux malheureux n'ayant que la mendicité pour ressource.
Sous le régime du code pénal, le délit de mendicité dépend de l'existence du dépôt ; si le département possède un dépôt ou s'il a traité pour l'admission de ses pauvres avec un département voisin, la mendicité est interdite d'une façon absolue et devient punissable; s'il n'y a pas dépôt, la mendicité est permise aux invalides et même
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aux valides, à la condition de ne pas être habituelle ; dans les deux cas, elle constitue un délit si elle est accompagnée de violences, de simulation d'infirmités, ou si elle a lieu en réunion.
Ainsi la mendicité est toujours répréhensible chez celui qui est en état de travailler, ou chez l'infirme qui refuse d'entrer dans l'asile que l'Etat est censé mettre à sa disposition; la loi pan de cette idée très juste, mais souvent mal appliquée, que pour avoir le droit d'interdire et de réprimer la mendicité, il faut commencer par la soulager quand elle est digne d'intérêt ; tant que le besoin subsiste, la sollicitation reste légitime; elle ne devient blâmable que le jour où elle repousse la satisfaction qui lui est proposée. I Mais il faut que cette satisfaction soit réelle ou qu'elle lui soit donnée comme un secours et non comme une peine ; le Dépôt de mendicité, dont le nom est déjà si triste, doit être une maison où la pauvreté soit soulagée, en mûoie temps que respectée; il cesse d'être un établissement de charité, et le pauvre s'en éloigne avec dégoût, et ne l'accepte qu'aux dépens de sa dignité, quand il devient une véritable prison où se rencontrent, à côté des indigents honnêtes, des individus condamnés pour vagabondage ou des faits de mendicité coupable.
Tel est précisément le vice capital du Dépôt de mendicité du département de la Seine.
Il existait autrefois, pour Paris, deux dépôts; l'un à Villers- Cottrets fonctionne encore, il est devenu une véritable infirmerie où les vieillards qui n'ont pu trouver de place dans les hospices viennent achever leur misérable vie; l'autre était à Saint-Denis, audessus d'un égout dont les exhalaisons pestilentielles aidaient singulièrement au rapide renouvellement des détenus; c'était une prison véritablement hideuse, infecte sous tous les rapports, ei où
paraît-il, les gardiennes, pratiquaient ouvertement le commerce des cheveux des détenues; on ne cessait de demander la suppression de ce cloaque, il fut enfin fermé en 1886, et il ne reste plus h Saint- Denis qu'un dépôt de sûreté où les individus arrêtés dans la localité attendent pendant vingt-quatre lieures ou plus, leur envoi à b Préfecture de police.
La maison de Saint-Denis fut remplacée en 1887 par la somptueuse prison qui s'élève aujourd'hui à peu de distance de la nouvelle gare de la Garenne-Bezons dans la plaine de Nanterre. C'est un édifice qui fait beaucoup d'honneur à sou architecte, M. Hermant, il occupe une superficie de douze hectares, il a coûté la bagatelle de douze millions, et il n'est pas achevé.
Je ne crois pas que dans aucun pays on puisse voir un établissement plus vaste et où on ait porté plus loin ce que j'appellerai le luxe pénitentiaire ; ce n'est pas un abri, mais un palais qu'on a cle\-é i k mendicité; il est au point de vue matériel, la perfcciion du genre, et à moins qu'on ne finisse par donner aux prisonniers des lambris dorés, des escaliers de marbre, je ne crois pas qu'on puisse aller plus loin; ce n'est pas la vieille prison étroite, ramassée et comme enfouie dans la profondeur de ses murailles ; c'tst dans la vaste enceinte d'un grand mur" de ronde une série de bâtiments offrant un harmonieux assemblage de meulières, de pierres de taille et de briques, se rattachant les uns aux autres par de superbes cloîtres s'étendant à leur aise au milieu de cours plantées, et de corbeilles de fleurs; du haut de l'immense terrasse sur laquelle donnent les appartements du directeur on admire l'ensemble de cette riante cité assise en pleine campagne sur les bords du fleuve; les toits rouges des pavillons, les attiques des corniches, les colonnades des péristyles, évoquent l'image d'un lycée de la Grèce an-
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tique, et sous ces longues galeries qui semblent faites pour discourir, on cherche les disciples d'Aristoie et l*on n'aperçoit hélas, que le détenu vêtu de sa veste grise et traînant sur les dalles de pierre ses lourdes galoches.
A l'intérieur on a poussé jusqu'à ses dernières limites la recherche des détails, vastes escaliers au développement majestueux, dortoirs et ateliers spacieux, promenoirs immenses, salles de bain, appareils de chauffage, éclairage au gaz, monte-charge, machines à vapeur, systèmes de ventilation , distribution d'eau , fontaines dans les cours, lavabos dans l'intérieur, filtrage des eaux, étuves de iésinfection, utilisation des eaux d'égout, rien n'y manque, et je ^comprends qu'à un certain point de vue l'administration pénitentiaire se complaise dans son œuvre toute moderne; le seul défaut, et il est grand, c'est que c'est une prison l
f De chaque côté de h cour principale on a réservé derrière de hautes murailles formant une enceinte distincte, deux b:\iimenis suivant le système celullaire ; les dispositions essentielles rappellent telles de Mazas et de la Santé, mais les cellules sont beaucoup mieux installées; les fenêtres, plus ouvertes qu'à Paris, laissent mieux voir le ciel; le lit en fer se replie par un mécanisme ingénieux de façon à laisser dans la journée toute sa largeur à la cellule, de même la table, d'une dimension très suffisante pour manger, travailler ou écrire, se relève contre le mur; devant est une bonne chaise en bois plein, d'une forme élégante ; dans un angle une petite étagère sur laquelle le détenu peut placer différents objets; plus loin une tablette pour sa nourriture; puis une petite fontaine qui lui permet d'avoir autant d'eau qu'il veut; une sonnerie électrique pour appeler le gardien, et un bec de gaz audessus de sa table. Aucune de ces cellules, à l'aspect vraiment con-
fortable, n'a encore servi- Elles attendent leurs hôtes, sans doute les condamnées de Saint-Lazare.
A l'exception de ce quartier cellulaire qui enlève à la maison son unité, tout le reste est en commun dans cet hôpital-prison.
Une partie est réservée aux femmes, sous la surveillance des anciennes gardiennes du dépôt de Saint-Denis, l'autre aux hommes; ils sont soumis les unset lesautresàlaraèmeclassification» reposant sur cette idée juste qu'il faut le plus possible séparer le mendiant condamné du mendiant simplement recueilli; on entre à Nanterre de deux façons principales, ou volontairement amené par la misère ou en vertu d*un jugement.
La population de la maison se subdivise en quatre sections.
La première comprend les mendiants libérés, c'est-à-dire ceux qui ayant subi la peine que le tribunal leur a infligée, ont été mis à la disposition de l'administration en venu de l'article 273 du Code pénal, pour être conduits au Dépôt jusqu'à ce qu'ils soient en état de se suffire à eux-mêmes par leur travail.
La seconde section est destinée à toutes les personnes à antécédents judiciaires ayant réclamé volontairement leur admission.
La troisième comprend des personnes admises également sur leur demande mais n'ayant pas d'antécédents; elles sont reçues comme celles de la section prccèdeiue sur la présentation d'ordres émanant de la Préfecture de police ou de lettres d'introduction délivrées par les commissaires de police; le temps du séjour des individus appartenant à ces deux catégories n'est pas limité, et il dépend de l'administration de le prolonger pendant bien des mois dans l'iniérôt de l'hospitalisé.
Enfin dans la quatrième, dernier résidu de la misère, sont réunis tous les vieillards impotents, paralytiques, gâteux, infirmes
appartenant a 1 une ou à 1 autre aes trois catégones précédentes dans cette section on ne travaille pas; tous ces malheureux qui' n'ont plus rien à perdre et ne peuvent plus rien gagner, sont abandonnés à eux-mêmes ; assis sur des bancs dans la cour, ils passent leur journée dajisla plus complète oisiveté, un peu distraite par des lectures qui de temps en temps leur sont faites à haute voix dans les réfectoires ; quelques-uns demandent des livres à la bibliothèque, d'autres causent ; les plus valides se promènent de long en large, rendent des petits services dans la maison et contribuent à entretenir l'éclat des cuivres et des parquets; d'autres ne quittent pas les dortoirs, et étendus sur leur lit, ils attendent, immobiles et patients, que la mort se décide à mettre fin à leurs misères.
A l'exception de ce quartier, tout le monde travaille dans la maison ; c'est une loi à laquelle chacun est tenu de se soumettre sous peine de punition ou d'exclusion, selon qu'on appartient à la catégorie des condamnés ou des hospitalisés; cette règle d'ailleurs est facilement acceptée, d'abord comme une distraction, ensuite comme une ressource ; sur la production journalière de chaque détenu, il lui est réservé une part de 50 p. 100 dont la moitié forme son pécule de sortie et l'autre moitié sert à ses besoins personnels, à ses dépenses de cantine pendant la durée de son séjour.
Eu hiver, on se lève à sept heures et en été à six; la Journée de travail est de dix heures, coupées par des récréations, promenades dans les préaux et repas ; le coucher a lieu à huit heures en hiver et à neuf heures en été.
Toutes les conditions, tous les âges se rencontrent dans cette maison; on y voit des femmes qui ont eu leur heure de célébrité, des hommes qui ont porté Tépée et manié la plume; d'autres qui ont enlevé eux-mêmes le ruban rouge de leur boutonnière et le
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tiennent caché au fond de leur poche; des gens qui ont connu h richesse ou toujours vécu dans In misère ; ceux qui finissent ta vie auprès de ceux qui la commencent, des vieillards impotents et des jeunes gens robustes ; dans un atelier de coupage de poil de lapin, je vois au milieu de vieilles femmes une jeune fille qui a trouvé moyen de faire de son bonnet de détenue une coififure presque gracieuse; elle m'explique qu'on Fa condamnée à un mois de prison, pour mendicité, parce qu'elle vendait des fleurs sur le boulevard, et comme je l'engage à changer de métier, elle me répond : a Que voulez-vous, on fait ce qu'on peut, on n'est pas des princes. » ^^M
Il y en a même qui viennent au monde au milieu de ces misères; ^^B j'aperçois dans un berceau à côté du lit de sa mère, qui arrive du fond de la Bretagne, un bel enfant né de la veille; mais en général, on n'entre là que pour mourir; la prison a son cimetière spécial, grand de cinq hectares et déjà il compte bien écs tombes ; favorisés sont encore ceux que le triste enterrement civil, car la maison n'en connaît pas d'autres, conduit à cette dernière demeure; la plupart sont emportés dans le fourgon des amphithéâtres, pour servir de sujets d'étude aux élèves de l'Ecole de médecine et du Val-de- Grâce.
Malgré tout, et sauf quelques visages sur lesquels on aperçoit, dans la profondeur des rides, la trace des grandes douleurs, on ne remarque pas cette impression de tristesse qui se dégage des autres prisons; ceux qui se trouvent là sont pour la plupart des philosophes, des résignés, pour ne pas dire des indifférents, ils ont pris depuis longtemps leur parti de la vie, telle misérable que la leur aient faite les événements et surtout leurs fautes; ils ont le gîte, la nourriture, variant suivant les catégories de deux à quatre rations grasses et de cinq à trois rations maigres par semaine^ sans compter
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tobre, l'effectif s'est élevé progressivement de 755 à 1553. L'année suivante, il atteint le chiffre de 2,008, puis après, une décroissance momentanée, il monte en février 1889, à 2,977, et dans ce nombre, ceux qui, sans s'être laissés condamnés pour mendicité, ont sollicité eux-mêmes leur admission, figurent pour les neuf dixièmes.
Un des reproches que Ton doit faire h, la maison de Nanterre, c'est, comme je l'ai déjà dit, de réunir dans la même enceinte, sous le même toit, bien que dans des quartiers différents, des coupables et des innocents; ne se souvient-on pas de tous les reprociies auxquels avait donné lieu l'ancien hospice de Bicêtre, parce qu'il recevait tout à la fois des malades, des infirmes, des indigents et des malfaiteurs, on disait avec raison quec était imposer une cruelle humiliation à la misère digne de pitié, que de la confondre avec le vice méprisable; déjà à Nanterre les pauvres, les infirmes se trouvent sous le même toit que les libérés après condamnation, les récidivistes, leur régime est le même ; on ne les distingue que par une casquette de laine différente et une petite garniture de fausse dentelle au bonnet des femmes ; mais lorsque les quartiers cellulaires seront peuplés de condamnés et serviront de déversoir à Sainte- Pélagie ou à Saint- Lazare, il s'attachera à la maison une noie d'infamie qui sera pour le pauvre une nouvelle souffrance, en même temps qu'une difficulté de plus à trouver du travail, lorsqu'il sera libéré ; aux yeux de bien des gens Nanterre ne sera qu'une prison, son caractère hospitalier passera inaperçu, et tous ceux qui en sortiront auront à supporter les conséquences de cette confusion compromettante.
Il arrive plus d'une fois à l'ouvrier le plus laborieux de se trouver sans travail : le chômage, la maladie surtout, peuvent le réduire bien vice * «^ne extrême misère; les hospices n'ouvrent pas
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souvent leurs portes à ceux qui n'ont pas d'appui, tandis qu'à Nanterre il suffit de se présenter pour être admis ; mais cette hospitalité pour 6tre généreuse à certains égards, n'en est pas moins dégradante ', qui a passé là quelque temps se sent dhiiinué ; bien heureux encore s'il n*y fait pas la connaissance de quelque malfaiteur par lequel il sera entraîné plus tard.
Je remarquais un jour sur les registres de véritables chefsd'œuvre de calligraphie^ comme je m'étonnaisque leur auteur, un ouvrier peintre d'une trentaine d'années, se trouvât avec une main si habile dans un pareil endroit, il me fut expliqué que des douleurs tbuiuatisuïales l'empêchaient de se livrer à un travail régulier; ce n'était pas la première fois que j'avais la preuve de l'insuffisance de l'assistance publique en face des ouvriers qui méritent mieux que la prison, même quand on la décore du nom de dépôt de mendicité.
On reproche souvent à la magistrature de se montrer trop bible vis-à-vis des mendiants et des vagabonds, de les rendre trop facilement à la liberté; c'est qu'elle entend faire la part de la misère et du vice, de la faute et de l'accident, avec d'autant plus de soin qu'elle sait que celui qui entre honnête en prison peut en sortir à tout jamais corrompu; c'est un inspecteur général M. Lalou, qui disait, dans renquète pénitentiaire de 1872 : « Vingt-quatre heures de prison peuvent suffire pour perdre une existence. »
Quand un mendiant valide, ayant des bras solides, entend vivre par calcul aux dépens de la société, il mérite d'être traité comme un coupable, tandis que le mendiant infirme est digne de compassion ; il est permis de se demander si Nanterre nVst pas tout à ia fois un asile trop humiliant pour les pauvres, et une prison trop confortablepour les paresseux. Il faut qu'un pauvre, ayant encore cou-
serve une certaine dignité, soit réduit à la dernière extrémité pouf demander asile à la prison ; au contraire le mendiant vagabond, celui qui ne veut pas travailler, y re\'iendra avec plaisir, loin d'en ressentir aucune honte. Tous les malheureux qui sont sans domicile et sans ressources à cause de leurs infirmités ou de leur âge relèvent de la charité et non delà pénalité; il faut Jonc que rien ne rattache même à l'idée de prison l'asile que leur doit l'assistance publique; pour les autres un châtiment sévère est nécessaire afin de dompter leur paresse et de prévenir la récidive.
Les mendiants vagabonds, ils sont en général les deux à la fois, qu'on rencontre en si grand nombre dans la banlieue de Paris, peuvent se diviser en trois groupes, les étrangers, les indigènes et les nomades.
Le nombre des étrangers est considérable, le dernier compte rendu du baron de Livois, président de l'hospitalité de nuit constate que du 2 juin 1878 au 51 décembre 1887, l'œuvre a abrité 7,412 suisses, t5,494 belges, 17, 197 allemands, 4,371 italiens, sans parler des autres nationalités, et tout récemment une statistique officielle nous apprenait qu'aucune capitale n'est plus envahie que la nôtre et qu'un dixième de notre population est composée d'étrangers, lesquels habitent pour les deux tiers dans les quartiers pauvres, et par conséquent tirent de nos poches plus d'argent qu'ils n'en apportent ; il est bon de se montrer hospitalier et généreux, mais pas jusqu'à l'abandon de ses propres intérêts; or, pour réprimer le vagabondage et la mendicité des étrangers, il suffit d'appliquer dès la première fois et sans la moindre hésitation l'article 272 du Code pénal, qui donne au gouvernement le droit de les faire conduire hors du territoire français.
Les indigènes peuvent être plus facilement surveillés par la
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i ; c*est à elle, par un vigoureux emploi des moyens plus que sufôsants qu'elle a dans les mains, surtout depuis la lot sur la réci-
imdive, à débarrasser la rue de certaines industries sous lesquelles se
^Pcache la plus honteuse des mendicités, et le plus dangereux des
^ vagabondages.
H Restent les nomades, qui forment la majorité, la véritable armée des vagabonds et des mendiants ; c'est de ce côté qu*il faut porter l'effort.
tLe vagabondage, le plus souvent accompagné de mendicité, est le délit qui procède le plus directement de l'état de la société. La déclaration du 3 août 1762 qui, la première, a essayé une définition du vagabondage, ne considérait comme vagabond que celui qui étant sans ressources et sans métier, ne connaissait personne digne de foi pouvant le réclamer, certifier sa moralité et ses habitudes; déjà dans le même ordre d'idées, le règlement de 17 12 prescrivait aux mendiants de se retirer dans la paroisse de leur do- ^Lmicile ou de leur naissance ; le décret du 24 vendémiaire an II, les ^ renvoyait après une première admonestation du juge de paix, dans le lieu de leur résidence, ou s'ils n'étaient pas domiciliés, les faisait incarcérer jusqu'à ce que leur municipalité d'origine les eût fait réclamer; la loi du 7 frimaire an V, ordonnait à tout mendiant valide de rejoindre sa commune d'origine, et enfin dans le code pénal, on inséra l'article 273 permettant aux communes et aux citoyens solvables de réclamer les vagabonds même après leur condamnation.
^L Dans ces différentes dispositions on aperçoit la pensée excellente, ^" mais très confusément exprimée, de rattacher l'homme k sa commune d'origine, et de faire participer les municipalités et k charité locale à l'œuvre de l'extinciion du vagabondage et de la mendicité;
c*est dans cet ordre d'idées que peut se trouver seulement la solùttôn" du problème devant lequel, jusqu'à ce jour, tant de systèmes ont échoué.
On se contente d'expédients ; on réprime le vagabondage au jour le jour, sans se demander assez si les moyens qu'on emploie ne contribuent pas à la propagation du mal * à peine un vagabond ou un mendiant sont-ils arrêtés, qu'ils sont condamnés dans les formes les plus sommaires, sans qu'on ait eu le temps de savoir ce qu'ils sont, d'où ils viennent, à quel pays, à quelle lamille ils appartiennent, et pourquoi ils sont vagabonds; si au lieu de sévir contre eux, dès la première fois, sur des renseignements pris à la hftie, on informait leur famille, les autorités locales de leur arrestation, si on mettait celles-ci en demeure de les réclamer, bien des individus, évitant la condamnation qui les perdra h tout jamais, seraient rendus à la vie honnête.
C'est en intéressaut les communes au sort de leurs habitants, en allant jusqu'à engager leur responsabilité de même qu'on les oblige à contribuer par le secours de domicile à l'entretien de leurs aliénés dans les maisons de santé, en établissant un principe de solidarité et d'assistance, que l'on arriverait, peut-être, à diminuer le nombre de ces dangereux nomades qui errent de tous les côtés, comme s'ils étaient sans famille et sans patrie.
En s'appuyant sur cette idée de l'assistance par U commune, en organisant entre les habitants un système de secours fondé sur des souscriptions permanentes, un des plus éminents préfets du second empire, M. de Magnitor, auquel on doit un très beau livre sur ces questions, était arrivé à vaincre la mendicité et le vagabondage dans un de leurs foyers les plus intenses, le département de la Nièvre; dans l'espace de cinq ans, le nombre des mendiants dimi-
de succès ; mais au moins il faut reconnaître que le mal vient surtout de l'abandon, de l'isolement de l'individu, et que l'efFori doit tendre à resserrer par les lois, par les mœurs, les liens qui l'unissent à son pays et à sa famille.
Qpant à celui qui persistera malgré tout dans sa vie de paresse et de mendicité errante, il ne mérite qu'un châtiment sévère, et un palais comme celui de Nanterre ne doit pas être élevé pour lui; la société ne doit pas se faire sa complice par une trop grande indulgence; l'homme qui, ayant été rapatrié, mis en demeure de travailler, se fait arrêter encore comme mendiant, ou vagabond, devrait être condamné à un encellulement sévère de six mois au moins et contraint à des travaux très rudes; puis dès la seconde condamnation, il conviendrait, surtout s'il est jeune, qu'il fût mis pour plusieurs années à la disposition du gouvernement qui, selon son âge et ses aptitudes, pourrait l'envoyer dans les colonies ou l'employer sur le continent à des travaux publics ; parmi ces vagabonds, il en est plus d'un qui, sentant la gendarmerie à ses trousses, s'en va tout simplement, comme un bon mendiant, frapper à la porte de la maison de Nanterre, où il trouve un abri et se fait héberger, jusqu'au moment où il lui plaît de continuer sa route.
La loi du 27 mai 1885 sur les récidivistes a été trop indulgente pour la mendicité et le vagabondage, en n'en faisant pas une des causes principales de transportation; on peut être condamné cent fois pour ce genre de délit sans être pour cela, serait-on l'homme le plus valide, le plus capable de travailler, dans la catégorie des récidivistes relégables, si l'on n'a subi aucune condamnation pour des crimes ou de très graves délits, tels que le vol; tant qu'on ne se sera pas débarrassé du mendiant et du vagabond d'habitude et qu'on se contentera de lui infliger une série d'impuissantes coo-
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PAUVRETÉ ET VICE de
aiions de quelques semaines de prison, les honnêtes ^ seront pas protégés et le nombre des crimes ne diminuera pas, La maison de Nanterrc procure assurément un soulagement passager à certaines misères, elle est un lieu de repos, mais elle n'atteint pas le but du régime pénitentiaire qui est de corriger, et quand après un séjour plus ou moins prolongé, pendant lequel rien n'a été fait, rien D*a été prévu pour procurer du travail au mendiant, les portes de la prison s*ouvrent devant lui, il se trouve absolument dans les mômes conditions qu'au moment de son entrée. A certaines heures, sur la route de Nanterre à Paris, on rencontre des gens ;\ l'aspect misérable, mal vêtus, avec une besace sur le dos, tendant déjà la main; ce sont les Hbérés de la journée; on vient de leur rendre, avec la vermine en moins il est vrai, les haillons dont ils étaient vêtus à leur entrée; c'est avec cette triste livrée qu^ils reprennent leur chemin sans bien savoir où ils vont, sans même que l'administration les ail mis en rapport avec un patron qui pourrait leur procurer de l'ouvrage ou avec une société qui s'occuperait de les guider; quand la nuit viendra, que la faim et le froid se feront sentir, ils se souviendront qu'ils avaient un excellent lit, un bon calorifère, d*épais vêtements, une soupe bien chaude et toujours prête à l'heure; faut-il s'étonner que la pensée de rentrer, loin de les effrayer se présente comme un attrait; il ne me semble pas que ce soit faire l'éloge d'une prison au point de vue répressif que de dire, comme je l'ai lu, •« que nombre de détenus amenés à Nanterre à la suite d'une condamnation, sollicitent comme une faveur, après avoir fait leur temps, d'y rester à]iitre d'hospitalisés; » uoe même maison, un même régime, un même costume ne sauraient convenir à l'innocent et au coupable, au bon et au mauvais pauvre.
Le pain assuré sans travail pénible à une toiile d'indolents, le contact du vice imposé à la misère honnête, et il faut bien le dire, au milieu de tout cela rien de vraiment eSiace pour consoler les uns et réformer les autres, voilà ce qui domine à Nanterrc ; le côté matcriel de la vie parait être le seul auquel on ait songé; sans doute dans le plan primitif on avait pensé h pourvoir aux besoins spirituels; une grande cli.ipelle devait s'élever au centre des bâtiments, avec un oratoire pour les protestants et les israélites; on voulait donner à tous ces parins, que la misère a souvent glacés jusqu'au :œur, la chaude atmosphère de la charité en mettant des Sœurs auprès d'eux; on voulait par respect pour la liberté de leur conscience qu'ils eussent un aumônier à leur portée.
Tout cela a été abandonné ; un grand espace nu où on aperçoit sous les mauvaises herbes les traces des fondations, indique la place de la chapelle, où va s'élever un vaste atelier; les étrangers qui viennent visiter cette maison, qu'on leur offre comme un modèle, expriment leur surprise et demandent s'ils foulent le sol de France; qui pourrait croire que dans un pays civilisé il existe une agglomération de près de quatre mille Ames en comptant le personnel de la maison, sans qu'il y ait une seule place où l'enfant, la femme et le vieillard puissent venir s'agenouiller; qui pourrait s'imaginer que cette place soit restée vide précisément dans la prison où on meurt le plus; qui oserait dire que la pitance distribuée à ces malheureux suffise à leur donner I.i force de supporter le poids de leur misérable sort et que ceux dont la vie a été abreuvée d'amertume n'aient pas à l'heure de la mort des injures à pardonner, des torts à réparer, des aspirations vers de meilleures destinées h satisfaire; ia misère dans la vie libre est souvent bien dure; dans la prison deNanterre, la mort sans consolation, est plus cruelle encore*