‹ Paris qui souffre. Les prisons de Paris et les prisonniersChapitre 2 sur 32 · CHAPITRE î · texte numérisé non relu

CHAPITRE î

CRIMINALITÉ ET RÉPRESSION

Misère et Qime. — Devoir du magistrat. — Les bases de la péaalttd. — Le crime et la d>àlisation. — Nécessité de la répression. — Caractères généraux du châtiment.

[ans une précédente étude sur les mystérieux problèmes de la souffrance, au milieu de cette immense cohue de vies humaines qui s'appelle Paris, je m'adressais à ceux auxquels le bonheur a toujours souri, aux privilégiés qui n'ont pas connu les retours étranges de la fortune; je leur disais, en faisant passer sous leurs yeux le cortège des tragédies quotidiennes, que pas un homme, eût-il été hier le plus heureux, le plus aimé, le plus riche, le plus puissant, ne peut affirmer, que demain, son cadavre n'ira pas rejoindre sur les dalles de la Morgue ceux que la mon est venue surprendre par le suicide, l'accident ou le crime. Je veux observer aujourd'hui d'autres misères et regarder au fond de l'abîme obscur vers lequel, sous la poussée des vices, des passions, des intérêts, des milliers d'existences, faites pour de meilleures destinées, viennent se précipiter; devant ce spectacle' le cœur se trouble^ la pitié parle plus haut que le mépris et on

se prend à espérer qu'il serait possible de rendre les chutes moins profondes et plus réparables en observant de plus près les causes qui les provoquent.

C'est faute souvent d'avoir été averti à [temps, et remis dans la bonne voie que l'on devient criminel ; la prison est le terme fatal auquel on peut aboutir plus vite et plus facilement qu'on ne le suppose ; on arrive là par une série d'étapes qu'il faut signaler à ceux qui n'en sont encore qu'aux premiers pas; aussi les sujets de réflexion qui viennent à l'esprit dans ces cachots, où l'homme est enfermé comme une bête malfaisante, sont-ils infinis, et, depuis un demi-siècle surtout, on a entassé volumes sur volumes, discours sur discours, sans être parvenu à les épuiser.

Je viens inviter les heureux de ce monde, si tant est qu'il s'i n trouve, à franchir avec moi le seuil de nos prisons parisiennes, leur souhaitant en même temps de n'y venir jamais qu'en curieux ; sans doute le bonheur, qui est l'un des plus solides remparts de la vertu, semble les préserver des sévérités de la loi pénale ; toutefois, dans le temps où nous vivons, il est prudent de ne pas oublier que les prisons ont reçu trop souvent des hôtes illustres; l'honnête homme ne pourrait être sûr de ne jamais connaître par un usage personnel les cachots destinés aux malfaiteurs, que si le pouvoir de disposer de la liberté et de la vie des citoyens ne tombait parfois dans des mains capables d'en user, au mépris du droit et de la légalité.

« Aujourd'hui sur le trône, et demain dans les fers. »

C'est le sort de la vertu dans les temps de révolutions, disait M""' Roland dans sa prison de Sainte-Pélagie.

Supposez qu'un orateur, inspiré comme un prophète, soit monté au mois d'août 1870 à la tribune du Sénat impérial et qu'annonçant

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à la France les malheurs du lendemain, il eût montré du doigt les plus hauts dignitaires de l'Église et de la Justice et se fÙt écrié : Quelques jours seront à peine passés que votre pourpre et votre hermine seront arrachés de vos épaules, vos temples seront souillés, vos palais incendiés, et vous serez traînés dans les prisons des voleurs et des assassins. On eût traité de fou celui qui serait venu tenir un pareil langage ; cependant le jour était proche où le prêtre et le magistrat allaient se rencontrer dans les cellules des condamnés à mort.

Serons-nous tons à l'abri de ces catastrophes, quels sont parmi nous ceux qui auront encore l'honneur d'ajouter leur nom à la longue et glorieuse liste des martyrs de la justice et du droit? c'est le secret de l'avenir. Mais en admettant que préservés de ces terribles coups auxquels ne s'attendaient pas ceux qu'ils sont venus frapper, nous puissions nous dispenser de méditer à l'avance sur la fragilité du sort, d'autres raisons nous obligent à ne pas détourner notre vue de ces tristes lieux où l'on rencontre rarement l'héroïsme et la sainteté, mais où abondent, sous des formes diverses, tant de plaies morales, qui mettent la société en danger sans qu'elle s'occupe assez de les guérir.

Nous ne pouvons que gagner, à quitjer pour un instant, les régions sereines où la Providence nous permet de vivre et à descendre dans ces enfers creusés par la main des hommes.

Peut-être ces pensées viendront-elles vous trouver, lecteur pour qui j'écris ces pages, dans ces courts moments de la vie où tout semble sourire ; on éprouve une telle tranquillité, une confiance si ferme, qu'on se croit au-dessus des atteintes de l'adversité ; elle est faite pour les autres, pense-t-on, et elle n'entre que chez ceux dont les imprudences ou les fautes lui ouvrent la porte de leur logis.

La sagesse ou Thabileté de vos pères vous ont laissé une grande abondance de biens, vous habitez une riche deoicurc, vous tics entouré de tout ce qui peui charmer les yeux; les plus petits ennuis vous sont épargnés, vos moindres désirs sont satisfaits comme dans un royaume defées, et, emporté par de douces rêveries au coin du feu, vous en arrivez à vous demander s'il est vrai qu'on puisse av^M froid, s'il est vrai que la faim fasse souffrir, s'il est vrai que la misërei trouble le cerveau ; la vertu vous semble facile, vos intérêts et devoirs s'élant toujours trouvés d'accord; habitués par l'éducatii que vous avez reçue à la pratique du bien, à l'accomplissement des obligations essentielles de l'honnêteté mondaine, vous n'avez connu ni les mauvais exemples, ni les dangereuses sollicitations de la pauvreté ; votre conscience, lestée par un bon coffre-fort, n'a jamais été entraînée dans ces abîmes que creusent tout à coup les vents contraires de la fortune ; il vous semble fort simple de toucher vos revenus, d'avoir l'argent prêt pour chacun de vos plaisirs et le moin< de vos besoins, et, dans cette atmosphère de calme, de quiétu< où s'écoule votre vie bien ordonnée, vous ne pensez pas que c\ à l'heure où le créancier présente son billet, où le fournisse! réclame son dû, où le propriétaire, dont la patience s'est lasséf menace de la saisie, où les enfants n'ont plus de vêtements pour couvrir et où le pain lui-même vient à manquer sur la table, que conscience vacille ; il s'élève comme un brouillard malsain obsci cissant la vue, alors commence le vrai mérite h discerner ceq^ est honnête, à souiTrir les privations, les avanies, plutôt que porter la nuin sur le bien d'autrui.

La paix règne autour de vous, il se dégage de ce qui voui entoure un parfum d'honnêteté et de vertu, rien dans le préseiy ne tfouble et n'inquiète, à ce moment le journal apporte

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récit dramatisé du dernier assassinat ; vous frissonnez en lisant tous les détails soigneusement recueillis et amplifiés pour mieux satisfaire voire curiosité, et, comme vous avez pour le mal ces haines vigoureuses, qu'une bonne éducation et une heureuse condition sociale inspirent aux âmes bien nées, vous vous indignez avec sincérité, vous criez h l'abomination, il vous parait mons* trueux qu'en plein xix* siècle, au coeur de la ville des lumières, de la cité qui attise l'incendie du progrès, comme disait le poète, il puisse se rencontrer déjeunes scélérats capables d'égorger et de voler. Mais, dans votre légitime indignation, n'oubliez-vous pas de faire un retour sur vous-même et sur la société? sans doute des hauteurs oîi vous êtes phicé, vous n'avez jamais donné que les meilleurs exemples ; le peuple qui est au-dessous de vous, s'il regnrdé dans votre vie, n'y découvre que de salutaires enseignements : vous lui avez appris à être modéré dans ses désirs, sobre dans ses appétits, honnête dans ses goûts, économe dans ses dépenses, sévère dans ses mœurs ; vous lui avez appris h honorer Dieu, à respecter la jusuce, à mépriser les succès obtenus par de mauvais moyens, à préférer l'honneur à l'argent, à n'estimer que ce qiâ est fondé sur le travail, Tordre et la probité.

Ce sont de forts beaux sentiments et les livres ne disent pas mieux ; ce n'est pas assez, il faut des aaes, et si, poursuivant plus à fond votre examen de conscience, vous vous disiez en présence du crime qui soulève votre colère : Qu'ai-je fait pour apaiser ces haines de la misère contre la richesse ? Q.u'ai-je fait pour soulager les souflfrances qui aident au développement des mauvais instincts ? Qu'ai-je fait pour que le travail suffise à f.iire vivre la femme? Qu'ai-je fait pour que l'enfant, enrôlé par le crime, dès que sa main est capable de maaier un couteau, ne soli pas

livré aux enseignements des plus détestables doctrines ; peut-être répondriez-vous dans votre sincérité : Je n'ai pas été de ces hommes de courage et de foi qui luttent pour le salut de la société, je me suis contenté de pousser des soupirs, de contempler le mal en me croisant les bras et de me réfugier dans la béate satisfaction de ma propre vertu.

« En servant les pauvres gens privés de sens et de conduite, disait à ses disciples le saint fondateur de Saint-Lazare, nous voyons et, touchons combien sont grandes et diverses les misères humaines, "^ nous nous acquitterons de nos fonctions avec d'autant plus de fidélité que nous saurons mieux par notre expérience ce que c'est que de souffrir ; le spectacle de la misère et du vice étudiés de près est salutaire à notre propre perfectionnement. »

D nous aide en effet à apprécier la saveur de la vertu et le bonheur dont nous jouissons ; il met de la reconnaissance et de l'indulgence dans notre cœur ; il nous fait mieux comprendre le devoir vis-à-vis des autres; il appelle notre attention sur les négligences, les duretés dont nous nous rendons coupables à leur égard ; il nous fait sentir la responsabilité de la société vis-à-vis de ceux qui sont condamnés pour des fautes, quelquefois moins graves aux yeux de la morale, que d'autres auxquelles nos lois humaines assurent l'impunité.

C'est par ces raisons d*un ordre supérieur, et non par l'attrait de l'horrible et du mystérieux, que des esprits réfléchis et honnêtes peuvent trouver un intérêt réel à étudier le Paris qu'on emprisonne; ils comprennent que derrière les épaisses murailles des prisons il y a des misères à soulager, des erreurs sociales à réparer, des problèmes à résoudre ; la société qui, très justement à coup sûr, enferme dans ses geôles ceux qui troublent sa sécurité, peut y trouver

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aussi plus d'un sujet de se corriger elle-même et d'apporter dans son système pénitentiaire, qui n'arrive souvent ni à intimider, ni à supprimer, ni à corriger les améliorations réclamées par Tétat actuel de nos mœurs et l'intérêt social.

Après les grands écrivains qui ont traité ces questions, il semble qu'il reste bien peu de chose à en dire. Dans son œuvre si complète surParis, M. Maxime Ducamp s'est attaché à démontrer que l'emprisonnement ne saurait être exclusivement coercitif et que le temps de la peine doit être employé à agir sur le prévenu et à lui faire comprendre que le bien est supérieur au mal, non seulement au point de vue général de la moralité, mais même au point de vue de l'intérêt individuel.

M. d'Haussonville a marqué sa place â l'Académie Française par ses recherches si consciencieuses et si élevées sur les causes de la criminalité et les moyens de la réprimer, et M. Henri Joly, chargé à l'Ecole de droit d'un cours de philosophie pénale, vient de commencer une série d'intéressantes études, par un premier volume, où le crime est analysé selon les méthodes les plus rigoureuses de la science.

Leurs travaux seraient de nature à décourager, si d'un autre côté, par l'intérêt qu'ils donnent à ces sujets, ils n'excitaient à y prêter une plus grande attention ; il y a tant à dire, tant à faire, que la matière est inépuisable et se prête à l'infini à toutes les bonnes volontés et aux efforts même les plus modestes ; un édifice ne se construit pas seulement avec des blocs de pierre, il lui faut aussi des grains de sable ; il y aurait peut-être plus d'indifférence que de modestie à se désinléresser de l'œuvre sous le prétexte de ne pouvoir y contribuer que pour une faible part.

D suffit, si on veut apporter un tribut qui ne soit pas inutile, d'avoir vu les choses de près et d'en parler avec sincérité^ avec

a LES PRISONS DE PAIUS

rimpartiaîitè de l'observateur ; il n'y aurait peut être pas de mal à être un peu du métier, si je puis m'exprimer ainsi ; je ne veux pas dire que pour bien connaître les prisons il soit nécessaire d'avoir été prisonnier soi-même ; ce serait trop demander et rendre le sujet compromettant ; cependant j'estime, et j'en donnerai des exemples dans le cours de ce livre, que lorsqu'on rencontre des détenus assez véridiques et assez intelligents pour raconter et analyser ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont éprouvé, il ne faut pas trop dédaigner leur témoignage.

On observe souvent de trop loin, on écrit des volumes, on édifie des systèmes en s'appuyantsur des faits recueillis de seconde main et mal contrôlés : cela n'aurait qu'un mt-diocre inconvénient s'il ne s'agissait que d'opinions individuelles, mais souvent, dans notre temps surtout, où, du jour au lendemaio, on peut devenir fonctionnaire ou magistrat, des hommes trouvent l'occasion de faire passer des théories superficielles dans le domaine de la pratique, ou tout au moins de gêner l'action de ceux qui, connaissant bien la question par une longue expérience, seraient seuls capables de poursuivre des réformes utiles sans s'égarer dans des tâtonnements stériles et coûteux. ^M

L'administration pénitientaîre a toujours eu à sa tête des hommes d'une grande valeur, elle a aussi son assemblée; sous le litre de ! conseil supérieur, souvent renouvelé parla politique, elle tient des sessions, d'ailleurs rares et courtes, où chacun, sous forme de pro- j position ou d'amendement aux solutions préparés par les bureaux, 1 se livre comme dans les Académies à d'intéressantes discussions.

Le véritable ressort de l'Administration Pénitentiaire devrait être comme sous l'ancien régime, le Pouvoir Judiciaire. Le magistrat qui voit les criminels de près» Qui étudie le fort et le faible de leur

la plume à mon tour; j'ai observé pendant de longues années le monde des prisons ; non point des centaines, mais des milliers de détenus, hommes, femmes, enfants, ont défilé devant moi; j'ai toujours pensé que le devoir m'obligeait à porter mon examen non seulement sur le fait matériel que j'avais à écUircir, mais sur leur vie tout entière, sur leurs antécédents, sur les évolutions de la criminalité dans leur conscience; d'autres à coup sûr ont pu se livrer à des analyses plus savantes, je ne crois pas que beaucoup aient eu l'occasion d'observer davantage et de plus près.

Je regarde donc comme une sorte de devoir d'offrir mon faible contingent aux hommes de bonne volonté qui poursuivent, les uns, dans les œuvres admirables de la charité privée, les autres dans les insthutions publiques, l'œuvre de l'amélioration de l'humanité coupable; ce sont des faits que je veux apporter. L'étude des faits a pris en toute chose une importance considérable; tout savant, tout philosophe doit être doublé d*un enquêteur; c'est en prétendant s'appuyer sur l'observation physiologique que de nouvelles écoles cherchent h ébranler les bases sur lesquelles repose depuis des siècles la puissance de juger et de punir; le débat se place aujourd'hui sur ce terrain, il n'a rien qui puisse effrayer le magistrat; sans cesse en présence du fait, il peut mieux que personne réfuter des doctrines téméraires et rendre hommage au principe de la responsabilité humaine, inscrit jusqu'à ce jour dans les lois pénales de tous les peuples civilisés.

Je resterai dans mon sujet en rattachant l'étude des faits aux controverses qui s'élèvent sur l'idée même de criminalité ; aussi je m'occuperai surtout de ce qu'il y a de plus intéressant dans la prison, c'est-à-dire du prisonnier lui-même; non pas assurément que je veuille fliire de ïa métaphysique et, moins encore, emprunter

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à la physiologie son nouveau vocabulaire ; je suis de ceux qui pensent que les hommes n'ont pas commencé par être des singes ou des vers de terre, qu'ils ont été crées avec le visage et les passions que nous leur voyons aujourd'hui, dès lors je ne vois pas la nécessité de recourir à des mots prétentieux et nouveaux pour exprimer les différentes manifestations de leurs facultés éternelles, conscience, volonté, intelligence; elles ont existé, au moins à l'étati de germe, dès le jour où ils firent leurs premiers pas sur ce globe, et elles ne disparaîtront qu'avec lui, lorsque privé de toute chaleur, il aura accompli ses mystérieuses destinées.

Je sais bien qu'aujourd'hui les profanes eux-mêmes s'appliquent' à parler le langage scientifique; vous n'ouvrez plus un livre, même un roman, oîî, à propos de gens, qui trouvent plus agréable de se livrer à leurs passions que de les vaincre, il ne soit question de criminologie, de déchotomie, d'état syndromique, de déséquilibration, d'instinctivité, d'atavisme, de daltonisme de la conscience, etc.

Ces mots ne sont pas souvent beaucoup plus clairs que les idées qu'ils expriment ; on peut se faire comprendre sans les employer; les actions de l'homme, bonnes ou mauvaises, se ramènent en somme à quelques lois très simples, et le mieux est de les formuler simplement; chaque siècle a un style fait à son image, nous sommes des analystes à outrance, nous disséquons la pauvre âme en mille petits morceaux, nous composons avec tout cela des doctrines alambiquées; nous les mettons à la place de ces idées limpides, de ces principes lumineux qui s'harmonisaient si bien avec Tampleur de notre langue et la droiture de notre bon sens.

C'est au nom du positivisme que l'école italienne d'anthropologie, ' fondée par un éminent savant, le professeur Lombroso, a la prétention d'expliquer le crime par la conformation physique; en 1882, un

publidste distingué, Tommasi, sénateur du royaume d'Italie, avait publié dans la « Rassagna Critica », dirigée parle professeur Anguelli, un article tendant à démontrer que la force irrésistible, si souvent invoquée par les avocats pénalistes pour faire remettre dans la circulation les plus abominables coquins, se retrouve dans tous les crimes indistinctement, et peut être invoquée en faveur de tous les criminels, le libre arbitre n'étant qu*un rêve de métaphysicien.

Ce fut dans cet esprit qu'on organisa le premier congrès international d'anthropologie criminelle; il se tint i Rome en 1886; comme celui qui vient de se réunir à Paris à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, il vit se produire des doctrines qui, si elles venaient à prévaloir, modifieraient complètement le système pénitentiaire et transformeraient nos prisons, où Ton a encore un certain respect de la dignité humaine et quelque espoir de la relever, en véritables ménageries humaines dans lesquelles on ne s'occuperait que de la solidité des barreaux destinés :\ garder le plus longtemps possible des bêtes féroces et inconscientes.

Les promoteurs du congrès de Rome disaient : « Il sera l'Arc de Triomphe sous lequel la science exacte passera pour entrer dans le sanctuaire du droit, le culte des doctrines métaphysiques est près de tomber. »

Je ne sais si l'Arc superbe a été dressé, mais je ne crois pas que les idées qui ont voulu passer sous ses voûtes soient de taille à vaincre les vieilles et nobles croyances de l'humanité.

On considère en général comme peu flatteuse pour notre espèce l'opinion qui soutient Tétroite fraternité de l'homme et du singe; un des orateurs les plus applaudis du Congrès, M. Albrecht, trouva {étendant qu'il fallait riiumiiier davantage : « Nous ne descendons

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pas des singes, dit-il, nous ne sommes de vrais singes ; nous formons qu'une seule espèce, sîmii homo. »

L'idée supérieure du bien,butde la vie humaine, doit être éc.irtée comme une abstraction métaphysique, comme une hypothèse déiiuéc de toute preuve ; l'homme est un animal, n\iyant que des instincts et dans l'étroite fraternité qui Punit au singe, il n*a même pas le privilège d'être Taîné et le plus parfait ; il représente au contraire le type le plus inférieur par la structure de In mâchoire et de Tangle orbital, et dans l'ordre physiologique, un signe de son infériorité c'est qu'à la différence des smges supérieurs qui font ce que bon leur semble, il contraint sa nature à se réformer; il ne se rrfectionne pas, il s'anormaUse; l'homme normal ce n'est pas l'honnête homme, c'est le criminel, c'est celui qui, comme l'incalculable quantité d'organisme existant dans la nature, tend à supprimer son voisin ; l'homme anormal au contraire, c'est l'honnête homme qui agit contrairement à la loi et au besoin des organismes en évitant de faire ce qui est préjudiciable aux autres, et s'il se donne le droit de mettre en prison l'homme qui est resté fidèle aux lois de sa nature, en pillant, profanant, assassinant, faisant tout ce qu'il sait et peut faire pour son propre avantage et bénéfice, en ne voulant pas, en un mot, se laisser anormaliser, ce n'est pas au nom d'un droit supérieur, d'une morale plus parfaite, mais au nom de l'utilité et pour le mettre hors d'état de nuire à cette société de singes inférieurs.

Ces théories ont été exposées en plein congrès de Rome, elles p'ont pas rencontré une unanime approbation; mais elles mon** trent le terme extrême et fatal de certaines utopies et déjà toute Técole positiviste est d'accord pour ne voir dans la pénalité, dans Temprisonnement, qu'un acte de défense sociale et non pas la sanc-

cioQ de certains principes de morale; elle prend le contre-pied de l'école classique qui base la pénalité sur raffirmation do libre arbitre-

A quoi bon chercher l'origine du crime dans des hypothèses compliquées quand il s'explique tout naturellement; il est plus facile.i de fliire le mal que de faire le bien, l'un s'accomplit sans efforti et procure une jouissance au moins momentanée; l'autre nousi impose un sacrifice et nous oblige à remporter une victoire suri nous-même; on préfère le plaisir à la peine et c'est ainsi que se| commet la première faute et que s'accomplit le dernier crime.

En pénétrant dans les prisons, en étudiant sur le vif ceux qui y sont enfermés, on arrive bien vite à se convaincre que l'homme, libre de redresser les inclinaisons mauvaises de sa nature, arrive au crime non par un atavisme fatal, mais par Its capitulations successives de sa volonté.

Si l'on voulait énumérer les causes qui, chaque année, font passer deux cent vingt mille individus au moins dans les diverses prisons de France, dont l'entretien coûte en moyenne vingt-cinq millions de francs, il faudrait prendre toutes les passions les unes après les autres.

Comme dans les salles de l'hôpital, tous les .Iges, tons les sexes se rencontrent dans les prisons, mais tandis que certaines maladies ne s'attaquent qu'à la femme, ou à l'enfant, l*s vtc\.: sont les mêmes pour tous; allez à la Petite et à la Grande-Roquette, à Saint-Lazare, à Mazas, à la Conciergerie, à Sainte-Pélagie, àNanterre, vous y trouverez les mêmes fautes, inspirées par les mômes passions; l'enfint comme le vieillard, la femme aussi bien que l'homme, volent, assassinent, commettent ces crimes où la morale et la nature sont également outragées.

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Mais les uns comme les autres, en se livrant à ces excès, ne subis-' sent pas l'action d'une force extérieure, annulant leur volonté; ils^ puisent peu à peu dans leurs sentiments intérieurs, dont ils sont les nuiires, les inspirations qui arment leurs bras et font taire leur conscience.

Sans doute, dans les grandes villes comme Paris, l'individu livré à lui-même rencontre à chaque pas de dangereuses sollicitations; loin de barrer les chemins qui mènent h la prison, la société les ouvre davantage; je sais bien qu'on ne peut mettre les hommes en tutelle et que la vertu est affaire de conscience plutôt que de police, mais si le gouvernement ne peut empêcher les gens de se mettre dans le cas d'aller en prison, si cela leur convient, il doit, tout au moins, lorsqu'il les tient sous ses verrous, s'efforcer de leur donner d'autres goôts et de tourner leur activité vers un but plus noble.

La société, elle aussi, a sa part de responsabilité dans le développement de la criminalité; elle ne peut contraindre l'homme libre à préférer le vice à la vertu, maïs elle doit empêcher l'homme prisonnier de se détériorer davantage, si même elle ne peut le corriger tout à fait.

n faut distinguer deux éléments dans la loi pénale; la punition et la protection ; l'un s'appliquant à la moralité de l'acte, l'autre à son caractère nuisible.

Personne, quant à présent, du moins, ne nie que le vol, Fassassinat, ne soient des actes dangereux, troublant la sécurité des citoyens avec trop de violence pour qu'il soit permis de les tolérer; il faudrait aller dans le camp des anarchistes les plus farouches pour entendre contester, au profit de la société, le droit de légitime défense vis-à-vis de ses ennemis; il résulte de la force Diême des choses, ou ne saurait concevoir un état où il n'exis-

terait pas; nous souffrons eu ce moment parce que le principe d'autorité a été ébranlé; les dogmes les plus essentiels sont mis en discussion et la société, comme si elle doutait d'elle-même, semble impuissante à se protéger; une trop grande tolérance est un symptôme de faiblesse, et dans ces projets de loi, qui tendent à énerver la répression, à la rendre ridicule, h atténuer les peines de plus en plus, à multiplier les grâces, je me refuse à voir un progrès, j'y vois plutôt une défaillance et une dépression de la conscience publique.

Mais h côté du châtiment qui doit être sévère, exemplairci et au besoin suppressif, il faut aussi placer l'idée d'amendement; le meilleur système pénitentiaire n'est pas celui qui fait le plus peur, mais celui qui corrige le mieux.

On s'est beaucoup occupé de construire de belles prisons, d'améliorer le bien-être matériel, de rendre les peines plus douces, on a même porté la perfection à ce point que la prison est devenue un attrait pour certains individus, ce qui n'est peut-être pas tout à fait le but de la loi pénale; mais les vœux des criminalistes ont-ils été entendus, les efforts des directeurs de l'administration pénitentiaire ont-ils été secondés, les courants d'immoralité qui entraînent vers les prisons tant de faibles et jeunes natures ont-ils été ralentis, les prisons sont-elles devenues des écoles de moralisation, et ceux qui en sortent après une expiation salutaire, trouvent-ils des appuis s'ils veulent rentriir dans la bonne voie?

S'il est un homme auquel ces questions ne puissent rester indifférentes, c'est à coup sûr le magistrat chargé d'appliquer la peine, de prendre aux gens leur liberté, de leur enlever jiisqu'i la vie. Je plaindrais celui qui serait sans anxiété, il pourrait être un parfait jurisconsulte, mais il ne serait pas le magistrat, dans la véritable

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CRIMINALITÉ ET RÉPRESSION

acception du mot, le côté élevé, supérieur, de sa fonaîon \vA échapperait ; n'a-t-il pas besoin d'être soutenu dans l'accomplissementdesa tâche, souvent douloureuse, parle sentiment qu'il remplit tiu devoir, et par la conviction que l'accomplissement de ce devoir profite à la société ; faut-il que nouveau Sisyphe, il soit éternellement condamné à rouler devant lui le rocher pour le voir sans cesse retomber de tout son poids, faut-il que les condamnations qu'il prononce ne servent qu'à engendrer de nouvelles condamnations? il se dira bien que la peine qu'il inflige a, tout au moins, l'avantage de mettre un homme dangereux dnns Fimpuissance de mal faire pendant la durée de sa détention, mais il lui semblera que si c'est déjà beaucoup, ce n'est pas assez, et il se demandera, avec un sentiment de découragement et de tristesse, quel aura été le résultat, au point de vue de l'amélioration de la société, de tant de condamnations, de tant de jours passés dans les prisons, jours remplis par le blasphème plutôt que par le remords, par la conception de nouveaux crimes plutôt que par les résolutions du repentir.

C'est qu'il est autrement difficile de corriger que de se défendre; la défense est un acte matériel, la correction est un acte moral; les peuplades les plus sauvages comprennent aussi bien que nous, sinon mieux , la nécessité de terrifier par des châtiments les gens qu'ils considèrent comme dangereux, mais leur esprit ne s'élève pas k l'idée d'une peine qui corrige ; aussi ils ne connaissent guère que la peine de mort ; on raconte qu'un naufragé, jeté par la tempête sur une plage qu'il croyait déserte, sentit l'espoir renaître dans son cœur en apercevant une potence et un pendu; il tomba h geaoux et s'écria : « Dieu soit béni, je suis dans un pays civilisé. » Sans doute la peine de mort s'impose comme une nécessité sociale, mais je ne la considère pas connue le dernier teruie du progrès.

^o -- LKS PRISONS DE PARIS

La prison indique une civilisation plus avancée, non pas en Ce sens qu'elle est un adoucissement, mais parce que celui <jui enferme doit se supposer en état de perfectionner celui qui est enfermé; ceU implique une supirriorité de l'un sur Tautre; pour pendre un homme ou lui trancher la tète, il n'est pas nécessaire de valoir mieux que lui, il suffit d'être plus fort.

Ce serait revenir à un état barbare et matérialiser le chrltiment que de le considérer uniquement comme un moyen de supprimer ou d'intimider le coupable; une société, digne de ce nom, a charge d'âmes, elle doit représenter une idée morale; c'est seulement en sou nom qu'elle peut exercer une action réformatrice sur ceux que ses lois ont frappés ; si elle ne comprend pas cela, si ses défaillance^ la rendent indigne de parler au nom d'une morale incontestée et d'origine divine, si elle ne se rattachepas à des principes supérieurs, on peut lui contester jusqu'au droit de juger la moralité d'un acte, la réduire au rôle subalterne de gendarme ou de bourreau, ne connaissant que la brutale rigueur des châtiments; et alors, si, à l'heure même, où elle déserte les croyances, qui seules peuvent relever l'homme déchu, une fatale et fausse sentimentalité vient affaiblir la pénalité, et ne laisse même plus subsister la peur du châtiment, ce triste commencement de la sagesse, faut-il s'étonner de voir les crimes augmenter de nombre et d'audace.

Tous les ans le Ministre de la Justice résume dans un rapporç d'ensemble, intitulé Compte Général de la Justice Criminelle, les statistiques que lui fournissent les tribunaux sur les affaires sour mises à leur juridiction pendant l'année précédente.

Cet exposé officiel, qui ne contient pas moins de cent quatre ta-?' bleaux où les crimes avec leur infinie variété sont classés comme des insectes malfaisants, suivant Tàge, le sexe» la nationalité, ne

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sâuraîi être suspect de pessimisme ; il présente les choses sous leur jour le plus favorable, et il se termine invariablement par un éloge que l'Etat se décerne à lui-même, pour la façon doiu il veille au respect des personnes et des propriétés ; et cependant, malgré tout, iJ est impossible de dissimuler la progression constante de la criminalité.

Un des derniers Comptes, celui de l'année 1885, présentait un intérêt particulier, parce qu'il établissait une comparaison entre les deux dernières périodes quinquennales; il était obligé de faire cettel constntation, que je reproduis textuellement pour qu'on ne puisse. me reprocher de voir les choses sous un jour trop sombre :

« En envisageant dans leur ensemble les affaires que les diverses autorités judiciaires ont eu à examiner pour la période de i88t à

1 885 , comparée à la précédente, 011 constate un accroissementmoyeu de 44, I XI crimes ou délits dénoncés. »

Je prends maintenant le Compte présenté en 1888 et j'y trouve. cet aveu attristé : « Les tableaux relatifs à Ja récidive présententcomme toujours de douloureux enseignements, le nombre des récidivistes jugés par les cours d'assises ou les tribunaux correctionnels était déj;\ il y cinq ans en 1882 de 80,818; il est monté à 84,322, en 1883 ; à 89,169, en 1884; à 91,332, en 1885 ; et h 92,825, en

Voilà qui est bien fait pour nous rendre moins orgueilleux; si vraiment, comme on se plaît à le dire en présence de certaines manifestations de l'activité humaine, nous étions arrivés à l'apogée du progrès, si aux prétendues erreurs de nos devanciers^ nous avions substitué les certitudes d'une science infaillible; si nous avions donné à la morale de nouveaux et plus solides fondements, DOn seulement les crimes ne devraient pas augmenter, non

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PRISONS DE PARTS

seulement, dans les années les plus favorables, ils ne devraient pas se renouveler en quantité et en qualité presque égales, comme s'ils obéissaient à une loi mystérieuse, mais ils devraient être décroissance continue.

C'est le devoir du législateur de découvrir les causes de la décadence morale qui nous envahit; dans le rapport de 1885, le Ministre de la Justice, avec une sévérité peu démocratique, l'attribuait en grande panie à l'esprit Je luxe qui a envahi les classes inférieures de la société ; je ne conteste pas cette assertion, mais oû^ sera le remède; espère-t-on le trouver dans un relâchement simultané de la pénalité et de la morale ?

Je lis dans le préambule d'un projet de revision du Code pénaf? soumis en ce moment h Texamen d'une commission, que I.i théorie du Code, détruite dtis doctrines autoritaires de l'époque impériale, ne semble plus répondre à l'idée moderne de la répression » ; mais alors; à. on veut réprimer avec moins d'énergie, admettre par exemple les circonstances atténuantes indéfinies, quel autre moyen trouver^^^ t-on d'empêcher la crue effrayante des délits et des crimes, sur quelle^ doctrine, sur quelle loi morale, s'appuiera-t-on pour persuader à ce^ égarés conduits dans les prisons par » l'esprit de luxe envai hissant les classes inférieures », suivant l'expression officielle, que la jouissance est faite pour le riche et non pas pour le pauvre, qu'il y a dans ce monde des inégalités sociales qu'il faut subir, et que la majeure partie de la nation doit se contenter des miettes qui tombent parfois des tables opulentes ? . \

Lorsque le principe de la divinité elle-même n'est plus admis, l'Etat tente une entreprise vaine, aussi bien en voulant se faire éducateur de la jeunesse, qu'en voulant se fnire le réformateur des coupables; les directeurs des prisons s'épuisent en vains efforts, iU

CRIMINALITÉ ET RÉPRESSION Sf

apponent dnns l'accomplissement de leur belle mission un zèle très louable ; mais la façon dont on vît dons les prisons est impuissante à transformer les âmes; ceux qui en sortent n'emportent au dehors, pour résister aux tentations qui les guettent sur le s.niil même, aucune de ces idées où la conscience peut trouver, un point d'appui; et comme d'un autre côté le châtiment trop adouci ne leur a laissé aucun sentiment de terreur, ils reprennent sans crainte aussi bien que sans remords le cours de leurs coupables exploits.

I Après avoir vu par quels chemins on arrive à la prison, dans quelles conditions on y vit, il est intéressant de voir comment on en sort; voici un homme qui pendant de longs mois a vécu sous les verrous, non pas d'une vie personnelle, mais comme une chose qui ne s'appartient pas, tout à coup la porte s'ouvre et on lui dit vous êtes libre; pour lui ce mot magique signlBe avant tout : ne plus être enfermé entre quatre murs, voir le ciel autrement que par une étroite fenêtre, redevenir maître de ses mouvements; mais pense-t-il que ce mot veut dire aussi obligation de travailler, de remplir les devoirs de k vie» de se &ire un règlement à soi-même; ce n'est pas seulement la liberté matérielle qui est rendue, c'est la liberté morale et avec elle de nouvelles responsabilités.

La société qui ne s'est guère occupée de corriger le condamné pendant qu'elle le tenait en son pouvoir, va-t-elle, maintenant qu'il est affiranchi, le prendre parla main et guider ses pas dans le premier enivrement de la liberté; il ne faut pas trop compter sur elle pour exercer utilement ce bienfaisant patronage; c'est le rôle de l'assistance privée, de ces œuvres particulières qui, arrachant tant de malheureux au gouffre toujours ouvert, justifient ce renom de charité

qui est resté, malgré tout, une des plus pures et une. des plus

incontestables gloires de Paris.

Mon but serait atteint, si je parvenais, par le simple récit de la vie de prison, à appeler une fois de plus l'attention des cœurs généreux et des esprits éclairés sur les problèmes divers que soulève l'organisation pénitentiaire ; le châtiment doit être exemplaire, } sa sévérité doit faire trembler les malfaiteurs et débarrasser des dangereux; mais en même temps, que la punition soit féconde et que ia main qui frappe essaie de corriger.

C'est une oeuvre à laquelle chacun de nous peut participer. La curiosité que soulèvent les causes criminelles cesserait d'être dangereuse, si elle nous y faisait chercher des leçons et ramenait nos, esprits vers la nécessité d'atteindre le mal dans ses causes plus; encore que dans ses eflfets. Mais dans cette foule, avide de surprise, d'émotion et de scandale, qui envahit les salles d'audience, il en est beaucoup qui ne se doutent même pas qu'il y a une autre façon de s'intéresser au crime; la Cour d'assises, transformée en théâtre, ferait plus souvent relâche, si les sociétés de patronage comptaient plus d'adhérents et jouissaient de plus de faveurs.

Une excursion sérieusement faite à travers les prisons de Paris, ne peut que fortifier ces» réflexions; ceux qui voudront, me suivre pourront ne pas partager mes idées, mais ils auront au moins des • documents sincères pour établir leur opinion.

Je serai heureux de rendre un hommage mérité aux eflforts incessants de la Préfecture de police et de l'Administration pénitentiaire, mais je signalerai en même temps les lacunes à combler, les erreurs k corriger.

J'espère ne froisser aucune susceptibilité et ne porter ombrage à oersonne en faisant un, peu de vieille philosophie, en invoquant ,

CRIMINALITÉ ET RÉPRESSION

des principes qui peuvent s'accommoder à tous les temps et à tous les régimes, mais sans lesquels il ne peut y avoir de vériuble progrès moral.

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