‹ Paris qui souffre. Les prisons de Paris et les prisonniersChapitre 3 sur 32 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LES ANCIENNES PÉNALITÉS

Le droit de pumr. — Les andennes peines. — Leur objet. — Leur néees^té. — La guerre au péché. — Intimidation des coupables. — Expiation par la souffrance. — Caractère de l'emprisonnement. — Détention préventive. — Traitement des prisonniers. — L'ordonnance de 1670. — Associations privées.

— Charité chrétienne. — Saint-Vinceut de Paul. — Les réformes de Louis XVI.

— L'Exposition de 1889.

|c tous les actes de défense sociale remprisonnement est peut-être celui qui se discute le moins ; c'est le moyen le plus naturel de parer au danger immédiat que présente la liberté d'un malfaiteur, ou d'un ennemi, ausâ a-t-il été en usage chez tous les peuples.

« Lorsque les rois de la terre, disent les écritures saintes, en~ voient leurs ordres pour mettre en liberté des prisonniers, ils laissent aux prisons leurs portes et leurs gardes pour faire voir que ceux qui en sortent peuvent y retourner. »

Joseph enfermé par Pharaon dans la prison royale fit preuve de tant de vertu que le commandant lui donna autorité sur les autres prisonniers.

Le Phédon nous montre Socrate attaché dans son cachot et recevant ses amis, attendant avec impatience, sur la place voisine l'heure, trop tardive, de l'ouverture des portes; et nous savons que Miltiade mourut dans la prison pour dettes.

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: "Salluste dafas la conjuration de Catilina/ raconte que Lentulus fut conduit sur Tordre du Sénat à la prison nommée Tullianum, dans un cachot de douze pieds de profondeur, dégoûtant, obscur, infect et d'un aspect terrible.

La prison Mamertîne est restée célèbre, et dans la chapelle de la Bastille, un tableau, représentant saint Pierre aux liens, rappelait ces vieux souvenirs et mettait sous les yeux des détenus des exemples réconfortants»

Il existait comme aujourd'hui des prisons préventives : « carcer ad continèndos horaiues, non ad poniendos habere dcbet », disait la loi romaine.

Ainsi nous trouvons, dès la. plus haute antiquité, la peine de îa prison, la récidive, le détenu privilégié chargé d'un emploi dans la maison, le permis de communiquer, la. contrainte par corps, l'isolement dans un cachot, la détention préventive:

En France, avant la Révolution, il y avait des prisons pour cha» que individu ou chaque communauté ayant droit de haute ou basse iustice; on distinguait, en conséquence, les prisons seigneuriales, les prisons royales et enfin les prisons de l'oflicialité pour toutes les personnes relevant de l'autorité de l'évêque. -^

« Il n'y avait point dé donjon, dit M. Loiseleur, dans soi) livre sur les crimes et les peines, qui ne recelât dans ses plus secrètes profondeurs d'immondes et noirs réduits dans lesquels, pour emprunter le langage d'un chroniqueur du douzième siècle, le curé d'Ardres, les prisonniers mangeaient le pain de la douleur, au milieu des ténèbres, de la vermine et des immondices. »

Mais pendant bien longtemps, ia prison ne fut pas considérée comme un châtiment, excepté en droit canonique j par l'espoii d'évasion et d'adoucissement qu'elle comporte, elle ne wrais?

s^t pas un épouvantail suffisant pour intimider les coupables; aussi, ne voit-on, en aucun cas, dans les anciens recueils criminels, la prison, même perpétuelle, prononcée comme une condamnation pénale par les juges civils, royaux, oa seigneurkux, en madère de crimes ou délits. C'est dans les cahiers généraux de 1789, que l'on voit apparaître l'idée de faire de l'emprisonnement une peine de droit commun; cette pensée, dit M. Al Desjardins, est au fond de beaucoup de cahiers qui parlent des prisons en général.

Ce fut l'Assemblée législative qui en 1791, considéra la privation de la liberté comme une punition dont la durée devait être graduée selon l'importance du fait.

Dans un livre que son auteur présentait lui-même comme un appel à la controverse, Emile de Girardin a fait, il y a quelques années, un virulent réquisitoire contre la pénalité corporelle, il voulait la remplacer par l'excommunication civile, sous le prétexte qu'elle s'est exercée au profit de toutes les tyrannies et de toutes les passions, il en contestait la légitimité et l'utilité, a si la société disait-il, ne peut vivre sans la conservation des peines corporelles, et, bien qu'elle périsse et que ce soit là son châtiment et son expiation, que la servitude pénale ait le même sort que l'esclavage antique et le servage féodal, que la société ait le même tombeau que l'antiquité et la féodalité ».

Ce n'était pas contre le système même de la pénalité corporelle qu'il fallait prononcer ces bruyants anathèmes mais contre sa abus; s'il fallait supprimer tout ce que l'homme a détourné de sa. destination et fait servir k ses mauvaises passions, rien ne resterait debout, et parce que, dans des jours né£istes, les prisons ont quelquefois abrité d'illustres confesseurs de la vérité, de k justice

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e: de la foi, ce n*est pas une raison pour contester à une société,régulièrement constituée, le droit de mettre les criminels dans i'in> possibilité de nuire.

tu n'y a plus guères que les écoles où l'on discute encore, par pur plaisir d'esprit, sur la légitimité du droit de punir ; quelle que soit l'origine qu*on veuille lui donner : droit personnel de légitime défense, droit collectif de défense publique, utilité sociale, nécessité de l'exemple, loi du talion, expiation d'essence divine, que Ton soit avec Beccaria, Filiangerri, Puffendorf, Vattel, Klein, Kant, Fichté, Bentham, Rossi, Cousin ou Schuize, Romagnos ou

ILombroso; il n'en est pas moins vrai que la nécessité de la peine s'impose à quiconque veut maintenir l'ordre dans la société; or, comme il est de l'essence de l'homme de vivre en communauté, il en résulte qu'il a le droit de faire, dans les limites de la morale, tout ce qui est nécessaire à la conservation delà collectivité ; à moins qu'on ne pense avec M. Wyrouboff, l'une des célébrités du positivisme et du sociologisme, que les vrais coupables, devant la raison et devant l'humanité, sont ceux qui condamnent et non ceux qui sont condamnés, ou qu'on veuille encore avec le prince Kropoïkine, attendre Tamendement spniitaiié des malfaiteurs « de la répercussion moralisatrice de la transformation sociale qui assurerait à tous, avec rautonomie individuelle et l'égalité, le pain quotidien et l'instrument au travail ».

B « J'ai eu jadis de ces illusions, écrit dans la Revue de Tanthropologie criminelle, un ancien détenu, M. Emile Gautier, et dans ma révolte pressentie des prétoires et des geôles, je suis allé jusqu'à prêcher l'impunité sociale des criminels. Mais, après avoir frôlé de près les classes infâmes, après avoir vécu de leur vie et respiré leur air, j'ai dû revenu Je cette métaphysique, qui ne peut

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avoir d'autre excuse que la sincérité et la générosité de ceux qui la professent. »

ies objections contre le droit de punir sont de date relativement récente; elles ne troublaient guère autrefois la conscience du législateur ; non seulement le droit de la société était incontesté, mais les peines étaient d'une sévérité qui nous étonne ;\ première vue ; elles ne manquaient pas toutefois d'une certaine grandeur, en ce qu'elles avaient pour but principal d'extirper le mal de l'âme des coupables et de les ramener au bien par la contrainte; une idée supérieure, mal entendue assurément, dominait la pénalité et l'intérêt social n'était pas la raison vulgaire, derrière laquelle on s'abritait pour torturer les gens.

11 est curieux de voir, avec quel calme, de pacifiques juristes, braves gens à coup sûr^ exposent dans leurs traités, entre deux questions de droit civil, la procédure de la torture.

Les peines que les magistrats du temps appliquaient en toute sûreté de conscience, à ceux qu'ils considéraient comme des ennemis publics, îont tellement en opposition avec nos mœurs modernes qu'il est facile de soulever contre elles de très violentes indignations, mais l'historien impartial, cherche la raison des choses, et se pénètre bien des idées, des conditions au milieu desquelles s'agitaient ceux qu'il prétend juger.

Il est impossible quand on lit les vieilles procédures ou les écrits des anciens jurisconsLiltes de ne pas être frappé de la parfaite bonne foi avec laquelle tout le monde acceptait la légitimité de la torture ; lorsque le magistrat rentrait chez lui après avoir assisté à ces scènes horribles, son cœur pouvait être ému, mais sa conscience n'était pas plus troublée que celle du juge prononçant aujourd'hui une condamnation capitale. Us cruautés qu'il croyait

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nécessaires ne l'empêchaient pas de chercher la justice et c'était an jurisconsulte du xvi« siècle qui adressait au juge ces belles

Le Filori des Halles.

(D'âpre» auc ctumpc du musée CaniAvalet.)

paroles : « Gardez toujours inviolablemeat la pureté de justice, ne portez nulle part la verge d'équité sinon toujours droite ; despouiU lez-vous de toutes humaines affections; ayez bonne et profonds

connaissance des causes des parties; soyez tard à juger et quand il faudra juger, jugez ce qui sera bon et équitable, selon la vérité, et prononcez la sentence, non comme vôtre, mais comme procédante de la bouche de Dieu juste. »

Sans doute quelques penseurs devançant leur siècle, faisaient eatendre de timides protestations. « Ce n'est pas, » écrivait en 1682 un conseiller au parlement de Bourgogne, s'appuyant sur l'opinion des plus grands docteurs de l'Eglise, « la douleur du corps humain quî pousse un criminel à la confession de son crime, mais de la contrition et la douleur de Tâme. Cest cette ajB3ictioa de Tesprit, qui produit en nous le repentir, que procède la véritable confession de nos crimes, parce qu'elle est faite à Dieu, qu'on ne peut tromper ; mais les tourments exercés sur notre corps n'expriment de nous que des voix violentes. »

Les hommes qui parlaient ainsi étaient l'exception; les tortures dans l'instruction et h souffrance dans le châtiment, semblaient jusiiîés par la haine du mal; l'auteur, que je viens de citer, commençait son livre en s'excusant timidement de parler contre le sentiment public : « J'ai longtemps balancé, disait-il, entre le désir de secourir l'innocence de ceux qui pouvaient souffrir d'injustes supplices et la crainte de donner au public quelque chose qui pût sembler contraire aux opinions communes. »

Sommes-nous plus sensibles, plus charitables, que ces hommes; les spectacles sanguinaires ne sont-ils plus de notre goût et éprouverions-nous quelque peine à voir souffrir notre ennemi ; i! est permis d'en douter. Voltaire, en môme temps qu'il déclamait contre l'ancienne procédure, la trouvait bonne contre ses adversaires ; il écrivait à la C"' de Lutzbourg et il Vernès, au temps de Beccaria : « Le bruit court que le révérend père Maiavreda a été roué, que Dieu en soit

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béni;... on m*écrit que trois jésuites ont été brûlés à Lisbonne, voilà des nouvelles qui consolent. »

Ce qui a changé, ce qui change tous les jours, ce n*est pas rhomme, c'est la condition sociale ; le temps marche, il laisse h oature humaine telle qu'elle était et telle qu'elle sera toujours, mais il apporte des changements profonds dans la vie, dans le langage, dans le costume, dans les choses extérieures, dans les formes bien plus que dans le fond des idées.

Aussi bien, en recherchant, sans parti pris, la véritable cause des cruautés de l'ancienne pénalité, on la trouve non pas dans des instincts méchants que la civilisation aurait vaincus, mais dans un besoin de défense sociale, et, en même temps, dans une profonde aversion du mal.

Les crimes contre les personnes, commis en général par des bandes armées, des associations de malfaiteurs, présentaient un tel caractère de sauvagerie, répandaient une telle terreur que le seul moyen de les réprimer était d'inventer des supplices en rapport avec l'énergie de ces natures de ter.

Un écrivain impartial, M. Bourdeau, rendant compte dans le « Journal des Débats » d'un ouvrage de M, Hertz de Stuttgard sur Voltaire et le droit criminel français, dit avec raison : « Si l'on met de côté rémotion, si, au lieu de s'indigner, on veut comprendre, on reconnaîtra, qu'à l'origine, il y avait eu non seulement accord entre la législation, les idies et les mœurs, mais que même la cruauté, l'atrocité de la répression avaient été civilisatrices et par suite humaines. »

Nos prisons modernes, les douceurs du régime, notre pénalité un peu anémique, les scrupules de la philanthropie, eussent été à cette époque une véritable dérision.

Le supplice de la roue fut transporté d'Allemagne en France, an temps de François I*', contre le brigandage que les peines ordinaires

étaient impuissantes à réprimer.

Quand sous Louis XIV les empoisonneurs répandaient partout l'épouvante, on créa une juridiction exceptionnelle, la chambre ardente, qui sévit terriblement, mais du moins mit un terme à ces crimes.

En même temps, la société, à laquelle les criminels déclaraient la guerre, avait des convictions plus solides; les mœurs, prises dans leur ensemble, étaient plus austères, le mal était plus détesté, la foi plus (vive, la crainte de Dieu plus grande.

Le crime n'était pas seulement, comme on tend à le représenter aujourd'hui, un acte nuisible ou le produit d'impuîsions maladives, c'était le péché; c'est-à-dire le mal suprême, la plus grande offense que la créature révoltée puisse faire à son Créateur, en mêmeteirjps que la source des fléaux infligés à l'humanité, des grandes catastrophes dans lesquelles ont péri tour k tour les peuples coupables; ce que l'on voulait chitier, c'était le crime plus encore que le criminel ; c'est pour cela, que spiritualisant en quelque sorte la procédure, on la continuait mûme après la mort du coupable, ta peine était une sorte de satisfaction donnée par avance au tribunal suprême.

Pour cette raison les Officiai i tés, appelées à pnnîr les fautes du prêtre, tenu, plus que d'autres encore, à ne pas offenser Dieu, se faisaient remarquer par leur sévérité ; les in pace des couvents sont restés dans la tradition comme les plus rigou reux des cachots.

« Mes amis, disait le grand apôtre de la charité aux prisonniers qu'il aimait à visiter, toutes forcées que soient vos peines,

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qui vous empêche de les accepter avec une résignation qui les rendra méritoires... Après tout elles dureront peu, puisque pour les plus malheureux d'entre vous elles finiront avec la vie qui n'est jamais longue. Enfin, h la bien prendre, il n'y a de vrai mal que le péché, de vraies peines, que les peines éternelles. »

La souffrance était considérée comme une expiation profitable si elle était supportée avec courage et résignation ; elle fut toujours aux yeux de TEglise un moyen d'effacer les fautes, de telle sorte, qu'à ce point de vue, plus le châtiment était cruel, pt js il donnait au condamné l'espoir d'échapper à la damnation.

Cest ainsi que des sentiments, excellents dans leur principe, ont, par suite de l'imperfection humaine, produit de détest.nWes résultats; l'homme s'expose à se tromper quand il veut trop se mettre à la place de Dieu et devancer l'œuvre de sa justice; malî, tout en blâmant la dureté des anciennes peines, il serait injuste de méconnaître l'élévation des idées qui les ont le plus souvent inspirées, et les mâles vertus d'une société qui les appliquait dans la sincérité de sa conscience. Les sentiments humanitaires de beaucoup de nos contemporains viennent de leur septîcisme; du peu de cas qu'ils font du libre arbitre, de leur tendance à tout excuser pour tout se permettre; ne soyons pas trop vaniteux ; n'oublions pas que l'adoucissement des lois criminelles a concordé avec l'incrédulité, le sensualisme et la corruption du xviii* siècle; prenons garde, sans .ipprouver les erreurs du passé, et sans médire de toutes les réformes du présent, de mettre sur le compte de notre philanthropie ce qui n'a été, pour beaucoup, qu'un affaiblissement du sens moral.

La prison ancienne avait un triple objet : contraindre par corps les débiteurs insolvables; détenir les inculpés pendant la durée des

enquêtes Jusqu'au Jour du jugement; mettre les condamnés à la disposition du gouvernement pour l'exécution des peines corporelles, telles que la question, le fouet, les galères, la roue, Téchâfaud, etc.

On appelait maisons de force, les prisons où les femmes subissaient la peine des galères et les hommes l'emprisonnement perpétuel, par suite de la commutation de la peine de mort ou des galères.

H y avait aussi des maisons de force destinées, à titre de sûreté et non de pénalité, aux mendiants, aux vagabonds, aux filles de mauvaise vie, aux fous, aux prodigues, aux enfants mineurs en correction, et enfin à tous ceux qui, sous un régime qui n'avait pas de Code Pénal, paraissaient dangereux.

La prison était encore un moyen de contraindre, pendant un temps que le juge fixait à son gré, l'auteur d'un dommage à le réparer, par exemple à restituer un objet dérobé; de même, aujourd'hui en Angleterre, les personnes chargées d'un mandat public, par exemple les administrateurs judiciaires, peuvent être incarcérées indéfiniment tant qu'elles n*ont pas rendu compte des sommes touchées.

Les anciens registres d'écrou conservés aux archives de la Préfectnre de police, mentionnent souvent cette sorte de contrainte; j'en relève un, à titre d'exemple, sur le registre d'écrou de Saint-Martin, pour l*année 1790 : « Louise Jouassin, .Igée de quinze ans, native de Lille, en Flandre, ouvrière en linge et femme du monde, détenue jusqu'ù. ce qu'elle ait restitué à ladite Jaguille, les effets par elle réclamés, suivant Tétat qu'elle a présenté, si mieux n'aime en payer la valeur suivant l'estimation qui en sera faite par la syndique en charge des demoiselles lingères de cette ville. »

C'était quelquefois le juge qui se lassait le premier, comme le

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montre cet autre écrou du 24 juin 1790 : « La nommée Françoise Nouelle, détenue jusqu'à ce qu'elle ait remis à la femme de Jean Prévôt les 22 pièces de linge qu'elle lui a volées, sinon jusqu'à ce qu'elle ait payé à la dite dame Prevot, 48 francs pour la valeui des dites pièces, mise en liberté le 12 février 179 1, attendu la longueur de la prévention et l'impossibilité où est la femme Nouelle de payer les 48 francs. »

Les divers hôpitaux, les établissements religieux tenaient assez souvent lieu de maisons de force ou de correction ; pour éviter un procès scandaleux, pour sauver l'honneur d'une famille, le Roi, au nom de son pouvoir souverain, y faisait enfermer certains individus qui auraient mérité de passer en jugement et donnait ainsi à la morale publique certaines satisfactions que depuis elle ne rencontre pas toujours.

M. Albert Desjardins en cite l'exemple suivant, emprunté à la correspondance de Louis XIV :

« Chers et biens amés. nous avons été informé que la procédure a conduit à l'hôpital le sieur Duport de la Chlquetière, gentilhomme de la province d'Anjou, prévenu d'un crime énorme (inceste), qu'il est bon de cacher au public. »

« Aussi n'ayant pas voulu que son procès lui fût fait comme il le mériuit, nous avons jugé plus à propos de le faire renfermer pour le restant de ses jours audit hôpital. »

Enfin il y avait des prisons d'Etat, prisons préventives, politiques et exceptionnelles, elles ne dépendaient que du roi; la loi n'en parlait pas plus que des lettres de cachet.

Voltaire a dit quelque part : « Il ne faut pas qu'une prison ressemble à un palais, il ne faut pas non plus qu'elle ressemble à un charnier. »

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Il y a autant de différence entre les anciennes et les nouvelles prisons qu'entre les demeures d'autrefois et les habitations raodernes, où tout est ménagé pour rendre la vie agréable et facile ; en admettant que les prisons aient été des charniers, elles ne sont pas bien loin aujourd'hui de devenir des palais.

La prison sous Tancien régime avait, comme je l'ai dit un caractère préventif plutôt que répressif; carcer est custoàia non pœna; or, s'il est un prisonnier qui mérite de l'intérêt, c'est avant tout celui dont la culpabilité n'est pas encore établie, aussi on a toujours appelle la sollicitude de la loi sur son malheureux sort et réclamé en sa faveur des adoucissements qui devraient être le prélude de toute réforme pénitentiaire.

L'ordonnance de 1670 prescrivait au juge d'avoir égard à la qualité des personnes, par ce motif que le séjour de la prison, qui est presque indifférent aux gens du commun, est un supplice pour les honnêtes domiciliés et les flétrit pour ainsi à dire dans ropiniou publique.

« Plus le séjour des prisons est affreux, disait-on, plus les juges doivent avoir attention de ne pas y envoyer légèrement l'accusé ou le débiteur; plus aussi ils doivent apporter de soins pour que celui qu'ils enferment ne soit pas molesté par les geôliers, guichetiers et par les autres personnes, »

L'avocat au Parlement de la Croix, auquel j'emprunte ces lignes écrites en 1786, les complétait par d'autres recommandations que je cite pour bien montrer que les juges modernes eux-mêmes ne sauraient mieux faire que de s'inspirer des leçons du passé.

« Le juge, avant de faire mener un accusé en prison, doit donc avoir une grande attention à la gravité du crime dont on le charge, aux degrés de probabilités qui s'élèvent contre lui, au tort qui peut

rhumiiJation d'être mené publiquement et à pied en prison, lorsque Taccusé peut s'y faire transpo te* en voiture et se dérober à la curiosité de la populace; ce n'est pas tout, il est obligé de le protéger lorsqu'il est en prison, d'ordonner qu'on nît des égards :\ son Sge, à ses infirmités, à son caractère. Un vieillard, une femme, un prêtre, un homme de loi, un militaire décoré, méritent des ménagements particuliers, à moins qu'ils n'aient visiblement commis des crimes qui les rangent dans la classe des plus vils scélérats. Un juge doit aussi et à plus forte raison mettre la plus grande célérité dans l'instruction des procès criminels afin de ne pas laisser languir

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longtemps dans les horreurs de la captivité l'accusé qui sera peut-être absous, ou auquel il ne sera infligé qu'une peine légère, lorsque la vérité aura été éclaircie par l'information. »

Tous les anciens auteurs qui ont t-crit sur Paris ont fait des prisons des peintures pleines d'horreur; elles se résument dans ces quelques lignes que j'emprunte à Mercier : « Les prisons sont resserrées, malsaines, infectes ; on les a justement comparées à de hauts et larges puits aux parois desquels seraient adossées des maisons étroites et hideuses. »

En 1777, l'abbé de Besplas, grand vicaire de Besançon, dans un sermon devant le roi s'exprimait ainsi : « Sire l'état des prisons et des cachots de la capitale et de tout votre royaume arracherait des larmes aux plus insensibles qui les visiteraient; un lieu de sûreté ne peut, sans une énorme injustice, devenir un séjour de désespoir. »

Ces réclamations turent entendues et dans le préambule de la Déclaration du 30 août 1780 destinée à réformer les prisons on voit combien le roi était lui-même convaincu et affligé de leur déplorable état.

« Pleins du désir de soulager les malheureux et de prêter utie main secourable à ceux qui ne doivent leur infortune qu'i leurs ég.irements, Nous étions touchés depuis longtemps, dit-il, de l'état des prisons dans la plupart des villes de notre royaume et nous avons malgré la guerre contribué de nos propres deniers à diverses constructions qui nous ont été présentées comme indispensables, regrettant seulement que les circonstances nous aient empêchés de destiner à un objet si digne de nos soins tous les fonds qui pourraient le porter à sa perfection : mais Nous ne le perdrons pas de vue, lorsque la paix nous fournira de nouveaux mo3'ens : cependant informés plus particulièrement du triste état des prisons de notre

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capitale nous n'avons pas cru qu*U nous fût permis de différer d'y porter remède. Nous sommes instruits qu'à l'époque reculée de leur établissement l'on y avait adapté des bâtiments destinés, lors de leur construction, à d'autres usages; en sorte que nulle corafno4ité et nulle précaution pour la salubrité n'avaient pu y être ménagées; que cependant tous ces inconvénients étaient devenus plus sensibles à mesure que les bâtiments avaient vieilli et que la popu* lation s'était accrue ; qu'ainsi des prisonniers de tout âge, de tout ,s«ce, ou pour dettes ou pour crimes et pour des égarements passagers resserrés dans un trop petit espace, et souvent confondus, présentaient le spectacle le plus affligeant, et digne, sous tous les rapports, de notre sérieuse attention; qu'il résultait, en effet, d'un pareil mélange, ou une inju-ite augmentation de peines pour ceux qui ne doivent leur captivité qu'à des revers de fortune, ou de noi^veaux moyens de dépravation pour ceux que de premières erreurs avaient conduit dans ces lieux de correction. »

Cependant, c'était encore en France que les prisons étaient le mieux tenues; un des hommes qui témoigna le plus de zèle pour le soulagement des détenus, John Howard, dont Delille a dit dans le poème Malheur et Pitié :

Hélas ! dans h prison, triste soeur de la tombe. Sa main vient soutenir le malheur qui succombe.

s'en alla, de 1775 à 1787, visiter toutes les prisons d'Europe; en bon Anglais qu'il était, il devait être tenté de donner la première place à son pays et de décrier le nôtre ; or voici le témoignage que sa conscience l'obligea à rendre aux prisons de Paris : « On est surpris de voir qu'aucun des prisonniers qui se promènent dans la cour ne soient chargés de fer; de là on pourrait aisément con-

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dure que la manière dont les prisons sont administrées en France en rend le séjour plus tolérable et les cliaînes moins nécessaires; en effet il est évident par l'aspect môme des prisonniers, qu'on veille sur eux avec une attention que l'humanité dirige; on éprouve rarement en visitant une prison de France cette odeur infecte qui remplit souvent les prisons anglaises, les cours lavées une ou deux fois par jour peuvent être envisagées comme les lieux les plus propres de Paris. »

L'ordonnance de 1670, véritable Code des prisons sous l'ancien régime, s'était déjà eflbrcée par une série de dispositions pleines de sagesse et de sollicitude, d'introduire le bon ordre, la discipline, la décence dans les prisons, dont le geôlier, tout à la fois, gardien, gargotier et loueur de chambre en garni, avait été pendant longtemps le tyran absolu et l'exploiteur patenté, et où il soumettait à toutes sortes de vexations le détenu qui n'avait pas de quoi acheter ses coûteuses complaisances, ou qui montrait trop de sobriété; les geôliers, qui tiennent cabaret, ont horreur, a dit Silvio 1 Pellico, d'un détenu qui ne boit pas de vin.

H II est vrai, écrivait en 17 12, le lieutenant de police d'Argemon, à Madame de Maintenon, que les geôliers font payer le plus cher qu'ils peuvent toutes les commodités qu'ils fournissent à leurs prisonniers, et ceux qui ne sont pas en état de les acheter sont fort misérables. »

Le geôlier avait toujours été la plaie des prisons et c'était surtout contre lui que les réformes étaient tentées; un des crimina- Hstes les plus estimés du xvi' siècle, Damhoudére, recommandait aux juges d'élire pour cet office : « gens de bien, débonnaires, doux, miséricordieux, bénings, affables, de bonne conscience» craignant Diet], qui administrent aux prisonniers diligemment, leurs

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nécessîtés et parfois comme bons pères de famille, donnent aide et confort aux affligés en toutes leurs adversités, et ne permettent pas en leurs prisons se commettre par eux ou par autres, paillardise, exaction, tromperie, fraude, crime, ou quelque sorte de malé- 6ce ».

La loi du ré septembre 1791 ne fit que s'inspirer de ces vieux préceptes en disant dans un de ses arddes (tit. xiii, arc. 2 et suiv.) « que la garde des prisons serait donnée à des hommes d'un caractère et de mœurs irréprochables, lesquels prêteraient serment de traiter avec douceur et humanité ceux qui leur seraient confiés, et que les prisons seraient propres et saines de façon que la santé des détenus ne puisse être aucunement altérée

Les prisons, disait déjà, dans les mêmes termes, le premier article de l'ordonnance, de 1670, doivent être sûres et disposées de manière que la santé du prisonnier n'en puisse être incommodée; il lui était fourni par le geôlier du pain et de l'eau seulement.

Le pain des prisons s'adjugeait au rabais i des boulangers à tant la livre et tant par prisonnier.

Il devait se procurer le surplus et l'on peut dire qu'à cette époque, c'était la charité privée, qui nourrissait le détenu pauvre.

Sauf dans le cas où le juge avait ordonné la mise au cachot, on pouvait se faire apporter du dehors des vivres et de la viande, excepté les jours défendus par l'Eglise; ce ne fut que bien plus tard que l'Etat prit à sa charge la nourriture des prisonniers; ainsi en l'an XI une circulaire prescrivait encore de ne leur procurer le pain et la soupe qu'en cas d'indigence constatée.

Lorsque le pain était cher, on en était réduit parfois à mettre les prisonniers en liberté; on avait, rapporte Orner Talon, émis l'avis

de décharger la Conciergerie ea faisant sortir les prisonniers, i cause qu'il n'y avait pas de pain à leur donner, tant il éiiit cher et, en 1639, M"' Le Gras, des filles de la charité, écrivait à son supérieur : « Notre sœur des galériens vint me trouver hier tout, éplorée pour ne plus avoir de pain pour ses pauvres hommes, tanti cause qu'ilest beaucoup dû auboulanger quepour la chertédu pain. Elle emprunte et quête partout pour cela avec grand'peine, et, pour comble de sa douleur. M™* la duchesse d'Aiguillon veut qu'elle lui fasse un mémoire de ceux qu'elle croit que Ton peut mettre dehors. »

Il était défendu au geôlier de battre le prisonnier et d'envoyer sur lui ses chiens; ceux-ci, à cette époque jouaient le rôle de la force armée; « d'énormes chiens, dit Mercier, font la garde et même la police avec les geôliers ; riea n'est plus frappant que l'analogie qui les caractérise; ces élèves sont dressés à saisir un prisonnier au collet et à le mener au cachot; ils obéissent au moindre signe ».

Il était recommandé au geôlier de mettre ensemble les per-, sonnes d'honnête condition et d'observer que chacun suivant son ancienneté ait la chambre ou la place la plus commode; il lui était interdit de recevoir de l'argent des prisonniers pour les mettre dans une chambre plutôt que dans une autre.

Les règlements ne sont pas toujours observés et ne suffisent pas à déraciner du jour au lendemain les abus profondément invétérés ; malgré les recommandations souvent répétées de traiter les prisonniers avec douceur sous peine d'être très sévèrement punis et bien que déjà, dès le 19 mars 1665, le Parleraent eût condamné un geôlier à être pendu pour avoir laissé mourir un prisonnier sans secours, les mauvais traitements étaient fréquents dans les prisons, les coups de bâton et ks dents des chiens se faisaient souvent sentir et les

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geôliers s'excusaient en prétendant n'avoir employé ces moyens que pour se défendre contre les violences des détenus.

C'est ainsi encore, qu'à plusieurs reprises, on s'eflForça vainement d'interdire une sorte d'impôt auquel il fallait se soumettre en entrant, sous peine d'être molesté de toute espèce de façon ; c^était la M him venue » à payer aux employés de la prison ou prévôts, qui se recrutaient d'ordinaire parmi d'anciens détenus. Le règlement du 18 juin 17 17 leur faisait défense <« de rien réclamer sous prétexte de bienvenue^ chandelle, balais, quand même Voiïïc leur en serait faite, ni de cacher les hardes des prisonniers ou de les maltraiter à peine d'être enfermés eux-mêmes dans un cachot noir pendant quinze jours et d'être mis ensuite dans une autre chambre ou cabinet que celui où ils étaient prévôts, ou même de punition corporelle ».

On eut beau faire, il y a des abus indestructibles et j'admire la naïveté d'un des auteurs de l'encyclopédie écrivant en 1778, « qui croirait que malgré ces défenses si fortes, si réitérées, l'abus de faire payer la bienvenue d'un misérable, qui arrive en prison, subsiste encore, et qu'il court, le risque d'être très maltraité, s'il se refuse à cet impôt mis sur le malheur *> ; aussi ta charge de greffier éuit fort recherchée; elle rapportait 15,000 livres à la Conciergerie, 20,000 au Grand Chàtelet, 1 1 ,000 au Petit.

Pendant la période révolutionnaire, les prisonniers politiques fiirent ainsi rançonnés d'une façon, particulièrement éhontée, ut plus cruelle que jamais ; à une époque récente pour rendre ces pratiques plus difficiles, on a pris le parti de ne pas laisser d'argent à la disposition des détenus; la meilleure garantie d'incorruptibilité esc encore la pauvreté du corrupteur.

Les prisonniers n'étaient isolés dans un cachot, qu'en cas d'ac-

cusadon capitale, ou s'ils avaient déjà été condamnés à la mort ou à une peine afflictive; on ne les mettait aux fers que s'ils se livraient à des actes de violence.

La mise au secret, considérée de tout temps comme une mesure exceptionnelle, ne pouvait être ordonnée, que par le juge lui-mémejj dès que le prévenu avait, aussitôt après son arrestation, subi le pi uiier interrogatoire, il obtenait Tautorisation de communiquer avec ses parents, ses conseils, et d'aller sur le préau, c'est-à-dire en commun avec les autres prisonniers.

Les détenus couchaient en général sur la paille, d'où le nom de « paille ux » qui leur est resté.

Le froid était à cette époque, où les procédés de chauffage étaient très primitifs, une des grandes souffrances des prisonniers; il n'y avait des poêles ou des cheminées que dans les cliambres des privilégiés.

Un des vices des anciennes prisons, c'était l'absence de travail; cependant dans les hôpitaux de détention, à Bicêtre par exemple, on donnait de l'ouvrage, aussi on les désignait souvent sous le nom de Manufacture; il semble qu'il en était de même dans les maisons de force et à la Bastille, d'où des gens sortaient avec quelques milliers de francs de pécule; mais ailleurs l'oisiveté régnait avec tous ses inconvénients. « Il serait bien important, écrivait l'un des auteurs de l'encyclopédie, de faciliter aux déceuus tous les moyens de travailler résolument pour eux, ils ne sortiraient pas des prisons plus paresseux, plus vicieux qu'ils n'y sont entrés. »

Quand on voit avec quelle facilité de nos jours, malgré une surveillance très perfectionnée, les détenus parviennent à s'évader, on comprend combien les évasions devaient être nombreuses autrefois; pour y mettre un terme, un arrêt du parlement du 4 mars 1608, déclara que tout prisonnier faisant effraction aux murailles, ou

ins AMCIENMnS PÉNALITÉS ^t

portes serait pendu sans autre forme, ni iSgure de procès, à une potence dans la cour de la prison.

H est évident que si on compare les anciennes prisons il nos nouveaux édifices pénitentiaires la ditférence est grande et tout à l'avantage de ceux-ci; mais il ne fliut pas oublier, qu'à cette époque, on n'était pas amolli par la recherche exagérée du confortable; si les chambres du Châtelet eussent étéchaufitcs comme le sont aujourd'hui les cellules deMazas, elles auraient été plus agréables à habiter <]ue les appartements de Versailles.

A côté des rigueurs et des privations que le prisonnier avait à subjr, les règlements et surtout les usages autorisaient bien des adoucissements. Il pouvait se faire apporter du dehors des vivres, et tout .cequi lui était nécessaire, même un meilleur Ut que celui de 'a prbon.

De même qu'aujourd'hui le régime est plus doux pour le prévenu qui a de l'argenr, le geôlier était autorisé à exiger de cet x qui voulaient coucher seuls dans un lit, cinq sous pnr jour; ti\ is sous de ceux qui couchaient deux; trois livres quinze sous s'ils voulaient être à la pension du geôlier, et avoir une chambie particulière; en outre, soit par la charité privée, soit sur les fonds des amendes judiciaires, réservés aux pauvres prisonniers, on lei r fournissait des objets de literie, et, un arrêt du Parlement de 1732, prononce des peines contre ceux qui, abusant «< d'un secours qui leur est si avantageux et si nécessaire », coupent et mettent en morceaux leurs paillasses et couvertures.

Le droit d'acheter des vivres au geôlier, ce qui correspond à a antine moderne, n'était pas sévèrement limité^ comme de ncs jours, ce qui taisait dire, même à un philanthrope de ce temps : « Il serait peut-être à désirer qu'on ne tolérât pas autant qu'on k fait

Les prisons de f^aris

l'excès avec lequel les prisonniers prennent le vin qu*on leur vend.

On était aussi excessivement large sur les visites; hors le cas de mise au secret, le prévenu jouissait d'une liberté relative qui allait volontiers jusqu'au désordre. « Tous les jours, dit le même auteur, des prisonniers reçoivent dans leur chambre des femmes qui vont les visiter et on ne s'informe pas à quel degré elles leur sont parentes et si mêm^ elles le sont, j»

Malgré toutes les heureuses réformes apportées tout à la fois à la rigueur et h la licence des prisons, ce serait de la part de notre siècle, une prétention exagérée que de croire qu'il a été le premier à s'intéresser au sort des prisonniers, à leur venir en aide, à vouloir les moraliser.

Aussi loin qu'on peut remonter dans rhistoire des peuples chrétiens, on voit toujours la captivité représentée comme une souffrance, qui appelle la pitié et surtout l'exhortation j dès le xiv* siècle, des confréries, parmi lesquelles on distingue les Frères de la Miséricorde, se répandent dans toute l'Europe; l'exemple est donné, et de tout temps, sans distinction d'église, le soulagement des prisonniers sera considéré comme un des devoirs de la charité et les traités les plus modernes de la Théologie reproduiront ces antiques préceptes, « (t bis quo in cancre crant, spirilibns venicns pvcdkavit ».

Saint Vincent de Paul, s'inspirant des oeuvres de saint Charles Borromée, fut vraiment le premier, en France, à cherclier dans la fraternité évangélique la solution du problème pénitentiaire ; c'est à lui que revient l'honneur, trop souvent méconnu, d'avoir voulu concilier la justice et la miséricorde, rintérêt social et l'intérêt privé; après une visite à la Conciergerie d'où il était sorti profondément ému, il alla trouver le Général des Galères et lui dit d'une voix pleine de larmes : « Monseigneur, je viens de visiter les

LHS ANCIENNES PÉNALITJiS

forçnts, je les ai trouvés négligés dnns leur corps et dans leur âme; ces pauvres gens vous appartiennent et vous en répondrez devant Dieu. Eu attendant qu'ils soient conduits nu lieu de leur supplice, il est de votre charité de ne pas souffrir qu'ils demeurent sans secours et sans religion.

Dans le brevet du 8 février 1619, par lequel Louis XIII à la requête d'Emmanuel de Gondi, conférait au saint apôtre la charge d'aumônier des Galères de France, l'idée de faire du châtiment, non seulement un moyen d'intimidation, mais une œuvre de correction apparaissait très clairement dans cette phrase : « Ayant compassion des dits forçais, et désirant qu'ils profitent spirituellement de leurs peines corporelles. »

Anne d'Autriche, rapporte M""' de Motteville, se déguisait par* fois en suivante, pour visiter les prisons. »

Les associations pieuses, les établissements de bienfaisance, les communautés religieuses devancèrent ainsi, par rinitiative de leur charité, l'œuvre de la philanîhrophie officielle, en lui montrant le chemin qu'il convient de suivre, tout en se gardant d'affaiblir la répression et de devenir indulgent pour le crime lui-même.

A certaines fêtes on délivrait des prisonniers; dans les Comptes de la Prévôté de Paris rapportés par Sauvai, on voit figurer en 1498, le paiement de roses vermeilles à huit sols parisis la douzaine,de bouquets de violette à quatre sols la pièce et d'un grand bassin plein de fleurs pour couvrir la table de Messieurs les Conseillers du Parlement, et autres Officiers du Roi, assemblés la veille de la fête de la Pentecôte, pour la délivrance des prisonniers du Châtelet comme d'ancienneté il a été coutume de faire^

Les prisonniers recevaient aussi une certaine quantité de pain, de vin et de viande, le jour de la fête de la confrérie des drapiers

de Paris ; les orfèvres leur donnaient i dîner le jour de PAques et on leur envoyait une partie des marchandises de rôtisserie confisquées par la police.

Des sociétés, jouissant d'importants privilèges, venaient en aide aux prisonniers pour dettes, leur fournissaient au moyen de quôtes, du linge blanc, de la viande, et leur rendaient la liberté en payant leurs créanciers.

Dans un Ordre d'administration pour le soulagement des pauvres de la paroisse de Saint-Sulpice en 1777, on voit figurer, parmi les secours habituels la délivrance des détenus pour dettes, surtout pour mois de nourrice ; deux dames bourgeoises devaient faire les vérifications et informations nécessaires et en rendre compte à l'une des deux damesde qualité chargées de ce service; mais il était bien recommandé de n'aider, à payer les mois de nourrice, « que les mères ayant eu de bien fortes raisons de ne pas remplir elles-mêmes leur premier devoir qui est de nourrir leurs enfants ».

Loin de voir ces sociétés d'un œil jaloux et de créer des obstacles' à Texercice de leur ministère officieux, les magistrats les encourageaient et se félicitaient de trouver ce secours précieux au profit des misères dont ils étaient les premiers à gémir et auxquelles les ressources de l'Etat ne permettaient pas d'apporter un remède suffisant; l'action de ces sociétés se manifestait, sous mille formes différentes, par des secours en argent, en vêtements, en nourriture, en chauffage.

Sur ce point, attesté par les écrits et les mémoires contemporains, Howard fournit encore un témoignage précieux; a ce fut, diî-il, un homme actif et charitable, l'abbé Breton, qui se donna tous les mouvements possibles pour former un fonds dont le revenu fut appliqué à fournir les prisonniers du grand Châte-

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let, de chemises presque toutes les semaines; un grand nombre de personnes se joignirent ensuite à la société charitable formée par ses soins; le roi et la reine l'encouragèrent par leurs contributions et les mêmes secours purent être donnés aux autres prisons, de manière que sept cents personnes peuvent toujours en sentir les effets et que pour y suffire sans cesse, on a fourni à leur entretien un fonds complet de cinq mille chemises. »

« Outre celte société, dit-il, il n'est pas une prison qui n'ait une protectrice, trésorière ou Dame de Chanté, dame d'un certain rang, qui donne du bois de chauffage et du linge, se sert de l'inspection générale qu'elle a sur la maison pour le soulagement de ceux qui rhabiteni; elle sollicite la charité des femmes sensibles, procure ainsi à ces malheureux le secours et les consolations qui leur sont nécessaires; elle leur fait donner à ses frais de la soupe deux fois la semaine et de la viande tous les quinze jours. »

Dans un mémoire, lu à la société de médecine le 30 août 1791, je D"^ Doublet témoignait de l'utilité de ces œuvres et rappelait que depuis longtemps elles adoucissaient les misères des prisons de Paris et fournissaient du linge blanc aux prisonniers du ChAtelet et de Bicêtre.

Mais l'œuvre principale c'était la visite du prisonnier lui-même; l'àme du détenu semblait plus digne d'intérêt que son corps, c'était à elle que l'on pensait surtout et i ce point de vue, les visites des personnes charitables venaient compléter utilement les inspections officielles.

Les règlements sur les prisons recommandaient aux magistrats de visiter habituellement les prisons. Le Lieutenant Criminel et de Police était tenu de s'y rendre souvent, sans que les geôliers fussent prévenus, afin de mieux s'assurer si les règlements étaient

fidèlement exécutés, et le Parlement visitait les prisonniers à Noël, ^ Pâques, à la Pentecôte, le 14 août, le jour de Saint-Simon et c^€ Saint-Jude.

Quant aux visites particulières elles étaient, pour ainsi dire, jou=-^^ nilières, elles rentraient dans les devoirs habituels du bon chrétic ou de quiconque voulait au moins se faire passer pour tel.

Si l'on vient pour me voir je vais aux prisonnien Des aiiindues que j'ai partager les deniers.

H était recommandé aux geôliers de donner une entrée faciU ^^^ auprès des détenus, même mis au cachot, aux visiteurs bienfaisants- ^^^^^^ venant soit leur apporter des secours, soitles exhoneret les assister-

On pouvait ainsi, en invoquant les privilèges de la charité pén trer toujours dans l'intérieur des prisons; Howard rapporte qu n'ayant pu obtenir la permission de visiter en curieux les pri sons de Paris, ce qui fut toujours difBcile, il jeta heureusement 1 yeux sur le trentième article de l'ordonnance de 1717; iî prescrivait aux geôliers de conduire les personnes qui voudraient faire des charités dans les lieux de la prison où elles désiraient les distribuer, les aumônes pouvaient être faires sur le préau ou dans la cour; mais ne devaient être distribuées dans les cachots noirs que par les mains du geôlier, en présence de ceux qui les apporteraient, «t Armé de cet article, dit-il, je plaidai ma cause devant le commissaire de police et gagnai par ce moyen lu faculté d'entrer dans le petit et le grand Châtelct, dans le For-l'Evêque et j'eus enfin l'occasion de voir presque tous ceux qui étaient confinés dans ces prisons, u

Dans une intéressante relation de la vie de demoiselle Bourjot, épouse de M. Quatrenière de Quincy, morte en 1790, on voit avec

tES ANCIENNES PÉNALITÉS fj

(juel dévouement et quelle ardente chanté s'exerçait alors dans le monde Tœuvre volontaire du soulagement des prisonniers.

« Le mauvais état des prisons et la manière indigne^ pour ne pas dire barbare, dont on traitait les malades, affectait singulière* ment, cettemère des pauvres et des malheureux, » rapporte la notice. (» Elle voyait, avec U plus profonde douleur, ces malheureux entassés les uns sur les autres, et dans une malpropreté insupportable, d'où s'ensuivait une espèce d'épidémie, qui en enlevait presque chaque jour un nombre prodigieux. Un des principaux exercices de sa dévotion fut de visiter les prisonniers, de descendre dans ces lieux d'horreur. »

Dans la semaine sainte, après le sermon et l'oflfice des ténèbres qu elle allait entendre au gti^nd Châtelet, elle descendait dans les prisons suivie d'une compagnie nombreuse, où l'on distinguait dç jeunes dames de la première qualité; on y reranrquait comme une des plus assidues. M""' la princesse de Chimay, qui ne doutai: pas que ce ne fût rendre service à des jeunes femmes de son r.ang, que de leur faire connaître les cachots et la situation déplorable de ceux qu'on tenait enfermés. C'est ainsi encore que la duchesse de Duras, le jour où son fils fit sa première communion, pensa judicieusement qu'il lui serait utile de voir les malheureux prisonniers détenus, afin que cet objet, parfaitement imprimé d.ins son esprit, pût faire quelque diversion aux fausses idées de grandeur dont les jeunes seigneurs étaient si souvent préoccupés.

La Révolution survint; loin de hâier la complète exécution des réformes, que Louis XVI avait ordonnées, elle les retarda et commença par mettre à ta place des faits d'emphatiques déclamations; malgré bien des discours, les prisons se trouvaient dans un état plus déplorable encore, la chanté persécutée et suspectée ne pou-

vant même plus y pénétrer. Le citoyen Thierrié Grandpré, chef de bureau de h première division de l'intérieur ayant le département des prisons, en faisait l'aveu dans un rapport du iSjuiu 1796 : c( Qiie Couvre, disait-il, la Constitution de 1791, celle de 1793, celle de l'an III, que je parcoure toutes les lois rendues relativement aux prisons, je vois partout les droits de T homme solennellement proclamés, la justice hautement reconnue, l'humanité expressément recommandée» et les peines les plus sévères contre ceux qui oseraient en violer les principes; mais que je jette les yeux sur le régime des prisons, que j'ose pénétrer dans ces séjours du crime, de l'erreur ou de Tinaocence, je ne vois qu'iniractions aux lois, que mépris même pour leur autorité; je ne vois que des infortunés périssant de froid, de misère et de faim, accablés sous le pénible fardeau d'une oisiveté continuelle, se vautrant sur une paille infecte, livrés à toutes les horreurs du désespoir, et invoquant à grands cris la mort qu'ils regardent comme un bienfait. »

Et il ajoutait :

« Ces malheurs prennent leur source, non seulement dans Tinsalubrilé, et le mauvais état des prisons, mais encore dans le désespoir auquel la nudité, la misère et la faim, réduisent les prisonniers. Il existait autrefois des compagnies de charité qui venaient constamment à leur secours ; les riches contribuaient de leur côté pour adoucir leur sort, et on leur distribuait le linge, les vêtements et la nourriture qui leur étaient refusés par le gouvernement ; aujourd'hui ce& bienfaits ne subsistent plus, le prisonnier est abandonné à toutes les horreurs de la famine, à tous les tourments de l'oisiveté. »

Vers la même époque, un jeune chirurgien de la maison de Bicôtre, le D' Colon, publiait une brochure sous le titre de : Rédama-

LES ANCIENNES PÉNALITÉS

s des malades de Bicétre où il se plaignait que la Révolution n*eùr rien changé au sort des prisonniers pauvres ou malades de

^cette maison. La centralisation gouvernementale a remplacé l'action

^^)ersonnelle; nos maximes administratives ne se prêtent plus à la liberté d'action dont a besoin la charité privée ; l'assistance officielle s'est substituée à l'aumône personnelle, qui profitait à celui auquel elle était faite, autant qu'.\ celui qui la faisait; on donnait son

Btemps, son dévouement ; nous nous contentons, le plus souvent,

"aujourd'hui, de payer l'impôt, préférant nous en rapporter à l'Etal pour l'accomplissement de nos devoirs et l'exercice de nos droits.

^Xa fraternité chrétienne, qui préfère les actes aux paroles, non di-

^ÊÊigamus verho, nequc lingual est devenue la philanthropie doctri-

^■Daire à laquelle suffisent trop souvent les discours, les livres et les

Huianifestations extérieures.

H Quel que soit celui des deux systèmes qui contribue le mieux \ l'amendement des coupables, il n'en faut pas moins reconnaître qu'au-Hiessus des imperfections des anciennes prisons, de leurs licences et de leurs rigueurs, on voit apparaître l'intervention féconde, moralisatrice et consolante des associations chaiitables; le

^ contester ou l'oublier serait manquer de justice.

^1 Sans doute, les gouvernements qui se sont succédé depuis la Révolution, ont tenu à honneur de faire bénéficier les prisonniers des progrès accomplis dans l'ordre matériel, mais c'est de la charité

H^spirée, soutenue par le sentiment religieux dans sa tâche pénible,

^' que l'impulsion est venue.

Dans le pavillon des Arts libéraux, au Palais du Champ- de-Mars, l'Administration Pénitentiaire a voulu avoir son exposition; elle a groupé sur un espace considérable, tout ce qui se rattache aux prisons, un peu étonnées de se trouver à pareille fête; on y

Co LES PRISONS DE PARIS

voit les plans des prisons, des vues photographiques, de petites poupées revêtues du costume des prisonniers, les produits des différentes maisons, et ces ouvrages en papier, en mie de pain et en noix de coco, qui montrent tristement ce que devient Tintelligencc humaine quand elle ne vit plus h l'air libre.

Puis on remarque, en face l'une de l'autre, deux statuettes peintes qui paraissent appartenir à l'art absolument pénitentiaire j l'une représente un petit bonhomme à la figure farouche, il est chargé de chaînes, il a des trous à ses vêtements et il montre le poing aux passants, comme les prévenus qui de nos jours, à la police correctionnelle, envoient souvent leur soulier a. la tête des juges avec un vomissement d'injures; l'autre est joufflu, rose et jovial comme un enfant de chœur j ses habits n'ont pas la moindre déchirure, il s'appuie sur une bêche et tient un livre à la main ; un écritean prend soin d'avertir le public que le premier est le détenu de rancieo régime et le second le détenu des temps modei ues.

On est déjà sous l'impression causée par la vue de ces images un peu enfantines, quand on entre dans une salle dont les murs sont tapissés de chaînes, menottes, carcans, barres de justice, entraves, portes de prison et images fantaisistes, .empruntées aux traités de Millœus Boius, de Damhoudère ou au dictionnaire de la Bible, représentant des supplices; dans des vitrines on a réuni les documents législatils ou judiciaires sur tous les points qui sont le plus en opposition avec nos idées modernes; les procès-verbaux de l'exécution de Ravailbc, de Damiens, des procès faits aux sorciers, aux animaux ou aux cadavres, des arrêts ordonnant 11 destruction de livres coudaumés, des instructious sur Tapplicatiou de la torture, etc. »

LES ANCIENNES PÉNALITÉS

Cette exposition qui aurait du être complétée par le tableau de raccroissement des récidives et des crimes, ne manque pas d'intérêt et montre qu'en ce moment l'administration pénitentiaire a l'heureuse fortune d'avoir à sa tête un homme dont tout le monde re-, 'connaît le mérite, et qui aime à étudier le passé dans l'espoir d'améliorer le présent.

Mais que d'étranges réflexions j'ai entendues en parcourant ces galeries et que de visiteurs naïfs ont du en sortir avec les notions les plus fausses sur notre ancienne procédure, s'imaginant que la raison, la justice, la pitié, inconnues à nos pères, avaient attendu la date de 1889, pour descendre sur la terre ; dernièrement, à l'Académie, un émineni écrivain se plaisait à rappeler cette belle pensée de Nisard, dont il faisait Téloge. u Toute guerre qu'on fait au passé est une guerre civile. »

Il n'est pas nécessaire pour honorer le présent de se montrer injuste pour les temps passés ; c'est le respect des ancêtres qui fait la dignité des fils et la grandeur des nations.

Le 30 août 1790, le Roi voulant améliorer le régime des prisons, adoucir la détention préventive, séparer les détenus pour dettes des criminels, donnait le signal des réformes par cette belle décLiration dont j'ai rappelé les termes et qui, accueillie avec reconnaissance par l'opinion publique, avait inspiré ces vers :

Je Tai béni deux fois, cet ùdit précieux

Qpi sur des malheureux étend sa bleofaisance.

En 1784, M. Necker préparait un règlement qui devait, suivant ses expressions, amener les prisons de Paris au degré de perfection qu'on peut raisonnablement désirer.

Au mois d'août 1788, le Roi, dont la tête devait tomber te 21

janvier 1793, avait forcé le Parlement à enregistrer trois édits qui sont rhonneur de sa mémoire et la condamnation de ses juges ; le premier était destiné à accélérer la distribution de la justice criminelle, le second supprimait les tribunaux d'exception» le troisième annonçait la revision de la fameuse ordonnance de 1670 sur la procédure criminelle.

Je me souvenais de ces dates en visitant les salles où on avait voulu faire revivre l'histoire et les légendes de la pénalité, et, oubliant que la justice n'est pas de ce inonde, je cherchais, en vain, sur quelque piédestal, sinon les images de ceux qui se sont faits autrefois les bienfoiteurs des prisonniers, du moins quelque trace de leur nom et de leurs œuvres.

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