‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 114 sur 159 · UN INNOCENT^ A QUI ON JETTE DES PIERRES · texte numérisé non relu

UN INNOCENT^ A QUI ON JETTE DES PIERRES

Un Innocent, suivy d'enfans, Que je connois depuis dix ans :

Celuy-cy le charge de boue, Et cet autre le couche en joue, Luy jettant de pierres au dos.

Dont se repentiront ces sots; Car, s'il luy prend un coup envie (Y deust-il exposer sa vie) De courir et fondre sur eux, Tu verras des gens bien peureux.

Admire aussi ce pauvre hère, Ce pauvre fou, que veut-il faire D'un si grand nombre de haillons?

t Cajoler, quoique synonyme de causer, se prenait dans le sens de baguenauder.

2 Pauvre d'esprit, fou. Il est à remarquer que les fous, qui étaient chez les anciens un objet de respect presque religieux, ne trouvaient que mépris et cruauté de la part du peuple chrétien, quoique Jésus eût dit dans son Évangile : a Bienheureux les pauvres d'esprit, parce qu'ils verront Dieu ! »

LE TRACAS DE l'AlUS. iî89

Il n'est guenille et guenillons Que de rue en rue il n'amasse, Et ne foure dans sa besace.

N'as-tu point pitié de le voir, Depuis le matin jusqu'au soir, Ramasser mille vilenies, Et, poussé de folles manies, Mordre la terre à belles dents ; Courir après ces impudens.

Qui n'ont point d'autres exercices Qu'à luy faire mille malices ?

Je t'asseure que je le plains, Et les peuples sont inhumains.

De souffrir ainsi qu'on maltraite Ceux dont la teste est si mal faite ; Doit-on pas, pour mille raisons, Les mettre aux Petites Maisons ^ ?

Puisque c'est une sotte veuë De voir un fou dans une rue.

Il en arrive des malheurs Qui causent quelquefois des pleurs ; Car, quelque mal qu'il puisse faire, 11 le faut souffrir et s'en taire.

Ou bien, l'on dit, parmi les gueux, Que vous estes aussi fou qu'eux.

Cependant un homme qui passe, Quand le peuple brutal s'amasse.

Et qui va resvant, le museau

> Voyez, dans Paris ridicule, le n» cxxx avec les notes. Quoique l'hôpital des Petites-Maisons, fonde à la fin du quinzième siècle pour les vénériens, eût été attribué aux fous, on n'enfermait que les furieux et on laissait errer les autres dans les rues, oii ils uvuicQt à soullrir toutes sortes de mauvais traitements.

Enveloppé dans son manteau,

Pourra-t-il souliVir, je vous prie,

Qu*un fou, poussé par sa manie,

Prenant Sainct Pierre pour Sainct Paul,

Se vienne jeter à son col;

Que de ses mains, dont il patroiiillc,

11 le tiraille ou le barbouille,

Et luy jette, si vous voulez.

Quelque placard de boue au nez ?

Certes , il est bien difficile,

Quand on seroit le plus docile ;

Et cependant ces petits tours

Arrivent presque tous les jours.

J'ay veu de ces folles bourucs,

Chanter injures, dans les rues,

A des gens de condition,

Les suivre, dans leur passion,

Et par de ridicules contes

Leur faire essuyer mille hontes ;

On n'est pas toujours en humeur

De vivre parmy la rumeur :

Un peste, et quelquefois on gronde

De voir amasser tant de monde,

Et d'avoir pour Laquais un foux

Qui narguera derrière yous,

Fera grimasses et postures,

Et vous chantera mille injures.

Est-il plus vray le Paradis,

Qu'il est vray ce que je te dis ?

Ne voilà-t-il pas sa folie

Qui le prend et qui le deslic ?

Il ne tient à fer ni à clou,

Et se deust-il rompre le cou.

Il court après celle jeunesse, Qu'à son tour, de bon cœur, il fesse ; Et, s'il faut que de ces enfans Les pères, qui sont les feiidans, Apperçoivent ce qui se passe (Car déjà le monde s'amasse), Sans doute que des deux costcz On verra quelques coups portez .

Retirons-nous de ces tumultes ; Je ne puis souffrir les insultes, Et n'aime, quand il est besoin, A les regarder que de loin.

Si ce n'est, je veux bien le dire.

Quand c'est quelque chose pour rire.

Puisque dans cette extrémité L'on ne craint point d'estre frotté. Il faut songer à la retraite :

La course est plus qu'à demy faite ; Nous sommes las également D'avoir marché si longuement ; La nuit estend ses sombres voiles, Et le ciel fait voir les estoiles.

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