LA POMME DE PIN* SUR LE PONT NOSTRE-DAME
N'importe, on ne peut se quitter, Quand d'ensemble on vient trotter, Et si lu m'en crois, camarade,
> Ce cabaret était déjà célèbre au seizième siècle; rtcolier limosin, de Pantagruel (liv. II, ch. vi), dit: « Nous cauponisons
Nous irons faire une algarade A quelque bouteille de vin, Droit dedans la Pomme de Pin :
Après cette juste débauche, Sans balancer, à droit, à gauclic, Et sans tomber le nez devant, Nous ferons comme auparavant ; J'entens qu'en cette nuit si belle Nous irons battre la semelle.
Et voir ce qui se fait, sans fruit, Dedans Paris toute la nuit.
' Tu verras des choses estranges ;
Puis, on ne craint gueres les fanges, Car, en ce temps du mois d'août, Il fait ?ec et fort beau partout.
Doublons le pas, je t'en supplie :
Je sens ma gorge si remplie De la poussière et du grand air, Que je ne sçaurois plus parler.
Nous y voilà sans nulle peine ; Je commence à reprendre haleine.
c< Du vin, Jacques, mais sans gauchir, Et de l'eau, pour le rafraischir ?
Au bon Trou, si tu m'en veux croire, Ou bien tu n'auras rien pour boire ?
Qu'as-tu que nous puissions manger ?
11 n'est pas besoin de songer ; J'ai veu là bas dessus la table Un chapon assez raisonnable .
S'il est bon, c'est ce que je veux.
es tabernes méritoires de la Pomme de Pin, du Castel, de la Magdelainc et de la Mulle, belles spattdes veryecines, perforaminécs de petrosil. »
Car nous ne sommes que nous deux.
Est-tu revenu? Marche, vole,
Et me connois à ma parole. »
Âmy, ce petit Cabinet,
Pour estrc à l'aise, est notre fait.
J'aime ces lieux, où l'on peut estro
Sans se faire si fort connoistro,
Où libre on peut, sans estre veu,
Parler de tout, quand on a beu.
« Bon, voicy ce cliapon ! Approche ;
Va lui donner vingt tours de broche?
Il est bien tendre asseurement ;
Est-il lardé tout fraischement?
Que je sente un peu son derrière?
Garçon, accorde à ma prière
D'y mettre du poivre et du sel,
Et tu mériteras le ciel ! »
Cependant, Amy, que j'estime,
Je ne crois pas commettre un crime,
Si, plus sec qu'un pendu d'Esté,
Je bois d'abord à ta santé.
Tu sçais bien que je te respecte,
Mais c'est qu'il faut que je m'humecte.
Le vin est parfaitement bon :
Il faut la tranche du jambon,
Afin que nous fassions ripaille,
Pendant qu'on cuit nostrc volaille.