LE PAIN DE GONESSE
Nous estions bien mal sans cela.
Laisse ce pain : prends celui-là.
Je voudrois en avoir sans cesse :
29i LE TRACAS DE PARIS.
On l'appelle pain de Gonessc \ Préférable à ces autres pains, Que mangent les frians humains.
Ny le pain à la Montauronne ~, Ny cet autre fait en couronne, Ny mesme ce pain tortillé, Paistry d'œufs et Lien travaillé, Non plus que celuy de la Pieine -^j Ne flattent nostre goust qu'à peine, Au prix de ce solide pain, Toujours fait de la bonne main.
Mais laissons ces discours frivoles :
Sans perdre le temps en paroles, Donnons sur le chapon qui vient, Que ce drosle proprement tient, Et qui déjà me fait envie De manger, quoy que l'on en die.
A toy, cette aisle, et Pautre, à moy Nous voilà plus contons qu'un Roy.
Je te jure qu'il est bien tendre :
Nous avons bien fait de le prendre.
Car, dans Pespace d'un Ave^ Un autre Pauroit enlevé.
' Le pain qui se fabriquait à Gonesse passait pour le meilleur de tous; il Otalt léger et avait beaucoup d'yeux, ce qu'on attribuait à la bonté des eaux de Gonesse. Lors du blocus de Paris en 1648, les bourgeois se désolèrent de voir suspendus les envois de ce bon pain, qui leur arrivait ordinairement tous les jours. Il y a plusieurs mazarinades où sont expri. mes ces regrets à l'égard du pain de Gonesse, que l'armée du roi se réservait pour elle,
2 Les petits pains à la Montauron étaient pétris avec du ait.
5 Pour fabriquer les pelits pains à la Reine, on faisait la pâte
Quel diantre déjà nous lanterne ?
Est-ce comme en l'autre taverne ?
J'entens dans cette chambre un bruit, Et quelqu'un mesme qui s'enfuit.
liN GARÇON DE CABARET, A QUI L ON FAIT VOLER UNE ASSIETTE A LA TESTE.
Encore faut-il que je voye,
Attendu que j'ay de la joye
D'estre témoin de cent bons tours
Qui se font icy tous les jours.
Je juge ce que ce peut estre :
Ces gens, en l'absence du Maislre,
Qui semblent avoir le goust fin,
Veulent avoir du meilleur vin :
Ce Garçon, qui n'est qu'une besto.
Avec son chapeau sur la teste,
Leur respond fort insolemment
(Ce qui mérite chastiment)
Et d'un air tout à fait yvrogne
Entre ses dents marmotte et grogne.
Comme si cela luy coustoit
De faire pour eux ce qu'il doit.
Ois-tu ce qu'ils disent ? Écoule :
« Donne-nous du bon, quoy qu'il couste,
Coquin, ou, de plus de dix ans,
Nous ne mettrons le pied céans !
— Si ce n'est vous, ce seront d'autres! »
Respond-il par ses pateuostres.
avec de la Icvûrc do bière, ce qui la rendait trôs-mollc et Irès-onctueuse.
A ce mot si fort offenrant,
Un de CCS Messieurs, menaçant,
Luy fait, sans que rien ne l'inquicte.
Voler à la teste une assiette,
Et, s'il ne se fust esquivé,
Je pense qu'il Pauroit crevé.
0 ! que cette impudence insigne
De coups de bastons seroit digne !
Si le Maistre en cstoit imbû,
11 auroit du pied dans le eu.
La Maistresse, assez bonne femme,
Déjà luy va chantant sa gâme,
Le menace qu'il le sraura,
Et que ce soir il sortira.
Il n'aura que ce qu'il mérite.
Car, si ce coquin d'hypocrite
Demeuroit longtemps en ce lieu,
Les beuveurs luy diroient adieu :
Il ne faut, dans une taverne,
Qu'un valet fier qui vous lanterne,
Pour envoyer le Cabaret
Au diantre, avecque le valet,
J'en ay veu trente, je t'asseure,
Ruinez par cette avanture.
Mais achevons nostre souper, Car c'est tantost assez lamper ^ :
Il est temps, si nous voulons rire (Voicy l'heure qu'on se retire), De nous promener dans Paris, Et d'y chercher quelque Cldoris.
• Boire, comme la mèche d'une lampe s'imbibe d'huile.
BeuYons et comptons, je te prie ; Ne relevé point mangcrie ^.
J'ay pour, dans un autre quartier.
Payer encor dcmy septier.
« Enfuns ! hola ! Que quelqu'un monte Prends cet argent, et fais ton compte : Trente en chapon, et six en pain.
Deux en fromage, et seize en vin, Dix en jambon, est-ce l'affaire ?
Et cinq sols pour la bonne cliere, Sans compter les deux sols pour toy, Pour te mieux souvenir de moy ?
Si tous d'icy te ressembloient, Tous les beuveurs les aimcroicnt, Et si vous pourriez tirer d'eux, A chaque écot, un sol ou deux.
Au lieu, comme tes camarades, De faire aux gens des algarades.
Amy, sortons ? Adieu, Garçon, Et donne-nous toujours du bon ! «