XVIII AVERTISSEMENT
lamentable du pauvre poëte pendu et hrùlé en place de Grève.
Nous nous proposons de réunir en corps d'œuvres tous les ouvrages en pro^e et eu vers de Claude Le Petit, qui est un écrivain spirituel , un poëte éloquent, un philosophe profond : en attendant, nous réimprimons ici le Paris ridicule, avec un commentaire historique, dans lequel nous nous sommes bornés à offrir les explications indispensables, en y ajoutant, comme pour les autres pièces qui composent ce volume, un grand nombre de précieuses notes que nous a fournies M. A. Bonnardot, le savant historien des anciens Plans et des anciennes Enceintes de Paris.
La pièce que nous avons placée à la suite de Parts ridicule , quoiqu'elle ait été faite quelques années auparavant, est intitulée : la Ville de Paris en vers burlesques, qui fut publiée pour la première fois en 1652, sous le nom du sieur Berthod, et dans plusieurs éditions subséquentes sous celui du sieur Berthaud. u Quel est ce sieur Berthaud ? se demande Viollet-Le-Duc dans sa Bibliothèque poétique (page 504). Ne serait-ce pas le neveu du poëte, évêque de Séez, frère de madame de Motteville , l'auteur des Mémoires, et dont parle Tallemant des Réaux, comme faisant de mauvais vers ennuyeux et pleins de vanité, que l'on distingua à la cour par le nom de Bertaud Vincrimmode, d'un autre Berthaud, musicien soprano, que madame de Longueville avait surnommé Berthaud V incommodé ? »
Il est assez singulier, en effet, que l'auteur d'un poëme qui a été réimprimé plus de dix fois soit absolument inconnu ; les biographes l'ont passé sous silence ; l'abbé Goujet lui-même, toujours si bien informé, ne Ta pas même cité dans la Bibliothèque française. Nous avions cru devoir conclure de cette absence complète de renseignements sur ce poëte,
DE l'éditeur. XIX
que son nom, écrit de différentes manières [Berthod, Bertliaud^ Berthauld et Bertaut]^ n'était qu'un pseudonyme. Nous étions même disposés à reconnaître sous ce pseudonyme François Colletet, qui n'a voulu faire que la Seconde partie de la Ville de Paiis, en composant son Tracas de Paris dans le même style et le même goût que le poëme burlesque de Berthod; notre supposition aurait eu d'autant plus de vraisemblance, que Colletet avait obtenu, dès l'année 1658, un privilège du roi pour continuer l'ouvrage de Berthod, et que ce fut lui sans doute qui donna cette année-là une édition nouvelle de cet ouvrage, avant de publier sa continuation en 1666, puisque Berthod est nommé Berthaud ou Berthauld dans toutes les éditions, à partir de 1658. Mais, en dépit des analogies de naïveté ou même de platitude qui existent dans la poésie triviale et prosaïque de Berthod et de Colletet, nous avons fini par nous persuader que ces deux noms-là représentaient bien deux poètes différents, et quil fallait laisser à Berthod ce que nous voulions donner à Colletet, car Berthod a fait acte d'individualité poétique, en faisant paraître un autre poëme que celui de la Ville de Paris; ce poëme, moins burlesque sans doute que le premier, porte pour titre : Histoire de la Pa^'^sion de Jésus-Christ. L'auteur de la Passion de Jésus- Christ^ en vers français, est indubitablement l'auteur de la Ville de Paris en vers burlesques : les deux poèmes, malgré la divergence du sujet et du genre, ont entre eux des points de contact et de similitude étonnants ; ils ont été, d'ailleurs, publiés à peu près à la même époque et dans la même librairie, car la première édition de l'Histoire de la Passion, format in-12, a paru en 1655, chez J.-B. Loyson, trois ans après la publication do la Ville de Paris. On peut donc établir avec certitude que ce dernier poème a été rimé, comme le précédent, par le père Berthod, cordelier.