‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 86 sur 159 · LES BOURGEOIS EN RUMEUR · texte numérisé non relu

LES BOURGEOIS EN RUMEUR

zVu mesme temps, j'ay veu sortir

Des gens qui vouloient m'investir;

Les uns formoient un corps de garde

Avec chacun une hallebarde ;

Les autres avoient un espieu;

Quelques-uns, des armes à feu ;

Celuy-cy tenoit une broche;

Cet autre, une meschante pioche;

D'autres, des bastons à deux bouts,

Et hurloient tous comme des foux.

Chacun crioit à pleine teste :

« Arreste, arreste, arreste, arreste !

Prenez, Messieurs, prenez, prenez,

Ce coquin, et le retenez !

Il faut que nous comptions la chance

A ce maquereau d'importance. »

Cependant j'ay drille 1 tousjours, r.ouni, sauté.

Sans m'amiiser à leurs discours, Et, dans quatre sauts, sur mon ame, J'ay gaignéle Pont Nostre-Danne, Et pour mieux esviter TafFront, J'ay bien tost traversé le Pont :

Sautant viste comme une chèvre, J'ay passé sur le Quay de Gevre, Et j'ay couru jusques icy, Où vous me voyez, Dieu mercy!

Après cet accident estrange, Sortons, passons le Pont au Cliange ; Nous irons vers Sainct-Innocent i.

Je te feray voir, en passant, Dequoy passer une heure entière, Sous les Charniers du Cymetière.

Mais cache bien ton pistolet?

Faut passer sous leChastelef 2^ Et ce diable d'endroit fourmille D'Officiers de l'Hostel de Ville, Qui sont des Archers, des Sergens, Et de cette sorte de gens.

C'est une race très-meschante.

De qui la vie est insolente, Et qui, sans rime ny raison, Vous fourcnt un homme en prison,

' L'église et le cimetière Saint-innocent. (Voy. ci-dessus Paria ridicule, n»' xxxiv à xxxviir.

- <r II restait, avant la Révolution, quelques vieilles tours de l'ancien édifice, sous lequel était encore le passage étroit, obscur et humide qu'on était obligé de franchir en allant du Pont-au-Change à la rue Saint-Denis. » Iliat. de Paris, par Dulaurc. 2« éd., t. Ill, p. 126. Voy. ci-de'ssus. Parit rvL n» i.xviii.

Sous une simple conjecture, Pour dire qu'ils ont fait capture.

Cache donc bien ton pistolet, Qu'on ne te saisisse au collet ?

Despeschons, une heure est sonnée :

Faut employer l'après-disnée, Car il nous reste encore à voir Plusieurs choses avant ce soir.

Voicy donc ce grand Cymetière, Qui nous fournira de matière A faire pour le moins cent vers, En parlant des sujets divers, Et de cinq cens hadineries, Que l'on voit sous ces galleries.

Passons icy premièrement, Car j'y trouvay dernièrement Un drôle qui me fistbien rire, Quand je le regardois escrire :

Peut-estre le trouverons-nous, Si nous passons icy dessous.

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