‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 85 sur 159 · LE PONT AU CHANGE · texte numérisé non relu

LE PONT AU CHANGE

Sortons d'icy, je t'en conjure, Car quelque raeschante avanture,

1 Nous voyons ici que les gazettes se vendaient dans les rues, comme les journaux sont vendus de nos jours. U n'y avait alors que la Gazette, créée par Théophraste Renaudot en 163-1, laquelle paraissait tous les cinq jours par huit pages in-4, la Gazette burlesque, en vers, de Loret, formant toutes les semaines quatre ou huit pages in-folio, et la Gazette burlesque de Scarron.

2 a L'hostel de la Coquille, proche Saint-Landry, qui estoit anciennement l'Hostel de Ville. » Fr. Colletet, la Ville de Paris,

PARIS BURLESQUE. iriî)

Nous pourrait peut-estre arriver.

Passons, quand nous devrions crever;

Gaignons tout droit le Pont au Change.

Pousse-moy ce marchand d'orange?

Allons donc, saute vistement;

Mordy ! tu vas trop lentement !

C'est s'amuser à la moutarde.

Yertu-bleu! tu ne prens pas garde

Que tu te laisse embarasscr.

Et tu ne pourras plus passer;

Puis, après, ce sera le diable ;

Tu seras pillé comme sable.

Et peut-estre tu ne pourras

Te tirer de cet embaras.

Tien, pousse cette chambrière ;

Gagne droit à cette fruitière,

Et de là saute hardiment

Chez ce vendeur de passement i.

Sauve-toy, le long des boutiques,

Chez ce marchand qui vend des piques,

Et demeure là de pié quoy.

Jusqu'à ce que je sois à toy.

Moy, je passe dans l'autre rue,

Car j'entends qu'on dit : Tw, tué !

Je voy là bas grande rumeur. . .

Je me sauve, peur du malheur.

Adieu ! va-t-en, ou que je meure,

Je suis à toy dans un quart d'heure.

Hé bien, me voilà de retour !

Par ma foy, j'ay fait un beau tour!

' Passementerie. On appelait passement la dentelle, la cannetille. le galon, la broderie d'or ou d'argent, dont la mode chargeait les babils des hommes et des femmes.

100 PARIS niRLKSQlE.

Rien m'a valu de sravoir courre !

Un m'a voulu frotter la bourre.

Un petit gentilhommcrcau, i\Ie prenoit pour un marfucreau, Et disoit, me nommant infâme, Que j'avois suborné sa femme. Il crioit comme un enragé, Et faisoit si fort l'outragé, Qu'en cbantant un si beau ramage Il sousleva le voisinage.

Page 1