‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 97 sur 159 · A MONSIEUR DE LINGENDES · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LINGENDES

Monsieur,

Je ne sçaurois souffrir que vous soyez si longtemps ensevely dans la tristesse; c'est assez soupirer la perte que vous avez faite, dans vostre famille, de deux excellens hommes. La Republique des belles Lettres, qui connoissoit leur mérite et leur vertu, verse assez de larmes sur leurs cendres illustres, sans que vous soyez encore obligé de laisser couler les vostres. Il est temps, en un mot, Monsieur, de donner quelque trêve à cette douleur aussi juste qu'elle est naturelle ; et cette illustre moitié de vous-mesme ' auroit à se plaindre si vous ne borniez vostre déplaisir, puisqu'il interesseroit vostre santé qui luy doit estre si précieuse. Pour moy, qui prends tant de part à tout ce

1 La première édition du Tracas de Paris ayant paru en 1G65, on doit croire que cette dédicace, où il est fait mention de la mort récente de deux excellents Jiommes de la famille de Lingendes, connus dans la république des lettres, est adressée à Nicolas de Lingendes, maître d'hôtel ordinaire du roi, auteur de l'Etat des ofjiciers et commensaux du roi, de la reine et des princes (Paris, Guignard, I65i, in-i2), frère de Jean de Lingendes, évoque de Sarlat, puis de Mâcon, célèbre prédicateur qui mourut au commencement de l'année 1665, et parent du P. do Lingendes, savant jésuite, mort en 1660. Nicolas de Lingendes leur survécut jusqu'en 1G97.

' La femme de Nicolas de Lingendes.

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qui vous touche, et qui ne cherche qu'à contribuer quelque chose pour vostre divertissement, je me suis advisé, comme vous n'estes pas au pays de nouvelles, de vous en envoyer quelques-unes. Ce sont celles, Monsieur, que vous trouverez imprimées dans ce Livre: Et quoy que ce ne soit pas d'aujourd'huy que vous sçachiez tout ce qui se passe à Paris parmy le peuple, peut-estre serez -vous bien aise que cette peinture burlesque vous en fasse ressouvenir, et qu'elle serve à dissiper en quelque sorte vostre profonde mélancolie. Je sçay bien qu'il me seroit plus séant de vous offrir quelque Discours de Morale, comme une chose plus conforme à vostre humeur, et plus prompte dans la conjoncture de vostre deiiil domestique ; mais que vous pourrois-je escrire, Monsieur, que vous ne sçachiez mieux que moy? et quelle consolation vous pourrois-je donner, qui valust ce que vous estes capable de donner vous-mesme? Il vaut donc mieux, puisque cette foldtrerie poétique s'est échappée ces jours-cy de ma plume, que je prenne la liberté de vous la dédier. Elle ne peut arriver dans un temps plus favorable, puisque tous vos amis n'aspirent qu'à vous divertir, et qu'il y avoit longtemps d'ailleurs que je m'estois proposé de vous consacrer quelques-unes de mes veilles, comme à celuy de vostre illustre famille que j'honore plus parfaitement, à qui j'ay le plus d'obligation, et de qui je suis avec toute sorte de respect.

Monsieur,

Le très-humble et très-obéissant serviteur.

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