‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 15 sur 120 · LES COURTISANS · texte numérisé non relu

LES COURTISANS

Ces beaux Messieurs qui se promeinent Dans cotte cour autour de nous.

Sont-ils exemj)ts de ton courroux?

Re<:arde comme ils se démènent''*!

J'admire vos coiii|)arlimens, Vos reliefs, vos soubassemens, Voire façade el vos corniclies :

Rien n'y manque, liorsmis de graver Au-dessus de toutes vos niclies :

Maison à louer pour l'Iiyver.

* 1 a (.lironiquo «.candalou-e dit qu'une partie de ce l'alais fut couverte de ploml) qui avoit déjà servi. Les bâtimens qui composent le Louvre ont été élevés par plusieurs Rois sur de différens modèles; de là vient cotte inégalilé. Au reste, la façade (\o ce "Palais passe pour la plus magnifique de l'Europe. (De Bl.) — .\ l'époque où cette satire fut composée, vers 1661 ou 1C62, la construction de la grande façade n'était pas encore commencée, d'après les plans de Claude Perrault.

- Ce pavillon, pins ccurt que l'oulre d'une toise, est sans doute celui qui regardait le quai et qui avoisinait la galerie dite d'Apollon, moin> haut que celui à dôme quadrangulaire qui s'élève audessus de l'aile de l'ouest. (A. B.)

^^ Parce que la Cour n'y demeure plus, comme elle faisoit sous les autres Bois do France. (Dr, Bl.)

* Variante delà réimpressiou de 1713 :

Muse, voi comme ils se démènent!

nu PARif; niOTruLE.

Ces honorables espions.

Ces attrapeurs de pensions, Qui vont débitant la nouvelle*, Méritent bien je ne sçay quoy; Mais comment leur faire querelle?

Ils sont sur le pavé du Roy *.

LES C H E V A L I F R s DU S A 1 X T - E S P R I T .

Disons donc un mot de ces autres Qui font, ensemble en peloton, • Bande à part dedans ce canton :

Disent-ils là leurs patenôtres*^ Ces vénérables Cordons bleus Font bien, avec leurs habits neufs, Les fiers, parmy ces hallebardes ; Ont-ils peur, ces sires nouveaux, Que le diable emporte leurs hardes, Qu'ils font des croix à leurs manteaux ^?

Sur cette espineuse matière,

' Variante de la réimpression de l~lô : Qui débitent là la nouvelle.

* 11 est défendu, sous de irès-rifrou reuses peines, de se quen'ilerdans les Maisons royales : v tirer l'épée est un crime capital, et le Roi fait exécuter ses Edit^ avec trop de rigueur, pour que quelqu'un o>e y contrevenir. 11 n'a jamais pardonné à aucun qui se soit battu en duel, de quelque qualité ou condition qu'il put être ; et c'est à cela que le poi'le fait allusion. (De 1>l.)

^ Cette strophe, qui fait allusion à la s:rande création de soisanit

10 I.A r.IlP.ONIQUK SCANliALF.USF

IN'en disons guère, et qu'il soit bon ; J'apperçois Loiiis de Bourbon.

Gaignons la poite de derrière ; C'est un très-digne Souverain ; De plus, il est sur son terrain.

Malheur à qui le scandalise !

J'ay des peusers bien differens^ :

S'il est Fils aisné de l'Eglise, Mazarin ^ est de ses parens ^.

Les monarques ont les mains longues :

Ils Jious attrapent sans courir, Et n'aiment point à discourir Avec un peseur de diphthongues ; Dieu nous garde de celuy-cy.

Particulièrement icy ; Nos lauriers seroient inutiles...

Tirons donc nos chausses d'un saut !

S'il prend les gens comme les villes'*,

deux chevaliers du Saint-Esprit en -1661, nous donne à peu près la date exacte de la composition de ce poënic. Elle manque dans la réimpression de 1715.

* Variante de la réimpression de 1715 :

Avec lui point de différent.

* Le cardinal Mazarin, qu'on a voulu faire mal à propos père du Roi, ne s'établit en France que sur la fin du règne de Louis XllI, et après que la Reine eut eu desenfans. On cherche toujours de mystère dans des événemcns auxquels on ne s'étoit point attendu. (De Bl.)

^ Variante de la réimpression de 1715 :

Le cardinal est son parent.

■* le sieur de Rlainville, en publiant ce poëme d'après un manuscrit du temps, en 1715, ignorait ab~o!unient à quelle époque il avait été composé, car il croit expliquer ce vers par une note que

ou PARIS RIDICULE. 11

Nous serions bientost pris (rassaut ^ XIÏl

LA CHAPELLE DU L O l' V U F .

Tous les Limousins de Limoge Ont-ils icy leurs rendez-vous?

Bonté divine, où sommes-nous?

Me prend-on pour un Alobroge?

J'enrage tout vif en ma peau :

Cette Rotonde-, au plat coupeau^,

nous conservons comme un ténioignagede sa négligence d'éditeur: " Ce Poëme liit composé vraisemblablement l'an 1672, lorsque le Roi fit la guerre aux Hollandoi> : il prit alors en un mois plus de trente villes. On voit une médaille, et auxGobelins une tapisserie, où douze des plus l'ortes places de la Hollande sont représentées en forme de Zodiaque autour du char du Soleil sous la figure du Roi, avec ces mots : Sol-sque Labores. »

* Claude Le Petit, dans cette strophe et dans la précédente, semble vouloir dire que le jeune roi avait des habitudes honteuses, conformes aux goûts italiens du cardinal. C'est probablement une calomnie, mais on voit qu'elle avait cours dans le monde, et il faut la rapporter plus ou moins directement à la fameuse anecdote du bain, racontée dans les Mémore-i de La Porte, valet de chambre de Louis XIV; anecdote qui lais^^erait entendre que le cardinal avait osé indignement attenter à la personne royale. Après la mort do Mazarin, La Porte eut l'audace d'écrire à la reine mère : « j'o donnai avis à Votre Majesté, à Melun, en 1652, que le jour (le la saint Jean, le roi, dînant chez M. le cardinal, me commanda de lui faire apprêter son bain sur les six heures dans la rivière, ce que je fis, et le roi, en arrivant, me parut triste et plus chagrin qu'à son ordinaire ; et, comme nous le déshabillions, l'attentat manuel qu'on venait de commettre sur sa per-onne parut si visiblement, que Bontemps père et Moreau le virent comme moi. »

- L'auteur désigne sans doute le pavillon du milieu, couvert d'un dôme quadrangulaire. aplati au somrnel (coiipeuii) et formant une plate-forme carrée. A. R.) — C'est, en effet, le gros pavillon, dit aujourd'hui pavillon de l'Horloge, lequel fut bâti par Jac([ues le Mercier, architecte de Louis XIU, et décoré de sculptures par Sarrasin; il renfermait la chapelle.

"* Le Panthéon, bâti par Agrippa, gendre d'Auguste, est appelé,

Est-elle là pour bryver Rome?...

Personne ne me répond rien ?

J'aimerois autant voir un homme Dire : « Le Roy n'est pas clirestien * ! »

Mais, dans nostre juste saillie, Espargnons la case du Roy - ; Chacun fait ce qu'il peut chez soy :

La France n'est pas l'Italie ''.

Maintenant que dedans Paris Les logis sont fort renchéris *, Chacun dans son giste tient ferme,

à Rome, la Rotonde, à cause de fa {\>^\n'ii ronde; c'est le monuinenl antique le plus entier que l'on y \oie. iDe Bi,.)

^ Variante de la réimpression de 171') : Dire que Dieu n'est pas chrétien.

Mais poursuivons notre saillie, Sans narguer la ca/.e du Roi.

•"■ Il y a là une boite aux Italiens sur le mot de Rolomlo. (Dr. Pi.) "La lotie aux Italiens concerne la morale et non l'an^liiteclure; voyez, dans le pamphlet intitulé : L« France devenue italienne (à la suite de l'Histoire amoureuse des Gaules, édition delà r.ihl. Gauloise), quel était le déplorable état des mœurs à la cour de France. Le Louvre servait de lieu d'a>ile à d'abominables débaucbes, que favorisaient des hommes dépravés, queVorel appelle dans son l'rancion (livre vui les volontaires du Lo';rre. ("ette tache resta longtemps imprimée sur le front du vieux palais de iio^ rois. Le 2 novembre 1701, le comte de Pontchartrain écrivait au lieutenant de police : « Le roi a esté informé que les cours du Louvre servent aux UKi-:es les plus infâmes de pro->titution et de débauche. « {Corresp. ndminisir. sons le renne de Lm/s XIV, publiée ].ar Deppinf,', t. Il, p. 795.)

* Après la Fronde, les loyers des maisons de Paris avaient élaugmentés par les propriétaii'es, à ce point que le Parlement «lut intervenir pour arrêter cette hausse progressive qui memçail de compromettre la paix et la prospérité publiques.

or PAT. [S RIDICULE. 15

Et peut-estre est-il en prison \ Afin de s'épargner le terme Qu'il payeroil d'une maison.

LES TLILFRIKS.

Pour ne fausser pas compagnie

Pourtant par un trait trop soudain ^,

Allons fiiire un tour au Jardin,

Depeschons sans cérémonie :

Qu'il est beau, qu'il est bien muré '• !

Mais d'où vient qu'il est sepai'é,

Par tant de pas, du domicilie '*?

Est-ce la mode, en ces séjours ^,

D'avoir la maison à la ville,

Et le jardin dans les fauxbourgs^?

* Variante de la réimpression de 1715:

Et tel est peut-être en prison.

- Variante de la réimpression de 4715 :

Pour ne point fausser compagnie Par un trait trop brusque et soudain.

'• Variante de la réimpression de 1715 : Œuvré.

* Variante de la réimpression de 1715 : En cette coui\ rimrrnt avec : le Fauiboury.

^ Du vieux Louvre et du Palais Iloyal où logeoit autrefois la tour. (De Bl.)

^ Le jardin des Tuileries, bien différent de ce qu'il est aujourd'hui, n'avait pas une étendue aussi con^idérable et se trouvait séparé du château de Catherine de Médicis par une rue qui r gnait le long du palais et venait aboutir près du Pont-Royal. Il avait été, dans l'origine, orné de fontaines, de statues et de rocaiiles, par Bernard de Palissy; mais il était alors fort négligé, quoiqu'on y vît encore un étang, un bois, une volière, une orangerie, des parterres, un écho et un labyrinthe. Le roi n'y venait jamais, et Ion ne se souciait pas de faire des dépenses pour l'entretien de ce jardin abandonné. Voy. dans l'œuvre de Silvestre, décrit I ar M. Faucheux (p. 94, 9S, 177 et 179 de son Catalogue), jdusieurs estampes qui représentent l'état de ce jardin en IGCO.

14 LN CHRONIQUE SCANDALFUSE

Mode ou non, il passe à la monstre; Qu'importe-t-il comme il soit fait !

(juand on n'a pas tout à souhait, 11 faut prendre ce qu'on rencontre'.

II en est de moindres ailleins, Et si les prez avoient des fleurs, Les fontaines un peu d'eau claire.

Quelques poissons dans les estangs, On en pourroit encore faire Un joly clos, avec le temps'.

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