II AVERTISSEMENT
On ne sait pas même quelle est la première édition clandestine qui a été imprimée après la mort du poëte. Il est probable que ce poëme circula d'abord manuscrit, et passa de boucbe en bouclie dans la société des libertins de Paris : c'eût été jouer gros jeu que de taire imprimer, même en cachette, un ouvrage aussi hardi, qui s'attaquait à tout, aux choses de la terre comme aux choses du ciel, sans avoir l'air de rien prendre au sérieux. Il y avait, dans cette satire en forme d'ode burlesque, de quoi faire fouetter le libraire, emprisonner l'imprimeur et brûler l'auteur.
Ce n'est que plus tard et sous un tout aulre prétexte, que l'auteur fut brûlé. « C. Le Petit avait seulement fait preuve d'un esprit original et gai, dit Viollet-Le-Duc qui sen)blerait n'avoir pas lu ou compris le Paris ridicule qu'il a fait figurer dans sa Bibliothèque poétique; mais, jeté par la nature de son talent dans la société des jeunes libertins, tels que Saint-Amant, Linières, Saint-Pavin, Des Barreaux et autres, C. Le Petit ne s'avisa-t-il point de composer une chanson impie sur la sainte Yierge, et qui courut dans ces sortes de sociétés, alors beaucoup trop nombreuses. Un jour, en l'absence de Le Petit, qui avait négligé de fermer sa croisée, le vent enleva dans la rue des papiers, ramassés bientôt par un prêtre : il les porte au procureur du roi. Descente juridique est faite chez Le Petit, au moment qu'il rentrait chez lui, où l'on trouva le brouillon des chansons qui couraient manuscrites! Le malheureux fut condamné à être pendu, puis brûlé, et le jugement fut exécuté en place de Grève, malgré tout ce que purent faire des personnages du premier rang, que sa jeunesse et ses talents intéressaient pour lui. Ces détails nous sont donnés par Saint-Marc le commentateur, qui lui-même les tenait d'une personne qui avait connu Le Petit et sa famille. »
Viollet-Le-Duc a tiré, en effet, d'une note de l'édition des œuvres complètes de Boileau, donnée par Lefebvre de Saint- Marc, une partie des renseignements que renferme le passage précédent, mais le reste est emprunté à un roman historique que nous avons publié en J842 sous ce titre : le Singe, et qui contient beaucoup de faits précieux pour l'his-
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loire du temps comme pour la biographie de Claude Le Petit, que les biographes avaient complètement oublié jusqu'alors. Tout ce qu'on savait de lui avant la note de Lefebvre de Saint-Marc se trouvait dans une autre note d'un autre commentateur de Boileau, Brossette, qui avait découvert une allusion au tris-te sort de l'auteur du Parix ridicule dans ces vers de V Art poétique (chant 11) :
Toutefois, n'allez pas, goguenard dangereux, Faire Dieu le sujet d'un badinage affreux; A la fin, tous ces jeux que l'athéisme élève Conduisent tristement le plaisant à la Grève
« Quelques années avant la publication de ce poëme, dit Brossette, un jeune homme fort bien fait, nommé Petit, fut surpris faisant imprimer des chansons impies et libertines de sa façon. On lui fit son procès, et il fut condamné à être pendu et brillé, nonobstant de puissantes sollicitations qu'on fit agir en sa faveur. »
On ne saurait rien de plus sur Claude Le Petit et sa tragique destinée, si les Mémoires inédits de Jean Ron, son conlempora'm et son ami, n'avaient pas été retrouvés dans les archives de l'État, à la Haye, et mis au jour en 1857 (Paris, 2 vol. grand in-8) par les soins de M. Francis Waddington. Ces Mémoires, dont l'auteur protestant, avocat au Parlement de Paris sous le règne de Louis XIV, fut enfermé à la Bastille pour avoir émis certaines opinions hétérodoxes dans un ouvrage d'histoire, contiennent un chapitre entier consacré à Claude Le Petit ; chapitre tellement curieux, que nous croyons devoir le transcrire ici comme la notice la plus complète et la plus authentique qui nous fasse connaître la vie et le caractère de ce pauvre poëte.
(( Une espèce de honte que je me suis faite dans la première partie de ces Mémoires, raconte Jean Rou, de parler d'une connoissance assez étroite que je liai par occasion vers l'année 1665 avec un jeune homme de beaucoup d'esprit, à cause que sa déplorable mort en public et sur un bûcher me sembloit incompatible avec l'honneur dont j'ai toujours fait profession, m'empêcha, lorsque j'en étois à "cet endroit de