‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 3 sur 120 · IV AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

IV AVERTISSEMENT

mon histoire, de faire mention des innocentes habitudes que j'avois prises avec le malheureux dont je parle. Mais, comme j'ai, d'un côté, quelques pièces assez divertissantes à rapporter de lui, dont la vue pourra ne pas déplaire au lecleur, et que ma justification, en ce qui regarde ce commerce, est fort aisée à faire, je feindrai d'autant moins de rapporter ici cette particularité négligée ci-devant, que deux mots de l'histoire de ce jeune homme pourront être regardés comme quelque chose d'assez curieux.

« Celui donc de qui j'ai à parler ici étoit le fameux C. Le Petit, brûlé en Grève, le .. 166. *. Je l'avois cortnu, par hasard, dans un lieu assez honnête ^, où règlement il se tenoit concert tous les jeudis de chaque semaine et où se rendoient quantité déjeunes gens polis, tant de l'un que de l'autre sexe : Boursault, de Yizé, Joly, de Lourdines, Piichelet même et Montreuil, quoique déjà tous deux hors du premier âge, et enfin plusieurs autres beaux esprits s'y Irouvoienl fort souvent; et tous, aussi bien que moi, faisoient cas de Petit, comme il paroît par les témoignages publics qu'ils 1 ui en ont rendus ; mais ni ces messieurs ni moi ne savions rien alors ■ ni des mauvais commencements de sa vie, ni des restes de mauvaises habitudes qui lui étoient demeurés dans sa conduite privée, lorsque nous vînmes à le connoîlre, et dont il commençoit à revenir.

•'( Ce jeune homme donc, étant au collège vers l'an 1657 ou 1C58, quitta tout d'un coup les études pour une correction un peu forte qui ne lui avoit été que trop justement infligée; et, au bout de quelques semaine», ayant dans son oisiveté fait connoissance avec un frérot Augustin, dont le fameux couvent à Paris éloit fort voisin de sa demeure particulière, qui étoit dans la rue Dauphine, il prit un jour querelle avec ce pauvre novice, et, s'étant caché exprès dans un endroit

Me ne saurois dire si ce fui en 1664 ou 5 ou G, car je iis un séjour (le près de trois ans à C.liùteaudun, sjvoir en ces trois années; je penche plus pour 1CG4. (^ote de Jean llou.)

*C'étoil chez le sieur Vignon, inventeur de l'angélique instrument de musique, pnrticipanl du luih et du Ihcorhe. i^Nole de Jean lÂou.)

DELEDITËUR. V

obscur de l'église, un peu avant qu'on vint à en fermer la grande porte, il attendit là le frérot, son ennemi, qu'il savoit bien devoir venir faire les préparatifs pour l'heure de matines; et quand ce piiuvre innocent vint à paroître, et que tout le service étant achevé, et les moines retirés dans leurs cellules, celui-ci fut resté seul pour éteindre les bougies, il le poignarda, traîna son cadavre en un lieu où il n'éloit pas aisé de l'apercevoir, puis, s'étanl rencoigné dans sa cachette dès qu'on eut, de grand matin, ouvert la porte de la rue, il se sauva, et, pour se mettre à labri de toutes poursuites, il se relira dans les pays étrangers. Il s'arrêta particulièrement en Italie etisn Espagne, où, moitié par conversation, moitié par lecture, il acquit une connoissance assez raisonnable de ces deux langues, dont principalement il lut tous les meilleurs poètes, étant lui-même né avec un esprit si naturellement tourné à la poésie, qu'on le pouvoit fort justement, à cet égard, comparer à Ovide. Son affaire enfin ayant été assoupie par son absence de sept ou huit années, il revint à Paris, fort peu de temps avant que je vinsse à le connoître de la manière que j'ai dit. Dans ces voyages et ce long séjour tant à Rome qu'à Madrid, lieux où sans doute ne se contractent pas les plus fréquentes habitudes de lumière intelligente et de sainteté, il se plongea dans toute sorte de débauche, et parliculièrement contracta un. malheureux penchant à l'impiété. Toutes ses poésies, qui n'étoient pas en petit nombre, ne rouloient que sur ces infâmes matières, et tous ceux qui ont pu voir son Paris ridicule, fait à l'imitation de la Rvme ridicule de Saint-Amant, à cette différence près que le poëme de Saint-Amant n'est pas impie comme celui de l'autre, et qui aussi fut enfin cause de son infâme supplice, tous ces gens, dis-je, demeureront d'accord de ce que j'avance.

« Je ne savois point toutes ces particularités, quand jem'altachai à Petit, ou, pour parler plus juste, quand il s'attacha à moi ;-car, quoique j'eusse le premier commencé notre liaison, il s'en fit lui-même, dans la suite, la plus grande affaire, à cause d'une certaine candeur, si je l'ose dire, qu'il crut trouver en moi, et de quelques leçons de probité et de

VI AVEIITISSEMEM

crainte de Dieu, que je prenois occasion de lui taire assez IVéquemmenl '. Jusque-là je n'avois vu de ses poésies que celles où l'esprit de libertinage ne dominoit point; mais tomme il vit que je goùtois son esprit et tout ce qui en sortoit, la contidence qui se lortifioit de plus en plus entre lui et moi le porta comme à me vouloir initier tout à fait dans ses plus secrets mystères d'impiété, mais sur lesquels il me vit bientôt frémir d'horreur. Alors, changeant tout à fait d'air et de manière avec lui, je lui fis une telle honte et lui marquai si fort, que, commençant à le connoître mieux que je n'avois fait jusque-là, je ne voulois plus avoir de commerce avec lui; que, changeant, de son côté, son maintien avec moi, et retirant ses papiers, il me demanda pardon de la faute qu'il avoit faite de me croire si légèrement capable d'applaudir à ses folies ; qu'il ne s'y étoit laissé aller que dans la pensée que je regarderois plutôt tout cela du côté de l'esprit que du côté du cœur, me priant d'être persuadé que le sien n'étoit pas pour cela aussi gangrené que je le pouvois croire ; qu'il y avoit déjà quelque temps qu'il travailloit à se mettre sur un autre pied, et qu'il me pouvoit bien protester que la sagesse et la piété sans affectation qu'il avoit toujours remarquées en moi, et qui l'avoient charmé, n'avoient pas peu servi, premièrement, à l'attacher si fort à moi ; et, en second lieu, à le faire un peu mieux penser à lui, et à le ramener de ses égarements; qu'il me conjuroit donc de ne l'abandonnerpas, pendant qu'il n'étoit pas encore bien affermi dans le bon chemin, mais avoit besoin de mon aide pour achever de se tirer du précipice. La sincérité avec laquelle il parut me tenir tout ce discours me toucha et me ramena à lui ; mais je lui témoignai que je ne le faisois que dans l'espérance qu'il me tiendroit parole, et le

les saints.

' Il croyoit que ma religion me faisoit approuver toutes 1 railleries mal entendues qu'il faisoit de la Vierge et des saint , de quoi j'étois bien éloigné, ayant toujours tenu pour principe que quelque religion qu'on professe, il en faut de bonne foi remplir tous les devoirs ; car, quant au reste, j'ai toujours été fort éloigné d'approuver toutes les superstitions romaines. (Note de Jean Rou.i

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