‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 21 sur 120 · LE PALAIS · texte numérisé non relu

LE PALAIS

Palais de la Reine Chicane Et du Roy des Fesse-cahiers, Archives de vieux Plaidoyers, Porche oiî piaffe la Soutane :

Que de pancartes et de sacs !

Que d'étiquettes d'Almanachs !

Que de grimoires, sur ces tables !

Je croy que c'est sur ces placets Qu'on sacrifie à tous les Diables Pour l'éternité des Procez ^.

l'art, avait été détruit par un incendie en 1650. Celui qu'on reconstruisit alors, et dont (llaude Le l'etit parle ici avec assez peu d'estime, fut démoli à l'époque de la Révolution, parce qu'il menaçait ruine. On vient de le rétablir d'après le modèle du clocher primitif.

* Grand escalier par lequel on monte au Palais, et auprès duquel >e trouve toujours beaucoup de monde qui s'attroupe pour la moindre bagulellc. (De Bi,.)

- Les badauds qui s'asseiidjlonl à l'cnlour d'un homme, aussitôt qu'il s'arrête en quelque lieu. {Note de l'édit. de 1068.)

' Ce n'est pas seulement en France qu'on se plaint de l'e eniilé

LA justice' qu'on PEINT AVEC UN BANDEAU.

Bien vous prend qu'en coiffe-cornette Themis, Messieurs les Chicanoux', Prend icy plaisir avec vous De joiier à cligne-musette !

Bien vous ])rend qu'elle ne voit pas Vos rubriques, beaux Advocats !

Mais que dis-je? Quand la Justice Vous iroit alors rebuffant ; Avec un peu de pain d'epice -, Vous Tappaisez comme un enfant^.

LE PAIiLEMENT ME P A 1118.

Emmitouflez de Robes rouges*, Qui jugez souverainement,

fies Procès. Il en c^t de niùne presque par toute l'Euro[)e, .-^urlout en Angleterre dans la Chancellerie. 11 n'y a qu'en Daueniarck où les l'rocès ne durent qu'un an, quoi qu'en ait voulu dire le malin auteur de YEslat de Danemarc (De 13l.i ' Variantes de la réimpression de !"lô :

Tliemis, Messieurs les chicaneurs, Prend ici plaisir, beaux phàdeuis..

- L'Auteur entend, par ('7; tr, les droits, qu'on paie aux Juge», et qu'on appelle Ép ces. (e n'étoit autrefois que des dragées, mais on les a converties en ari:ent. (De Bl.)

"• Variante de Ij réimpression de 1715:

Vous l'amusez comme un enfanl.

* Tous les Conseillers au Parlement portent la robe d'écarlate, au lieu que ceux des autres Chambres la portant pour la plupart noire. I.a Messe rouge est celle qu'on chante à l'Ouverture du l'ar^ lenieut ; tous ces Messieurs y assistent en robes rouges. (De Kl.^

Auguste et grave Parlement

Qui faites nos Loix dans vos bouges ;

Croyez-vous estre bien bravez*,

Quand vous dites que vous avez

Quantité de Ressorts en France - :

Un avantage si commun

iS'est pas de grande conséquence ;

Mon Tourne-broche en a bien im.

Hola ! la plus courte folie Est la meilleure, ce dit-on :

C'est trop faire icy le larron 5,

F de la mélancolie !

Si Ton nous trouvoit sur le fait, L'onjetteroit sui- ce portrait De très-dangereuses œillades :

Pour estre en lieu de seureté, Allons visiter les Malades ; C'est un œuvre de charité *.

* Variante de la réimpression de 1715 :

Vous croiez que vous nous bravez.

* De tous le- l'ailcnicns de France, celui de l'arib a le plus d'étendue. 11 y a une infinité de Tribunaux inférieurs qui eu re^sortissent. Les appels y sont jugés en dernier ressort. (De Ll.!

' Variante? de la réimpression de ITlô •

C'est par trop faire le Catoii, Bnnnissons li mélancolie.

* Israël Silvestrc a dessiné et gravé, vers lOoo, une vue de l'ilô- Icl-Dieu et de >"otre-Dame. On lit ces quatre vt.-rs, au bas de cette estampe :

D'un costê vous voyez i'ediiice admirai)le Où la Mère de Dieu reçoit nostie oraison; Plus loin vous descouvrez l'IIuspilal cliarilabie Où les membres de Dieu cherchent leur suerisou.

ou l'AIU> F. IDICUI.K 41

l'hostel-dieu *.

Est-ce icy, Muse (que t'en semble?) L"Arche de Noé tout pourveu ?

Ma foy, je n"ay jamais tant veu De bestes et de gens ensemble-.

Que de lits de toutes couleurs?

Que de Frères et que de Sœurs?

Que de Pouilleux et de Canaille?

Mais qu'il y put! Sortons d'icyî Mon grand nez ne sent rien qui vaille : Ce n'est qu'une peine ^ cecy.

SOSTRE-DAME*.

Voila la Métropolitaine, Le siège de l'Archevêché ;

^ On peut juger de lhorril)le aspecl de cet hôpital au dix-septième siècle, par le tableau qu'en lait le Rapport présenté aii i!onseil gén rai des hospices, en 1816. Voy. VHislohe de t^aiis, par Dulaure, 2' édit., t. II, p. 481) et suiv. i .Non seulement il y avait cinq ou six per>onnes des deux sexes dans chaque lit, mais encore beaucoup de malades étaient couchés sur la paille et enta>sés dans des salles pestilentielles, sans linge et sans médicament.

- On reçoit dan> cet l'ôpital toutes ^orles de malades, et même de pauvres femmes débauchées prêtes d'accoucher ! (De Bl.^

^ }\ous croyons qu'il faut lire : vesne, au lieu Ae peine; le vieux mot iH'sne était synonyme de resse

Variante de la réimpression de 1715 :

Je croy que quelqu'un a vessi.

* 1,'église de IVotre-Dame n'a pas beaucoup changé de physionomie depuis le temps où (ilaude Le Petit montait sur les tours pour voir le panorama de Paris. La flèche, qui fut démolie dans 1 dernier siècle et qui doit être rétablie telle qu'elle était, se irouve dans les vue^ qu'Israël Silvestre a destinées et gravéevers 165"i. {Voij. leC.atal. raisonné de son œuvre. par M. Faucheux, p. 100, <o9, 1(30 et 161.)

Ai LA CHRONIQUE SCANDALEUSR

Si ce n'estoit point un peclié,

Je luy friperois sa mitaine :

Ce Monstre à jambes d'eleptians ',

Qui fait peur aux petits enfans -,

Meriteroit cent croquignoles;

Mais pourquoy s'en prendre au Quidam?

Dieu deffend d'avoir des Idoles:

Si Paris en dresse, à son dam :

TOUli ^ OSTIIE -DAM i:.

J'auray toujours, dessus mon ame, De la rancune contre toy :

Muse, si tu m'aimes, suis-moy, Montons sur la Tour Nostre-Dame^.

* C'est la Statue de S. Christophe, qui est contre le premier pillier, en entrant dans Notre-Dame, à main droite, dn y lit la Léfiende de ce saint géant, dans ces beaux vers :

G! magneChristophore,

Qui portasti Jesu Christe,

Per mare ilubriim,

Et non franxisti crurum,

Sed hoc non est miruni,

Quia lu es magnum virum. (De Bi..)

La statue colossale et grossièrement taillée de saint Christophe se voit sur deux estampes fort médiocres d'Aveline, représentant l'intérieur de Notre-Dame On en trouve une, mieux gravée (par L. N. Martinet), au t, II de VHistoire de l'ans, par IJéguillet et Poncelin. Un grand dcssmà la sépia, faisant partie de la collection de feu M. Gilbert, en donne une représentation plus détaillée. (A. B.)

- Variantes de la réimpression de 1715 :

Ce Monstre à jambes d'elephant, Qui porte ce petit enfant...

'• Il y a près de quatre cens degrés à monter, avant qu'on soit parvenu au haut de ces Tours. On y a une très-bel' e vue sur toute la ville de Paris et ses environs. Paris est la plus grande ville de l'Europe après I ondres, qui est, sans contredit, plus grande d'un

ou PABI s RIDICULE. 43

Nous allons rire comme il fiiut :

Nous sommes déjà prcsqu'en haut; Faisons desnicher ces chouettes:

Dieu soit loiié ! Nous y \oicy !

Je cro\ qu'on verroit sans lunettes Le bout de l'Univers, dicy*.

Ah ! que de nids d'oyseaux farouches?

Que de hiboux et de choucas?

Les gens ne paroissent là-bas

Pas plus gros que des pieds de mouches :

Je voy des clochers, des maisons,

Des habitacles, des cloisons,

Et des girouettes sans nombre :

Qu'icy Pair est à bon marché !

Et qu'il dort de bestes à l'ombre,

Lors que le Soleil est couché !

Non, je n\uirois jamais peu croire Que Paris eust esté si grand ; Plus je le voy, il me surprend.

Par le trou de mon escritoire.

Rome, Londres, Naples, Madrid, Cologne, Gand, Vailladolid, Le Grand Caire et Constantinople,

bon quart, mais Paris est plus peuplé. Tout cela a été calculé par le chevalier Guillaume Petty et par plusieurs autres curieux. (De Bl.)

* Variantes de cette strophe, dans la réimpression del"l-i :

J'aurai toujours au fond de lame....

Montons les tours de Kotre-Dame....

Nous voilà déjà presque» haut....

Je croi que Ion voit sans lunettes,...

Près de luy moindres que des bourgs, Danseroient en champ de sinople Dans le moindre de ses fouxbourgs *.

Descendons : la teste me tourne, Le cœur me manque et la raison.

Je tombe à terre en pâmoison*, Si plus tard icy je séjourne...

Mais que je suis un Bel-esprit!

Plust à Dieu que la Mort me prist.

En finissant cette Épigramme '" !

Si je mourois dans ces hauts lieux, Mon cor}ts auroit fait, pour mon ame, La moitié du chemin des Cieux.

C'est estre trop hon politique En matière de son trépas ; Descendons, descendons en bas, Pour achever nostre Cronique.

Nous aurons toujours, sans courir, Du temps de reste pour mourir.

Quand nous aurons fait cet ouvrage.

Mais sommes-nous tombez debout?

Continuons nostre voyage :

Bon pied, bon œil, la main fait tout*.

* (ietlp strophe manque dans la réimpression de 1715. - Variante de la réimpression de 1715 :

Je vais tomber en pâmoison.

^ Variante de la réimpression de 1713:

Faisant ici celte épigramme.

* Cette strophe manque dans la réimjtression de 1713.

ou PARIS HiniCULF.

l'horloge dd marché neuf

Nous n'irons pas loin sur la route Sans faire fulminer Pasquin :

Quelle figure de bouquin Nous incague sous cette voûte?

C'est un petit Diable d'Enfer-, Qui fait sur des timbres de fer Sonneries heures en musique.

Ha I la plaisante invention !

Et que le Badaut vetatique * En relevé bien l'action !

LXVH

L'un bat, pour imiter le More, Sur la clef de G. Re. Sol. Ut; Roulant les yeux en chatte en rut.

Fait plus laide grimace encore :

L'autre l'admire en racourcy; Celuv-là dessus celuv-cv

* Joiguant la Boucherie est un petit horloge artificiel, qui, p;ir le moyen de certaines petites sonnettes, joue quelques hymnes el autres airs. Sept ou huit personnages de relief passent, à me-ure que les clochettes sonnent, et le dernier ferme la porte. Deux autres ligures, qui sont aux deux côtés du petit tmibre, frappent les lieui'es avec un marteau. Les Badauds s'arrêtent souvent pour entendre la sonnerie. iDe 15l.

- Variante de la réimpression de 1715 :

Qui fait dans ce cadran de fer....

'" Qui va et vient. On disait vel pour va, à la troisième personne du présent de l'indicatif du verbe aller. Dans la réimpression de 1715, ce mot est remplacé par extatique.

46 LA r.HRoMQUF SC A N r>A L K U SE

S'allonge et ricane en Satire* :

Cet autre avance un j)ied de nez, Et fait un niuffie à faire rire Une douzaine de daninez.

LE CtlASTELET^.

Passons dessus ces bagatelles ;

C'est trop estre à la Place aux Veaux ^

Disons des quolibets nouveaux,

Voicy des sottises nouvelles :

Bastiment desbàti par tout,

Qui sans pied se tient tout debout,

Vieux reste de vieille masure

Que six siècles n ont pas vaincu '* ;

Chastelet, faut-il que tu dure.

Et que ma maison soit à eu ?

* Variante de la réimpression de 1715:

S'allonge comme un vrai Satire.

* Israël Silvestre a dessiné et gravé, avant 1655, une vue du grand Chatelet de Paris, qui a subsisté jusqu'à la Révolution.

' La place aux Veaux, où se tenait le marché aux veaux, avant (jue ce marché eût été transféré sur le quai des Ormes, en 1046, était autrefois dans la partie la plus large de la rue, dite de la Vieille place aux Veaux, qui commençait à la rue Tlanche-Mibrai et aboutissait en retour à la rue Saint-Jacques-la-Bouclierie, derrière le Chatelet.

* On rapporte communément l'origine du Chatelet et de sa jurisdiction au temps des premiers Rois de la troisième race, c'est-àdire vers l'an 1000 après la naissance de N. Seigneur J. C, mais il V en a qui font le Chatelet plus ancien, et qui croient que l'Empereur Julien, surnommé l'Apostat, y résida au temps qu'il étoit dans les Gaules. (De Bl.

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