‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 34 sur 120 · SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

SAINT-LOUIS

Voicy la Maison de la peste Ou l'Hostel des pesliferez :

Destournons nos yeux égarez De dessus cet objet funeste ; Je ne puis pourtant en secret A ce superbe Lazaret M'empesclier de donner le reste ; Pourquoy faut-il, pays foutu.

Donner un palais a la peste, Et laisser pester la vertu ^.

Puisqu'il fait si mauvais sur terre, Cherchons fortune sur les eaux :

* Ce passage indique d'une manière rortaine que les exécutions ne sefai-aieiit plus là el que le gibet était alors abandonné. (Voy. la savante Dissertation de M. de La Villegille sur lesFourcbes patibulaires de Montfaucon.)

* Israël Silvestre a publié, vers 1655, une vue de l'hôpital Saint- Louis, « basti hors la Porte du Temple par Henry quatrie^me, pour la commodité et le soulagement de ceux qui sont attaquez de la maladie. » L'abbé de MaroUes, dans sa Description de Paris en quatrains, consacre les quatre vers suivant» à cet hôpital :

Quel bastimenl plus beau que celuy qu'on destine

Aux frappez de la peste en ses maux inouïs,

Où l'on voit somptueux celuy de Saint-Louys

Dans un bout des faux-bourgs où le bon vent domine.

' Cette strophe manque dans la réimpression de 1713.

Où vont tous ces petits batteaux ?

Font-ils voile pour l'Angleterre ?

En veulent -ils aux Dunquerquois ?

Ou sur le Lac des Genevois Vont-ils à la chasse aux macreuses ?

Ou seroit-cc point (que sait-on ! ) * La Flotte des Brebis galeuses Qui vont au presche à (iliaranton ^ ?

Nous avons trouvé la cachette :

Elles sont en habit décent ;

Eh ! de grâce, un mot, en passant :

Comment va la boëte à Perrette?

Que dit-on du Seigneur Morus * ?

N'evangelisera-t-il plus?

Le renvoyez-vous en Hollande?

Que l'adage est bien avéré,

Lors que l'on va trop à l'offrande^

Que Ton fait tomber le Curé !

^ Variante de la réimpression de 1715 :

Vont-ils à la pêche aux macreuses?

Ou n'est-ce point (car que sait-on!)...

* Charenton est sur la Marne, qui entre dans la Seine au-dessous de ce bourg. Les Réformés de Paris y avoient un Temple, qui leur fut donné par Henri IV ei rasé jusqu'aux fondemens par ordre de Louis XIV, son petit-fils. C'est à présent le jardin d'une Communauté de iNouvelles Converties. (De Bl.)

' Ceux qui voudront savoir le^ principaux événemens de la vie de Mr. Morus, n'ont qu'à consulter le Dict. Crit. de Mr. Bayle, qui en a parlé as»ez au long. .le dirai seulement qu'il étoit Ministre à Charenton et très-éloquent. Ses prêches étoient si courus, qu'on l'appeloit le Minisire a cinq brochefi, parce que les Rôtisseurs de Charenton en raettoicnt autant le jour qu'il devoit prccher, au lieu qu'ils n'en raettoient que deux ou trois quand quelqu'autre Ministre prèchoit. Il avoit été Ministre à Middelbourg en Zélande. Ses ennemis firent courir de mauvaises mm.curs de lui, et entr'autre^

ou PARIS P. I ni cri. K. 69

En effecl, belles fieforniées, Vous l'auriez encor pour pasteur,

S'il eut esté moins bon ,

Et s'il lous avoit moins aimées.

Il a fait de si grands efforts Pour vos âmes et pour vos corps, Qu'il en court de rumeurs mauvaises, Mais, quoy qu'on touche ses débits, 11 peut bien prescher dans vos chaises, Puisqu'il a couché dans vos lits * .

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