LA RIVIERE DES GOBELINS
Ne fiiisons pas icy le cancre, Et passons viste ce Ruisseau ; Est-ce de la boue ou de l'eau?
Est-ce de la suye ou de Tencre?
Quoy ! c'est le Seigneur Gobelin * ?
Qu'il est sale et qu'il est vilain !
Je croy que le Diable à peau noire, Par regale et par volupté, Ayant trop chaud en Purgatoire, Se vient icy baigner Testé.
On a beau, vantant Tescarlatte -, Dire qu'auprès des Gobelins Le Tibïe avecque trois moulins Ne fait que trainer la savatte ^ :
Qu'on rende si Ton veut le Nil En comparaison de luy vil;
«le la reine Anne d'Autriche et du cardinal Mazariu. De Iji,.) — La liaison secrète de Mazarin avec la reine mère est aujourd'hui un fait acquis à l'histoire dei)uis la publication de la Correspondance du cardinal, publiée par M. lîavenel.
* In nommé Gobelin y établit le premier la teinture en écarlate, sous le règne de François l. Son nom est demeuré aux Manufactures du Roi et à la rivière même qui passe par derrière cette maison; son véritable nom étoit la Dièvre : ce nest qu'une espèce de ruisseau. Les tapisseries des Gobelins sont très-fameuses. (DeBl.)
- On prétend que l'écarlate des Gobelins est la plus belle du monde ; les Anglois vantent aussi la leur : cependant on estime à Taris l'écarlate de Venise, et à Venise, celle de Hollande : cela change selon les goûts, et la teinture même change selon l'eau et l'air des endroits où on la fait. (De Bl.)
' Ceci est contre la première et Iroisièmc slance de la Home ridelle de Saint-Amant. (De l'.i..
m; PARIS r.iDicuLE
Pour inoy, n'en déplaise à sa bière Je ne puis estimer ses eaux, Ny prendre pour une rivière Un pot de chambre do pourcoaux.
N'exposons point nostre fortune A ses caprices incoustans ^; Nous passerions mal notre tcmp^, Si son Soleil prenoit la Lune ; Gaignons le haut, sans discourir; Rien ne serviroit de courir Pour trouver alors un refuge:
Nostre Esquif seroit e.>choué^....
Mais pourquoy craindre le Deliigi^ Estant dans l'Arche de Noé?
Ouelle estrange Encidopedie ^ De Gueux à ceinturons pendaiis!
* Quoi qu'eu général la bière ne vaille guère à Paris, celle dos Gobelins est la moins mauvaise : c'est un régal en été, et on en présente dans les bonnes maisons pour se rafraîchir. (De Bl.)
- Quelque misérable ruisseau que soit cette prétendue rivière, elle fait quelquefois bien du mal : par exemple, en 1579, elle s'enfla si fort en une nuit, qu'elle inonda presque tous les villages circouvoisin>. avec une grande partie du Fauxbourg S. Marceau. Il y eut plusieurs personnes' novées. et le dommage qu'elle causa à l'aris fut estimé plus de deux cent mille livres, sans comptei- le dégât qu'elle fit à la campagne. (De Bl.i
^ Variante de la réimpression de 1715 : secoué.
* Mol grec qui veut dire proprement- le cercle de toutes les disciplines, et marque l'enchaînement qu'elles ont l'une avec Vautre (II- P.i..)
Que de Cuistres et de Pedans !
Que de Rossignols d'Ârcadie ' ! Q)ue de Grimaux espoussetez !
Que de Philosophes crottez !
Que do discours à teste verte - 1 Je croy qu'en despit du Destin, La Sorbonne a couché ouverte :
Tous les Asnes parlent latin.
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LK COLLEGE T)E> JKSI'ITKs".
Laschons icy nostre esguillette En mémoire de ce Saint fou, Qui se fit casser le genou Pour avoir la jambe bien faite ^.
C'estoit un plaisant rossignol, Que ce patriarche Espagnol ■'^; iVIais que ses héritiers sont rogues !
D'où vient qu'estant si triomphans, ils sont devenus Pédagogues, Et Foûetteurs de petits enfans?
' C'nst-à-dire : des ânes qu'on entend Ijtaiiv. - Variante delà réimpression de 171ô :
Que (IHn Sacris à teste verte :
'' Le Collège des Jésuites s'appeloit autrefois le Collcge de Clrrmonl, à cause d'un évêque de Clermont qui le fonda. Les Jésuites, pour lui donner plus de lustre, l'appellent présentement le Collège tif Louia le Grand. i.De Bi„)
' Variante de la réimpression de lllo :
Pour avoir la jambe mieux faite.
^ Ignace Loyola, fondateur de cette Compagnie, étoit un gentilhomme de Biscaye. 11 fut blessé, au siège de Pampelune que les François firent en 15^21, d'un coup de canon qui lui fracassa la jaiulte. (De Bi,.)
CXXllK
C'est ce que tout le monde expli(|iie
Selon son animosité :
L'un dit que c'est par vanité ;
L'autre, que c'est par politique ;
Pour moy qui suis sans passion,
Je'jugeray celte action
Avecque plus de preud'iioinraie,
Et soutiens plus probal)lenient
Que c'est par pure sodomie,
Et ce n'est pas sans fondement ' .
CXXÎV
Je ne donne point de créance
A toute sorte de discours ;
Je sçay que la Vertu toujours
Est sujette à la Médisance ;
Qu'on les nomme Assassins des Rois,
Marchands de bled, mesclians François-,
Et préparateurs d'Antinioine ' :
Cela s'excuse sur le champ :
Si rhabit ne fait pas le Moine,
Le mal ne fait pas le mcschant.
' (lette strophe manque (laus la rcimpreîSion tle ITiô. - Variante de la réimpression de 1710 :
Marchands de bled. Marchands de bois.
Les accusations dirigées contre les Jésuites, par leurs ennemi> et répétées par l'opinion publique, furent les mêmes pendant deux cents ans. Nous voyons ici qu'on reprochait déjà, eyi 16G1, à la Compagnie de Jésus de se mêler de trafic et de banque : ci' fut là la principale cause de son expulsion hors du royaume en 'l"i)"2.
' La Faculté de médecine de Paris, après avoir condamné l'antimoine comme un poison toujours dangereux, en fit consacrer l'usage par un arrêt du Parlement, du 29 mars 166!<.
SO i.A ciiROMorr: sr.A NDAi.rrsr
l'kglise et place du sorboxm: 1.
Armand repose en cette place -, Qui nous regarde de travers; Joignons quelques-uns de nos vers A ceux qui rongent sa carcasse ".
l'ourquoy lît-il bastir ce lieu, Moitié pour luy, moitié pour Dieu?
Est-ce afin que chacun contemple Son bon ménage ou son orgueil?
Ou n'est-ce point pour luy le Temjde Aussi-bien comme le Cercueil?
CAbl'.AN DE LA Sor.EONXE ''*.
Je m\n rapporte, en ma migraine,
A de plus curieux que moy ;
Ce C.ulran tout rond que je voy
Me met bien autrement en peine :
La Lune avec cent contrepoids
N'y marque qu'une heure en un juois:
* Il y a un « Livre contenant lei veùes et perspectives de la CliapoUe et Maison de Sorbonne, » en plusieurs estampes dessinées par Israël Silvestre et oravées par Marot, avec des figures de La Belle. (Voi/. le Catal. de l'Œuvre d'Is. Silvestre, p. 17ô et suiv.)
* Le cardinal de Richelieu fit rebâtir magnifiquement le Collège et l'Eglise de la Sorbonne. Dans celle-ci, il se lit un superbe tombeau, où il est enseveli, et qui occupe presque la moitié de rEgli>e. 11 e-l de marbre blanc et noir, artistement travaillé et enrichi de statues, d inscriptions, et autres ornemens de sculpture. (De Bl.)
^ Variante de la réimpression de 1715 : A quelques-uns de sa carcasse.
* Cette horloge astronomique n'existe plus depuis longtemps; nous ne l'avons pas vue décrite aiileuv>.
ou PARIS RIDICULE. 81
0! Tagreable momerie!
Et ne peut-on pas bien loger, Dans la mèine cathegorie, Et r Architecte et T Horloger?
LE LUXEMBOUr.G '.
Donnons des éloges idoines - Au noble Palais d'Orléans.
Colin tampon! Dieu soit céans, Et le Diable chez tous les Moines!
(jiiand j'admire solidement Cet admirable Bâtiment Qui semble au Louvre faire nidie.
Je dis : Est-il possible enfin Que celle qui t'a fait si riche, Soit morte à Cologne de faim ^?
' l'.'ôtoit antieuuement rilôlel du Luxembourg, jusqu'à ce que la reine Marie de Médicis, veuve du roi Homi lY, le ehoi>il pour ^a demeure. Elle y lit bàlir ce F'alais, qu'on nomma ensuit;- le Palais d'Orléans, parce que Gaston, duc d'Orléans, fils puîné de cette reine, y demeura. (De Bl.) — Israël Silvestre a dessiné et gravé différentes vues du Luxembourg. {Yoy. le Catal. rai.-onné de son ceuvre, p. 91, IW, loo, 156 et 157.) Voici en quels termes l'abbé de Marolles a représenté ce palais, dans la Description de Paris en quatrains :
Le royal Luxembourg est d'une grande Reine, . D'un dessein merveilleux en son ordre toscan. Conduit pur un illustre et savant Artizan, A bossage formé d'une structure pleme.
- Nous avons adopté ici le texte de la réimpression de tTlô; dans l'édition de 1668, on lit :
Donnons des éloges publiques...
Et le Diable chez tous les chiches.
^ Marie de Médicis étoit fille de François, grand-duc de Toscane, née en 1574. Elle épousa en 1600 le roi Henri IV. Après la mort de «;e prince, elle gouverna le Pioyaunie pendant la miuorité de son
s-.' i.A r.iir.oNiQun scandalk use
[. F. ^ i: T ni' g r a x b bassin^
Morbleu! qui n'auroit pas envie
De rire à ce grotesque object?
Non, je n'ay jamais veu de Jet
Plus extravagant en ma vie.
Que ce -vilain poisson d'airain,
Dans les bras du monstre marin -,
F.iit le fantasque et le faroucbe!
Mais Dieu ! qu'ils sont tous deux mal nets î
Ce que Tun pisse par la bouche,
L'autre l'avalle par le nez.
GXXIX
l'abuayf. saint-germain '.
Dix vers, de grâce, à l'Abbaye, En faveur de l'Abbé Pansu ;
fils Louis XIII. Mais, ce jeune roi ayant voulu régner lui-même et sa mère voyant toute l'autorité entre les mains du cardinal de Richelieu, elle sortit de France, passa en Flandres, ensuite en Angleterre, et de là se retira à Cologne, oîi elle mourut dans un état fort pitoyable. La crainte qu'on eut du cardinal, qui étoit son ennemi mortel, fit que personne n'osa l'assister, pas même le roi son fils. (De Bl.)
* Le grand jet d'eau du Luxembourg ligure sur plusieurs estampes gravées par Israël Silvestre, J. .Marot, l'érelle, etc. Le bassin est de forme octogone; au milieu, on distingue un Triton qui tient un Dauphin. (A. B.)
* Le Jet, dont il est parlé ici, est dans un des.Iardins du Luxembourg. C'est un Triton qui tient entre ses bras un Dauphin, qu'(l regarde, le visage tourné vers le ciel, de sorte que, selon que le vent souffle, l'eau qui tombe delà gueule du Dauphin tombe souvent sur le nez du Triton. (De Bl.)
^ Il y a une petite vue de l'abbaye Saint-Germain -des-Prés leZ" Viiris, dessinée par Israël Silvestre vers 1655. {Yoy. la savante