‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 46 sur 120 · LA FEMME D ' L -N ARMURIER, QUI VEUT ESTRE DESMARIÉE · texte numérisé non relu

LA FEMME D ' L -N ARMURIER, QUI VEUT ESTRE DESMARIÉE

« Vraman, Monsieur, c'est bien dommage

De voir une femme, à mon aage,

Estre avec un homme si vieux,

Tout morfondu, tout chassieux I

Pour mov, je veux que la Justice

Me tire de ce maléfice,

(]ar je ne sçaurois plus souffrir.

J'ayme bien mieux cent fois mourir,

Que de me trouver obligée

De vivre tousjours affligée,

Outre que je feray trouver,

ht mcsmc je pourray prouver,

' Jl j'agit tcilaiuciucni d'une afluire qui Otail aloi.s portée devant le Parlement de Parib, cl qui fournissait à la chronique bcan- ';i'cu '■ 1111" -le SCS pages les plus divertissantes.

Qu'alors que je fus fiancée.

Ma mère m'y avoit forcée,

Et personne n'a point oiiy

Que j'aye jamais dit oiiy.

Je sçay qu'à la Cour de l'Eglise,

Alors qu'une fille est surprise

Ou contrainte par ses parens

(Et mesine on voit, parmy les grands,

Quand une femme est mescontente).

Souvent on souffre qu'elle invente

Quelque chose qui soit mauvais,

Disant : « Mon mary est punais î »

Ou bien qu'il a mauvaise haleine;

Et, sans se mettre guère en peine,

Dire quelquefois en passant :

« Mon mary est un impuissant * I »

Ainsi, Monsieur, je vous supplie

De m'oster de mélancolie ;

Donnez-moy conseil, s'il vous plaist.

Si je pourrois point par arrest

Faire rompre mon mariage,

Le contract et le cariage - ;

Car je vous jure, sur ma foy,

Que j'emploiray tout mon dequoy,

Je vendray jusqu'à ma chemise,

Afin de n'estre plus soumise

Aux humeurs de ce vieux penart !

J'ayme bien mieux perdre le quart

Ou bien la moitié toute entière

• Les procès, pour cause d'impuissance, étaient à cette époque si fréquents devant l'officialité, que plusieurs avocats généraux s'élevèrent avec indignation contre ces scandales publics, qui aboutissaient aux épreuves de l'infâme congrès. Les noms les plus illustres ne craignaient pas de se salir dans ces procédures honteu;es, pour obtenir un arrôt en nullité de mariage.

- Charroi, attelage, au figuré.

(Quoy que je sois bonne héritière) De ce que j'ay porté chez luy.

Et quand je devrois dès meshuy Me trouver réduite à l'aumosne, Qu'on me recommandast au prosne !

Voyez-vous, Monsieur, j'ayme mieux Périr, que vivre avec ce vieux, Car, par ma foy, je vous asseure, ♦ Et c'est sans que je me parjure, C'est bien l'homme le plus malin, Le plus sale, le plus vilain, Le corps le plus remply d'ordure, De salleté, de pourriture; Il put dix fois plus qu'un rat mort, 11 vesse tousjours quand il dort ; C'est bien la plus vilaine panse Qui soit au Royaume de France, .

Il mange comme un loup garou ; Jamais il ne dit : J'en ai prou.

Il a tousjours le nez au verre!

Nous sommes en éternelle guerre :

Il gronde comme un gros matou.

Tous les soirs il est dcmy saoul.

Et puis il dort comme une beste,

Et vous diriez que la tempeste

Soit tombée au milieu de nous.

Quand il ronfle sur ses genoux ;

Mais ce qui m'est insuportable,

C'est qu'il est jaloux comme un diable.

Je n'oserois sortir un pas,

iS'on pas mesme prendre un repas

Chez nostre plus proche voisine,

Qu'il ne me traitte de coquine :

H dit que je viens du Bordel * !

' A c Uc époque, les femmes mariées se prostituaient souvent

Non, jamais on n'en vit un tel ; Tousjours peste, toujours renasque *, Il est bouru, fascheux, fantasque.

Et le pis est que ce pendu M'a très-chèrement deffentlu, Tant sa jalousie est meschantc, De fréquenter avec ma tante ; Mesme il a dit à son voisin, Que je couche avec mon cousin ; Quand il me veut chercher querelle, Il dit que je suis maquerelle, Que je connois tous les filoux :

Et ce cagneux est si jaloux, Si fascheux et si fantastique, .

Qu'il me chasse de la boutique.

Quand il volt venir un marchant...

Voyez s'il n'est pas bien meschant ?

Tant seulement, le jour de Pasques, J'allis au sermon à Sainct-Jacques, Et, lors que je fus de retour, Sans respecter un si bon jour.

Il m'enfernïit dans nostre cave Et me Iraittit comme un esclave ; J'y demeuris toute la nuit.

Sans qu'âme vivante me vit î Voyez donc, Monsieur, je vous prie, Si c'est sans sujet que je crie.

Si je n'ay pas bonne raison De quitter l'homme et la maison, D'abandonner tout son mesnage.

Et de rompre mon mariage ? »

par l'entremise de certaines vieilles, qui faisaient métier de leur trouver des clients. Voy. les Mémoires curieux sur l'histoire des Mœurs et de la Prostitution en France, par Pierre Dufour. * Pour : revêche.

Quittons cela, passons icy, Car tu n'as jamais veu cecy; Voy-tu? C'est la Chambre dorée *.

Regarde comme elle est parée :

Là, sont assis les Présidents, Tretous rangez sur ces deux bancs.

C'est icy que le monde tremble, Lors que le Parlement s'assemble.

Vertu-bieu ! voicy des Huissiers, Des Procureurs et des Greffiers.

Sans doute on \ient à l'Audience, Car un chacun prend sa séance.

Sortons ! Voicy les Conseillers.

Rangeons-nous contre ces piliers ; Voyons-les passer 'a la file.

Tien, ce vieux demeure dans l'Isle?

Cet autre, qui vient à grands pas, Se tient proche Sainct-lNicolas ; Et ce bon homme qui se cambre, C'est le Doyen de la grand'Chambre L'autre, un Président au Mortier, Qui fait à ravir son mestier, Car celuy-là n'a pas le vice De commettre aucune injustice.

Après luy, c'est un Officier Qu'on appelle Audiencier,

^ La Chambre dorée, ancienne grand'sallc du Parlement, fut décorée en 150G de tentures en velour» bleu, semées de fleurs de lis, de tribunes ou lanternes de style gothico-renaissance, et d'un magnifique plafond à culs-de-lampe. L'or brillait sur tous les détails de cette décoration ; de là la nouvelle désignation de cette salle, qu'occupe aujourd'hui la Cour impériale. Quelques années après 1715, l'on changea les tentures et l'on modernisa les tribunes; il ne resta de l'ancienne disposition que les pendentifs du plafond et le tableau de la Crucifixion, peint vers 1440. Ce plafond, encore subsistant sous Louis XVI, disparut vers la fin du dernier siècle. (A. B.)

TARIS BLT.LESQUE. llî

Et CCS trois autres, ce me semble, (Jue tu vois qui marclient ensemble, Ce sont trois Advocats plaidans, Qui suivent deux grands Présidents:

Celuy qui tient une baguette, Qui porte un collet à languette, Et qui marche si bellement, C'est un Huissier de Parlement.

Regarde comme il fait le drôle, Avec sa verge sur Tespaule?

Pour tous ces autres que tu voy, Ce sont messieurs les Gens du Roy.

Veux-tu que nous passions plus outre?

Allons par dessous cette poutre.

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