LA BUVETTE DU PALAIS
Nous gaignerons tout droit là bas.
Suy-moy? Nous n'avons pas cent pas:
Nous entrerons dans la Buvette.
Tu verras une cabuelte *,
Où tous les Messieurs vont manger.
On y peut aller sans danger.
Nous ferons causer la maistresse:
Tu verras une belle Hostesse
Qui discourt agréablement;
Elle parle très-joliment.
Veux-tu venir? Nous boirons pinte.
Nous y pouvons aller sans crainte :
Tout le monde est fort bien venu,
Mesmc jusqu'au plus inconnu.
Vicn, vien, suy-moy ! « Bonjour, Madame!
Nous mourons de soif, sur mon ame !
Donnez-nous chopine de vin?
Cabane, logette.
114 PAR IS BLP. LESQUE.
Nous av(»ns couru, ce matin,
Pour allrapper à TAudience
Un chien de Thresorier de France.
Que la peste du Thresorier 1 . . .
Depuis le mois de Février,
Je suis à poursuivre une affaire.
Diable emporte, sij'ay pu faire
Kon plus que le premier jour!
J'en feray ma plainte à la Cour.
— Monsieur, donnez-vous patience :
Si vostre affaire est de finance, Vous pouvez bien vous asseurer Que vous avez beau murmurer.
Vous en avez pour une année.
Toutefois, cette matinée, Peut-estre que céans viendra Quelqu'un tel qu'il vous le faudra, Car c'est celuy-la qui préside.
C'est celuy-là qui tient en bride
Le grand Bureau de Thresoriers, Vous luy ferez voir vos papiers, Vous luy conterez vostre chance, Vous ferez vostre doleance ; Pour moy, je vous y serviray, Moy-mesmeje luy parleray.
Cependant mangez quelque chose?
Voulez-vous un bon plat d'alose?
Un bon petit plat de barbeaux, Un excellent plat de naveaux?
11 est ravissant, je vous jure.
Si vous voulez de la friture, J'ay bien la moitié d'un brochet...
— Non. Qu'avez- vous à ce crochet?
— Monsieur, c'est du lard de baleine *.
' Jusqu'à la fin du dix-liuilième siùcle; on faisait à Paris une
— Fy! Cela fait mauvaise haleine.
Hé! qui diable mange cela?
— Voyez-vous bien ce morceau-là ?
Monsieur, avant qu'il soit Dimanche, Je n'en auray pas une tranche.
Messieurs les Clercs en mangent bien, Et, s'ils ne disent pas combien,
Ils font avec cela grand chère,
Et si la viande n'est pas chère
(C'est un morceau des plus friands).
Quand ils viennent boire céans.
Si vous vouliez de la morue.
En voila bien, mais elle est crue :
Faudroit la mettre sur le gril.
Avec un petit de persil,
Ou bien de l'huile ou du vinaigre.
Monsieur, si vous voulez du maigre,
C'est un très-bon poisson de mer;
On dit qu'il est un peu amer, •■.
Mais tous ces plaideurs de Gascogne,
Ouand il pueroit comme charogne,
Pourveu qu'il soit tant soit peu chaut,
En mangent tretous comme il faut.
Tenez, Messieurs, tenez, un verre!
Margot, qu'on appelle grand Pierre ;
Dis qu'il aille tirer du vin ?
Louyse, apporte icy du pain?
Là, mettez là la serviette?
Allons, à chacun un assiette !
Çà, Messieurs, que mangerez-vous?
V'^oyez, regardez, dites-nous?
énorme consommation de chair et de graisse de baleine, salée et fumée. C'était surtout dan? le golfe de Gascogne qu'on pochait de petites baleines, qui servaient à la nourriture du peuple en France, comme dans la plupart des autres pays. On peut supposer que cette espèce de baleine, aujourdhui disparue, avait une chair moins coriace que celle des grandes baleines de la mer du iNord.
UG PARIS BURLESQUE.
Choisissez : voilà des lentilles, Des raisins, de bonnes noisilles *, Des excellons pois fricassez, Qui ne sont pas mal espicez; De petits fromages de Brie.
Çà, dites-moy donc, je vous prie, Messieurs, que voulez-vous manger?
Vous estes long-temps à songer!
Dites ce que vous voulez prendre?
Je n'ay pas le loisir d'attendre.
— Donnez-nous du vin seulement?
Nous boirons un coup vistement. »